Category: culture

  • [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    Avec Au sud, l’agonie, les auteurs livrent un album sans concession sur la misère intellectuelle et sociale des « White trash », blancs du sud aussi pauvres et ignorants que racistes dans un sud profond et moite marqué par la défaite de la guerre de Sécession mais où la ségrégation raciale et le Klu Klux Klan font encore la loi. Une œuvre puissante en forme de polar social et de fresque historique.

    État de Géorgie, années 1920… Alors que les militants du Parti communiste américain tiennent des meetings clandestins pour expliquer que métayers blancs et noirs ont les mêmes intérêts face aux grands propriétaires, un métis et un agent fédéral homosexuel ont maille à partir avec une bande de « white trash » racistes et lyncheurs. Pour ce nouvel hommage au film noir américain avec cette enquête criminelle au cœur de la Bible Belt, Philippe Pelaez et Hugues Labiano frappent fort avec cette histoire sociale, « raciale », politique et policière aux personnages bien trempés dans la moiteur du sud. Face à un pasteur Lee qui dirige la ville de Savannah où malgré la défaite sudiste la ségrégation fait toujours la loi, il faudra beaucoup de sang pour que la justice soit rendue. D’autant qu’un dangereux bagnard, Travis Hart, s’est évadé et se dirige vers la ville pour exécuter une vieille vengeance. Même s’il est le second tome d’une trilogie sur les USA du XXe siècle, cet album entre polar historique et tragédie intime se lit seul et reste un « one-shot puissant qui incarne la mémoire vivante d’un sud meurtri et résonne comme une colère contre l’injustice ».

    Une plongée au cœur d’une Amérique que l’on a longtemps préférée cachée et tue et qui est aujourd’hui l’un des ressorts du trumpisme tant les mêmes démons hantent toujours ces terres un siècle plus tard.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, les souvenirs d’une initiatrice

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, les souvenirs d’une initiatrice

    Les Égyptiens se figuraient l’au-delà de leur mort comme s’il s’agissait d’une campagne verdoyante traversée par un fleuve intarissable ; si ce Paradis était entretenu par des serviteurs loyaux et compétents, ils en goûteraient éternellement la prospérité et la tranquillité. Pour qu’au royaume d’Osiris leur paix soit parfaite, les souverains rassemblaient dans leur tombe des petites statuettes de leurs subordonnés, pour toujours voués à des travaux agricoles ainsi qu’à des tâches d’intérêt commun.

    On appelait ces terres cuites ou bien émaillées, ces personnages sculptés dans le bois ou le calcaire des ouchetbtis. Les travaux pouvaient se révéler nombreux, les minuscules figurines se multipliaient. Une nécropole pouvait enfermer une petite armée de 365 ouvriers et contremaîtres qui se différenciaient parce qu’ils étaient porteurs d’outils agricoles, d’un sac de semences ou d’un seau d’eau.

    Issues de la collection du médecin-chirurgien Clot-Bey (1793-1868) les ouchetbis qui accompagnent cette chronique furent découvertes dans la tombe d’une princesse de la région de Memphis, Tenet-Tepetihou. Sculptée dans l’albâtre, celle de droite est une simple momie. Ses bras croisés ne portent pas d’outils. Sans fonction particulière, elle « répond » de l’identité de la défunte. Taillée dans le calcaire, la statuette à gauche est une rareté. On en retrouve seulement onze exemplaires dans l’iconographie de l’ancienne Égypte. Elle évoque le travail d’une meunière-boulangère qui roule son pain.

    Grâce au déchiffrement des hiéroglyphes de la statuette, les historiens révèlent que Tenet-Tepetihou fut une première amante, l’initiatrice d’un jeune prince rencontré avant qu’il ne devienne roi. Le futur souverain Thoutmosis IV l’avait aimée dans son palais. Un fils était né au terme de leur idylle. Comme telle, il semble légitime qu’elle revendique le titre de « grande épouse royale » qu’elle fit inscrire sur ses statuettes funéraires.

    Des anachronismes délibérés traduiraient autrement ces échos d’un amour défunt. En face de la statue d’albâtre, il se murmure que « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ». Devant les gestes ordinaires de la boulangère, voici que surgiraient depuis le balcon des choses anciennes, les vers romantiques et poignants que Baudelaire écrivait pour « la servante au grand cœur ».

  • Carole Bouquet sur la scène du Kiasma dans « Le Professeur »

    Carole Bouquet sur la scène du Kiasma dans « Le Professeur »

    Unanimement saluée par la critique à la Scala de Paris et lors de ses dates en tournée, cette œuvre forte remonte le fil des dix jours ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty. « Dans cette rétrospective, chacun révèle ce qu’il n’a pas fait, ce qu’il aurait pu ou dû faire. Nul n’est meurtrier, et pourtant c’est bien la somme des lâchetés qui a conduit à l’inéluctable », explique la metteuse en scène Muriel Mayette-Holtz.

    L’autrice Émilie Frèche a choisi de montrer la mécanique du drame, les silences, les renoncements. Et Carole Bouquet porte seule cette polyphonie, donnant corps à toutes ces personnes qui n’ont pas su agir. Le théâtre permet ici la mise à distance nécessaire pour affronter ce qui bouleverse. En reconstituant ces dix journées, le spectacle interroge nos responsabilités individuelles et collectives, nos manques de moyens, nos défaillances.

    Dimanche 15 février à 18h au Kiasma, Castelnau-le-Lez.

  • [Cinéma] « L’étoile du Nord » se met à briller à Marseille

    [Cinéma] « L’étoile du Nord » se met à briller à Marseille

    « Quand je distribue mes flyers aux passants, ça donne tout de suite des frissons », s’amuse Kirsten Blom, à propos de l’image d’un homme se baignant au milieu d’un paysage finlandais enneigé. « Finalement, on propose une rencontre entre le Nord et le Sud », résume celle qui a fondé le festival L’Étoile du Nord, il y a une dizaine d’années dans le Limousin, avant de le faire déménager dans son sillage à Marseille. Dédié au cinéma et à la culture nordique, une manifestation qui s’élancera samedi 14 février dans la salle du Gyptis, dans le quartier de la Belle de Mai où cette Danoise a posé ses valises il y a deux ans.

    Top départ avec la projection d’Islande, un jour sans femmes. Un documentaire qui revient sur la grève historique des Islandaises d’octobre 1975, suivie par 90% des femmes du pays, aussi bien « travailleuses à l’usine que fonctionnaires ou mères au foyer ». Les réalisatrices Hrafnhildur Gunnarsdottir et Pamela Hogan font témoigner les leaders du mouvement de l’époque, parmi lesquelles « une est devenue juge et une autre, première femme présidente en Islande », situe Kirsten Blom.

    « Drôle et humain »

    Derrière la pointe émergée de l’iceberg du cinéma nordique, symbolisée par le réalisateur suédois doublement palmé à Cannes, Ruben Ostlund, se cache une production foisonnante que le festival entend faire découvrir. « Des films souvent assez drôles, enthousiastes et très humains », estime Kirsten Blom, pointant entre autres la projection en avant-première de The last viking. Réalisée par le Danois Anders Thomas Jensen, une comédie autour d’un braqueur qui, à sa sortie de prison, cherche à retrouver son frère (incarné par Mads Mikkelsen), « le seul à savoir où est caché le butin ».

    Des animations pour les enfants sont aussi prévues, à travers la diffusion du film jeunesse Gros-pois et Petit-point. À l’issue de cette séance, des petits gâteaux en forme de pois seront distribués au cours d’un « goûter en musique » assuré par une chorale d’habitants de la Belle de Mai chantant en Suédois, autour de la Sainte-Lucie, fête célébrée dans les pays scandinaves. Sans oublier une dégustation de smorrebrod, ces « tartines sur pain de seigle » répandues au Danemark. « On voit des films, on parle, on mange un bout ensemble. Aujourd’hui, plus que jamais, on a besoin de tous se rencontrer », affirme Kirsten Blom.

  • [Grand entretien] Cœur de pirate : « L’anxiété est très stigmatisée »

    [Grand entretien] Cœur de pirate : « L’anxiété est très stigmatisée »

    La Marseillaise : Vous êtes de retour avec votre album Cavale sorti en 2025, il signe la fin de 3 ans d’absence. était-ce un besoin pour vous de remonter sur scène ?

    Cœur de Pirate : C’est toujours un besoin. J’ai une belle histoire avec le public en France depuis maintenant 19 ans, ce qui n’est pas négligeable. Donc je suis toujours heureuse de repartir en tournée et de les retrouver.

    Justement 19 ans de carrière en France, aux États-Unis mais aussi au Québec, c’est quoi
    le secret de cette longévité selon vous
     ?

    Cœur de Pirate : Je pense que je suis arrivée dans le milieu à un moment où les gens achetaient encore des disques, en 2008, donc l’impact que l’on avait en sortant de la musique était fou. J’ai eu la chance d’avoir un grand succès dès le début de ma carrière, ce dont beaucoup se souviennent. Il y en a qui me suivent depuis le début donc je pense que quand ils viennent me voir en spectacle c’est pour l’ensemble de ma carrière et pas juste les nouvelles chansons. Bien sûr qu’au passage ils peuvent découvrir une nouvelle chanson qui leur parle mais je ne pourrai pas dire exactement ce qui fait que ça marche encore (rires) !

    C’est un album très intime où vous avez écrit la grande majorité des textes ainsi que la musique. Que raconte cet album ?

    Cœur de Pirate : Le sujet principal de l’album c’est l’anxiété. Je pense que pendant longtemps j’ai voulu éviter ce genre de sujet en me demandant si ce n’était pas trop personnel ou si les gens allaient se retrouver dans ce que j’avais à dire. Finalement j’ai réalisé que l’anxiété est un sujet qui est universel sans compter qu’en ce moment c’est un truc de fou, les gens sont vraiment très stressés… Donc j’ai décidé de l’aborder car même si c’est très personnel c’est très général à la fois. Il y a beaucoup de stigmatisations sur les diverses formes que peut prendre l’anxiété.

    C’était important pour vous de vous raconter et de dire aux personnes qui vivent la même chose que vous qu’ils ne sont pas seuls ?

    Cœur de Pirate : Absolument. Je pense que je l’ai toujours fait dans mes albums même si je parlais d’amour autour de thématiques complexes comme les relations toxiques, certaines violences, etc. Là je ne voulais pas parler d’amour relationnel parce que je l’avais beaucoup exploré. En ce qui concerne le fait de libérer la parole je pense qu’on le fait tous un peu quand on est musicien parce que faire de l’art ça reste être engagé et être politique. Parler d’anxiété alors que c’est quelque chose qui a encore le dos large, que les gens ont tendance à rabaisser énormément ou alors de déresponsabiliser les personnes qui en souffrent… Et je ne parle pas que d’anxiété je parle de santé mentale en général. C’est important pour moi que les gens puissent se reconnaître, se retrouver dans mes chansons.

    Peut-on dire que « Cavale » est une introspection sur fond de journal intime que vous partagez avec le public ?

    Cœur de Pirate : C’est aussi une forme de thérapie. Quand j’écris une chanson ça me permet de comprendre aussi ce qui m’est arrivé c’est pour cela que je me sens très chanceuse d’avoir ce médium pour pouvoir parler de certaines choses mais c’est encore mieux si ça peut aider les gens.

    C’est un album mélancolique mais qui n’en est pas pour autant triste. Le fil rouge de « Cavale » est-il aussi celui de votre vie ?

    Je fais une musique en règle générale où il y a une dichotomie entre la musique en elle-même et les paroles de la chanson. C’est d’ailleurs ce qui me plaît parce que je pars du principe que l’on ne peut pas traverser les épreuves difficiles de la vie si on ne ressent que de la joie tout le temps. Je pense qu’il faut vivre une certaine tristesse pour progresser en tant qu’être humain. Selon moi c’est important de vivre ces émotions-là et de ne pas être dans le déni.

    Vous participez au Festival Avec le Temps, un événement engagé en faveur de l’inclusion notamment. C’est important pour vous de participer à un festival qui a du sens au-delà de l’aspect culturel ?

    Cœur de Pirate : Faire de l’art c’est politique et prendre position en tant qu’artiste via les plateformes c’est politique donc j’ai beaucoup de respect pour les festivals qui non seulement programment des gens qui sont ouverts et ont une parole libérée sur certains sujets et le line-up est très bon. Sans compter que j’adore Marseille, c’est ma ville de cœur puisque j’y passe tous mes étés et j’ai hâte de retrouver le public marseillais.

  • Babel music XP: les musiques du monde transitent par Marseille

    Babel music XP: les musiques du monde transitent par Marseille

    « Babel music XP s’est réinstallé durablement comme une évidence dans l’agenda professionnel international par sa dimension de hub méditerranéen, son format hybride et la position géostratégique de Marseille. Il n’y a aucun autre équivalent dans le paysage euroméditerranéen », affirme d’emblée Olivier Rey.

    Plus de 2 000 professionnels de l’industrie musicale provenant de 72 pays, qu’ils soient producteurs, directeurs de festivals, programmateurs, artistes ou autres diffuseurs sont attendus au cours de la 4e édition de ce marché, salon et festival des musiques actuelles du monde dont il est le directeur. Une mouture conçue à nouveau comme une « itinérance » dans la ville, de la Friche Belle de Mai à la Cité de la Musique, en passant par l’Alcazar, l’Espace Julien, le Makeda et la Plateforme, situé à la place de l’ancien Dock des Suds. Il faut dire que cet événement à « échelle humaine » et aux valeurs humanistes détonne dans « un contexte de globalisation aux effets positifs mais aussi pervers comme l’uniformisation de certaines programmations guidées par le seul profit », rappelle-t-il.

    Faire autrement

    « Mais une autre manière de faire est possible », embraye Olivier Rey. Face aux « replis identitaires, au regain des populismes et des impérialismes », dans « ces moments où tout tangue », situe-t-il, Babel Musix XP célèbre la différence avec un succès toujours plus croissant. Cette « manifestation d’intérêt général au service des acteurs de la filière musicale » rayonnera cette année avec notamment la venue cette année d’une « forte délégation d’Asie », parmi laquelle le plus grand marché du continent avec le Bangkok music city, et « les deux plus gros festivals de jazz d’Indonésie ».

    Avec une cinquantaine de rencontres professionnelles, mais aussi tables rondes, masterclass et autres ateliers, Babel music XP s’impose comme le carrefour des musiques mondiales, le temps de trois jours et trois nuits. Ne cessant de mettre en relation tous les acteurs locaux comme internationaux de l’écosystème musical, cet événement instaure également trois « focus » dédiés à l’Estonie, au Portugal et au pays valencian, au Cabaret aléatoire de la Friche Belle de Mai.

    Hors des « radars

    des algorithmes »

    Son caractère atypique tout autant que nécessaire pour les acteurs de l’industrie, Babel Music XP le matérialise également auprès du grand public à travers une série de « showcases ». 31 groupes issus de 27 pays irriguent ainsi trois soirées. « Le premier critère de sélection, c’est l’artistique et non pas une réflexion en termes de chiffres et de statistiques. Avec une attention portée à l’émergence », campe le coordinateur artistique Frédéric André. Un « instantané de la création mondiale » représentant aussi bien les régions françaises, comme l’illustreront les chansons occitanes du duo Cocanha, ou le groupe de post-folk breton, Ducasse, jusqu’à des continents comme l’Asie ou l’Amérique du Sud.

    Au menu notamment, le trio de percussionnistes coréennes Groove&, la pop tropicale du Colombien Sonoras Mil, ou encore le son mongol de Tengerton. « On montre des artistes passés sous les radars des algorithmes des différentes plateformes », se réjouit Frédéric André à propos de cette affiche composée tout de même d’artistes en lien avec le bassin méditerranéen pour 45% : de « la nouvelle voix intense des traditions populaires italiennes » Lavinia Mancusi au pianiste et compositeur palestinien Isam Elias.

  • [Scène] « Une fille de l’industrie » remonte le fil de son histoire

    [Scène] « Une fille de l’industrie » remonte le fil de son histoire

    Depuis toute petite, la vie de Carole Thibaut a battu au rythme de la fonte du fer et de l’acier. Native en 1969 de Longwy et son bassin historique de la sidérurgie, son « père travaillait dans la vallée de la Chiers, à l’usine Aciéries. Là où déjà, mon grand-père et mon arrière grand-père travaillaient. Durant un siècle, les fils marchèrent sur les traces des pères. D’ouvriers à ingénieurs. La lente ascension sociale dans la gueule de l’enfer des Hauts fourneaux », retrace celle qui met en scène et incarne cette histoire familiale dans Longwy-Texas, seul en scène intime et politique à voir aux Salins vendredi. « Puis, l’usine ferma et fut démolie. Et avec elle, Longwy et toute la vallée qui ne vivaient que par elle », rembobine celle qui « marche sur les ruines de [ses] pères et de l’industrie ».

    Multiples cicatrices

    « Le spectacle traverse les ruines de l’industrie pour faire émerger une voix féminine longtemps restée en marge : celle d’une fille de l’industrie, témoin des espoirs, des combats et silences », résume le programme des Salins. Retissant le fil de ces luttes, mais aussi de ses désillusions, Carole Thibaut raconte les souvenirs de lutte de ses aïeux ayant imprégné l’histoire familiale, tout comme les soutiens dont les travailleurs de la sidérurgie lorraine furent témoins.

    « Le jour où on a abattu le premier Haut-fourneau, j’ai vu mon père pleurer », rappelle celle qui fut d’autant plus meurtrie, lorsque son paternel lui confia, « bien des années plus tard, la part active qu’il avait pris à la fermeture de l’usine, au démantèlement et aux licenciements ».

  • À Nîmes, une balade poétique dans des sites urbains abandonnés

    À Nîmes, une balade poétique dans des sites urbains abandonnés

    Dès l’entrée, le visiteur est plongé dans une atmosphère suspendue. Il n’y a pas de mise en scène spectaculaire. Les images montrent des lieux désertés, des histoires laissées en plan, parfois heurtées par les couleurs criardes des tags qui envahissent certaines façades. L’artiste pratique l’urbex, exploration urbaine de sites abandonnés, depuis une dizaine d’années, avec une approche presque instinctive. Son travail est au départ largement tourné vers la nature morte. Un héritage que l’on retrouve encore aujourd’hui : des espaces figés, des objets immobiles, comme arrêtés juste après le départ de ceux qui les occupaient. Ce qui l’attire, ce sont ces lieux abandonnés, ou plutôt les traces qu’ils portent. « On entre dans des endroits où il reste quelque chose. Une présence passée. » Pour l’artiste, chaque image devient une question ouverte, sans réponse définitive. Qui vivait là ? Que s’est-il passé ? Pourquoi l’abandon ? Pour autant, l’artiste ne cherche pas à documenter, mais à capter ce qui est en train de disparaître. « Je prends en photo ce qui a existé et qui n’existera plus dans quelque temps. »

    Parmi les lieux photographiés, l’ancien sanatorium du Grau-du-Roi, véritable marqueur de mémoire collective. Un site chargé d’histoire, aujourd’hui brûlé. Ces espaces sont marqués, dit-elle. Et en les photographiant, elle les marque à son tour, laissant une trace avant l’effacement. L’urbex devient alors un travail sur le temps.

  • À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    De passage à Marseille en juin 2023, Emmanuel Macron appelait de ses vœux une « Saison Méditerranée 2026 ». Trois ans plus tard, voilà cette saison culturelle, destinée à célébrer « l’identité profondément méditerranéenne de la France », écrit le président de la République, qui pointe le bout de son nez avec son ouverture prévue dans la cité phocéenne entre le 15 et le 24 mai, avant de se déployer dans l’Hexagone jusqu’au 31 octobre. « C’est un pari fou que celui de rassembler à l’heure où tout semble fait pour nous diviser, politiquement et médiatiquement », déclare avec aplomb, mercredi 11 février au Mucem, Nadia Hai, déléguée interministérielle à la Méditerranée d’un gouvernement qui ne cesse pourtant de souffler sur des braises extrême droitières. Selon elle, « un temps fort de diplomatie culturelle » qui laisse d’autant plus pantois quand on observe par exemple la crise diplomatique franco-algérienne, la plus aiguë depuis 1962. Le programme trouvera par ailleurs des échos en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Liban. Un contingent plutôt maigre, alors que la Méditerranée est bordée par une vingtaine de pays et trois continents.

    « Arriver, partir, revenir »

    Mais qu’à cela ne tienne : la « Saison Méditerranée 2026 », qui entend « mettre en lumière les jeunesses méditerranéennes des diasporas de France », dixit Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, se traduira par « une programmation polyphonique » pour « illustrer la pluralité de ses voix », estime Julie Kretzschmar, commissaire générale de l’événement. Intitulée « Arriver, partir, revenir », son ouverture marseillaise s’étendra « du Palais du Pharo au Fort Saint-Jean, puis au Mucem, au Panier, à la Joliette, à la Friche Belle de Mai, jusqu’au Grand port maritime de Marseille pour un final exceptionnel ». De nombreuses propositions artistiques seront lancées entre les 15 et 24 mai. Un parcours d’expositions investira la ville, parmi lesquelles « Résistances & Désobéissances » à la Citadelle, autour « du passé colonial de la France en Tunisie et l’emprisonnement d’Habib Bourguiba en ces mêmes lieux entre 1939 et 42 », indique Julie Kretzschmar, ou encore « Mon plus beau plan fixe », travail du cinéaste et plasticien franco-algérien Hassen Ferhani sur « les notions d’isolement et d’horizon ». La mémoire, l’histoire et la poésie en temps de guerre des Gazaouis trouveront, elles, une résonance au Centre photographique Marseille et aux ateliers Jeanne Barret. Au Musée d’art contemporain (MAC), Louisa Babari, « artiste franco-algérienne née à Moscou », campe Nicolas Misery, directeur des Musées de la Ville de Marseille, illustrera « sa réflexion sur les imaginaires de l’Algérie antique précoloniale ». Les musiques actuelles ne seront pas non plus en reste avec nombre de concerts et Dj’s sets à la Vieille Charité, la Friche Belle de Mai, ou encore au Grand port maritime. C’est sur ce site qu’une « immense fanfare » de musiciens amateurs et professionnels offrira un « condensé de Méditerranée : de la Sicile aux Balkans, de la Kabylie à l’Andalousie, de la Turquie à la Camargue, en passant par l’Atlas et les îles grecques ». Les créations théâtrales prévues pour l’ouverture ne seront pas non plus en reste, avec Mères Méditerranées de Mohamed El Khatib au Mucem, et Algérie, mon Amour qui prendra ses quartiers sur la Digue du large. Une performance conçue par Sébastien Kheroufi, d’après les récits de « quatre auteurs franco-algériens » portés par des habitants de Marseille, qui « racontent l’histoire de leurs parents. Une tentative pour comprendre ce qui se joue entre deux rives, ce temps suspendu du voyage, ces 24h de traversée en bateau entre Alger et Marseille ».

    Marseille, le point de départ d’une traversée culturelle qui fera escale dans 60 villes françaises pendant six mois, avec une cinquantaine d’événements labellisés « Saison Méditerranée 2026 » en Provence.

  • 3 spectacles pour raconter les sciences autrement à Montpellier

    3 spectacles pour raconter les sciences autrement à Montpellier

    De l’eau qui file, des moustiques qui piquent la curiosité et des cellules qui dévoilent leurs secrets : quand la science devient une aventure…

    La résidence « La science rend des contes » réunit, depuis septembre 2025, trois conteurs et conteuses au sein de laboratoires de l’Université de Montpellier. En immersion auprès des scientifiques, « les artistes explorent différentes thématiques de recherche et les transforment en récits accessibles à tous, mêlant rigueur scientifique et puissance narrative ».

    Rencontre entre artistes et scientifiques

    Objectif : découvrir les sciences autrement, « sensibiliser les enfants de 6 à 11 ans et leurs familles aux sciences en offrant un espace où la rigueur scientifique dialogue avec la poésie, l’émotion et l’imaginaire ». Un projet construit en partenariat avec le réseau des médiathèques et de la culture scientifique de la métropole, dans le cadre de la labellisation “Science avec et pour la société” de l’UM.

    De cette résidence sont nés trois spectacles, qui seront proposés les samedis 14 février, 14 mars et 21 mars à la médiathèque Émile Zola de Montpellier. « Chaque spectacle est pensé comme une expérience partagée dans laquelle les artistes donnent corps aux savoirs, puis les scientifiques associés au projet prolongent la rencontre lors d’un échange avec le public », explique l’Université.

    Le premier rendez-vous, (« Peut-on conter sur le moustique ? », 14 février 16h–17h) propose de s’emparer d’un sujet familier, le moustique. Le second (« Lokili – Les mondes de l’eau », 14 mars 16h–17h), plonge le public dans une aventure centrée sur l’eau, ressource essentielle et pourtant fragile. Enfin le troisième spectacle (« Le Cosmos des Minus  », suivi de « Lokili – Les mondes de l’eau », 21 mars16h–18h) se déploie sous une forme plus longue, avec deux propositions successives. L’après-midi s’ouvre avec « Le Cosmos des Minus  », consacré à l’infiniment petit. À travers le regard d’un enfant régulièrement renvoyé à sa petite taille, le récit bascule vers une autre échelle du vivant : celle des cellules, des structures invisibles, des mondes microscopiques qui organisent le réel. Cette proposition sera suivie d’une seconde représentation de « Lokili – Les mondes de l’eau ».