Category: culture

  • [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    Les deux journées du festival Marseille fait son cinéma, créé par la Plateforme en association avec l’Alhambra, mettent à l’honneur le cinéma phocéen, une filière en pleine évolution. Au programme : conférences, projections et ateliers participatifs. Des rencontres avec des professionnels auront lieu, permettant aux visiteurs de se familiariser avec le processus de création d’un film.

    La Marseillaise : Pourquoi mettre à l’honneur le cinéma marseillais ?

    Cyril Zimmermann : Marseille est une ville où, historiquement, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans le domaine du cinéma. Elle est devenue une ville de tournage dans les vingt dernières années et, plus récemment, s’est dotée d’écoles dans la filière du cinéma : Kourtrajmé, CinéFabrique, la Satis, les AIS. Il y a eu une croissance de l’offre de formation pour les jeunes. Il y a aussi de nouvelles infrastructures qui se sont créées, avec la base logistique de Gèze, ou Provence Studio à Martigues. La cinémathèque française va aussi bientôt s’installer à Marseille. On est donc, collectivement, en train de s’équiper en talents, en formations, en infrastructures. Avec Marseille fait son cinéma, nous voulons faire un état des lieux de Marseille, qui devient une capitale du cinéma, française, européenne et méditerranéenne. Il y a à la fois une évolution assez monumentale ces dernières années, couplée à notre envie, en tant qu’établissement d’enseignement supérieur, de fédérer autour de nous les acteurs de l’univers du cinéma. Nous voulons nous regrouper ensemble pour nous donner, collectivement, le maximum de visibilité vis-à-vis des publics informés, des professionnels, de façon à ce que cela crée un effet cumulatif, un cercle vertueux.

    Comment avez-vous pensé la programmation ? À quoi peuvent s’attendre les visiteurs ?

    C.Z. : On a bien choisi notre nom : la programmation est pensée pour mettre à l’honneur Marseille et le travail qui y est fait dans la filière du cinéma. On a monté la programmation en trois parties : dans l’espace Plaza, il y aura des activités pédagogiques plutôt pour les jeunes publics. Les écoles de cinéma, notamment les AIS ou la Satis, vont délocaliser des ateliers pour montrer à des adolescents comment on crée l’image, comment on monte un film, comment on produit du son. Dans la salle des sucres, seront diffusés en permanence des films réalisés par des élèves des différentes écoles de cinéma de la métropole. Dans l’espace cabaret, il y aura, le vendredi 27 et le samedi 28, des rencontres menées par des professionnels de l’univers du cinéma. Robert Guédiguian va raconter sa relation avec Marseille et les tournages. Seront aussi présents Karim Dridi et Margaux Fournier, qui vient de recevoir un César pour Le bain des dames. L’idée est de réunir des personnes importantes du paysage du cinéma marseillais. Nous voulons donner aux gens l’envie d’essayer de faire du cinéma, montrer que ce n’est pas inaccessible. L’idée est d’être aspirant et enthousiasmant.

    Après cette première édition, souhaitez-vous réitérer ces journées de rencontres ?

    C.Z. : Nous voulons créer un rendez-vous du cinéma marseillais, une fois par an. Notre volonté est d’attirer de plus en plus de curieux et de passionnés dans ce lieu festif.

    12 rue Urbain V, 13002 Marseille.
    Entrée gratuite.

  • [Cinéma] Une histoire nigériane sous haute tension

    [Cinéma] Une histoire nigériane sous haute tension

    Un père et ses fils traversent Lagos le jour de l’élection présidentielle, brutalement annulée par l’armée. Dans cette métropole grouillante aux tensions palpables, des liens se créent entre la figure paternelle souvent absente (Fola) et les garçons de 8 et 11 ans restés au village (Aki et Remi).

    Cela commence comme une lettre d’amour d’un fils à son père. Un film d’emblée poétique qui mêle plusieurs temporalités. Tandis que les enfants se chamaillent sur le perron d’une maison, s’insèrent des plans rapprochés d’images aussi disparates qu’incongrues (une gouttière rouillée, des oiseaux dans le ciel, des végétaux malmenés par le vent…). Un assemblage subtil qui illustre la mécanique de la mémoire, qui nous désarçonne et nous séduit.

    Mon père ce héros

    S’ensuit une sorte de road-movie : Fola part à Lagos chercher la paye qu’on lui doit depuis des mois. Aki et Remi l’accompagnent. Intimidés par ce père fantasmé, on découvre à travers leur regard étonné, un homme affectueux, animé d’un vrai sens des responsabilités. Une scène en bord de mer capte la beauté solaire et fragile d’un échange entre le père et l’aîné. Une discussion qui aidera la fratrie à mieux grandir. Le jeu naturel des deux frères à l’écran comme dans la vie est impressionnant. Et le comédien britannique d’ascendance nigériane Sope Dirisu est irrésistible en père tendu, nerveux, vulnérable et doux qui souffre de saignements de nez inexpliqués et espère travail et justice sociale.

    Des liens complices se tissent tandis que les enfants, tout en silence, observent les amis du père qu’ils surnomment Kapo. Aurait-il échappé miraculeusement à la rafle sanglante de Bonny Camp ? On ne le saura pas. Usé par le chômage et les emplois à court terme, Fola croit au changement et attend la victoire écrasante de l’homme d’affaires Abiola. Mais la menace militaire, postée à chaque coin de rue est omniprésente. Des camions sillonnent la ville, des soldats à l’arrière au regard frontal. Un homme vilipende les passants de propos pentecôtistes. L’annulation du scrutin entraînera la colère populaire.

    Premier film nigérian à être sélectionné à Cannes, voir une œuvre tournée au Nigeria est plutôt inédit et mérite d’être vu. Le cinéaste quadragénaire opte pour des allers-retours entre mémoire fantasmée, images d’archives et extraits télévisés, inscrivant son histoire intime dans une histoire plus large du pays. Tournées en 16mm, la texture, les transitions de lumière et les variations de couleurs enrichissent les nuances émotionnelles des personnages et des situations. Tout comme la bande sonore de Duval et CJ Mirra qui agit comme caisse de résonance tout évitant les musiques afro habituelles.

    Sortie le 25 mars (1h33).

  • [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    Après La vie est une fête, qui immergeait le public dans un service d’urgences psychiatriques, la compagnie Les chiens de Navarre s’attaque cette fois à la machine judiciaire avec I will survive. Des magistrats aux victimes, en passant par les accusés, avocats et autres témoins, une création qui exprime tout son caractère satirique du vendredi 27 mars au mercredi 1er avril au Théâtre Liberté.

    Sa trame s’enlace autour de deux procès qui se croisent et font grand bruit : d’un côté, celui d’une femme qui a tué son mari après avoir été victime, des décennies durant, d’agressions physiques et sexuelles de sa part ; de l’autre, celui d’un chroniqueur radio qui s’est fait remarquer par une blague fort douteuse sur les violences faites aux femmes.

    Le rire pour pas dépérir

    Dans I will survive, scènes de la vie quotidienne et judiciaire s’enchaînent comme le flot d’horreurs inondant nos écrans. Les deux affaires judiciaires, indirectement liées, « enflamment tout un pays. Ce qui est légal est-il toujours juste ? », s’interroge dans sa note d’intention son metteur en scène Jean-Christophe Meurisse, servi par sept interprètes qui nous embarquent alternativement dans la descente aux enfers d’un humoriste et le calvaire d’une femme victime des pires atrocités.

    Un spectacle où le rire permet de flotter au milieu du pire. Comme le chantait Gloria Gaynor, I will survive.

    Entre 5 et 30 euros

  • Le Cirque du Soleil éblouit pour la première fois Marseille

    Le Cirque du Soleil éblouit pour la première fois Marseille

    Les acrobates, dans leur rôle de « criquets », s’entraînent, virevoltent et enchaînent saltos et pirouettes, tous plus impressionnants les uns que les autres. Les techniciens font des allers-retours de toute part : « C’est une vraie fourmilière », plaisante Janie Mallet, attachée de presse de la troupe. OVO signifie « œuf » en portugais. « Le spectacle a été créé en 2009 par la Brésilienne Débora Colker, fascinée par les insectes », explique Janie Mallet. Une grande diversité d’insectes est donc représentée dans le spectacle : « Des scarabées, des libellules, des papillons de nuit… ».

    Les déguisements sont réalisés par une équipe de cinq couturières à temps plein, qui finalisent les derniers costumes à quelques heures de la première représentation à Marseille, ce mercredi. « Dans ce spectacle, on peut y voir toutes les métaphores. Il s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. » OVO est une ode à la biodiversité, mais aussi au Brésil, avec ses sept musiciens qui jouent en direct une grande diversité d’instruments, allant des percussions à la guitare.

    Une troupe d’athlètes professionnels

    « On compte 25 nationalités différentes dans toute la troupe : des Mexicains, Ukrainiens, Bulgares, Canadiens ou encore des Français », détaille Janie Mallet avec enthousiasme. Svetlana Delouss, danseuse et gymnaste professionnelle, incarne l’araignée rouge, un personnage qui apparaît à plusieurs reprises dans le spectacle. « C’est toute une vie de préparation pour en arriver là, réaliser son rêve de se produire devant autant de monde et avec le Cirque du Soleil », confie l’artiste. Elle évoque aussi son moment préféré : « Je grimpe la tête en bas pendant que les autres sautent d’un mur de plusieurs mètres de haut, de chaque côté. »

    « La troupe compte 100 personnes, dont 53 artistes et 7 musiciens, poursuit Janie Mallet. Nous transportons absolument tout, des loges à la scène. 21 semi-remorques ont été vidés et le spectacle a été monté en un jour seulement. » Après un rapide changement de décor, des fleurs de cinq mètres de haut sont dressées et la scène de voltige se met en place. Des clowns aux acrobates, toutes les disciplines circassiennes sont représentées. Kylian Mongey, gymnaste spécialisé dans le tumbling (discipline acrobatique), joue le rôle d’un criquet. Repéré par le Cirque du Soleil alors qu’il était dans l’équipe de France de tumbling, il confie avoir, lui aussi, réalisé son rêve d’enfance : « À mes 10 ans, j’ai vu “Alegría” du Cirque du Soleil et j’ai été émerveillé par le tumbling. Dix ans de travail plus tard, je rejoins la troupe d’OVO. »

    Tout juste arrivée de Madrid ce lundi, la troupe itinérante mettra le cap sur Rome, dimanche, directement après sa dernière représentation.

    Jusqu’à dimanche au Palais des sports. Tarifs : à partir de 34 euros. Détails sur cirquedusoleil.com

  • [Entretien] « C’est un immense chef-d’œuvre qu’il faut absolument voir sur scène à l’Opéra »

    [Entretien] « C’est un immense chef-d’œuvre qu’il faut absolument voir sur scène à l’Opéra »

    L’opéra de Marseille donne cette semaine (mercredi 25 et vendredi 27 à 20h et dimanche 29 à 14h30) Dialogues des Carmélites, du français Francis Poulenc. L’ouvrage créé à la Scala de Milan en 1957, d’après la pièce de Bernanos, est sans doute l’un des plus dramatiques et puissants du répertoire lyrique. Opéra de femmes vivant dans un décor de clôture monastique, hanté par l’idéal du martyre, Dialogues des Carmélites ne laisse pas l’auditeur indemne. Il faut une distribution qui convoque la fine fleur du beau chant français. Maurice Xiberras sait y faire en réunissant Hélène Carpentier (Blanche de la Force), Lucile Roche (Madame de Croissy), Angélique Boudeville (Madame Lidoine), Marc Barrard pour les plus familiers du public marseillais.

    La mise en scène est signée Louis Désiré. Quant à la direction musicale, elle sera assurée par la cheffe Debora Waldman. Une pionnière nommée à la direction musicale de l’Opéra d’Avignon et qui devient ainsi la première femme à la tête d’un orchestre national permanent français. Entretien.

    La Marseillaise : Que représente pour vous, en tant que cheffe,
    «
     Dialogues des Carmélites » ?

    Debora Waldman : C’est un monument d’une force profonde, un immense chef-d’œuvre mal connu qu’il faut absolument voir sur scène. J’ai des affinités avec cette œuvre. Je veux y exprimer toute la dimension religieuse et mystique qui, en tant que musicienne, me parle beaucoup. La musique de Poulenc est régie par le texte de Bernanos. C’est la prosodie qui prime et il y a peu d’air au sens habituel. Dialogues, c’est avant tout du théâtre. L’émotion y est très puissante. La mise en scène est essentielle. Louis Désiré est toujours à l’écoute au plus près de la musique. On ne peut pas séparer le récit proprement musical du drame vécu par les personnages.

    Une grande partie de l’opéra a pour décor le couvent des Carmélites, les rôles féminins y sont les plus importants. Peut-on parler d’opéra féministe ?

    D. W. : On me pose souvent la question. Nous sommes, bien sûr, dans un monde très féminin. En y réfléchissant je pense à Goethe qui dit que l’éternel féminin nous élève et c’est là, peut-être, qu’on peut trouver dans cet opéra quelque chose de vraiment féminin. Une espèce d’idéalisation d’une communauté de valeurs portée par ces femmes et que la Révolution va vouloir étouffer.

    C’est votre première invitation à Marseille. Que ressentez-vous ?

    D. W. : C’est d’abord une surprise, je ne m’y attendais pas. Puis ça a été une rencontre. J’ai été très heureuse car je connaissais l’excellente réputation de l’orchestre. Et venir, en plus, pour cette œuvre-là était important. On peut parler d’une parfaite conjonction. Je compare le geste du chef à celui de l’archer. Tout est dans la précision. L’orchestre est très réactif. Plein de fortes personnalités. Si je devais les définir en quelques mots, je dirais l’intelligence d’une aspiration collective.

    Vous êtes la première femme
    à la tête d’un orchestre national permanent français, l’Opéra d’Avignon, vous avez fondé «
     Idomeneo », votre propre orchestre. Être cheffe d’orchestre est-ce toujours aujourd’hui une question qui se pose ?

    D. W. : Pour Idomeneo, c’était il y a 15 ans. Une fille comme moi ne pouvait pas rêver d’une vraie carrière de cheffe. Alors comme Nathalie Stutzmann, Emmanuelle Haïm ou Laurence Equilbey, avoir son propre orchestre était le moyen essentiel de se faire une place. Puis en 2020, j’ai été nommée à Avignon. Quand j’ai réalisé que j’étais la première à ce genre de poste, ça a décomplexé tout mon passé. C’est un point de bascule où les cheffes ont commencé à occuper l’espace, et pas seulement la jeune génération. On a toujours été là mais pas visible, un peu comme toutes ces compositrices que l’on redécouvre aujourd’hui et qui, comme Charlotte Sohy, doivent avoir en toute justice leur place dans les histoires de la musique.

  • Jouer l’amour et le sexe de façon sûre au Théâtre Joliette

    Jouer l’amour et le sexe de façon sûre au Théâtre Joliette

    Je rends le sexe réaliste. Pas réel. Tout est chorégraphié », résume dans sa note d’intention Ben Kidd. Sur un texte écrit par Emilie Pine, et avec son alter ego de la compagnie Dead Centre, Bush Moukarzel, qui en assure la dramaturgie, il met en scène Good sex. Le point de départ de cette création originale qui prend ses quartiers du mardi 24 au vendredi 27 mars au Théâtre Joliette, dans le cadre de la programmation hors les murs du Gymnase : « Deux comédiens et comédiennes qui ne se connaissent pas, reliés par une oreillette à un souffleur qui leur dicte leur texte, jouent une histoire d’amour. » En cette époque où les cas de harcèlement et d’agressions sur les femmes se multiplient aussi sur les planches comme sur les tournages, ce collectif irlandais manie à la fois humour, tendresse et bienveillance.

    Coordinatrice d’intimité

    Chaque soir, en plus des comédiens Emilie Maquest, Nicolas Payet et Josépha Sini, « deux nouveaux interprètes racontent une histoire de désir, de trahison et de solitude. Ils n’ont jamais répété ensemble, ni même lu le scénario. Ils ne savent presque rien et sont étrangers », écrit encore Ben Kidd, au sujet de ces deux acteurs d’un soir qui n’auront pour répétition, quelques heures auparavant, qu’un « atelier avec une coordinatrice d’intimité qui encadre les scènes de sexe simulées, entièrement chorégraphiées pour donner l’illusion, au public ». Dans Good sex, les interprètes « s’embrassent, se touchent avec un désir auquel nous devons croire. Comment faire pour que des gestes naturels dans la vraie vie se répètent sur scène avec la même aisance ? ». Tel est, selon les mentions du programme, la mission dévolue au Dead Centre. Avec un rôle pivot occupé par cette coordinatrice d’intimité qui va « les aider et les guider ». Un métier répandu dans le monde anglosaxon, et beaucoup moins en France, qui devient encore plus nécessaire à l’ère post #Metoo. Good sex illustre ainsi à quel point le sexe simulé à la scène comme à l’écran, « n’est pas toujours une partie de plaisir ».

    Mardi 24, jeudi 26 et vendredi 27 mars à 20h et mercredi 25 mars à 19h. Entre 10 et 24 euros. www.lestheatres.net

  • L’art contemporain s’expose à Chanot

    L’art contemporain s’expose à Chanot

    Un art compréhensible et accessible à tous les budgets, mettant en lumière des artistes professionnels qui exposent en direct. Tels sont les fondamentaux du Salon international de l’art contemporain (Siac) qui font son succès depuis 25 ans.

    25 bougies, ça se fête

    Peintres, sculpteurs, plasticiens, aquarellistes ou encore mosaïstes et photographes ce n’est pas moins de 140 exposants et 10 nationalités qui vous donnent rendez-vous jusqu’à lundi au sein du Palais de l’Europe du parc Chanot à Marseille. Sur plus de 3 000 m² le parcours se veut agréable et propice à la découverte, invitant le public à se laisser porter au fil des stands faisant du Salon un lieu de rencontres, d’échanges, de partage et de discussion avec les artistes présents pour l’événement.

    Et qui dit 25e anniversaire dit édition particulière. Dès l’entrée un immense gâteau d’anniversaire « instagrammable » a été installé pour réaliser à votre guise des photos souvenirs de ce rendez-vous annuel incontournable. Vous pourrez également pour l’occasion laisser une trace de votre passage au Siac sur un « livre d’or XXL » que vous trouverez à la sortie sur près de 10 mètres linéaires.

    Prix du public
    et rencontres

    Lundi pour clôturer ce rendez-vous des amateurs et curieux, les lauréats des prix du public 2026 seront révélés à savoir un artiste peintre ou photographe ou créateur de pièces murales et un sculpteur.

    Tout au long du salon, la lauréate du Prix du public de l’an dernier, Julie Gazounaud primée dans la catégorie « créations murales » est présente pour exposer et rencontrer les visiteurs. Cette jeune femme de 30 ans se consacre à l’art depuis 2022 et peint principalement l’océan, cet élément qui autrefois fut son refuge. En jouant sur la lumière et le scintillement, son océan change de couleur bouge et dévoile sa force. lui qui l’apaise et en qui elle voit son compagnon de toujours.

    Samedi, dimanche et lundi de 10h à 19h. 10 euros l’entrée en plein tarif et gratuit pour les enfants de -12 ans.

  • Amel Bent : « Plus qu’un concert, c’est l’histoire d’une vie »

    Amel Bent : « Plus qu’un concert, c’est l’histoire d’une vie »

    La Marseillaise : Vous êtes de retour sur le devant de la scène après deux ans d’absence totale. Pourquoi avoir fait le choix de vous effacer ?

    Amel Bent : Ce n’était pas un choix, j’ai vécu un épisode familial douloureux avec la perte de ma mamie, notre taulière au moment où je commençais à entrer en studio pour un huitième album. Je n’ai donc pas du tout suivi les plans qui étaient prévus. J’ai passé des mois à la maison, coupée du monde, à écrire parce que ça me faisait du bien, pour mettre de l’ordre dans ma tête et dans mon cœur. Ce décès, au-delà du deuil et du chagrin, m’a beaucoup fait réfléchir. Je me suis retrouvée comme dans une crise existentielle, une quête de sens, sans compter que mes 40 ans arrivaient… à cette période, l’urgence pour moi était de trouver des réponses à mes questions, de prendre soin de moi. Pas de faire des chansons. D’anciennes cicatrices ont également refait surface…

    À quel moment avez‑vous su qu’il était temps de revenir ?

    A.B. : Toute cette période a finalement été salvatrice, parce que quand j’ai commencé à sortir la tête de l’eau -c’est d’ailleurs pour ça qu’une chanson de l’album s’appelle Sous l’eau– je me suis aperçue que tout ce qui m’était parvenu, tout ce que j’avais écrit, était des thèmes de chansons.

    Que raconte donc ce huitième album, « Minuit Une » ?

    A.B. : Je chante mes enfants, ma mamie, mon couple, ma mère, ma charge mentale aussi, ainsi que mon enfance ou la solitude que j’ai pu ressentir. Ce sont bien plus que des thèmes à mes yeux, ce sont les moments importants de mon existence. Et ces chansons ne sont pas pour moi, c’est une déclaration à mon public, sur tout ce que j’ai traversé et j’avais hâte de leur partager, un peu comme on a hâte de raconter un scoop à notre meilleure copine ! (rires) C’est une grande émotion pour moi parce que c’est à ce moment-là que la boucle sera bouclée. J’espère qu’après le concert, on repartira tous le cœur plus léger. Cet album et ce concert, c’est l’histoire d’une vie en repartant de la douleur originelle pour la transformer en lumière.

    Ce concert et la part de votre vie que vous partagez sans filtre avec le public,
    peut-on dire que c’est
    une thérapie
     ?

    A.B. : Je ne m’en suis jamais cachée, la musique, c’est mon psy, ma meilleure amie, mon éducatrice aussi. Elle me soigne et m’apprend tellement. La musique a une place bien plus importante dans ma vie que d’être juste un art ! Je vois tout à travers le prisme de la musique depuis que je suis petite. C’est pour moi la plus belle des nourritures et je me sens repue humainement, ça c’est merveilleux.

    Vous évoquez votre enfance compliquée dans l’album.
    Le fait de fonder votre foyer a-t-il changé votre perception de l’enfance que vous avez vécue ?

    A.B. : Je pense sincèrement qu’avoir des enfants te force à faire la paix avec différents aspects de ta vie. Je suis encore une femme-enfant, je cohabite avec la petite Amel au quotidien. Je peux être très responsable, très adulte et parfois pas normale, mais on est comme on est (rires) ! Selon moi, il y a deux chemins possibles : soit tu éduques tes enfants en leur déposant dans le cœur tes failles, tes blessures, soit tu décides de régler ce qui t’appartient pour ne pas reproduire les mêmes schémas. La communication avec mes filles a une place très importante, elles savent qu’un papa ou une maman, ce n’est pas quelqu’un de parfait.

    En plus de l’album sorti en 2025, on vous retrouve sur grand écran avec
    le film «
     Ma Frère » nominé au Festival de Cannes. Pouvez-vous raconter cette expérience ?

    A.B. : Je m’étais engagée pour ce tournage et il est arrivé quand j’avais annulé tout le reste. Pour autant, ça a été une expérience intense. Je pense que je me suis reconstruite aussi grâce au regard que les jeunes, présents pour le film, portaient sur moi. J’étais pour eux la fille qui chante l’espoir, qui vient d’un quartier populaire, comme eux, et qui a transformé son destin, qui est forte. C’est grâce à eux que j’ai tout reconstruit et j’ai su qu’après ce tournage, rien ne serait plus pareil.

    Est-ce une nouvelle version de vous-même qui se dévoile au public ?

    A.B. : Ce n’est pas une nouvelle version parce que je suis toujours la même, mais avec une évolution imposée par le temps qui passe, l’expérience et ce que nous donne la vie sur le chemin. J’ai fait la paix avec certains aspects de ma vie, même si j’ai encore quelques pierres dans mon sac. Je peux changer, évoluer, mais je n’oublierai jamais qui m’a élevée, de quel bois je suis faite et surtout d’où je viens.

    Vous êtes d’origine franco-algérienne. Quel regard portez-vous sur la montée
    de l’extrême droite en France en cette période électorale
     ?

    A.B. : Je suis absolument apolitique et je pense que pas mal de gens le deviennent malheureusement. Peut-être par manque de considération face aux vrais combats du quotidien que mènent les gens tous les jours. J’essaie de combattre la violence à ma manière, où qu’elle soit, et je pense que ça commence autour de soi dans la façon dont on communique ou on éduque nos enfants par exemple. C’est ça ma façon de faire de la politique ou du moins de contrer ce que je vois et qui me fait peur ou me révolte. C’est essayer de contrer les discours politiques qui ne sont finalement que des discours. Je ne me sens pas représentée, alors oui, j’ai conscience que je suis privilégiée, mais je n’en suis pas déconnectée de la réalité. Loin de là. Dans ma famille, nous croyons beaucoup à la solidarité, à l’associatif. C’est dans ces valeurs que je m’épanouis, à travers le partage. Dans la vie, ce ne sont pas les politiques qui aident qui que ce soit, ce sont les gens, entre eux, quelle que soit leur religion ou leur couleur de peau. Je suis peut-être trop naïve ou utopiste, mais nous au moins, on sait encore avoir de l’empathie les uns pour les autres.

  • Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    Isam Elias, synthétiseur d’influences à Marseille

    « Je qualifierais ma musique d’électro-afro-orientale. Elle prend en compte tous les éléments de ma vie », résume Isam Elias. Autant d’inspirations et d’influences proclamées par ses synthétiseurs, dopés par une énergie lointaine. Bercé par la musique traditionnelle arabe, puis ayant fait ses gammes avec les compositeurs classiques, il se lance dans l’électro à son arrivée en France en 2022, dans le cadre d’une « résidence à la Cité internationale des arts », rappelle ce natif de Bethléem, qui se produit à Marseille vendredi 20 mars, vers 1h du matin.

    Festif à plein « Tubes »

    Isam Elias est l’auteur d’une musique festive, entraînante. Et aussi engagée ? « Rien que le fait que je sois un artiste palestinien sur scène, et que les gens puissent écouter ma musique, est déjà quelque chose de politique », estime celui qui est à l’origine d’un EP réjouissant intitulé Tubes. L’occasion de le faire découvrir aux Marseillais, auxquels il a déjà pu se frotter par le passé. Selon lui, « le meilleur public. Ici, les gens sont toujours chauds. Ils semblent plus libres et fiers de leurs histoires personnelles qu’ailleurs ».

  • [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    [Entretien] Rebecca Roger Cruz : « Mon album est un voyage de métamorphoses »

    La Marseillaise : Quelle est la signification de « Rio Abajo » ?

    Rebecca Roger Cruz : Ça veut dire en aval de la rivière. C’est une phrase qui revient souvent dans la poésie latino-américaine, où il y a toujours ce contact avec la force de la nature. On peut le voir comme une métamorphose. Comme si on entrait par une porte en étant une personne, et comme si on sortait par une autre en étant changé par ce voyage.

    Tout au long de l’album, votre voix se met au diapason de cette image en se métamorphosant elle aussi…

    R.R.C. : J’aime beaucoup m’amuser avec ma voix, l’utiliser avec plusieurs techniques. Moi qui suis née au Venezuela, je suis influencée par la musique de mon pays, et latino-américaine en général, mais aussi par les musiques classique, baroque ou encore la pop expérimentale. Tout ce mélange se traduit dans ma voix.

    Du premier titre « Abreme la puerta Juana », qui convoque les éléments du vivant, au dernier, « Esteros » qui symbolise votre identité aux carrefours de plusieurs cultures, votre album commence en larve pour finir sa course en papillon…

    R.R.C. : Je n’y avais pas pensé en faisant l’album mais c’est une image qui me parle. Le premier morceau, je l’avais pensé comme une cérémonie. Abreme la puerta Juana, c’est le chant traditionnel qui ouvre en juin la fête de Saint-Jean-Baptiste. Il y a quelque chose en rapport avec la transe, les racines. Et à partir de ça, je dévoile ce voyage de métamorphoses petit à petit.

    Votre opus transcende beaucoup de styles et époques, du flamenco au baroque en passant par le rock et le répertoire traditionnel vénézuélien. Est-ce que vous voulez aussi transcender les âmes ?

    R.R.C. : Oui, vraiment. Cet album est un outil de guérison pour moi. Je trouve qu’en ce moment, on a besoin de se reconnecter avec quelque chose de plus profond et spirituel, et pas forcément de religieux. Ce qui me donne cette force, c’est la nature et la musique. J’ai voulu retranscrire cela dans l’album à travers toutes mes influences : pas forcément en passant d’un style à l’autre, mais en brisant des ponts qu’on peut retrouver entre la musique dite classique, le flamenco, la musique traditionnelle et la pop. au contraire. C’est en fait une rencontre, un espace où on se pose moins la question des étiquettes.

    Vous avez quitté le Venezuela pour la France il y a plus de 10 ans. L’album est aussi traversé par la question de l’exil avec le titre « Alcaravan », du nom d’un oiseau migrateur de votre pays natal…

    R.R.C. : On trouve cet oiseau migrateur dans la plaine vénézuélienne mais aussi colombienne. C’est un oiseau très présent dans la poésie et musique du Venezuela, surtout dans la région de la plaine. Tout le monde le connaît, et pourtant, on le voit peu. On entend que son cri, qui annonce le moment où il faut partir. Cette chanson, je l’ai écrite pour mon pays. En tant que membre de la diaspora, cela me tenait à cœur de parler de cet exil, de ce que je ressens ici. La diaspora vénézuélienne est énorme et compte presque 9 millions de personnes. Cela représente un tiers du pays et l’une des diasporas les plus grandes au monde. Plus je chante cette chanson, plus je me rends compte qu’elle est aussi d’actualité pour beaucoup d’autres peuples et pays. C’est aussi un moyen de renvoyer un message de paix.

    Lors de l’enlèvement de Maduro par les États-Unis début 2026, beaucoup de membres de la diaspora ne voulaient pas choisir entre la main de fer du régime actuel et l’impérialisme américain. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ?

    R.R.C. : C’était un moment bouleversant. Pour nous qui vivons les choses de loin, c’est très angoissant car nous pensons aux gens sur place. Je ne vais pas vous mentir : le Venezuela est un régime dictatorial. Mais c’est quelque chose que beaucoup de gens au pays ne peuvent pas exprimer car on assiste à un contrôle des médias, des téléphones… Et en effet, il y a un sentiment de dualité : d’un côté, il y a la joie et le soulagement qu’on peut ressentir quand on se dit qu’on arrive peut-être au bout de ce régime dictatorial, et que cette personne mérite réellement d’être en prison. Et de l’autre côté, personne n’aime que son pays soit bombardé, qu’il soit envahi et contrôlé par les États-Unis, surtout au regard du rapport colonial que ce pays entretient avec l’Amérique latine. C’est un rapport perpétué par beaucoup d’actions infantilisantes, comme si on avait besoin de leur aide alors que ce n’est pas le cas.

    La France a été un refuge pour vous il y a plus de dix ans. Une terre d’accueil de plus en plus menacée par l’arrivée de l’extrême droite à différents endroits du pouvoir. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

    R.R.C. : Il y a la peur que les contrôles migratoires se durcissent, mais aussi l’invisibilisation d’autres cultures qui peut arriver. Avec l’extrême droite au pouvoir, on pourrait arriver à une sélection de certaines choses sur les scènes musicales et culturelles en général. C’est quelque chose d’angoissant pour toutes les personnes étrangères dans le pays, mais aussi pour les Français. Pourtant, la France est un pays multiculturel qui tient sa force et sa beauté de son mélange.