Category: culture

  • À Aix, un cirque grimpe les sommets du Grand Nord

    À Aix, un cirque grimpe les sommets du Grand Nord

    Grand aventurier avide d’explorer des contrées lointaines, le trampoliniste Mathurin Bolze saute de terre en terre. Cap pour cette fois-ci le grand Nord pour celui qui a conçu et mis en scène Immaqaa, ici peut-être, visible au Grand théâtre de Provence (GTP) vendredi 16 et samedi 17 janvier. À l’origine de ce cirque aérien dans lequel sept circassiens – voltigeurs, acrobates et autres trapézistes – s’escriment à monter des sommets, il « cherche à localiser notre Nord magnétique, c’est-à-dire partir vers nos propres confins », synthétise-t-il en images.

    « L’essence et l’essentiel »

    Tandis que les impérialistes de tous poils se disputent actuellement la conquête du Groenland, Mathurin Bolze entend, lui, « saisir l’essence et l’essentiel » du Grand Nord. En inuktitut, parmi les principales langues inuites, Immaqaa signifie « peut-être ». Comme le « peut-être du climat et de la glace, de la nuit infinie au jour vacillant ». Une incertitude proclamée au rythme d’une création musicale et sonore du compositeur-baroudeur Philippe Le Goff qui s’exprime dans ce spectacle « inspiré par la découverte d’un journal de bord d’explorateurs restés prisonniers de la banquise ». Une création son, lumières et vidéo retranscrivant cette ambiance polaire et une invitation au voyage et à la contemplation, tout autant qu’à la vigilance.

    Vendredi 16 et samedi 17 janvier à 20h. Entre 10 et 38 euros

  • Des balades artistiques à la découverte de l’Archipel de Thau

    Des balades artistiques à la découverte de l’Archipel de Thau

    Les « balades artistiques en Méditerranée » ont été impulsées en 2023, à l’occasion des 20 ans de l’agglomération sétoise. « L’idée était de matérialiser et de donner un sens poétique à cet anniversaire en réunissant les 14 communes qui forment ce territoire dans 4 parcours différents jalonnés de créations contemporaines », explique Salvador Garcia, directeur artistique du projet. 20 ans, 20 œuvres pour célébrer à la fois le dynamisme culturel d’un territoire où vivent et travaillent plus de 200 artistes et la beauté des espaces naturels et du patrimoine historique qui le constituent.

    Trois ans plus tard, 16 œuvres contemporaines, confiées pour certaines à des artistes du cru, ont fait leur apparition dans le paysage, en résonance avec l’environnement dans lequel elles s’inscrivent. Quatre sont encore à venir, dont deux seront installées ce mois-ci ou le prochain. « Ces créations, en dialogue avec des sites naturels ou architecturaux emblématiques, révèlent la beauté de notre patrimoine, accompagnent des projets urbains ou offrent un nouveau regard sur nos paysages », se félicite Loïc Linares, président de Sète Agglopôle Méditerranée. D’un montant de 2 millions d’euros, le projet a été financé par la collectivité à hauteur de 800 000 euros et a bénéficié d’une aide de 200 000 euros de l’État.

    Une application dédiée

    D’ores et déjà, les visiteurs peuvent se lancer à la découverte de ce musée à ciel ouvert à travers 4 parcours (« les versants de Thau » : Villeveyrac, Poussan, Montbazin, Gigean ; « les étangs » : Frontignan, Vic-la-Gardiole, Mireval ; « les rivages de Thau » : Marseillan, Mèze, Loupian, Bouzigues, Balaruc-le-Vieux, Balaruc-les-Bains ; et Sète, ville-île). Pour guider les curieux, l’office de tourisme intercommunal a conçu une application gratuite pour Android et Apple, intitulée « BAM » (pour « Balades Artistiques en Méditerranée »). Elle permet « de se situer dans les parcours, de repérer les différentes œuvres et d’écouter des entretiens avec les artistes tout en découvrant ou redécouvrant le patrimoine de l’Archipel de Thau. L’idée étant de parcourir ces circuits en modes doux, à vélo ou à pied », précise Salvador Garcia.

  • Le festival du documentaire revient au Mucem

    Le festival du documentaire revient au Mucem

    Le festival international Jean-Rouch, porté par le Comité du film ethnographique, revient pour une 11e édition au Mucem, jeudi et vendredi. Au programme, huit documentaires « avec une qualité narrative et de tournage », explique Aude Fanlo, responsable du département recherche et enseignement au Mucem.

    Une programmation « hors les murs », qui permet d’unifier les collections du Mucem avec des productions audiovisuelles. « J’ai le sentiment qu’on peut y voir deux langages qui nous défamiliarisent avec le flux d’information », campe Aude Fanlo. Cette année, le festival a reçu le soutien de la Cinémathèque du documentaire.

    Au cœur de la réflexion

    Parmi les œuvres proposées, le film Le Grand Tout, réalisé en 2025 par Aminatou Echard, sera projeté ce vendredi 16 janvier à 19h30. Ce documentaire retrace le voyage de la réalisatrice au Niger, en 2023. L’œuvre se présente comme une introspection de sa place de femme blanche et française dans un pays autrefois gangrené par la colonisation. Elle décide de s’y rendre, s’appuyant ainsi sur les travaux laissés par sa mère, ethnologue.

    « C’était l’histoire de Nicole [sa mère, Ndlr], pas la mienne », table Aminatou Echard dès les premières minutes du film. Son but n’est pas de se mettre à la place de l’ethnologue qu’était sa mère, explique la réalisatrice : « Je ne voulais pas du tout me mettre dans cette posture, car je suis très critique de cette place, de par ma nationalité et ma couleur de peau. » Sur le terrain, elle dit faire face à un problème. « Pourquoi leur parler d’une blanche qui a travaillé “sur eux” ? », s’interroge-t-elle.

    Elle témoigne de l’impossibilité, à ses yeux, à contourner son identité et essaie de déplacer cette conscience et interroge sa propre représentation. « J’aimerais que le film suscite la réflexion, qu’il fasse réfléchir et ne laisse pas au repos le spectateur », espère-t-elle.

    Du 15 au 16 janvier. Gratuit. Programme sur mucem.org

  • [Théâtre] « L’ange du foyer » brise le silence des féminicides à Ollioules

    [Théâtre] « L’ange du foyer » brise le silence des féminicides à Ollioules

    Elle ne cesse de labourer, depuis une vingtaine d’années, les champs de la famille et des marges. Après Les sœurs Macaluso, Bestie di scena, La Scorecata ou encore Misericordia, Emma Dante présente en première française, du jeudi 15 au samedi 17 janvier sur la scène du théâtre couvert de Châteauvallon, L’Angelo del Focolare. La dramaturge et metteur en scène italienne y ausculte encore la cellule familiale avec un spectacle traversé par les violences faites aux femmes. « Au sein d’une famille, un jour, la violence habituelle du mari envers sa femme se transforme en féminicide. La femme gît sur le sol, morte. Mais sa mort ne suffit pas : personne ne la croit », indique le programme de la scène nationale Châteauvallon Liberté. Un déni et une violence s’abattant sur elle, comme un jour sans fin. « Ainsi, la femme, tel l’ange du foyer, sera contrainte de se lever et de reprendre la même routine, nettoyant la maison, s’occupant des tâches ménagères, préparant les repas pour son fils et son mari, s’occupant de sa belle-mère âgée. Chaque matin, les membres de sa famille la trouvent morte et ne la croient pas. »

    « Nous faire avoir honte »

    « J’aime les corps défectueux, sur scène. Ils imposent une autre réalité, engendrent des situations précaires qui ont davantage à voir avec la vie », écrit dans sa note d’intention Emma Dante. Selon elle, le théâtre est un sanctuaire où pleurer, prier, s’indigner se soigner, ajoute cette femme de théâtre pour contextualiser L’Angelo del Focolare, « l’ange du foyer » en français. Sur le plateau, quatre comédiens incarnant les rôles familiaux, Leonarda Saffi, Giuditta Perriera, Ivano Picciallo et Davide Leone pour évoquer le silence pesant qui entoure les féminicides et parfois l’impasse de la banalité du mal.

    Un spectacle « entre la farce et la tragédie », résume le programme, qui constitue un « lieu d’émerveillement comme d’horreur », estime la dramaturge qui fait parler des corps et des esprits meurtris, hantés, en quête d’évasion d’une prison mentale qui ne dit pas son nom. Pour elle, « le corps doit parler plus que les mots », justifiant ainsi son utilisation pour la pièce de dialectes comme le napolitain et le palermitain, « langues des exclus et des pauvres qu’on ne comprend plus ».

    L’Angelo del Focolare, un spectacle qui entend briser le mur du silence des féminicides. Car le théâtre, explique Emma Dante, permet « l’enquête. On y surmonte ses peurs et on formule de nouvelles questions. Mais le théâtre est aussi un crime, comme disait Carmelo Bene [acteur, réalisateur et metteur en scène italien de la nouvelle avant-garde littéraire en Italie, 1937-2002, Ndlr]. Il doit faire mal, nous faire avoir honte de quelque chose d’injuste qui est sous nos yeux, mais que nous ne parvenons plus à voir. »

    Jeudi 15 et vendredi 16 janvier à 20h ainsi que samedi 17 janvier à 18h. Entre 5 et 30 euros

  • Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Le réalisateur Robert Guédiguian à l’Eden, à La Ciotat

    Alors que son prochain film Une femme aujourd’hui devrait sortir en salles au printemps ou à l’été prochain, Robert Guédiguian, cinéaste proche du monde ouvrier viendra à la rencontre du public samedi 17 janvier.

    Dans la plus ancienne salle de cinéma du monde, et ce n’est pas une exagération de langage, deux de ses films seront projetés.

    À 18h, La villa (2017), film en compétition à la Mostra de Venise fait se retrouver trois frères et sœur venus au chevet de leur père mal en point. L’intrigue se déroule dans une calanque, en hiver. Bientôt « la fratrie voit débarquer des militaires, à la recherche de migrants rescapés d’un naufrage… ». À 21h, Les neiges du Kilimandjaro (2011), film en compétition à Cannes en 2011, sélection Un certain regard, lauréat du Prix Lux 2011 du Parlement européen, sera diffusé. Le film met en scène Michel et Marie-Claire, couple heureux depuis trente ans, « fier de ses combats syndicaux et politiques. Ce bonheur vole en éclats avec leur porte-fenêtre devant deux jeunes hommes armés et masqués qui les frappent, les attachent, leur arrachent leurs alliances, et s’enfuient avec leurs cartes de crédit… ». Dans ces deux films, le réalisateur fait tourner ses acteurs fétiches : l’actrice (son épouse) Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. La soirée sera présentée par Isabelle Masson.

    Au cinéma L’Eden théâtre, boulevard Clemenceau. Pass soirée : 18 euros avec 2 films et une formule apéritive.

  • Au Cratère, à Alès, les Sea Girls cassent les codes du music-hall

    Au Cratère, à Alès, les Sea Girls cassent les codes du music-hall

    Découvrir ou redécouvrir la comédie musicale depuis les coulisses. Un pari audacieux qu’ont accepté de relever les Sea Girls, trois comédiennes qui font du Music-hall depuis vingt ans, avec leur spectacle « Dérapage ». Mis en scène par Pierre Guillois, à qui on doit le succès du cabaret de carton « Les Gros patinent bien » la saison dernière, le spectacle revendique une écriture contemporaine légère, grave, sociétale et intime. Les Sea Girls y abordent, en musique et avec humour, les prises de tête en tournée, la fatigue et les discriminations liées à l’âge que subissent les comédiennes autour de 50 ans. Les deux représentations auront lieu samedi 17 janvier à 21h et dimanche 18 à 17h au théâtre éphémère le Cratère à la Prairie (Champ de foire) à Alès.

    « Le spectateur se retrouve derrière le rideau de fond de scène, plongé dans l’univers à la fois drôle, tendre et sensible des Sea Girls, détaille Olivier Lataste, le directeur du Cratère. On assiste à une fusion entre la comédie musicale et le burlesque. » Un mélange des genres qui pourrait expliquer le retour du music-hall sur le devant de la scène ces dernières années.

    Starmania, La la land ou Wicked, autant d’œuvres au succès fulgurant qui ont su capter l’attention d’un public qui boudait le genre depuis plusieurs années. « Les spectateurs ont toujours été adeptes de théâtre, de danse et de concerts. Mixer les trois, c’est apporter la légèreté et le divertissement dont ils ont besoin, notamment en ce début d’année difficile », estime le directeur.

    Si la liberté employée dans la scénographie des comédies musicales d’aujourd’hui joue un rôle majeur dans leur succès retrouvé, selon Olivier Lataste, une modernisation du genre restait essentielle. « Ce qui me frappe surtout, ce sont les moyens techniques colossaux employés. Le spectateur vit un moment féerique. »

    Du côté des Sea Girls, pas d’entracte pyrotechnique ou d’effets spéciaux de synthèse, mais un axe narratif moderne et multigénérationnel. « Un public plus âgé va venir voir le spectacle pour le côté cabaret et burlesque. Mais un public plus jeune trouvera tout autant son compte avec un côté débridé et des prises de position qui tendent vers le féminisme », explique le directeur. « C’est un mélange des genres mais aussi un croisement des générations et des milieux sociaux. »

    Et grâce à l’expertise du metteur en scène Pierre Guillois, les surprises fusent, le côté décalé l’emporte et on retrouve une dérision dominante, comme dans son dernier spectacle.

    « Leur prospérité s’apparente à un cycle »

    Si on y réfléchit bien, depuis leur apparition au début du XXe siècle, les comédies musicales n’ont jamais quitté les planches ou le grand écran. En témoigne le succès du Roi lion au théâtre Mogador, renouvelé de nombreuses fois depuis 2007 et encore joué aujourd’hui. Pour Olivier Lataste, leur prospérité s’apparente à un cycle. « Peut-être que l’enthousiasme du public va redescendre, mais les music-halls reviendront toujours. La chanson n’a jamais cessé d’être populaire. Ça ne s’arrêtera pas aujourd’hui. »

    Billetterie sur lecratere.fr. Si complet, contactez le théâtre au 04.66.52.52.64. Des places peuvent se libérer. 30€ plein tarif, 19 € réduit.

  • [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    La Marseillaise : Quels sentiments vous habitent avec cette ressortie du film restauré en 4K ?

    Anaïs Carpita : Mon grand-père avait tourné des films, et notamment un, Le rendez-vous des quais, qui avait été censuré, perdu, disparu. Le film est ressorti une première fois en 1990. J’étais petite, mais cela m’avait beaucoup marqué car je l’avais vu au cinéma. Par la suite, j’ai découvert tous ses courts-métrages. Cela a bercé mon enfance et adolescence. Lors de la sortie de son deuxième long-métrage, Les sables mouvants, qu’il avait écrit a l’époque, mais n’est sorti qu’en 1996, j’étais adolescente. Pour Marche et rêve ! Les homards de l’utopie [2002], j’étais stagiaire assistante sur le tournage. J’avais 17 ans, je me préparais à la fac pour faire des études de cinéma. Je suis donc très émue. C’est beau d’avoir quelqu’un dans son entourage qui a essayé de vivre de son art : il a arrêté d’être instituteur pour se consacrer au cinéma. Savoir que c’est possible n’est pas étranger à ma vocation. Je garde toujours en tête ce que Ken Loach a dit, lors de la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990 : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens. »

    La ressortie du film en 4K et
    la restauration d’une partie de
    son œuvre redonne à Paul Carpita
    sa place en tant que cinéaste…

    A.C. : Oui, car il y a aussi des courts-métrages très beaux. Les gens vont les redécouvrir magnifiquement restaurés. Et l’idée, c’est de poursuivre ce mouvement grâce au CNC. Paul Carpita a tourné trois longs-métrages, mais aussi un quatrième, Rencontre à Varsovie. Il va être bientôt restauré. On souhaite pouvoir le sortir en salles, en faire une édition DVD avec ses œuvres presque complètes et que cela soit disponible en vidéo à la demande.

    Quel est le principal caractère révolutionnaire du film, selon vous ?

    A.C. : À la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990, on a beaucoup parlé de « chaînon manquant » entre le néoréalisme italien, qui filmait la classe ouvrière dans la rue, avec la Nouvelle vague, qui était un cinéma un peu plus bourgeois. Mais le réalisateur Pascal Tessaud, qui a signé un livre d’entretiens avec Paul Carpita en 2009, dit quelque chose de très juste : les réalisateurs du néoréalisme italien étaient des gens plutôt bien nés qui filmaient des histoires tragiques. Mais, dans Le rendez-vous des quais, mine de rien, même si deux frères se retrouvent chacun d’un côté de la barricade, on sait qu’ils vont se retrouver. La dernière phrase de dialogue du film, c’est : « Nos amis nous attendent. » Malgré la dureté de leur vie, il y a beaucoup de joie, d’optimisme et de solidarité.

    Si la méconnaissance de sa filmographie s’explique par la censure de 1955, pensez-vous qu’elle est aussi causée par un mépris de classe ?

    A.C. : Elle est multifactorielle. Ça vient du fait qu’il ne vienne pas du sérail du cinéma, qu’il tourne sans autorisation, qu’il n’ait pas fait d’école, qu’il vienne du sud… Dans ses différents entretiens, Paul Carpita évoque le montage du film à Paris. Il avait senti quelque chose d’assez méprisant sur les faux raccords. Au début, ils voulaient même couper la scène d’anniversaire de la petite à qui on offre un poupon. À Paris, ils ont trouvé ça naïf et risible. Idem pour la réplique de l’héroïne qui dit « oh ma permanente » quand elle va à l’eau. Pourtant, on n’a pas à être au-dessus de ses personnages. Ça reste une époque et des répliques vraies.

  • Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    « Une nouvelle page s’écrit », estiment, dans une émotion contenue, des membres de l’association Les camarades de Paul Carpita, en ce jeudi 8 janvier. Leur tour de force, celui de ressusciter en résolution d’image 4K un film exceptionnel, mais maudit, aurait pourtant mérité bien des effusions. L’objectif : montrer que Paul Carpita, cet instituteur, fils d’un docker et d’une poissonnière, entré par une effraction jubilatoire dans le monde du 7e art, « est un vrai cinéaste », affirme Claude Martino, une heure avant l’avant-première du Rendez-vous des quais, au cinéma La Baleine. « Sauf que ses films étaient en déshérence totale et improjetables », rappelle ce journaliste qui a noirci La Marseillaise de ses coups de plumes pendant 40 ans et fut l’ami de Carpita (1922-2009).

    Mais la ténacité des Camarades de Paul Carpita a eu raison de ces obstacles avec le Centre national du cinéma (CNC), qui a restauré numériquement son chef-d’œuvre, mais également certains de ses courts-métrages comme Marseille sans soleil, « peut-être le plus beau film jamais réalisé sur Marseille », affirme Bruno Jourdan, producteur et réalisateur, membre de l’association. Mais pour se rendre compte de leur tour de force, un flashback s’impose.

    Solidarité à toute épreuve

    « Le Rendez-vous des quais a été tourné dans un Marseille en proie à des tensions sociales. Après l’avoir présenté au cinéma Le Rex, nous décidons de montrer le film, le lendemain, aux dockers et à leurs familles. à ce moment, quelque chose d’extraordinaire et de dégoûtant se passe. Les camions de CRS investissent le quartier. La police fait irruption dans la salle de cinéma archi-comble et saisit les bobines du film dans la cabine de projection », se remémore Paul Carpita, en 1990, au moment de la ressortie d’un film qu’il croyait perdu.

    Ce drame non dénué d’humour, relatant le quotidien chiche, digne et solidaire d’un jeune couple d’ouvriers marseillais, sur fond de grande grève des dockers contre la guerre d’Indochine en 1949-1950, ressurgit à l’époque grâce à Jean Daniel, assistant de Carpita et ancien directeur de l’Alhambra. Il remet la main sur « deux copies saisies, encore sous scellés aux Archives de Bois d’Arcy ». Mais, à l’époque, « dans les articles de presse, tout le monde se raconte l’histoire de la censure, du film maudit », campe Claude Martino. Comme si sa légende tragique en avait occulté la qualité remarquable. Désormais, fini pareil silence, espère-t-il à propos de ce film tourné avec des comédiens non professionnels, « une caméra légère » et en extérieur. « Maintenant, on va parler des personnages, de la qualité des images, de ce qu’on n’avait pas pu véritablement sentir à l’époque. La malédiction était si puissante qu’on ne parlait que de ça », regrette à rebours cette bible sur pattes qui lui a consacré de nombreux écrits.

    Le rendez-vous des quais, ça fait l’effet d’une claque. Un taquet asséné façon Robert Fournier, docker étranglé par la raréfaction du travail sur le port de Marseille, à Jo, le « jaune », briseur de grève qui lui fait miroiter un appartement en échange de sa docilité avec le patronat, lorsqu’il découvre la manigance. Pour le grand capital, l’idée de tourner la tête du frère d’une figure syndicale CGT du port pour discréditer le mouvement était trop belle. L’une des scènes marquantes de ce film que Paul Carpita réalise entre 1950 et 1953, avec lignes de fuites et poésie lorgnant vers l’horizon ouvrier. Et des images d’un mouvement social et pacifiste qu’il capte alors dans la ville. Une histoire d’amour entre Robert et Marcelle, ouvrière dans une biscuiterie, face à leur entrée dans la vie maritale, freinés par le manque de moyens, alors que les dockers suivis par bien d’autres corporations, mènent une grève historique, les cercueils des appelés d’Indochine étant rapatriés à la pelle par bateaux. « En faisant ce film, je brûlais d’envie de témoigner de mon époque, de pousser un cri contre la guerre et de filmer les petites gens », a déclaré par le passé Paul Carpita.

    Un geste militant qui détonne dans le cinéma des années 1950, peu habitué à de tels héros. En 1989, le producteur Yves Rousset-Rouard qualifiera le film de « chaînon manquant » du cinéma français, rappelle Claude Martino. « Un film néoréaliste qui anticipe la Nouvelle vague ». « En tant que distributrice, confie malgré tout Cécile Farkas, dirigeante de la société Doriane films, un certain nombre de salles m’ont rétorqué que la réputation du film était illustre, mais que sa qualité était amateur. » Un mépris de classe dont les Camarades de Paul Carpita ont eu raison.

    Les séances programmées pour l’instant dans la région

    Jeudi 15 janvier. Au cinéma Le Royal à Toulon, en présence de Claude Martino en soirée.

    Vendredi 16 janvier. Au Ciné89 de Berre-l’Etang, à 19h, en présence d’Anaïs Carpita.

    Samedi 17 janvier. Dans la salle « Paul Carpita » du cinéma Le Clap, à Bollène, à 17h30, en présence d’Anaïs Carpita.

    Dimanche 18 janvier. Au cinéma La Baleine, à Marseille, à 16h, en présence d’Anaïs Carpita. La projection d’autres courts et moyens-métrages de Paul Carpita est également prévue.

    Du 21 au 27 janvier. À l’affiche du cinéma Le Royal, à Toulon.

    Mercredi 4 février. Au cinéma Olbia de Hyères, en présence de Claude Martino. Avec la projection d’autres courts-métrages.

    Les 6 et 7 février. Dans la salle marseillaise du Vidéodrome2. Projection d’autres courts-métrages tels que Marseille sans soleil ou Graines dans le vent.

  • [Festival] Envolées poétiques des corps dans les Bouches-du-Rhône

    [Festival] Envolées poétiques des corps dans les Bouches-du-Rhône

    Depuis son centre névralgique marseillais, en passant par Port-Saint-Louis-du-Rhône jusqu’à Aix-en-Provence et Aubagne, la 6e édition de l’Entre 2 Biac fait résonner le cirque à partir du jeudi 15 janvier. 25 spectacles au menu pendant un mois, à commencer par le spectacle Catharsis, de la compagnie Les Complémentaires, qui « travaille autour de la relation à deux avec le cadre coréen [un porteur, accroché à un cadre et suspendu dans le vide, propulse son partenaire voltigeur, Ndlr] », campent Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara, organisateurs de l’événement et directeur d’Archaos, compagnie symbole du renouveau du cirque contemporain dans les années 1990, devenu un Pôle national du cirque établi dans le quartier de la Cabucelle où se jouera ce spectacle. Conçu par la compagnie SCoM, Baoum ! lui emboîtera le pas. En direction de la jeunesse, une création émaillée de cirque et de beatbox explorant « le lien entre le mouvement du son et du corps ainsi que ses limites », situe Martin Gillet, du Forum de Berre, terre d’élection de cette forme.

    Échappées belles

    Parmi les autres temps forts de l’Entre 2 Biac, Fora, d’Alice Rende, qui sillonnera successivement la scène de la Gare Franche, à Marseille, du Théâtre de Pertuis, du Sémaphore de Port-de-Bouc, et de Fontblanche, à Vitrolles. Cette artiste détonante y repousse les lois de la physique, se débattant dans une boîte étroite en plexiglass pour s’en échapper, métaphore de la condition de la femme dont elle brise les carcans, comme le résume cette contorsionniste italo-brésilienne installée à Marseille. Du côté d’Aix, au Théâtre du Bois de l’Aune, Camille Boitel et Sève Bernard croiseront quant à eux cirque, danse et performance « pour montrer l’effort du corps poussé à l’extrême dans une poésie du chaos », évoque le directeur des lieux, Patrick Ranchain.

  • Immersion dans « Ma part de Nîmes » de Philippe Ibart

    Immersion dans « Ma part de Nîmes » de Philippe Ibart

    « Ma part de Nîmes”, c’est des visages de la ville dans son quotidien, au fil des ans et des saisons, dans ses lieux de rencontres ou de solitudes urbaines », présente Philippe Ibars dont le travail photographique sur la ville est présenté jusqu’au 24 janvier au Prolé.

    À travers la trentaine d’images exposées, le photographe professionnel nîmois, qui expose également sur les murs des couloirs et de la salle polyvalente du lycée CCI du Gard, propose une déambulation sensible dans la ville. Sans message revendiqué ni intention démonstrative, ses photos invitent à faire une pause, à regarder autrement les scènes du quotidien.

    Les visages de la ville

    Dans chaque scène, des personnes habitent l’image et la ville respire. Juste des humains dans la ville. Philippe Ibart n’a d’autre prétention que de regarder la vie telle qu’elle se déroule. « Il y a toujours un peu de poésie dans le banal, et s’il y a aussi une part de beauté, elle est, pour paraphraser Oscar Wilde, confondue dans les yeux de celui qui compose et de celui qui regarde l’image », livre-t-il.

    De la promenade Cervantes aux jardins de la fontaine en passant par le bâtiment de la CPAM, l’artiste nous transporte au gré de ses déambulations. Des lieux familiers, presque anodins, que l’on traverse souvent sans les voir. « C’est une banalité pour moi, j’ai vécu ici toute ma vie. Je connais cette voiture jaune, comme tous les gens de Nîmes. Mais voir la ville sur ces belles photos, ça fait plaisir », confie un habitué du café.

    L’exposition donne à voir Nîmes non comme un sujet à défendre ou à expliquer, mais comme un espace vécu, traversé, habité. Une ville regardée sans discours appuyé, où l’ordinaire devient matière à attention. Et peut-être, simplement, une invitation à lever les yeux sur ce qui est là.

    * 20 rue Jean-Reboul.

    Entrée libre.