Les pêcheurs s’adaptent à la hausse des carburants

La guerre en Iran et la flambée des prix du carburant coulent les artisans pêcheurs, une profession déjà fragilisée. « Ça nous tue ! », s’exclame Karine, pêcheuse et commerçante sur le Vieux-Port de Marseille depuis 10 ans. « On est en colère parce que nous, les pauvres pêcheurs, quand on a quelques poissons, ça ne paye plus le gasoil dont on a besoin. »

En mars dernier, Franceinfo relevait que si le prix au litre dépasse la barre symbolique d’un euro, les pêcheurs travaillent à perte. En l’espace de trois mois, le prix du sans-plomb 98 a augmenté de 26 centimes environ. Lors d’une sortie, les pointus consomment entre 20 et 120 litres de gasoil en fonction de leur taille. Ce qui veut dire 42 à 253 euros dépensés par pêche. « Ah bah, moi, j’ai acheté deux rames ! », rétorque cyniquement Dominique, pêcheur depuis 40 ans.

Seuls en mer

Alors, quelles sont les solutions ? Pour Karine, il s’agit de moins sortir en mer ou diminuer la vitesse. Pour Dominique, augmenter le prix des poissons à la vente. Pour l’un comme pour l’autre, ces adaptations les condamnent forcément à une baisse de profit.

Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche, se dit attentive à la problématique des pécheurs : « Je me félicite du prolongement des aides au carburant pour les pêcheurs au mois de mai, avec un soutien supplémentaire à la hauteur de 10 à 15 centimes par litre de carburant », a-t-elle publié sur son compte Linkedin, la semaine passée.

Déjà en 2024, le gouvernement avait proposé une remise de 20 centimes par litre de carburant. Des moyens censés atténuer les effets de la crise dans la trésorerie.

La réalité est pourtant tout autre sur le port de Marseille. Aux yeux de Dominique, il y a les victimes de la situation et ceux qui en bénéficient. Comme le gouvernement qui, selon lui, profiterait de cette crise : « Ils n’ont fait que du bénéfice au gouvernement. Ils ont dit qu’ils allaient redistribuer, mais ils se sont rempli les poches », lâche-t-il, presque blasé.

Les pêcheurs disent se sentir abandonnés par l’État. La concurrence est devenue plus rude et les espaces de dialogues sont inexistants, selon Karine : « Il y a quelques années, quand il y avait des soucis ou des problèmes, les pêcheurs se réunissaient. Maintenant, on ne fait plus rien. » À leur détresse économique s’ajoute un silence institutionnel : selon certains, peu de structures relaient leurs difficultés. Contactées par La Marseillaise, les prud’homies de pêcheurs de la région n’ont pas donné suite. Sur Facebook, en avril dernier, le Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins dénonçait un manque d’action : « Le gouvernement doit aller plus loin et ajuster les mesures, au plus près de la réalité des niveaux de prix, car les acteurs de terrain attendent de la visibilité au-delà de la mi-avril. »

Dominique a vu les conditions de travail s’aggraver au fil des années et se dit très pessimiste pour l’avenir de la profession : « Il y a quatre fois moins de pêcheurs qu’avant. C’est un métier qui va disparaître, c’est sûr. »

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