Category: economie

  • Des gaz destructeurs d’ozone dans la nature

    Des gaz destructeurs d’ozone dans la nature

    Marseille a un problème avec les extincteurs. Pendant que l’attaquant de l’OM Pierre-Emerick Aubameyang enflammait la Commanderie jeudi dernier en vidant une bonbonne dans la chambre d’un cadre du staff olympien, les services de l’État s’échinent de leur côté depuis deux ans à mettre un terme aux fuites de gaz d’extinction sur le site où ils sont retraités, à l’Estaque. En cette fin du mois d’avril, la préfecture a ainsi passé un cap en mettant en demeure la société Créalis, située à deux pas du lycée professionnel de l’Estaque dans le 16e arrondissement de Marseille, de cesser d’ici six mois les rejets dans l’atmosphère de ces gaz employés pour éteindre des incendies, particulièrement destructeurs de la couche d’ozone. Ou de cesser, dans le même délai, leur transit sur ce site marseillais qui regroupe et traite les déchets comportant des fluides frigorigènes ou d’extinction.

    Étude insatisfaisante

    À l’origine de ce combat, une opération nationale de contrôle lancée en 2024 sur les fluides fluorés, utilisés notamment dans les systèmes de réfrigération ou de lutte contre l’incendie mais aux effets puissants comme gaz à effet de serre. Après avoir prévenu de leur visite un mois plus tôt, les services de l’État réalisent une inspection le 23 mai sur le site marseillais du groupe Dehon, pionnier de fluides frigorigènes implanté dans la cité phocéenne depuis 1952. Sur place, les agents s’alarment d’une zone fumeurs présente « immédiatement à côté de l’accès du bâtiment contenant les fluides inflammables », des fûts avec des étiquettes « qui ne correspondent pas au fluide dangereux contenu », mentionne le rapport d’inspection consulté par La Marseillaise. Mais surtout, ils épinglent « des quantités importantes d’émissions de fluide fluoré ». En ligne de mire, deux gaz utilisés pour éteindre les incendies, de type halon et son substitut après son interdiction, le réfrigérant
    R-227ea. « Les seuls rejets en R-227ea correspondent pour l’année 2021 à 40 328,7 tonnes équivalent CO2 soit plus de 335 millions de kilomètres (ou 8 375 fois le tour de la Terre) parcourus par une voiture particulière ne bénéficiant ni de malus ni de bonus écologique », pointe un arrêté pris le mois de février suivant qui interdit à l’entreprise de rejeter plus de 1% de la masse de ces deux gaz d’extinction et impose la réalisation d’une étude technico-économique pour supprimer à terme tous les rejets. Certes, la situation s’est améliorée (3 563 tours de la planète en 2023), et les quantités sont « probablement surestimées » selon l’entreprise qui explique dans le rapport ne pas pouvoir pomper les fonds des bonbonnes traitées, le gaz se liquéfiant quand la pression chute. Sollicitée par La Marseillaise, elle n’a pas donné suite. Mais l’étude qu’elle a transmise aux services de l’État en décembre 2025 assure qu’il est impossible de stopper complètement les rejets, sans « examen exhaustif des solutions techniques disponibles et de leurs coûts associés », grince la préfecture en ce mois d’avril.

    Retournement de veste

    Lors d’une réunion le 23 janvier dernier, la société promet donc qu’elle arrêtera de traiter ces extincteurs d’ici à la fin de l’année, en précisant deux semaines plus tard qu’elle va minimiser les pertes de fluides, à hauteur de 7 tonnes (25 000 tonnes équivalent CO2, ou 5 191 tours du globe) cette année. Mais finalement, le 25 février, celle-ci annonce qu’elle veut poursuivre de traiter les bonbonnes contenant des gaz de type halon jusqu’à… fin 2040. Et demande un délai de six mois si ce n’est pas possible. De quoi conduire à la mise en demeure prononcée par la préfecture ce 28 avril. Sous peine d’une amende pouvant monter jusqu’à 45 000 euros.

  • [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    [Entretien] « Pour l’heure, le trafic est stable sur Marseille »

    La Marseillaise : Quel est l’état des lieux du trafic aérien ?

    Julien Boullay : Pour l’instant, il n’y a rien d’alarmant. Le trafic est stable par rapport à l’année dernière, malgré des billets d’avion plus chers. C’est lié au fait que le carburant est le premier poste de dépense des compagnies aériennes et que le prix du kérosène a plus que doublé. Pour les compagnies, l’impact est donc phénoménal. Évidemment, plus le vol est long, plus l’impact de la hausse du kérosène est important. Sur un vol d’une heure, ce n’est pas colossal, mais pour un vol long-courrier, ça va être plus important. On voit aussi que les compagnies qui ont suspendu les destinations vers le Moyen-Orient ont reporté les vols sur des destinations plus proches. Certaines, qui ont annulé la Jordanie, l’Arabie-Saoudite ou Israël, ont en revanche ajouté des vols vers la Tunisie ou le Maroc. Par exemple, habituellement, on a un bon trafic pour Tel-Aviv et Beyrouth, mais là, il n’y a plus de vols tout simplement. À l’inverse, pour Le Caire, la demande est toujours là. Sur le plan géographique, ce n’est pourtant pas si éloigné des zones de conflit, mais les gens ne s’en détournent pas. Certaines compagnies ont revu leurs programmes de vols à la baisse, mais ça reste contenu. Il y a des annulations, mais ça reste à la marge. C’est peut-être entre 1% et 2% de vols en moins.

    Et du côté des passagers ?

    J.B. : Quand on regarde du côté de la demande, le sentiment, c’est qu’elle reste solide. Le budget voyage des passagers est sanctuarisé. Les clients, confrontés à des problématiques de pouvoir d’achat, vont faire des arbitrages, mais pas forcément défavorables aux vacances. Certains décideront de rester en France, d’autres de prendre l’avion pour partir moins loin. Donc, la demande est encore là, mais il peut y avoir des changements de destinations. Forcément, le Moyen-Orient souffre un peu, avec un report sur l’Europe ou l’Afrique du Nord. Des gens qui souhaitaient aller à Dubaï, Tel-Aviv ou au Liban vont peut-être se reporter sur le Maroc, l’Italie… On commence aussi à constater une réduction de la durée des vacances, peut-être pour ajuster le budget. On le voit notamment car les passagers restent moins longtemps sur nos parkings.

    Cette situation peut-elle entraîner des annulations de vols ?

    J.B. : Personne n’a intérêt à annuler un vol en dernière minute, surtout pas les compagnies aériennes. Leur intérêt, c’est justement d’anticiper les annulations de vols. S’il y en a, c’est surtout pour des problèmes opérationnels. Elles ajusteront plutôt le nombre de vols en amont. Les compagnies aériennes subissent de plein fouet la situation. Les premières victimes de l’explosion des prix du carburant, ce sont elles. Normalement, on arrive à la période de l’année où elles font leur beurre. La demande est logiquement plus forte l’été que l’hiver, les billets s’y vendent plus cher globalement. C’est cela qui leur permet d’opérer des vols en hiver, qui sont plus compliqués à opérer car il y a moins de demande. Si elles ne gagnent pas leur vie comme elles l’avaient souhaité cet été, il risque d’y avoir un effet boomerang cet hiver. Concernant le manque de kérosène, il n’y a pas de soucis pour les prochaines semaines, mais je n’ai pas de visibilité particulière au-delà.

    Il y a des inquiétudes sur l’avenir économique des compagnies…

    J.B. : Il y a une compagnie américaine qui a coulé la semaine dernière. Spirit Airlines, une compagnie low-cost qui avait tout de même 230 avions. Ce n’est pas rien : il y a peu de compagnies en Europe qui en ont autant. En temps normal, les compagnies aériennes ne dégagent pas des marges énormes. Au niveau mondial, elles gagnent moins de 10 euros par passagers en moyenne. Ça fait des marges toutes petites. Quand il y a une crise de cette ampleur, les comptes passent vite au rouge-vif. S’il n’y a pas un gouvernement pour aider, des actionnaires pour soutenir, ça devient vite compliqué. On entend aussi que les compagnies indiennes ont demandé un soutien urgent à leur gouvernement. Il y a donc un risque à long terme si cette situation perdure : on pourrait avoir une baisse du trafic qui résulte d’une baisse de l’offre, et non pas de la demande. Si ça reste comme ça d’ici la fin de l’année, des compagnies feront faillite.

  • Les pêcheurs s’adaptent à la hausse des carburants

    Les pêcheurs s’adaptent à la hausse des carburants

    La guerre en Iran et la flambée des prix du carburant coulent les artisans pêcheurs, une profession déjà fragilisée. « Ça nous tue ! », s’exclame Karine, pêcheuse et commerçante sur le Vieux-Port de Marseille depuis 10 ans. « On est en colère parce que nous, les pauvres pêcheurs, quand on a quelques poissons, ça ne paye plus le gasoil dont on a besoin. »

    En mars dernier, Franceinfo relevait que si le prix au litre dépasse la barre symbolique d’un euro, les pêcheurs travaillent à perte. En l’espace de trois mois, le prix du sans-plomb 98 a augmenté de 26 centimes environ. Lors d’une sortie, les pointus consomment entre 20 et 120 litres de gasoil en fonction de leur taille. Ce qui veut dire 42 à 253 euros dépensés par pêche. « Ah bah, moi, j’ai acheté deux rames ! », rétorque cyniquement Dominique, pêcheur depuis 40 ans.

    Seuls en mer

    Alors, quelles sont les solutions ? Pour Karine, il s’agit de moins sortir en mer ou diminuer la vitesse. Pour Dominique, augmenter le prix des poissons à la vente. Pour l’un comme pour l’autre, ces adaptations les condamnent forcément à une baisse de profit.

    Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, se dit attentive à la problématique des pécheurs : « Je me félicite du prolongement des aides au carburant pour les pêcheurs au mois de mai, avec un soutien supplémentaire à la hauteur de 10 à 15 centimes par litre de carburant », a-t-elle publié sur son compte Linkedin, la semaine passée.

    Déjà en 2024, le gouvernement avait proposé une remise de 20 centimes par litre de carburant. Des moyens censés atténuer les effets de la crise dans la trésorerie.

    La réalité est pourtant tout autre sur le port de Marseille. Aux yeux de Dominique, il y a les victimes de la situation et ceux qui en bénéficient. Comme le gouvernement qui, selon lui, profiterait de cette crise : « Ils n’ont fait que du bénéfice au gouvernement. Ils ont dit qu’ils allaient redistribuer, mais ils se sont rempli les poches », lâche-t-il, presque blasé.

    Les pêcheurs disent se sentir abandonnés par l’État. La concurrence est devenue plus rude et les espaces de dialogues sont inexistants, selon Karine : « Il y a quelques années, quand il y avait des soucis ou des problèmes, les pêcheurs se réunissaient. Maintenant, on ne fait plus rien. » À leur détresse économique s’ajoute un silence institutionnel : selon certains, peu de structures relaient leurs difficultés. Contactées par La Marseillaise, les prud’homies de pêcheurs de la région n’ont pas donné suite. Sur Facebook, en avril dernier, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins dénonçait un manque d’action : « Le gouvernement doit aller plus loin et ajuster les mesures, au plus près de la réalité des niveaux de prix, car les acteurs de terrain attendent de la visibilité au-delà de la mi-avril. »

    Dominique a vu les conditions de travail s’aggraver au fil des années et se dit très pessimiste pour l’avenir de la profession : « Il y a quatre fois moins de pêcheurs qu’avant. C’est un métier qui va disparaître, c’est sûr. »

  • Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Notre projet Azur consiste à relocaliser, en Europe, nos entreprises basées en Chine. Nous allons mutualiser notre ligne de production avec un acteur historique du secteur, le fabricant autrichien, Sonnenkraftun. C’est une décision qui fait suite à la réduction de la TVA, l’an dernier, qui est passé de 20% à 5,5% en Europe », explique Jérôme Mouterde, directeur de Dualsun. Le PDG a cofondé l’entreprise en 2010, avec Laetitia Brottier, sur un concept de panneaux solaires hybrides.

    Trouver sa place

    Implantée à Marseille (13e), l’entreprise se démarque, dès son lancement, avec un prototype innovant. Un panneau solaire qui combine production d’eau chaude et stockage d’énergie. La société se hisse rapidement au rang de leader français dans le marché de l’équipement énergétique en région Paca, puis dans le pays. Son essor correspond à environ 25% de parts de marché dans la couverture en panneaux photovoltaïques des résidences. Cette première réussite lui a permis de se lancer dans un marché plus concurrentiel : celui du panneau photovoltaïque classique. Un secteur déjà largement dominé par les entreprises chinoises, qui représentent aujourd’hui 98% des panneaux solaires importés en Europe.

    Et si « une gamme des panneaux hybrides est aujourd’hui produite en Rhône-Alpes, rappelle Jérôme Mouterde, une partie des sites de production de panneaux solaires classiques a dû être installée en Chine, il y a six ans, pour résister face au géant chinois ».

    « Concurrence déloyale »

    Une délocalisation qui avait été motivée par des coûts de production « 50% plus élevés en France », précise le directeur. Un écart aujourd’hui finalement « rééquilibré » avec cette baisse de TVA à 5,5% au lieu de 20%. C’est cette récente réforme qui l’a poussé à tisser un partenariat avec la société autrichienne historique, une occasion de « participer à la souveraineté énergétique française, estime-t-il, à ce jour bien plus vulnérable que son concurrent chinois », dans le domaine des énergies renouvelables.

    Le PDG s’avoue malgré tout « dubitatif », quant à la durabilité de cette réforme, qu’il espère voir « s’ancrer dans le temps, avec des réglementations plus claires ». Avec toujours l’objectif affiché, à terme, de « s’implanter dans la région ».

  • Les touristes se replient sur des destinations plus accessibles

    Les touristes se replient sur des destinations plus accessibles

    Avec des budgets de plus en plus restreints, les Français doivent désormais élaborer une véritable stratégie pour se reposer sans s’endetter. Le prix du kérosène a fortement augmenté, influençant directement celui des billets d’avion. Les billets long-courriers aller-retour en classe économique chez Air France-KLM ont augmenté, avec une hausse pouvant aller jusqu’à environ 100 euros selon les cas. Par ailleurs, Transavia a annulé environ 200 vols en mai et juin, au départ de plusieurs aéroports français, dont Marseille.

    Alors, partir moins loin et moins longtemps est une solution de plus en plus privilégiée. Dans une étude publiée le 28 avril, l’Alliance France Tourisme (AFT ) annonce que « 68% des Français prévoient de partir au moins une semaine, soit une baisse de 9 points par rapport à 2025 (…). Seuls 37% se déclarent certains de partir, contre 50% l’an dernier ». Malgré cette baisse, les Français restent toutefois très attachés aux vacances estivales. Il s’agit plus de s’adapter que de ne pas partir du tout. Cette année, 71% choisissent la France (+3 points par rapport à 2025), contre 23% l’Europe et seulement 9% des destinations lointaines, selon les données de l’AFT.

    « Pour l’instant, la fréquentation est stable »

    En 2025, la région Paca se situait au deuxième rang des destinations de séjours préférées des Français, selon les données du Comité régional de tourisme. Nicolas Guyot, directeur de l’hôtel Carré Vieux-Port à Marseille et vice-président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie, se prépare donc à cet engouement : « Pour l’instant, la fréquentation est stable, on s’attend à ce que cela augmente effectivement, notamment au moment où les Français vont réaliser que partir loin devient trop coûteux ou compliqué. »

  • Le kérosène s’envole et l’aérien bat de l’aile

    Le kérosène s’envole et l’aérien bat de l’aile

    Il y aura-t-il des avions à un prix abordable pour les vacances d’été ? Ou même des avions tout court ? La question aurait pu paraître saugrenue il y a quelques semaines, mais elle devient très sérieuse pour beaucoup de futurs vacanciers au regard du blocage du détroit d’Ormuz et du conflit irano-américain.

    Car le kérosène qui sert de carburant aux avions voit son prix atteindre des sommets, comme le diesel à la pompe à essence. Une montée qui a de quoi inquiéter les acteurs du secteur aérien. « L’envolée du cours du pétrole fait qu’on a plus que doublé le prix du kérosène. Pour faire un Marseille-Athènes, sur une heure de vol, le coût du carburant, c’est 20% du coût total. Si c’est du long courrier, ça représente 35%. Imaginez maintenant que ça double : le 20% devient 40% et le 35% passe à plus de 50%… », campe Jean-François Dominiak, président du syndicat des compagnies aériennes autonomes (SCARA). Cette organisation professionnelle, qui regroupe la moitié des compagnies aériennes françaises, dont Air Corsica, tire la sonnette d’alarme sur la viabilité économique : « Le détroit d’Ormuz représente entre 40 et 50% de la production mondiale de kérosène. Et, au mieux, les bonnes compagnies dégagent entre 5 et 10% de résultat. En ajoutant 20% de coût, on gomme ce résultat. Non seulement il n’y a plus de marge, mais en plus, il y a une perte. »

    L’envolée de ces prix a déjà des conséquences concrètes avec des annulations en cascade et une répercussion sur les billets des passagers. C’est la filiale néerlandaise d’Air France-KLM qui a lancé l’une des premières charges, dès le 16 avril, avec une réduction de « 80 vols aller-retour » depuis l’aéroport d’Amsterdam, l’une de ses plateformes phares. Autre filiale du groupe, mais même raisonnement avec la compagnie low-cost Transavia qui, fin avril, annonce l’annulation d’environ 400 vols, « moins de 2% du programme ». La liste des entreprises qui annulent des vols s’allongent avec le temps : 20 000 pour Lufthansa d’ici octobre, 6% de liaisons en moins pour Air Transat, 10% de baisse pour Ryanair. Cerise sur le gâteau, la compagnie espagnole Volotea, en plus de réduire ses vols, réclame à ses passagers « un supplément (…) si les prix du carburant dépassent le niveau de référence ». Notons aussi que Transavia a augmenté le prix des billets de l’ordre de « 10 euros en moyenne par aller-retour », tandis qu’Air France a relevé ses prix de 70 euros sur les liaisons transatlantiques… Reste que, sur le terrain, ces annonces ne provoquent pas de séisme puisque l’aéroport Marseille-Provence constate un « trafic stable » et juge ces annulations « à la marge » (lire entretien ci-contre).

    « Il faut que l’État nous aide »

    S’engage alors un bras de fer entre les entreprises du secteur, les gouvernements européens et les associations de consommateurs. « Des compagnies ont de gros problèmes de trésorerie, certaines volent à perte. Il faut que l’État nous aide », plaide Jean-François Dominiak. Le SCARA réclame notamment un effort particulier pour les dessertes ultramarines, corses et celles relevant de délégation de service public (DSP), chères à de nombreux Provençaux. En réponse, le gouvernement dit préparer des mesures et réfléchit à « des reports de charge », mais rien d’acté pour l’heure.

    Et, au final, ce sont les passagers qui maronnent légitimement. « La volatilité du prix du carburant est un risque économique que les compagnies aériennes ne doivent pas faire peser sur les passagers », juge Imane El Bouanani, responsable juridique France de Flightright, plateforme de défense des droits des passagers aériens. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a tenté d’éteindre les inquiétudes des acteurs aéroportuaires, ce mercredi 6 mai, à la suite d’une réunion avec les compagnies aériennes, en assurant n’avoir « aucune crainte » de pénurie entre mai et juin et « sans doute peu » pour l’après. Son homologue aux Transports, Philippe Tabarot, minimise la problématique : « Les cas d’annulation sont pour l’instant assez exceptionnels. »

    Vers des destinations

    plus proches ?

    De quoi rassurer les acteurs de l’aérien ? « Le gouvernement nous dit qu’il y a des stocks pour 2 mois et demi. Ça nous amène jusqu’en août, mais que se passe-t-il après ? Personne n’est capable de le dire », commente Jean-François Dominiak, qui participait à ladite réunion ministérielle. Il anticipe une autre problématique de fond : « Est ce que beaucoup de passagers voudront toujours prendre le risque d’aller passer des vacances lointaines dans ces conditions ? Est-ce que les gens ne préféreront pas aller faire du camping à côté de Marseille ? Juste après l’épidémie de Covid-19, les gens sont restés dans un périmètre proche. Pendant la crise de 2008, les gens ont pris des vacances, mais d’abord en France… »

    Illustration de ce report vers des destinations plus proches : la compagnie Volotea a lancé, le 7 mai, une nouvelle ligne au départ de Marseille vers Limoges. Rien d’anodin puisqu’elle propose « deux vols par semaine, les jeudis et dimanches » et entend augmenter la cadence pour la haute saison, jusqu’à « quatre fréquences hebdomadaires en août les lundis, mercredis, vendredis et dimanches ». Dans la même lignée, la compagnie TwinJet proposera une ligne « éphémère », du 22 juillet au 12 août, à destination d’Olbia en Sardaigne. Reste donc à voir si les passagers changent de braquet pour ces vacances.

  • La « consommation responsable », nouvel axe d’action affirmé

    La « consommation responsable », nouvel axe d’action affirmé

    Alerte sur la pollution des plages (1975), boycott du veau aux hormones (1988), interdiction du phosphate dans les lessives (2007), scandale des lasagnes au cheval (2014), lancement du Nutriscore (2017), encadrement des loyers dans les grandes Agglos (2020)…

    Depuis sa création en France en 1951, l’UFC Que Choisir a été de tous les grands combats contre l’industrie de la malbouffe et dans le souci de protéger les consommateurs des dérives de la société de consommation. À l’occasion de ses 75 ans, la célèbre association loi 1901 qui regroupe 4 500 bénévoles, 120 000 adhérents (dont 1 600 dans l’Hérault), 325 000 abonnés et 1 million d’inscrits à sa newsletter, a décidé de changer de nom et de logo mais pas de combat. Désormais, ce sera Que Choisir ensemble. À l’antenne de Montpellier qui fête ses 50 ans, Gilbert Rieu justifie la démarche. « On a un public plus âgé (en moyenne 69 ans) que celui des consommateurs (42 ans). On a voulu une image plus engageante, plus moderne pour nous rapprocher des jeunes et de leurs modes de consommation », justifie le président.

    1 598 litiges traités

    en 2025 dans l’Hérault

    Il est formel. Face à l’explosion du e-commerce, « les consommateurs se sentent parfois impuissants face au système. Ils ont besoin de se protéger, d’être briefés ». Pour l’association, cette étape est aussi l’occasion de compléter ses statuts. Ainsi l’objectif de tendre vers une « consommation responsable » fait son apparition. De même que les impacts de nos achats sur l’environnement et la santé sont gravés noir sur blanc. Pour une meilleure proximité, des abonnés et des personnalités qualifiées seront intégrés au conseil d’administration national de l’association.

    L’an passé, les achats groupés d’énergie de l’association ont fait économiser à 160 000 consommateurs quelque 25 millions d’euros dont 509 000 euros à 3 111 Héraultais. Dans ce département, 1 598 litiges ont été traités en 2025 (90 000 en France). À l’avenir, les achats groupés d’énergie et les tests comparateurs de prix seront maintenus. De nouveaux services (application « Quel produit », nouvelle plateforme « Que Choisir réclamations ») sont déjà proposés. Parmi les futurs combats figurent l’encadrement strict du démarchage téléphonique, la traque des frais bancaires injustes, un meilleur accès aux soins, la lutte contre les clauses abusives ou encore la réduction des emballages plastiques.

    « Notre combat ne change pas mais nous souhaitons agir davantage sur le système », insiste le responsable communication, Claude Gaubert. Que Choisir ensemble qui se bat contre les projets de retenues d’eau du Département de l’Hérault, contre le projet de forage de la Castillonne à Montagnac ou encore les déserts médicaux et les pesticides, serait-elle anticapitaliste ? « Nous n’avons pas d’a priori anticapitaliste. Mais on considère qu’il existe des besoins et droits essentiels qui sont altérés par des déséquilibres », répond Gilbert Rieu. Et Claude Gaubert de conclure. « Savoir choisir, c’est savoir dire stop. »

  • Hydrogène : un conduit XXL jusqu’à Barcelone

    Hydrogène : un conduit XXL jusqu’à Barcelone

    Ils promettent « une infrastructure stratégique transfrontalière pour l’hydrogène en Europe » dans laquelle Fos-sur-Mer aura toute sa place. Réunis sous la bannière du consortium H2Med, les sociétés espagnole Enagas et françaises NaTran et Teréga présentent leur projet BarMar à la population, ce mercredi, à l’occasion de l’ouverture de la concertation publique, qui s’achèvera le 6 juillet.

    BarMar, pour Barcelone et Marseille. Pourtant, c’est bien à Fos-sur-Mer, dans la zone du Caban, que cette canalisation sous-marine XXL devrait vraisemblablement arriver. Longue de 400 km, elle aura une capacité de transmission de 2 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable par an, d’ici 2032, soit « un quart de la consommation actuelle en Europe », précise le secrétaire général du projet, François Dedieu. Une station de compression sera installée sur la péninsule ibérique pour collecter la molécule et la pousser dans le tuyau d’un mètre de diamètre, posé dans le fond de la mer, à 120 m de profondeur maximum.

    Une autoroute énergétique prioritaire

    À l’origine du projet, un constat : le Portugal et l’Espagne augmentent significativement leurs capacités de production d’énergie solaire et éolienne et prévoient d’exporter plus de 1,6 million de tonnes d’hydrogène par an, d’ici 2030, « à des prix compétitifs ». De l’autre côté, la demande de certains pays européens, au premier rang desquels la France et l’Allemagne, devrait augmenter.

    « Ce projet répond à deux enjeux : celui de la décarbonation, puisque l’hydrogène renouvelable va contribuer au remplacement des énergies fossiles dans l’industrie ; mais aussi celui de la résilience et de la souveraineté du territoire, puisqu’il va permettre de remplacer les importations par des productions européennes », note François Dedieu.

    Dans les quantités projetées, l’hydrogène vert transporté par BarMar doit permettre d’éviter 1 à 2 milliards de tonnes de CO2 sur la durée de vie de l’installation. « Le bilan carbone de la construction de l’infrastructure représente 0,1% de cette prévision », affirme-t-il. BarMar s’inscrit dans le programme H2Med. Il a été désigné comme une autoroute énergétique prioritaire et reconnue par la Commission européenne comme l’un des projets d’infrastructure hydrogène les plus avancés en Europe. Un statut qui lui permet de bénéficier d’une procédure d’autorisation accélérée.

    Cette canalisation doit « faire émerger tout un tas d’infrastructures hydrogène dans le sud de la France », en se connectant à HySoW, projet qui vise à créer une dorsale de 670 km d’installations de stockage en région Occitanie, reliant les principaux pôles industriels de Bordeaux, Lacq, Toulouse et Port-la-Nouvelle, mais également à Hy-Fen, côté Rhône, et HYnframed, vers Manosque.

    Localement, beaucoup d’acteurs pourraient être alimentés dans le bassin de Fos. « Nous sommes soumis à des contrats de confidentialité, mais les principaux secteurs consommateurs sont la pétrochimie, la chimie et la production d’ammoniaque, confie François Dedieu. Les nouvelles activités comme la production d’acier bas carbone ou de carburants de synthèse en auront aussi besoin. »

    Pour le moment, H2Med est « en plein dans les études environnementales pour avoir un état initial de l’environnement bien détaillé », détaille Thomas Aüllo, directeur du projet BarMar. Mais il annonce déjà que le projet sera « neutre » en phase d’opération. La décision finale d’investissement devrait être donnée en 2029.

  • L’Occitane ouvre son usine aux visiteurs

    L’Occitane ouvre son usine aux visiteurs

    Ouvrir son usine aux visiteurs et leur faire découvrir le processus de fabrication : c’est ce qui a poussé L’Occitane en Provence à inaugurer un nouveau parcours de visite de sa manufacture de Manosque. « Nous avons fait le choix d’ouvrir nos portes au grand public dans un souci de transparence, attendue par le consommateur aujourd’hui », explique Camille Eyraud, cheffe de projet. En suivant le parcours, les visiteurs découvrent d’abord la zone de stockage, un énorme entrepôt de 5 000m2 où sont stockées les matières premières en grosses quantités, avant d’être amenées en production.

    L’histoire de L’Occitane et les sources d’inspiration de son fondateur, Olivier Baussan, sont également racontées au long du parcours de visite. L’accent est mis sur l’importance des rencontres qui l’ont poussé à fonder l’entreprise de cosmétique. « L’agriculteur qui lui a vendu son premier alambic a été un élément déclencheur », décrit Camille Eyraud, tout comme le maître savonnier qui n’avait pas de descendance et lui a donné ses premiers savons et machines, « une rencontre décisive ». Dans les années 1990, la rencontre avec un homme d’affaires autrichien pousse Olivier Baussan à ouvrir des boutiques à Hong Kong, New York ou encore Tokyo, raconte Olivier Dellac, guide de la visite. L’Occitane compte désormais à peu près 3 000 boutiques dans 90 pays.

    Le visiteur peut ensuite apercevoir les salles et les engins de pesée, où travaillent douze peseurs. « Il faut respecter le processus de pesée au milligramme près, sinon on perd et jette les matières premières », témoigne Fathi Kedir dans une vidéo.

    Des tests sur des dons

    de peau

    Lors de la visite, Jean-Charles Lhommet, le directeur de la recherche, a insisté sur la lutte contre le réchauffement climatique, le travail en collaboration avec les producteurs et agriculteurs et l’agroécologie. « Il faut enrichir le sol en même temps qu’on le cultive », a-t-il avancé. L’Occitane travaille « en étroite collaboration » avec des coopératives de femmes au Burkina Faso et au Ghana pour s’approvisionner en karité.

    Pour tester et élaborer ses produits anti-âge, L’Occitane travaille avec de véritables peaux et cheveux issus de dons de chirurgie esthétique, a expliqué Valentine Bouvier, en charge de la valorisation des produits. Dans ses laboratoires de biologie cutanée, l’entreprise « cherche à comprendre comment se passe le vieillissement cutané », précise Valérie Cenizo, docteure en biologie, dans une vidéo projetée pendant la visite. L’Occitane utilise également des modèles de peau reconstruite de manière artificielle en laboratoire pour prédire les effets de ses produits. « L’idée est de comprendre les mécanismes naturels de la peau et des cheveux », relate Valentine Bouvier. Les travailleurs s’attèlent aussi à analyser la composition moléculaire de chaque extrait utilisé, afin de superposer des huiles essentielles complémentaires. Certaines formules demandent plus de 500 essais.

    800 personnes travaillent au sein de la manufacture, dont 200 au centre de recherche et de développement. Environ 60 millions d’unités de produits y sont produites. C’est l’une des deux manufactures de L’Occitane : une autre se trouve en Ardèche et emploie 200 personnes. « La palettisation est réalisée par un bras automatisé, ce qui supprime le port de charge humain », explique Samira Ouzaina, conductrice de ligne, dans une vidéo.

    L’Occitane travaille également avec l’organisation de lutte contre la pollution plastique en mer et de valorisation des déchets plastiques Plastic Odyssey. L’entreprise a financé son expédition en mer, qui s’est achevée à Marseille il y a quelques jours.

    À la fin du parcours, une exposition retrace les produits et les emballages de L’Occitane au fil du temps, dont certains sont inspirés des tubes de gouache de la mère du fondateur Olivier Baussan, qui était artiste.

    La nouvelle boutique, « complètement repensée » et « entièrement rénovée », a également été présentée. On peut y faire analyser sa peau à l’aide de caméras, se faire conseiller sur les soins adaptés et se faire masser.

  • Un concours pour encourager les projets solidaires

    Un concours pour encourager les projets solidaires

    Depuis 2015, l’ESS France récompense chaque année les actions des entreprises et associations qui répondent aux enjeux quotidiens auxquels est confronté le pays. « Insertion, maladie, violences faites aux femmes… Le prix est décerné aux projets qui servent l’intérêt commun », explique Denis Philippe, président de la Chambre régionale des entreprises de l’ESS Paca.

    Après sélection des meilleurs dossiers, la structure lauréate du prix national se verra remettre une récompense de 5 000 euros et bénéficiera de la création d’une vidéo de promotion. Un dispositif national qui incite les structures à « organiser leur modèle économique sans perdre de vue le sens de leurs actions », précise le président. Une démarche « qui s’inscrit dans les valeurs affichées à long terme par la chambre de l’ESS, déjà à l’époque, porteuse de projets comme les tickets-restaurants et les services civiques », poursuit-il.

    Savoir s’adapter

    Initiatrice du projet, la Cress Paca en profite pour lancer son concours régional, financé par la Région Sud. Un programme que Denis Philippe estime « capital » en temps de crise : « C’est une opportunité pour nos acteurs de l’innovation de résister, savoir se réinventer face aux nouveaux besoins du territoire comme la transition écologique. » Favoriser un modèle d’entrepreneuriat plus inclusif et résilient, qui prend en compte les changements sociaux et environnementaux, est l’une des priorités du président. « Nous sommes encore en pleine organisation, mais ouvrirons dans quelques jours notre saison d’appel à projets pour le concours régional. Nous attendons avec hâte les projets innovants qui sauront répondre aux problématiques locales », conclut le président.