Category: economie

  • Guerre d’hélicoptères sur le toit du Samu

    Guerre d’hélicoptères sur le toit du Samu

    Chaque jour, les hélicoptères jaunes du Samu interviennent six fois en moyenne dans la région. Mais loin des enjeux de santé publique et des vies sauvées, c’est dans les bourrasques d’une guerre commerciale que sont désormais pris les engins. Saisi par le groupe britannique Babcock, le tribunal administratif de Marseille a ainsi décidé, vendredi, de maintenir son annulation de l’appel d’offres lancé par le groupement hospitalier de territoire des Hôpitaux de Provence pour les transports sanitaires héliportés. Un marché d’un montant pouvant aller jusqu’à 104 millions d’euros sur huit ans.

    La procédure avait été lancée au mois de février dernier pour renouveler ce marché, attribué en février 2019 au groupe Babcock, dont la filiale française est installée au Cannet-des-Maures, dans le Var. Détenue par des fonds d’investissement internationaux, la société opère aujourd’hui les hélicoptères du Samu pour les centres hospitaliers de Marseille, Nice, Gap, Toulon et Avignon, à raison de 2 300 missions annuelles et un coût compris entre 11 et 13 millions d’euros par an. Le groupe avait candidaté pour poursuivre l’activité, tandis qu’une autre offre avait été déposée par le leader européen, le Savoyard SAF Hélicoptères, racheté en 2025 par des fonds d’investissement britanniques et italiens.

    Pertes économiques

    Mais, le 30 avril, le troisième acteur du secteur, Mont Blanc hélicoptères, avait réclamé l’annulation de la procédure, en reprochant des délais trop brefs pour pouvoir obtenir les cinq hélicoptères nécessaires. Certes pour le groupement hospitalier territorial, ces délais « se situent dans la moyenne haute de ceux prévus dans d’autres marchés comparables au niveau national ». Mais face à des délais de livraisons de neuf mois pour les appareils neufs, jusqu’à 36 mois pour les Airbus H145 nécessaires pour les hôpitaux de Marseille, Nice et Digne, les opérateurs ne pouvaient candidater avec de nouveaux appareils, « sauf à avoir commandé ces hélicoptères antérieurement à la procédure de passation, ce que le pouvoir adjudicateur ne peut exiger », objectait le tribunal. Alors que le 26 juin dernier, il ordonnait l’annulation de la procédure. Une décision maintenue malgré les réclamations successives de SAF Hélicoptères et Babcock France. Sans conséquence sur les secours : « Le marché actuel sera prolongé jusqu’au déploiement du nouveau marché », explique le groupement hospitalier. Le cahier des charges, lui, sera relancé prochainement, en prenant en compte les attendus du jugement.

    Cette bataille procédurale – que les trois acteurs du marché ont déjà menée sans succès à Lyon, Clermont-Ferrand, Montpellier, Brest ou Cayenne – révèle surtout les tensions du secteur. Le 7 juillet, la députée (PS) de Côte-d’Or, Océane Godard, alertait ainsi sur « un risque réel de cessation d’activité à court ou moyen terme ». « Avec l’ouverture à la concurrence, dans les années 2010, des appels d’offres fondés sur le seul critère du coût [ont] conduit à une compression durable des marges », pointait-elle dans une question écrite, alors que l’essor du marché militaire a augmenté le coût d’acquisition et d’exploitation des hélicoptères. Résultat : en 2024, SAF Hélicoptères essuyait 1,6 million d’euros de pertes, contre 6,2 millions d’euros pour Babcock France. Les équipages des hélicoptères avaient même mené une grève historique, en mai 2025, dénonçant des salaires bien inférieurs à la moyenne européenne face à la compression des coûts. « La plupart des opérateurs français sont en réalité gérés par des fonds de pension, qui s’inscrivent dans une recherche permanente de profitabilité », dénonçait un an plus tôt la Garde médicale aérienne française, s’inquiétant des conséquences sur la sécurité des vols. Elle réclamait la mise en place d’un modèle associatif sous délégation de service public pour « désamorcer une bombe qui ne saurait tarder à exploser ».

  • L’Europe prise à son propre piège sur la viande du Brésil

    L’Europe prise à son propre piège sur la viande du Brésil

    Après avoir conclu un accord de « libre-échange » avec le grand pays d’Amérique latine, l’Union européenne commence à se mordre les doigts et va suspendre à partir de jeudi les importations de volaille et de bœuf brésiliens, a indiqué Bruxelles, qui attend des garanties du Brésil sur le respect de ses règles sanitaires.

    À ce stade, la Commission européenne reproche au Brésil de ne pas avoir apporté de garanties suffisantes sur la conformité de ses produits avec les règles européennes contre l’utilisation abusive d’antibiotiques dans l’élevage. « Le Brésil est un partenaire important de l’UE et nous travaillons étroitement, de manière constructive et positive, avec les autorités brésiliennes afin d’assurer leur conformité à ces exigences. Une fois cette conformité démontrée, les exportations vers l’UE pourront reprendre », a précisé une porte-parole de l’exécutif européen.

    La suspension des importations brésiliennes concerne aussi les œufs et le miel. Bruxelles n’a pas souhaité donner de calendrier pour la reprise des importations. Sollicité par l’AFP, le gouvernement brésilien n’a pas commenté l’annonce dans l’immédiat, bien qu’il ait fait valoir en mai qu’il « prendrait rapidement » toutes les mesures nécessaires pour que le commerce reprenne. Concernant la volaille et le miel, un audit est en cours et doit s’achever vendredi. S’il s’avérait concluant et que les pays européens donnent leur feu vert, les exportations de volaille brésilienne vers l’UE pourraient de nouveau être autorisées dans les semaines qui viennent. Les délais pourraient en revanche être plus longs pour le bœuf. « En raison de la durée des cycles de production selon les espèces animales concernées, la date à partir de laquelle le Brésil pourrait être en mesure de certifier sa conformité aux exigences de l’UE varie selon les filières », précise ainsi la Commission européenne.

    L’UE veut donner des gages de sa vigilance, alors qu’elle a été vivement critiquée par le secteur agricole et la France après avoir signé en janvier 2026 un accord de libre-échange avec les pays latino-américains du Mercosur : Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay.

    « Un éleveur européen

    n’a aucun moyen

    de rivaliser avec moi »

    Le Brésil a été retiré en mai d’une liste de pays respectant les règles de l’UE relatives à l’utilisation intensive d’antibiotiques dans l’élevage, sous la pression de ce secteur après la signature de cet accord.

    En 2025, le Brésil était le deuxième exportateur vers l’UE de viande bovine, avec plus de 92 000 tonnes de produits bovins, représentant plus de 713 millions d’euros. « Un éleveur européen n’a aucun moyen de rivaliser avec moi » et si les gouvernements « importent de la viande bon marché, ils vont anéantir l’agriculture de leur pays », a déclaré à Carlos Roberto dos Santos, un éleveur de Barretos, dans l’État de São Paulo (sud-est). Le produit qu’il utilise pour ses bêtes les « aide à digérer l’herbe » pour qu’elles prennent « plus de poids, il ne sert pas à traiter une maladie », admet-il.

    Selon les règles européennes, l’utilisation d’antimicrobiens en élevage dans le but de favoriser la croissance ou d’augmenter les rendements est interdite. Ces mesures font partie d’une politique européenne visant à lutter contre la résistance des microbes aux médicaments, en évitant les recours inutiles aux traitements antibiotiques.

    D’après l’Organisation mondiale de la Santé, les superbactéries résistantes aux antimicrobiens (RAM) sont directement responsables de plus d’un million de décès et contribuent à près de cinq millions de morts supplémentaires chaque année.

  • À Marseille, le data center de Saint-Louis s’ouvre au débat

    À Marseille, le data center de Saint-Louis s’ouvre au débat

    Les premières contributions sont déjà publiées sur le registre mis en ligne, toutes négatives pour l’instant. Depuis le 24 août est ouverte l’enquête publique pour l’installation, d’ici à la fin de l’année 2028 d’un nouveau centre de données à Marseille, sur les emprises de la friche de Saint-Louis Sucre (15e arr.). Un projet de taille : avec 300 millions d’euros d’investis pour une puissance de 20 mégawatts sur 21 900 m² de surface de plancher, il n’est dépassé à Marseille que par le MRS6 de Digital Realty en voie d’achèvement le long de l’A55. De quoi animer le débat, alors que se tient une première réunion publique ce jeudi, à 18h, en mairie de secteur.

    Un temps prévu pour accueillir une zone logistique, le site industriel historique dont il ne reste que l’activité de sucre liquide a finalement été destiné à accueillir les installations du martégal Provence Studio. « Ils n’avaient pas les reins assez solides pour pouvoir rénover la totalité du site et en faire quelque chose de viable, alors on nous a proposé de “backupper” ça par une activité qui pourrait aider à supporter le modèle économique, et donc un data center », retrace Guillaume Zaimeche, le directeur de projets d’Edged Enery, qui a remporté l’appel d’offres des studios au mois de mars 2025. En échange, la société devra payer un loyer sur cinquante ans à la Foncière Saint-Louis, la société montée par Provence Studios pour racheter le site, pour un montant inférieur aux 43 millions d’euros évoqués par nos confrères de Marsactu selon le directeur de projets, qui vante les synergies des deux projets : « Ils ont besoin de stocker, de traiter les rushs, de potentiellement faire de la création assistée par ordinateur ».

    Avis défavorables

    Face aux levées de boucliers des opposants, il présente un système de refroidissement « extrêmement efficient comparé aux autres », sans autre consommation d’eau que pour le nettoyage et les sanitaires, et sans nuisance sonore supplémentaire ni îlot de chaleur promet-il. Avec quarante emplois directs, le double en sous-traitance. Reste qu’avec une puissance projetée de 20 mégawatts, en plein quartier d’habitation, le centre de donnée dépasse allègrement le plafond de 12 mégawatts en « tissu urbain dense » inscrit dans les orientations d’aménagement de la Métropole (notre édition du 8 août). Des orientations qui restent un tigre de papier, faute de transcription dans les documents d’urbanisme. « Cela n’a pas attiré de problématique particulière puisque nous nous inscrivons dans l’orientation d’une revalorisation de friche industrielle », explique Guillaume Zaimeche.

    Un autre point a fait tiquer l’intercommunalité : la direction de l’aménagement des espaces publics a rendu un avis défavorable face à « l’impact significatif » sur l’extension du tramway, d’autant plus que les deux chantiers sont concomitants. « Les accès et l’implantation du projet sont incompatibles avec la refonte du plan de circulation », alertent les services face à la suppression de l’axe routier prévu entre la rue de Lyon et l’avenue Ibrahim-Ali. « Ils ont revu leur position », assure le directeur de projet. La direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) pointe de son côté l’impact paysager d’un bâtiment haut de 33 mètres. « Le site existant est plus haut que la façade », objecte Guillaume Zaimeche. Qui écarte de même les objections sur la compatibilité avec un réseau de chaleur, avec seulement 30°C manquants, où celles de l’Agence régionale de santé face à l’absence de mesures « afin d’éviter ou de réduire ses rejets atmosphériques ». « On installe un dispositif qui permet d’éliminer 80% des émissions d’oxydes d’azote », répond-il.

    L’enquête publique doit s’achever le 24 novembre.

    « On nous
    a proposé
    de backupper
    le projet
    de Provence Studios »

  • À La Ciotat, des restaurants poursuivis refusent de tirer le rideau

    À La Ciotat, des restaurants poursuivis refusent de tirer le rideau

    « La Préfecture reprend la syntaxe de l’enquête, alors qu’elle est pleine d’erreurs. On ne peut pas exiger une fermeture sur la base de soupçons, il faut des certitudes », s’est indigné Maitre Nicolaï Gregory, jeudi, devant le Tribunal administratif de Marseille, dans le cadre d’un plaidoyer pour demander la réouverture des restaurants cassidains Don Camillo et Dolce Vita, dans le viseur de la justice depuis quelques mois. Visés par enquête menée par le parquet de Marseille, la brigade de recherches d’Aubagne et le groupe interministériel de recherche (GIR) de Marseille pendant un an d’après La Provence, les établissements avaient été perquisitionnés en juin pour soupçons de blanchiment et travail dissimulé. Les enquêteurs estimaient alors, toujours selon La Provence, une dissimulation de recettes d’au moins 700 000 euros par an et par établissement. Les propriétaires avaient dans la foulée été placés sous contrôle judiciaire et ont été interdits de gérer leur structure. Mais, alors qu’aucun procès n’a encore eu lieu, la Préfecture des Bouches-du-Rhône a décidé de renforcer ses mesures de précaution en ordonnant leur fermeture administrative pour six mois, sur le fondement de la loi narcotrafic, dans le cadre de soupçons de blanchiment d’argent. De quoi pousser Maitre Nicolaï, avocat des deux structures, devant le Tribunal administratif à demander l’annulation de cet arrêté. « Les anciens responsables ont été écartés et c’est désormais un nouveau gérant qui s’occupe des structures et, malgré le harcèlement que lui imposent les forces de police, aucune infraction n’a été constatée, a-t-il souligné pendant l’audience. Et cette durée de six mois est folle, les restaurants ne pourront pas survivre. »

    La Préfecture entend

    « défendre l’économie »

    La représentante de la Préfecture a, sans surprise, maintenu ses positions, soulignant que les activités de blanchiment, répondant à un « système installé depuis plus de 10 ans d’après l’enquête », constituaient un danger pour l’équilibre de l’économie locale. « Le blanchiment ne se contente pas d’accompagner, il participe à la criminalité organisée, (…) ce qui justifie cette décision », a-t-elle par ailleurs souligné en introduction. À propos du changement de propriétaire, elle assure que la Préfecture ne l’a jamais directement mis en cause, mais insiste sur sa présence dans l’entreprise depuis 2024 et note « une forme de continuité » entre l’ancienne et la nouvelle équipe. Concernant le reste des employés, pour beaucoup venus en soutien lors de l’audience, une démarche interprétée par Maître Nicolaï comme preuve de l’absence de « traite des êtres humains » évoquée dans l’enquête, la Préfecture y voit, elle, une certaine logique. « Nombreux d’entre eux sont là depuis un moment et sont même accusés d’avoir participé aux infractions », a-t-elle asséné.

  • La liquidation du Grand prix du Castellet traîne encore

    La liquidation du Grand prix du Castellet traîne encore

    Plus de deux ans après la dissolution, par un arrêté préfectoral du 1er mars 2024, du groupement d’intérêt public (GIP) du Castellet, sa liquidation n’est toujours pas achevée. Ce mercredi, le GIP a donc de nouveau lancé un marché public pour trouver un liquidateur judiciaire, après déjà deux renouvellements successifs. Si l’essentiel des actifs a été cédé, « une dette fournisseurs très importante subsiste, dont le règlement est conditionné au versement d’avances par les collectivités membres des fonds nécessaires », alerte le cahier des charges.

    Malgré un accord partiel, « des différends existent au sein des membres du groupement qui n’ont pas permis à ce jour une extinction de la dette totale », alors même que le taux des intérêts moratoires « obère la dette de façon très significative chaque mois, rendant urgente une fin de liquidation ». Des nombreux contentieux sont ainsi en cours, dont certains « engagés par des membres du Groupement eux-mêmes » – le Département du Var et la Métropole de Toulon -, et s’y ajoute un contrôle de TVA également en cours. Le 23 juin dernier, la chambre régionale des comptes avait épinglé sa gestion, avec 103 millions d’euros de dépenses publiques pour organiser quatre épreuves de Formule 1 « sans que les retombées économiques soient avérées ».

    « Pouvoirs

    les plus étendus »

    Au 30 juin 2025, la dette de ce grand prix impulsé en 2017 par l’ex-président du conseil régional Christian Estrosi (Hor.) s’élevait à 35,7 millions d’euros que doivent notamment éponger la Chambre de commerce et d’industrie du Var et les collectivités locales, mais aussi les Métropoles de Nice et Aix-Marseille, le Département des Bouches-du-Rhône, la CCI régionale. « Le liquidateur sera investi des pouvoirs les plus étendus », indique le cahier des charges, avec une mission d’une durée prévue de neuf mois renouvelable deux mois.

  • À Marseille, les marchands du Soleil réclament une réouverture

    À Marseille, les marchands du Soleil réclament une réouverture

    « Ils ont mis tout le monde dans le même panier. On est dans la galère. Zéro euro ne rentre. On est pieds et poings liés. On ne demande pas l’aumône mais la dignité », s’insurge Salima Belkaid, jeudi matin, postée au pied du rideau fermé de l’historique Marché du Soleil (2e), vieux de plus de 40 ans. Fermé depuis le 2 février par arrêté préfectoral sur la base de la loi narcotrafic pour soupçon de blanchiment, le marché accueille depuis 1980 quelque 160 commerçants aujourd’hui sans solution pour poursuivre leur activité. « Les gens sont dans une telle difficulté financière, je ne comprends pas qu’on puisse laisser des familles entières dans cet état, poursuit Salima, mariée à un commerçant installé sur place depuis 38 ans. On ne nous considère pas, on ne fait même pas partie du décor, on fait comme si on n’existait pas. » Autour d’elle, les affiches tenues par les marchands venus manifester disent aussi le désarroi de tout un quartier : « Le marché du Soleil est le poumon de Marseille », « Les quartiers des 1er et 2e arrondissements sans l’ouverture sont morts », « Les commerçants [rue] Bon-Pasteur, place Marceau, rue d’Aix et Camille-Pelletan : nous sommes avec nos confrères Marché Soleil », lit-on sur quelques-unes d’entre elles. Zohra, qui dirige l’association Les bons samaritains, logée à la Belle de Mai (3e), espère elle aussi une réouverture très prochaine. « Les commerçants aident beaucoup l’association, notamment en fournissant des paniers repas que nous redistribuons ensuite aux personnes en difficulté, détaille-t-elle. Et puis on ne comprend pas pourquoi tout le monde paie pour quelques-uns… Il y a une forme d’injustice ».

    En attente du 7 septembre

    Sur place jeudi pour soutenir ses clients, l’avocat des commerçants promet d’engager prochainement des démarches pour demander la réouverture des lieux et des dédommagements pour les détaillants depuis 7 mois en perte brute. « Nous attendons le jugement du 7 septembre pour avancer. Ce qui est difficilement compréhensible c’est que tous ces gens soient punis alors qu’ils ne sont pas poursuivis par la justice », s’étonne-t-il.

    Fin juin, le Marché du Soleil avait été au cœur d’un retentissant procès devant le Tribunal correctionnel de Marseille, taxé par l’accusation d’être devenu le « temple de la contrefaçon ». En février, les douanes avaient saisi plus de 200 000 articles contrefaits d’une valeur estimée à 42 millions d’euros dans le dédale de l’institution marseillaise. La procureure avait requis, notamment, quatre ans de prison avec sursis contre Georges Dahan, propriétaire et fondateur du Marché, et une fermeture définitive des lieux. La décision est donc attendue le 7 septembre.

  • Chaleur et œnotourisme, le cocktail ne passe pas

    Chaleur et œnotourisme, le cocktail ne passe pas

    Deuxième département viticole de France et premier département touristique d’Occitanie, l’Hérault accueille chaque année de nombreux passionnés de vin dans le cadre de circuits œnologiques. Mais cette pratique touristique, relativement récente, se retrouve impactée lorsque le mercure s’affole.

    Face à des vagues de chaleur ponctuées par des épisodes caniculaires de plus en plus récurrents, la tendance est à la baisse de la fréquentation touristique dans les vignobles du département. « Il y a moins de gens dans les structures de visites, y compris chez les viticulteurs », explique Magali Boyer, chargée du développement touristique du Département de l’Hérault et responsable de l’Oenotour. Pour tenter de trouver la fraîcheur, les touristes boudent les activités de plein air au profit des musées ou encore des cinémas.

    Conséquences : la baisse des réservations de logements et la diminution du nombre de visiteurs. Un réel manque à gagner pour les structures touristiques, mais également pour les vignerons. Malgré leur fraîcheur, les visites de caves n’attirent pas plus. « Les gens n’ont pas forcément envie de déguster du vin quand il fait chaud », explique Magali Boyer. Une réalité qui peut conduire à une baisse des ventes de bouteilles, la dégustation facilitant l’achat.

    Une ouverture hors saison

    Certaines activités organisées autour des caves et des vignobles sont également impactées par ces chaleurs extrêmes. Le Département a d’ailleurs fait le choix de ne pas communiquer sur les circuits d’oenorando® et d’oenovélo au cours de la période estivale. « C’est quand même beaucoup plus agréable de se promener quand il fait une température correcte », ajoute Magali Boyer. Un choix qui permet de faire d’une pierre deux coups, dans des zones naturelles déjà fragilisées par la chaleur et en proie à un fort risque incendie.

    Du côté des solutions, le Département préconise une ouverture des caveaux et des visites en dehors des périodes de fortes chaleurs. Un certain nombre de vignerons héraultais ont déjà fait ce choix en organisant des circuits et visites au printemps et à l’automne. Les saisons habituellement moins touristiques et leurs vacances scolaires sont alors de nouvelles périodes cibles pour l’œnotourisme. « L’année dernière, il y a eu une bonne fréquentation touristique dans le département aux vacances de la Toussaint », lance Magali Boyer. Un élargissement des périodes d’ouverture au public difficile à assumer dans les petits vignobles familiaux.

    Outre la baisse de fréquentation des circuits, à confirmer à la fin de la saison, l’œnotourisme se confronte à la précocité des vendanges : « J’ai eu une dame qui était débordée parce qu’il fallait qu’elle gère d’un côté, les vendanges précoces et, de l’autre, les touristes », conclut Magali Boyer.

  • Une députée interpelle l’état sur la facture électronique

    Une députée interpelle l’état sur la facture électronique

    Alors que le passage aux factures électroniques est prévu pour mardi prochain, le 11 juillet dernier encore, Bercy indiquait que seules deux millions d’entreprises disposaient d’un accès à une plateforme agréée, pour près de dix millions d’acteurs concernés. À cette impréparation s’ajoute la crainte que les plateformes soient la cible de piratages informatiques, la récente cyberattaque mi-août contre la Direction des Finances Publiques (Dgfip) ayant montré les failles dans la protection des données fiscales en France.

    Compte tenu de ces inquiétudes, la députée des Hautes-Alpes, Marie-José Allemand (PS) a donc demandé au gouvernement de clarifier le coût réel d’accès aux différentes plateformes privées agréées pour les entreprises, mais aussi combien d’entre elles sont effectivement prêtes à date. Face au risque de cyberattaque et après que l’idée d’une plateforme publique unique ait été enterrée par l’État, la députée appelle celui-ci à indiquer combien de plateformes sont contrôlées par des acteurs français, européens et extra-européens, ainsi qu’à présenter les garanties mises en œuvre face aux législations extraterritoriales.

    Une opacité et un flou

    qui inquiètent

    « L’État impose cette réforme : il doit donc nous dire combien elle coûte, qui contrôle les intermédiaires auxquels nos entreprises devront confier leurs données et si tout le monde est réellement prêt. C’est exactement à cela que sert le contrôle parlementaire », insiste la députée, qui appelle à ce que la mise en œuvre de la réforme fasse l’objet d’un suivi parlementaire après son entrée en vigueur.

  • Le tourisme comme moteur économique en plein essor

    Le tourisme comme moteur économique en plein essor

    À l’embouchure du Rhône, entre terre, mer et fleuve, Port-Saint-Louis-du-Rhône est l’une des portes d’entrée de la Camargue. Érigée en municipalité distincte des territoires d’Arles et de Fos-sur-Mer en 1904, cette commune du bout du monde s’est bâtie autour de son port de transbordement. Plus de 120 ans plus tard, elle se dessine un nouveau visage en se tournant vers le tourisme, sans oublier son héritage. « Nous assumons pleinement cette histoire industrielle et maritime en la transformant en atout touristique », souligne l’adjointe au maire déléguée à l’attractivité Marion Castellani.

    Observation des flamants roses, plages naturelles, salins, randonnée, vélo, navigation entre Rhône et Méditerranée, découverte des métiers de la pêche, visite des sites portuaires et industriels en activité… La programmation, qui met en valeur les traditions camarguaises et provençales, tout comme le patrimoine ouvrier, porte ses fruits. « Port-Saint-Louis-du-Rhône confirme sa montée en puissance comme destination de nature, de littoral et de tourisme itinérant », poursuit l’élue. L’Office de Tourisme accueille chaque année plus de 5 000 visiteurs dans ses locaux, « un chiffre qui ne cesse de progresser », précise la directrice Mandy Girard-Marin. L’aire de camping-car, inaugurée en 2022, permet à elle seule d’accueillir près de 10 000 visites.

    Un tourisme

    quatre saisons

    Si la clientèle est majoritairement française (principalement issue de la région Sud, de l’Île-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes), la Via Rhôna offre une visibilité européenne à Port-Saint-Louis-du-Rhône, située au terme du parcours reliant le lac Léman à la Méditerranée, avec des touristes venant d’Allemagne, des Pays-Bas ou encore d’Italie.

    Deux ports de plaisance, le port central et un partenariat avec des compagnies de tourisme fluvial permettent également d’accueillir une clientèle plus internationale. « Les Américains, les Canadiens et les Australiens », amateurs de balades sur le Rhône, sont particulièrement représentés. La Ville travaille à la création de nouvelles escales dans le cadre de la démarche Provence fluviale. Le futur Pôle Nautisme Mer, avec la réhabilitation des 300 hectares de la Presqu’Île du Mazet, doit renforcer l’accueil des plaisanciers, avec la création de 4 500 places à sec et à flot, tout en promouvant les métiers maritimes. « Ce projet repose sur deux principes : développer des activités écoresponsables et réinvestir intelligemment les friches pour valoriser le foncier disponible sans artificialisation inutile », précise Marion Castellani. Avec un objectif : « Allonger les durées de séjour tout en développant une activité touristique plus étalée sur l’année ». Le chiffre d’affaires est évalué à 220 millions d’euros, avec 570 emplois attendus à la clef.

  • Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Dans le verre aussi, le thermomètre laisse sa trace. Avec les fortes chaleurs, le raisin mûrit plus vite et les vendanges s’avancent, mais dans les caves gardoises, l’objectif n’est pas forcément de laisser grimper le sucre et l’alcool. Pour le cru 2026, les vignerons cherchent surtout à préserver la fraîcheur, le fruit et l’équilibre, tout en composant avec un marché aux attentes changeantes.

    Le constat est déjà visible dans les vignes. En 2026, les vendanges ont commencé avec cinq à six jours d’avance sur l’an dernier et, sur certains cépages précoces, parfois dès le début du mois d’août. « Il y a une maturité qui est globalement avancée », constate Denis Verdier, président des vins IGP du Gard. Il rappelle qu’il y a une dizaine d’années, les premières récoltes démarraient plutôt au début du mois de septembre. Cette précocité ne change pas seulement le calendrier. Elle modifie aussi le profil du raisin. Plus il mûrit, plus sa teneur en sucre augmente. Or, « le sucre fait l’alcool », résume Denis Verdier. Avec des températures élevées, les raisins peuvent donc atteindre rapidement des degrés importants. Mais ce n’est justement pas toujours ce que recherchent aujourd’hui les vignerons.

    Pour les blancs et les rosés, la tendance va plutôt vers des vins frais, fruités et moins alcoolisés. « Les vignerons n’attendent pas une surmaturité avec des degrés importants, des 14 degrés ou plus que le climat pourrait leur donner », explique-t-il. Pour un sauvignon blanc, la récolte peut ainsi être déclenchée autour de 11,5 ou 12 degrés afin de conserver « une certaine fraîcheur et du fruit ». Même logique pour le rosé. Un grenache arrivé à pleine maturité peut afficher 14 ou 15 degrés. Pourtant, les producteurs peuvent choisir de le vendanger avant. « On préfère jouer une petite maturité, à 11,5, 12 degrés », explique Denis Verdier. Objectif : produire des rosés légers et fruités, adaptés à une consommation plus immédiate, « autour de l’apéritif, de la piscine et des tapas ».

    « Une alchimie un peu compliquée »

    La solution pourrait sembler évidente : vendanger plus tôt pour limiter le sucre, et donc le degré d’alcool. Dans les faits, c’est déjà ce que font les vignerons. Mais récolter plus tôt a aussi ses limites. « Faire des petits degrés, mais s’ils n’ont plus de goût, plus d’arômes… », prévient Denis Verdier. La maturité ne se résume pas à un chiffre : elle participe aussi aux arômes et à l’équilibre du vin. Dans sa cave coopérative, une cuvée à 9,5 ou 10 degrés a par exemple été testée. Une façon de répondre à la demande de vins plus légers. Mais « il ne suffit pas de dire qu’on enlève des degrés de sucre », insiste-t-il. « Ça a des incidences sur l’équilibre général du produit. C’est une alchimie un peu compliquée. »

    Le marché lui-même reste difficile à lire. Les consommateurs disent parfois vouloir boire plus léger, mais l’expérience ne confirme pas toujours cette envie. Denis Verdier raconte que certains clients, après avoir testé ces cuvées moins alcoolisées, sont revenus réclamer des vins plus classiques : « Arrête, laissez-moi ça tranquille, donnez-moi du vrai. » « C’est de l’innovation, on y va avec l’intelligence », sourit-il.

    Pour les rouges, la stratégie est différente. Cette fois, les producteurs cherchent davantage la pleine maturité. Il faut laisser le raisin se charger en sucre pour obtenir des vins autour de 13,5 ou 14 degrés, « plus structurés, plus longs en bouche ». Si la météo ne vient pas brutalement interrompre la maturation, Denis Verdier espère « des rouges structurés qui devraient tenir la route ».

    Le cru 2026 doit donc composer avec des attentes parfois contradictoires : tandis que le climat accélère la maturité et pousse les degrés vers le haut, une partie des consommateurs recherche des vins plus frais, plus légers ou se tourne vers les bulles et les cocktails. « Il y a toute une mosaïque de consommateurs qui ont des demandes différentes », résume Denis Verdier. Une évolution qui oblige le vignoble à s’adapter sans perdre son identité. Dans dix ou vingt ans, le vin gardois aura-t-il le même goût ? « Certainement pas », répond-il, tout en fixant une limite : préserver un vin « issu de la fermentation d’un raisin », dont l’essentiel des arômes vient toujours du fruit.