Category: culture

  • Amel Bent : « Plus qu’un concert, c’est l’histoire d’une vie »

    Amel Bent : « Plus qu’un concert, c’est l’histoire d’une vie »

    La Marseillaise : Vous êtes de retour sur le devant de la scène après deux ans d’absence totale. Pourquoi avoir fait le choix de vous effacer ?

    Amel Bent : Ce n’était pas un choix, j’ai vécu un épisode familial douloureux avec la perte de ma mamie, notre taulière au moment où je commençais à entrer en studio pour un huitième album. Je n’ai donc pas du tout suivi les plans qui étaient prévus. J’ai passé des mois à la maison, coupée du monde, à écrire parce que ça me faisait du bien, pour mettre de l’ordre dans ma tête et dans mon cœur. Ce décès, au-delà du deuil et du chagrin, m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis retrouvée comme dans une crise existentielle, une quête de sens, sans compter que mes 40 ans arrivaient… à cette période, l’urgence pour moi était de trouver des réponses à mes questions, de prendre soin de moi. Pas de faire des chansons. D’anciennes cicatrices ont également refait surface…

    À quel moment avez‑vous su qu’il était temps de revenir ?

    A.B. : Toute cette période a finalement été salvatrice, parce que quand j’ai commencé à sortir la tête de l’eau -c’est d’ailleurs pour ça qu’une chanson de l’album s’appelle Sous l’eau– je me suis aperçue que tout ce qui m’était parvenu, tout ce que j’avais écrit, était des thèmes de chansons.

    Que raconte donc ce huitième album, « Minuit Une » ?

    A.B. : Je chante mes enfants, ma mamie, mon couple, ma mère, ma charge mentale aussi, ainsi que mon enfance ou la solitude que j’ai pu ressentir. Ce sont bien plus que des thèmes à mes yeux, ce sont les moments importants de mon existence. Et ces chansons ne sont pas pour moi, c’est une déclaration à mon public, sur tout ce que j’ai traversé et j’avais hâte de leur partager, un peu comme on a hâte de raconter un scoop à notre meilleure copine ! (rires) C’est une grande émotion pour moi parce que c’est à ce moment-là que la boucle sera bouclée. J’espère qu’après le concert, on repartira tous le cœur plus léger. Cet album et ce concert, c’est l’histoire d’une vie en repartant de la douleur originelle pour la transformer en lumière.

    Ce concert et la part de votre vie que vous partagez sans filtre avec le public,
    peut-on dire que c’est
    une thérapie
     ?

    A.B. : Je ne m’en suis jamais cachée, la musique, c’est mon psy, ma meilleure amie, mon éducatrice aussi. Elle me soigne et m’apprend tellement. La musique a une place bien plus importante dans ma vie que d’être juste un art ! Je vois tout à travers le prisme de la musique depuis que je suis petite. C’est pour moi la plus belle des nourritures et je me sens repue humainement, ça c’est merveilleux.

    Vous évoquez votre enfance compliquée dans l’album.
    Le fait de fonder votre foyer a-t-il changé votre perception de l’enfance que vous avez vécue ?

    A.B. : Je pense sincèrement qu’avoir des enfants te force à faire la paix avec différents aspects de ta vie. Je suis encore une femme-enfant, je cohabite avec la petite Amel au quotidien. Je peux être très responsable, très adulte et parfois pas normale, mais on est comme on est (rires) ! Selon moi, il y a deux chemins possibles : soit tu éduques tes enfants en leur déposant dans le cœur tes failles, tes blessures, soit tu décides de régler ce qui t’appartient pour ne pas reproduire les mêmes schémas. La communication avec mes filles a une place très importante, elles savent qu’un papa ou une maman, ce n’est pas quelqu’un de parfait.

    En plus de l’album sorti en 2025, on vous retrouve sur grand écran avec
    le film «
     Ma Frère » nominé au Festival de Cannes. Pouvez-vous raconter cette expérience ?

    A.B. : Je m’étais engagée pour ce tournage et il est arrivé quand j’avais annulé tout le reste. Pour autant, ça a été une expérience intense. Je pense que je me suis reconstruite aussi grâce au regard que les jeunes, présents pour le film, portaient sur moi. J’étais pour eux la fille qui chante l’espoir, qui vient d’un quartier populaire, comme eux, et qui a transformé son destin, qui est forte. C’est grâce à eux que j’ai tout reconstruit et j’ai su qu’après ce tournage, rien ne serait plus pareil.

    Est-ce une nouvelle version de vous-même qui se dévoile au public ?

    A.B. : Ce n’est pas une nouvelle version parce que je suis toujours la même, mais avec une évolution imposée par le temps qui passe, l’expérience et ce que nous donne la vie sur le chemin. J’ai fait la paix avec certains aspects de ma vie, même si j’ai encore quelques pierres dans mon sac. Je peux changer, évoluer, mais je n’oublierai jamais qui m’a élevée, de quel bois je suis faite et surtout d’où je viens.

    Vous êtes d’origine franco-algérienne. Quel regard portez-vous sur la montée
    de l’extrême droite en France en cette période électorale
     ?

    A.B. : Je suis absolument apolitique et je pense que pas mal de gens le deviennent malheureusement. Peut-être par manque de considération face aux vrais combats du quotidien que mènent les gens tous les jours. J’essaie de combattre la violence à ma manière, où qu’elle soit, et je pense que ça commence autour de soi dans la façon dont on communique ou on éduque nos enfants par exemple. C’est ça ma façon de faire de la politique ou du moins de contrer ce que je vois et qui me fait peur ou me révolte. C’est essayer de contrer les discours politiques qui ne sont finalement que des discours. Je ne me sens pas représentée, alors oui, j’ai conscience que je suis privilégiée, mais je n’en suis pas déconnectée de la réalité. Loin de là. Dans ma famille, nous croyons beaucoup à la solidarité, à l’associatif. C’est dans ces valeurs que je m’épanouis, à travers le partage. Dans la vie, ce ne sont pas les politiques qui aident qui que ce soit, ce sont les gens, entre eux, quelle que soit leur religion ou leur couleur de peau. Je suis peut-être trop naïve ou utopiste, mais nous au moins, on sait encore avoir de l’empathie les uns pour les autres.

  • Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    « Je qualifierais ma musique d’électro-afro-orientale. Elle prend en compte tous les éléments de ma vie », résume Isam Elias. Autant d’inspirations et d’influences proclamées par ses synthétiseurs, dopés par une énergie lointaine. Bercé par la musique traditionnelle arabe, puis ayant fait ses gammes avec les compositeurs classiques, il se lance dans l’électro à son arrivée en France en 2022, dans le cadre d’une « résidence à la Cité internationale des arts », rappelle ce natif de Bethléem, qui se produit à Marseille vendredi 20 mars, vers 1h du matin.

    Festif à plein « Tubes »

    Isam Elias est l’auteur d’une musique festive, entraînante. Et aussi engagée ? « Rien que le fait que je sois un artiste palestinien sur scène, et que les gens puissent écouter ma musique, est déjà quelque chose de politique », estime celui qui est à l’origine d’un EP réjouissant intitulé Tubes. L’occasion de le faire découvrir aux Marseillais, auxquels il a déjà pu se frotter par le passé. Selon lui, « le meilleur public. Ici, les gens sont toujours chauds. Ils semblent plus libres et fiers de leurs histoires personnelles qu’ailleurs ».

  • [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    La Marseillaise : Quelle est la signification de « Rio Abajo » ?

    Rebecca Roger Cruz : Ça veut dire en aval de la rivière. C’est une phrase qui revient souvent dans la poésie latino-américaine, où il y a toujours ce contact avec la force de la nature. On peut le voir comme une métamorphose. Comme si on entrait par une porte en étant une personne, et comme si on sortait par une autre en étant changé par ce voyage.

    Tout au long de l’album, votre voix se met au diapason de cette image en se métamorphosant elle aussi…

    R.R.C. : J’aime beaucoup m’amuser avec ma voix, l’utiliser avec plusieurs techniques. Moi qui suis née au Venezuela, je suis influencée par la musique de mon pays, et latino-américaine en général, mais aussi par les musiques classique, baroque ou encore la pop expérimentale. Tout ce mélange se traduit dans ma voix.

    Du premier titre « Abreme la puerta Juana », qui convoque les éléments du vivant, au dernier, « Esteros » qui symbolise votre identité aux carrefours de plusieurs cultures, votre album commence en larve pour finir sa course en papillon…

    R.R.C. : Je n’y avais pas pensé en faisant l’album mais c’est une image qui me parle. Le premier morceau, je l’avais pensé comme une cérémonie. Abreme la puerta Juana, c’est le chant traditionnel qui ouvre en juin la fête de Saint-Jean-Baptiste. Il y a quelque chose en rapport avec la transe, les racines. Et à partir de ça, je dévoile ce voyage de métamorphoses petit à petit.

    Votre opus transcende beaucoup de styles et époques, du flamenco au baroque en passant par le rock et le répertoire traditionnel vénézuélien. Est-ce que vous voulez aussi transcender les âmes ?

    R.R.C. : Oui, vraiment. Cet album est un outil de guérison pour moi. Je trouve qu’en ce moment, on a besoin de se reconnecter avec quelque chose de plus profond et spirituel, et pas forcément de religieux. Ce qui me donne cette force, c’est la nature et la musique. J’ai voulu retranscrire cela dans l’album à travers toutes mes influences : pas forcément en passant d’un style à l’autre, mais en brisant des ponts qu’on peut retrouver entre la musique dite classique, le flamenco, la musique traditionnelle et la pop. au contraire. C’est en fait une rencontre, un espace où on se pose moins la question des étiquettes.

    Vous avez quitté le Venezuela pour la France il y a plus de 10 ans. L’album est aussi traversé par la question de l’exil avec le titre « Alcaravan », du nom d’un oiseau migrateur de votre pays natal…

    R.R.C. : On trouve cet oiseau migrateur dans la plaine vénézuélienne mais aussi colombienne. C’est un oiseau très présent dans la poésie et musique du Venezuela, surtout dans la région de la plaine. Tout le monde le connaît, et pourtant, on le voit peu. On entend que son cri, qui annonce le moment où il faut partir. Cette chanson, je l’ai écrite pour mon pays. En tant que membre de la diaspora, cela me tenait à cœur de parler de cet exil, de ce que je ressens ici. La diaspora vénézuélienne est énorme et compte presque 9 millions de personnes. Cela représente un tiers du pays et l’une des diasporas les plus grandes au monde. Plus je chante cette chanson, plus je me rends compte qu’elle est aussi d’actualité pour beaucoup d’autres peuples et pays. C’est aussi un moyen de renvoyer un message de paix.

    Lors de l’enlèvement de Maduro par les États-Unis début 2026, beaucoup de membres de la diaspora ne voulaient pas choisir entre la main de fer du régime actuel et l’impérialisme américain. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

    R.R.C. : C’était un moment bouleversant. Pour nous qui vivons les choses de loin, c’est très angoissant car nous pensons aux gens sur place. Je ne vais pas vous mentir : le Venezuela est un régime dictatorial. Mais c’est quelque chose que beaucoup de gens au pays ne peuvent pas exprimer car on assiste à un contrôle des médias, des téléphones… Et en effet, il y a un sentiment de dualité : d’un côté, il y a la joie et le soulagement qu’on peut ressentir quand on se dit qu’on arrive peut-être au bout de ce régime dictatorial, et que cette personne mérite réellement d’être en prison. Et de l’autre côté, personne n’aime que son pays soit bombardé, qu’il soit envahi et contrôlé par les États-Unis, surtout au regard du rapport colonial que ce pays entretient avec l’Amérique latine. C’est un rapport perpétué par beaucoup d’actions infantilisantes, comme si on avait besoin de leur aide alors que ce n’est pas le cas.

    La France a été un refuge pour vous il y a plus de dix ans. Une terre d’accueil de plus en plus menacée par l’arrivée de l’extrême droite à différents endroits du pouvoir. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    R.R.C. : Il y a la peur que les contrôles migratoires se durcissent, mais aussi l’invisibilisation d’autres cultures qui peut arriver. Avec l’extrême droite au pouvoir, on pourrait arriver à une sélection de certaines choses sur les scènes musicales et culturelles en général. C’est quelque chose d’angoissant pour toutes les personnes étrangères dans le pays, mais aussi pour les Français. Pourtant, la France est un pays multiculturel qui tient sa force et sa beauté de son mélange.

  • Itinérances ouvre des horizonset fait la part belle aux femmes à Alès

    Itinérances ouvre des horizonset fait la part belle aux femmes à Alès

    Ne rien céder aux vents contraires. Faire vivre coûte que coûte, à travers des films d’ici et d’ailleurs, « la générosité, le partage, l’ouverture, le débat ». Malgré une économie très fragilisée -lot commun, hélas, de nombreux festivals- conjuguée à la fermeture pour travaux de la scène nationale du Cratère, qui accueillait de nombreuses projections, Itinérances maintient son cap. Celui d’un festival à la fois « populaire et exigent. On revendique le fait d’être une manifestation farouchement généraliste », insiste son délégué général, Antoine Leclerc.

    La fermeture des salles du Cratère a nécessité de repenser l’organisation du festival, qui se déroulera cette année entre le Cineplanet, le Capitole, la médiathèque en centre-ville et le théâtre éphémère du Cratère, installé dans le quartier de la Prairie, en périphérie. Le cœur du festival, lui, s’établira sur la place des Martyrs de la Résistance, où seront installés un accueil billetterie et une buvette.

    Environ 200 films (courts et longs-métrages), dont 80 en avant-première ou inédits, seront présentés durant ces 10 jours. « L’idée d’un festival, c’est d’élargir les horizons. La sélection d’avant-premières va aller au Japon, en Corée, au Tchad, en Amérique du Sud, de l’autre côté de la Méditerranée… Ce qui n’empêche pas, au contraire, un ancrage local fort, avec notamment deux avant-premières régionales », dévoile Antoine Leclerc (Sauvons les meubles, de Catherine Cosme, tourné dans le Gard et Sauvage, de Camille Ponsin, tourné dans les Hautes Cévennes et inspiré d’un fait divers auquel Florence Aubenas a consacré, en 2021, une grande enquête dans Le Monde).

    Des femmes et des films

    Cette 44e édition sera placée sous le thème des « Magnifiques ! », ces « perdants magnifiques et héros du quotidien qu’on oublie souvent et que le cinéma, parfois, met dans la lumière et sublime », décrit Antoine Leclerc. « Yolande Moreau, avec son esprit frondeur et piquant, son âme humaniste et chaleureuse, avec l’empathie qui émane de ses personnages et de ses œuvres, est une incarnation parfaite de ces Magnifiques ». La comédienne se verra remettre, samedi 28 mars à 19h au théâtre éphémère du Cratère, le prix Itinérances 2026. Présente durant trois jours sur le festival, elle participera également à une rétrospective de ses films, à des rencontres et donnera une leçon de cinéma.

    Une tonalité assez féminine se dégage des personnalités mises à l’honneur cette année. Outre Yolande Moreau, le festival accueillera la jeune réalisatrice catalane Carla Simón, qui présentera notamment son dernier film, Romería, en avant-première. Presque homonyme, la grande documentariste française Claire Simon sera là également pour un très beau documentaire consacré à l’œuvre de l’écrivaine Annie Ernaux (prix Nobel de littérature en 2022), appréhendé sous l’angle de lycéens et lycéennes qui découvrent son travail.

    Autre personnalité féminine d‘envergure, la comédienne franco-palestinienne Hiam Abbass, prix Itinérances 2024, sera de retour sur le festival avec deux avant-premières : À voix basse de Leyla Bouzid et Seuls les rebelles, de Danielle Arbid, présentés dans le cadre du travail réalisé avec les associations du collectif La Méditerranée dans un fauteuil. Le festival recevra également Juliette Binoche, pas pour sa casquette de comédienne mais en tant que réalisatrice du documentaire En nous, qui retrace sa collaboration avec le danseur et chorégraphe Akram Khan pour un spectacle créé en 2007.

    Côté hommages, deux temps forts. Le photographe Patrice Terraz, « mémoire photographique du festival depuis plus de 30 ans », présentera son court-métrage documentaire Pourquoi je ne suis pas devenu bassiste dans un groupe de rock, qui retrace son parcours. Un film que complète une exposition rétrospective de son travail présentée à la médiathèque. Enfin le grand réalisateur japonais Shôhei Imamura, deux fois Palme d’or à Cannes, sera également honoré à travers la projection de trois films réédités à l’occasion du centenaire de sa naissance.

  • Babel Music XP réunit les acteurs des musiques du monde à Marseille

    Babel Music XP réunit les acteurs des musiques du monde à Marseille

    Plus de 2 000 professionnels travaillant dans la filière musicale, 72 pays et quatre continents représentés… la 4e édition de Babel Music XP se renforce au fil des années, devenant un « hub méditerranéen » au format hybride. Comme peut le poser son directeur, Olivier Rey, « il n’y a aucun autre équivalent dans le paysage euroméditerranéen ». Producteurs, mangers, programmateurs, diffuseurs, artistes et autres directeurs de festivals se donnent ainsi rendez-vous à Marseille du jeudi 19 au samedi 21 mars au cours de ce salon et marché « à taille humaine. Un chaînon manquant qui consolide » les liens au sein de cet écosystème. « En ces temps incertains, un lieu de coopération et de partage pour la circulation des artistes et la promotion de la diversité musicale dans un contexte de globalisation aux effets positifs, mais aussi pervers comme l’uniformisation de certaines programmations artistiques guidées par le seul profit », contextualise-t-il.

    Capitale du son

    Se positionnant comme « une manifestation d’intérêt général au service des acteurs de la filière », dixit Olivier Rey, Babel Music XP proposera des rencontres professionnelles, « speed meetings », rendez-vous en tête à tête, ateliers, tables rondes et autres « masterclass » dans son vaisseau amiral de la Friche Belle de Mai, mais aussi à la Cité de la musique. Ont notamment répondu à l’invitation de cet événement qui prend de l’ampleur, le Bangkok music city, « le plus grand marché d’Asie », mais aussi « les deux plus gros festivals de jazz d’Indonésie », le plus grand festival gratuit de New York en la personne du Summer stage… « On assiste aussi à un déploiement de plus en plus conséquent venant des deux rives de la Méditerranée : Espagne, Maroc, Égypte, Tunisie… », énumère-t-il encore. Des opérateurs d’Europe du Nord viendront aussi en nombre, sans compter « l’Afrique subsaharienne, avec cette année le Sénégal, le Burkina Faso, le Tchad et la Centrafrique. Nous sommes fiers de remettre Marseille au centre de ce jeu ». Un véritable carrefour des cultures du monde matérialisé aussi par un versant « showcases ». Ouverts au grand public, des petits concerts qui se déploieront à l’Espace Julien, à la Plateforme (ancien Dock des Suds) ainsi qu’à la Belle de Mai, avec une trentaine de groupes au menu.

  • Bonnes, belles ou bien mauvaises, des Mères déconstruites au Mucem

    Bonnes, belles ou bien mauvaises, des Mères déconstruites au Mucem

    Les commissaires de cette exposition s’appellent Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert. Historienne de l’art, la première est chargée de recherches au Mucem depuis 2017. Présidente de la Fondation des Femmes qu’elle a cofondée en 2016, la seconde mène des campagnes pour les droits des femmes et contre les violences. Pour France Inter, pendant quatre ans, elle a donné des chroniques matinales. Motherland, l’extrait d’une vidéo franchement burlesque de Ruth Patir, diffusée au départ de l’exposition, anticipe les partis pris de leurs explorations. Un défilé rassemble des figurines féminines en terre cuite qui scrutent un décor de gratte-ciel et dodelinent gravement.

    Leur manifestation est parfaitement extravagante : ce sont de lourdes figures de la fertilité ou bien des statuettes sumériennes, des fausses idiotes qui nous interpellent.

    Scénographie pour madones de banlieue

    Grand déboulé de personnages et de points de vue, un chaos finement organisé survient au niveau 2 du Mucem dont les parois, les rythmes et les détours, voici peu inventés pour l’exposition « La Carte du ciel », ont été repeints par la scénographe : à la place du bleu des nuits étoilées, voici des teintes orange ou bien du pourpre.

    Sculptures, stèles funéraires, tableaux, photographies, objets et documents, voici des maternités principalement antiques, des ventres et des corps charnus, mythifiés, ordinaires ou bien puissants, des figures de déesses-mères, des femmes qui allaitent, qui pique-niquent ou bien qui avortent. Des œuvres contemporaines perturbent délibérément la chronologie. On appréhende les réemplois stylistiques et les émancipations qui s’effectuent au cours des siècles. Mamelles pendantes, décapitée et crochue, la pas du tout séduisante sphinge de Louise Bourgeois se souvient simultanément d’Artemis et des anatomies dadaïstes. Présents en visite de presse, pas du tout mondains ni subversifs, acteurs vieillissants d’une société du spectacle d’ores et déjà périmée, Pierre et Gilles sont venus revoir leur « Vierge à l’enfant » qui est aussi l’affiche de cette exposition. Tête couronnée et robe blanche, actrice de La Graine et le Mulet quand elle pose pour leur photo, Hafsia Herzi surgit devant une barrière de chantier, parmi les balises d’autoroutes qui éclairent un infâme bazar de fleurs en plastique traversé par des rats.

    Yves Jeanmougin et Niki de Saint-Phalle

    Les deux curatrices ont introduit dans leur shaker des pièces de multiples provenances. Certaines sont glaçantes – par exemple, issus des anciennes collections des ATP, un irrigateur médical recommandé pour la contraception ou bien issu du parvis d’un hôpital du XVIIIe siècle, une boîte en bois pour enfants abandonnés -d’autres sont merveilleusement farfelues comme le « Cœur indépendant rouge » de Joana Vasconcelos et la « Femme enceinte », les boules de couleur de l’Hippo-lamp de Niki de Saint Phalle. On les félicite d’avoir sollicité des artistes de la proche région comme Katia Bourdarel, Yves Jeanmougin, Karine Rougier, Édith Laplane et Michael Serfaty.

    Un malaise persistant pourrait entraver le parcours de cette exposition. Le positionnement des pièces est judicieux, les problématiques d’hier et d’aujourd’hui sont abordées frontalement : les pleureuses et les féminicides, les fêtes, l’asservissement, les luttes et les douleurs, Gisèle Halimi, Simone Weil et les réacs sont évoqués. Au presque impossible, nul n’est tenu. Un liant manque dans ce kaléidoscope : des réflexions globales, une vision d’ensemble à la façon de Françoise Héritier, de Georges Vigarello ou de Philippe Descola lui font cruellement défaut.

    Jusqu’au 31 août, tous les jours sauf mardi. Catalogue coédité avec Actes Sud, 39 euros. Samedi 21 mars 16h, entrée gratuite.

  • Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    C’est en quelque sorte le cabaret d’un futur proche. En 2027, à Paris, dix ans après l’onde de choc provoquée par #Metoo, mouvement qui appelle les femmes à prendre la parole pour faire connaître les agressions en tous genres dont elles sont victimes. « Depuis que les femmes parlent et qu’on les écoute, de nouvelles pathologies apparaissent qui alertent l’OMS et la communauté scientifique. » Non sans ironie ni acuité, le point de départ de Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21, écrit et mis en scène par Nathalie Fillion.

    Retour à la vie

    Se jouant du 18 au 20 mars dans les studios du Baou, compris sur le site de Châteauvallon, une pièce musicale dont l’intrigue se déploie dans une unité d’un grand hôpital dirigée par deux soignants foutraques. Parmi les patients, Iris « est placée en observation car elle a brutalement cessé de parler. La chambre d’hôpital devient le lieu de toutes les fictions et fantasmagories », présente l’auteur de cette création portée par quatre interprètes au cordeau et une création sonore d’Estelle Lambert qui scande les silences et des émotions si longtemps renfrognées.

    Après l’ampleur du « désastre » provoqué par #Metoo, « quelque chose bouge enfin », se satisfait Nathalie Fillion, qui « interroge les résonances d’un phénomène qui nous ébranle tous ». Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21 ou une parabole hospitalière qui habite l’esprit et redonne un coup d’accélérateur à notre palpitant.

    P.A.

    Entre 5 et 30 euros.

  • « Ma musique est très mélangée. C’est le fruit de mon époque »

    « Ma musique est très mélangée. C’est le fruit de mon époque »

    La Marseillaise : Vous êtes d’origine marocaine, né en Espagne et vous avez grandi en France. Qu’est-ce que ça vous apporte au niveau musical
    et personnel ?

    Ino Casablanca : J’ai commencé à produire et composer vers mes 17-18 ans et je rappais timidement dans mon coin. Je ne me rendais pas compte à quel point ça a influencé ma personnalité. J’ai une certaine ouverture qui me semblait aller de soi, mais en réalité, pas tant que ça. Parler plusieurs langues ouvre des manières de réfléchir et musicalement, ça m’a confronté à différents environnements et cultures. Cela a nourri ma musique de manière naturelle. Je n’aurais jamais été celui que je suis sans ce parcours.

    Comment définissez-vous
    votre musique ?

    I.C. : Franchement c’est très difficile, ma musique pourrait se décomposer en mille qualifications. Rien que le fait que je chante et rappe, les gens sont perdus, alors que moi ça ne me paraît pas bizarre ou incompatible. Au niveau des genres, c’est très mélangé. Ma musique est le fruit de mon époque.

    Vous avez été nommé dans la catégorie révélation masculine aux Victoires de la Musique en février. Comment vivez-vous cette ascension fulgurante ?

    I.C. : C’est assez fatigant : la tournée, défendre son projet, cultiver son inspiration… Tu peux te perdre au milieu de cette ascension si tu n’arrives pas à te jauger. Il faut donc prendre du recul et chaque semaine, je me pose de nouvelles questions. Je n’ai pas le temps de me poser et de me rendre compte de ce que tout cela représente vraiment.

    Est-ce que vous vous attendiez à ce que votre musique soit autant fédératrice ?

    I.C. : Non pas du tout, tant que je n’en avais pas la preuve, je ne m’en rendais pas compte. Ça me touche beaucoup. Je pense que c’est juste dans ma personnalité. Dans la vie de tous les jours, je rassemble des personnes qui n’ont a priori rien à voir, selon les gens qui nous divisent. Mais j’ai envie de prouver que c’est des conneries et que ces divisions n’ont pas lieu d’être.

    Votre première tournée a débuté à Marseille au Makeda en octobre, c’était comment ?

    I.C. : C’était l’un des meilleurs publics. Exceptionnel ! Un public très chaleureux et souriant. Dans toutes les villes où je vais c’est comme ça, mais j’ai senti un truc spécial à Marseille.

    Vous avez participé à un concert en soutien pour la Palestine en décembre dernier. Pourquoi cet engagement vous tient-il à cœur ?

    I.C. : Pour moi, c’est absolument normal, au-delà d’être important. Qu’est-ce que j’aurais pensé de moi si je n’y étais pas allé ? Il n’y a pas de question à se poser, et que ce soit pour la Palestine ou pour n’importe quel peuple opprimé, qui se fait voler son territoire ou à qui on enlève la dignité humaine. Avant d’être artiste, j’étais déjà comme ça. J’aurais juste fait avec les moyens du bord.

    Comment vous positionnez-vous par rapport au contexte politique en France ?

    I.C. : C’est déplorable de céder à la haine et à la facilité de rejeter la faute sur l’autre. Des responsables politiques ont intérêt à se déresponsabiliser des soucis qu’ils causent. C’est inquiétant, mais en même temps, j’ai assez confiance en notre génération. C’est peut-être un peu naïf de ma part… certainement d’ailleurs. Ceux qui ont le pouvoir et la main sur les grands médias orientent la pensée des gens comme ils le souhaitent. Il n’y a plus de place pour l’esprit critique, le libre arbitre. Le curseur de ce qui est extrême ou pas est du coup déplacé. Pour la société, politiquement, c’est dangereux.

  • [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    [Disparition] Jean-Marie Gleize, poésie interrompue

    Ses passions, ses rejets et sa ligne de conduite étaient évidents : Jean-Marie Gleize écartait le manque d’élégance et les niaiseries. Il aimait l’exactitude et le dépouillement, « les bruits neufs » de Rimbaud, « les toits pointus de tuiles rouges » de Stendhal, « les découpures du vert sombre » du crapaud de Corbière. Francis Ponge pour lequel il dirigea des colloques ainsi qu’un Cahier de l’Herne était à ses yeux la meilleure leçon pour se délivrer du lyrisme et du « magma analogique brut ». Sa plus vive préférence parmi ses contemporains, c’était le calme ou bien le très véhément Denis Roche qui pour sa part détestait « les trompettes de la solennité ».

    Né à Paris en 1946, élève de l’École normale supérieure, il avait assez vite rencontré Ponge. Mai et juin 1968, la mort du militant Gilles Tautin étaient pour lui des dates cruciales. Raymond Jean avait voulu qu’il obtienne un poste à la Faculté des Lettres d’Aix. En 1990, il publie au Seuil un premier livre Léman, entame la création et le maintien de la revue Nioques, le numéro 34 qui réunira six russophones paraîtra en mai.

    Il rêvait que ses livres soient « une poignée d’œillets jetés dans un trou » : une video du site du CIPM décrit le processus de ses ouvrages. Mixtes de phrases tendues et de documents, ses textes les plus commentés sont Chien noir des proses et Tarnac. Hasard objectif intriguant, Tarnac est un hameau du plateau de Millevaches où Gleize a passé les étés de son enfance et conserve une maison : ce fut le lieu de repli d’une communauté de jeunes anarchistes dont l’un des membres, Julien Coupat, auteur chez Hazan de L’Insurrection qui vient fut suspecté par la police d’attentats terroristes.

    Une connaissance acérée de la modernité, des amitiés scellées avec Lucot, Tarting, Albiach et Royet-Journoud, ses recherches coordonnées de 1999 à 2009 au Centre d’études poétiques de Lyon ont fait de lui l’un des meilleurs interprètes de la poésie contemporaine. En font foi deux essais Poésie et Littéralité (Seuil) et Sorties (Questions théoriques).

    Un grand critique

    Ses cours et séminaires d’Aix suscitèrent d’intenses curiosités, déclenchèrent des changements de paradigmes. En témoignent des gens du Sud, l’écrivain Olivier Domerg, le typographe Eric Pesty, le coresponsable d’Opera Mundi, Eric Giraud. Un moment éditée par Laurent Cauwet/ Al Dante longtemps basé en bordure de La Plaine, la revue Nioques accueillit des personnes de Marseille et Digne, Florence Pazzotu, Nathalie Quintane, Sarah Kéryna, Guillaume Fayard et Michaël Battala. Des numéros présentent les travaux du peintre Patrick Sainton : sa prochaine exposition, Galerie Territoires partagés, 14 stations d’un chemin de croix seront accompagnées par des phrases de Gleize.

    Depuis le milieu des années 1990 Jean-Marie Gleize vivait à Volx près de Manosque. Il est décédé jeudi 12 mars, le journal adresse ses condoléances à son épouse Joëlle et à son fils Aurélien.

  • « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    Les lecteurs ont vu surgir Diane Peylin en 2011 avec L’endroit où elles naissent. Un roman mettant en parallèle la trajectoire de deux jeunes femmes, l’une vivant chichement mais joyeusement dans un village de Madagascar, et l’autre, dans une famille aisée de la Drôme mais avec une mère dépressive. Cette écrivaine, désormais huit romans au compteur, vient présenter son dernier ouvrage Le coquelicot noir, et échanger avec le public, lundi 16 mars à 19h, au Café littéraire (89, boulevard Louis Botinelly, 4e, résidence Les Remparts). Dans ce roman, Diane Peylin « explore les mécanismes de l’emprise intrafamiliale, transforme l’innommable en littérature et questionne une menace qui est là, partout : celle de beaucoup trop d’enfants. Elle raconte l’innocence, l’amour et la violence », résument les Éditions du 81.

    Le Grand Théâtre de Provence accueille les 17 et 18 mars Titizé – Un rêve vénitien. Conçu par le chorégraphe et metteur en scène Daniele Finzi Pasca, un spectacle où dix acrobates, jongleurs, danseurs et musiciens mettent leurs talents en commun pour un « voyage mystérieux et onirique » sur les rives de la Cité de Doges.

    Messieurs, je réclame votre attention : si nous reconnaissons l’accusé coupable, nous l’enverrons à la chaise électrique », prévient le président d’un tribunal des États-Unis, où se joue un destin personnel, mais sûrement aussi celui d’une humanité commune. Douze jurés ont la vie d’un adolescent noir de 16 ans entre leurs mains, accusé d’avoir tué son père. 11 d’entre eux en sont convaincus. Un seul doute. Le point de départ de Douze hommes en colère, pièce écrite en 1954 par Reginald Rose, popularisée trois ans plus tard par le chef-d’œuvre cinématographique de Sidney Lumet, que Charles Tordjman met en scène du mardi 17 au samedi 21 mars à l’Odéon. Des représentations inscrites dans le cadre de la saison hors les murs du Théâtre du Gymnase, actuellement fermé et dont le chantier de rénovation a été lancé fin 2025.

    Adaptation signée Francis Lombrail, Douze hommes en colère interroge à quel point la justice ne tient souvent qu’à un fil. Parfois, celui de préjugés bien enracinés, que l’un des jurés va faire lentement vaciller au prix de son intégrité. « Vous le croyez innocent ? », le questionnent instamment tous ses autres homologues. « Je n’en sais rien », rétorque celui dont l’argumentaire va avoir un impact sur chacune des cordes sensibles du jury. 1h20 de débats qui révèlent notre humanité, qui se cache de temps en temps sous les dehors de la raison.

    P.A.

    Les 17, 19, 20 et 21 mars à 20h.
    Le 18
     mars à 19h. Entre 10
    et 38
     euros. www.lestheatres.net