Category: culture

  • Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Le Festival d’Avignon ouvert sous le signe de la création et des inquiétudes budgétaires

    Dans la cité papale, des comédiens des compagnies du Festival Off, en costumes et chapeaux, affiches de leur spectacle sur le dos, déambulaient dans les rues, tractant auprès des premiers spectateurs, tandis que démarraient les premières pièces. « Il y a des spectacles pour tous les goûts », déclare le directeur du Festival Tiago Rodrigues. Selon lui, cette édition se veut une « célébration des arts vivants ».

    En marge de l’ouverture, plusieurs organisations professionnelles se sont inquiétées, dans une lettre à Emmanuel Macron, de voir les dotations prévues pour le second semestre annulées par l’État pour 28 structures du spectacle vivant, dont des opéras, deux théâtres parisiens, quatre orchestres. « Il n’y aura pas d’annulation de crédit. Il ne pourrait y avoir que des reports, a déclaré la ministre de la Culture, Catherine Pégard. Mais pour l’instant, nous nous battons pour que ça n’arrive pas. »

    La ministre était présente, ce week-end, enchaînant les rendez-vous (visite de FabricA, de la micro-école Inspire, de la Maison Jean-Vilar…). En présence d’António Costa, président du Conseil européen, Catherine Pégard a découvert l’installation « Relatum » de Lee Ufan, au Palais des Papes, avant d’assister à la première de Maldoror de Julien Gosselin, à la Cour d’Honneur. Programme qui tranche avec la visite éclair, l’an passé, de Rachida Dati, alors ministre de la Culture.

  • Le « Requiem » de Mozart repris à l’Archevêché

    Le « Requiem » de Mozart repris à l’Archevêché

    Le spectacle imaginé par Romeo Castellucci et la présence sur scène et dans la fosse du Chœur et de l’Orchestre Pygmalion, dirigé par Raphaël Pichon, en aurait été aussi une aussi suffisante justification. L’évidence du message de Castellucci nous apparaît-elle, en 2026, plus pressante qu’en 2019 ?

    La musique de Mozart sert un service funèbre à toutes les extinctions passées et à venir que le monde, avec ou sans les hommes, a subi depuis sa création. Sur le fond de scène est projetée cette effrayante litanie ; la faune, la flore, les peuples, les civilisations, les œuvres d’art, jusqu’aux sentiments les plus intimes… S’y sont ajoutées, depuis, les destructions au Proche-Orient, Gaza, bien sûr, et le Liban, la Syrie. La messe des morts se fait danse tribale, rite chamanique. Il ne reste de l’humain que des déchets dans lesquels on se vautre, une épave de voiture devant laquelle on pose comme pour un ultime selfie. Que restera-t-il de nous ? De ce paradis perdu d’où est chassé l’humain, mis à nu ? La voix cristalline d’un enfant qui chante un In Paradisum bouleversant. Et un nouveau-né qui nous regarde.

    La lecture de Raphaël Pichon reste profondément religieuse. Le Requiem est augmenté d’autres pièces de musiques sacrées de Mozart et de chants grégoriens. Tout devient plus sacral que sacré. Entre recueillement et exultation. Le chœur, soutenu de danseurs et de figurants, chante et danse la mort avec un élan rythmique et une intensité vocale passionnants.

    Les quatre solistes, Mélissa Petit (soprano), Alto Beth (alto), Duke Kim (ténor) et Alex Rosen (basse) sont comme les piliers de ce culte rendu si paradoxalement à la vie même.

    Ce qui paraissait naïf et appuyé en 2019 touche davantage aujourd’hui. Le monde change. Il a changé.

  • « La Femme sans ombre », triomphe sans l’ombre d’un doute

    « La Femme sans ombre », triomphe sans l’ombre d’un doute

    Une très longue standing ovation au Grand Théâtre de Provence (GTP), vendredi soir, a salué la première de la Die Frau ohne Schatten (La Femme Sans Ombre), de Richard Strauss. Une ovation unanime que le Festival d’Aix n’avait pas entendue depuis l’ultime mise en scène bouleversante de Patrice Chéreau pour Elektra du même Strauss en 2013.

    Quand un grand homme de théâtre comme Barrie Kosky s’allie à un chef de génie comme Klaus Mäkelä, et que vous réunissez un plateau de voix comme on en entend peu en Europe (et ailleurs), les planètes s’alignent. On obtient alors ce qui sera désormais le grand moment de ce 78e Festival et une date pour marquer son histoire déjà longue.

    Pour faire revivre cette histoire d’impératrice privée d’ombre, symbole de maternité, certes, mais pour Kosky davantage lié à l’âme humaine, rarement plateau n’a été aussi exceptionnel. La nourrice, âme noire, misanthrope, un peu mère abusive, bénéficie de la voix dense et sombre de Nina Stemme à la fois maléfique et protectrice. Entre ses mains, Vida Mikneviciuté est une Impératrice vocalement hors norme ; aigus surpuissants, accents dramatiques infaillibles. La teinturière, plébéienne rongée de contradictions, est littéralement incarnée par Ambur Braid qui, munie d’un soprano d’airain, en fait une figure féminine de premier plan. Le teinturier Barak de Brian Mulligan est bouleversant d’humanité. Michael Spyres fait un Empereur fou de solitude. Le bariténor lui offre ses failles et des accents dramatiques poignants. Jean-Sébastien Bou, Tomasz Kumiega et Daniel Mirosław ajoutent leur talent à cette distribution, redisons-le, exceptionnelle.

    Dire que la direction musicale de Klaus Mäkelä est exemplaire serait le moindre des superlatifs. Ce chef, encore jeune, qui dirige pour la première fois dans la fosse du GTP, est la musique incarnée. Le flot tumultueux, brutal, charnel, élégiaque et tendre, tout à la fois de la partition de Strauss, semble naturellement naître de ses gestes, mesurés et précis. Tout l’espace du théâtre est investi par le son et les voix. L’Orchestre de Paris est l’instrument parfait, ductile, sensible dans chaque pupitre (le solo de violon) et puissant sans fracas dans les temps les plus forts.

    Il faut du talent pour éclaircir le livret chargé de symbolique de Hugo Von Hofmannsthal. Barrie Kosky et son scénographe Michael Levine rendent au conte baroque une profonde et lumineuse humanité. La dichotomie entre monde supérieur ; L’Empereur, l’Impératrice, la Nourrisse, et celui des humains ; le couple des teinturiers, se joue dans le décor. Pour le pouvoir vacillant, un fauteuil et un cheval à bascule dans un monde dépouillé de lumière. Pour l’humain, une tour faite de bric et de broc, lieu de vie fourmillant et répugnant.

    Hofmannsthal voulait que La femme sans ombre soit à La Flûte enchantée ce que Le Chevalier à la Rose est aux Noces de Figaro, comme le rappelle Christian Merlin dans son excellent Richard Strauss, mode d’emploi (L’Avant-scène Opéra). Barrie Kosky crée une imagerie onirique et inquiétante, qui rappelle inévitablement le conte mozartien. En homme de théâtre, il crée une tension extrême comme on en voit peu sur une scène d’opéra et le final cataclysmique du deuxième acte est un choc musical et visuel. La blancheur immaculée du 3e acte (très belles lumières de Franck Evin) éclaire le moment de vérité, dépouillé et nu. L’amour peut y renaître et les ombres enfin signifier la profondeur de l’âme humaine. Cette Femme sans ombre aixoise est ce que l’opéra peut apporter de plus essentiel au spectacle vivant : la puissance pure de l’émotion. Sans l’ombre d’un doute !

  • Le conservatoire inscrit Vladimir Cosma à sa partition

    Le conservatoire inscrit Vladimir Cosma à sa partition

    Une distinction symbolique pour celui qui a signé certaines des musiques de films les plus marquantes du cinéma français, notamment celles inspirées de l’univers de Marcel Pagnol. La cérémonie a débuté en fin de matinée dans la grande salle du Théâtre Comœdia. L’ensemble Bande Originale a ouvert les festivités en interprétant La Valse d’Augustine, du film Le château de ma mère, suivie du célèbre thème du Grand Blond avec une chaussure noire, plongeant le public dans l’univers du maestro.

    « Un très grand plaisir »

    Le directeur du conservatoire, Pierre-Bastien Midali, s’est exprimé avant de laisser place à un quatuor de clarinettes de l’établissement. L’arrivée de Vladimir Cosma a été saluée par une ovation des nombreux spectateurs. François Otchakovsky-Laurens, adjoint à la culture, a pris la parole : « C’est un moment rare, exceptionnel pour notre ville. Vos mélodies, que toutes et tous nous fredonnons, sont au cœur de nos paysages sonores, un peu comme la silhouette familière du Garlaban dessine notre horizon quotidien. (…) Cher Monsieur Cosma, attribuer votre nom à notre conservatoire n’est pas seulement un patronage honorifique, ce sera une inspiration pour nos élèves, une impulsion pour nous. »

    Touché, le compositeur a déclaré : « Vous savez, pour moi, d’avoir mon nom chez vous dans cette ville liée à celui de Marcel Pagnol, ce n’est pas un honneur ; c’est un très grand plaisir. Ce qui est beaucoup plus important que l’honneur parce que les honneurs, j’en ai plein tout le temps, mais du plaisir, c’est plus rare. Et vous m’avez fait un grand plaisir. Je remercie le maire et tous ceux qui ont participé à ce choix-là. »

  • Premières fois, premières photos

    Premières fois, premières photos

    Qui de l’œuf ou de la poule est apparu le premier ? Ce questionnement qui a traversé les siècles a inspiré Luce Lebart dans la construction de sa première exposition en tant que nouvelle commissaire au Pavillon Populaire. Tout comme les conclusions de la science, la directrice artistique indépendante en charge de la programmation artistique du lieu offre une réponse nuancée. La photo n’est pas apparue du jour au lendemain, elle est le résultat de bien des années d’expérimentations : il n’existe pas une invention mais bien les inventions plurielles de la photographie.

    Avec « Premières fois / premières photos », le Pavillon Populaire présente la première exposition de sa saison 2026 sous la forme d’un voyage à travers le temps pour enquêter sur l’apparition de la photographie. Entre les procédés de création artisanaux et les premiers brevets d’appareils bien loin de ressembler à ceux d’aujourd’hui, les salles du Pavillon Populaire se remplissent d’objets et de clichés qui transportent le visiteur entre les époques. Au total, ce sont 200 photographies de plus de 50 photographes historiques et modernes qui sont présentés en avant-première du bicentenaire de la photo, dans le cadre des rencontres de la photographie d’Arles.

    L’histoire d’une naissance

    « Premières fois / premières photos » recense les ratés, les essais et les expérimentations, pour montrer toutes les formes que peut prendre une première image. « J’ai voulu jouer avec le mot premier, en explorer tous les sens » avoue celle qui fait, en parallèle, ses premiers pas au sein du Pavillon Populaire. Après avoir dirigé de nombreuses institutions dédiées à l’image à Paris, au Canada et à l’international, elle revient en Hérault pour apposer sa patte dans la programmation de l’espace d’art photographique montpelliérain. « Le premier, c’est l’origine, le vainqueur, l’inédit. Au début je ne m’attendais pas aller dans des directions aussi folles mais c’est devenu petit à petit une exposition de recherche » ajoute-t-elle.

    Un travail presque scientifique, qui fait écho aux débuts de cette discipline ancrée dans l’art aujourd’hui. L’exposition met en scène le lien très étroit entre photo et science, les clichés ayant servi à étudier le monde qui nous entoure du temps où les appareils photos étaient les outils d’étude les plus performants. Les salles du Pavillon Populaire reviennent sur les premiers pas des figures qui l’ont marqué : la visite débute par le travail d’une des premières femmes photographes, l’anglaise Anna Atkins et ses premières images d’algues marines, qui composent le tout premier livre de photographie. En écho avec cette ouverture sous-marine, l’exposition se clôture par des clichés de naissance d’étoiles, pour une exploration interstellaire. Une exposition qui fait traverser le temps et l’espace, à retrouver jusqu’au 1er novembre au Pavillon Populaire de Montpellier.

  • [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    [La guerre d’Espagne 1/3] Du « Frente Popular » à « No Pasaran ! »

    16 février 1936, il y a 90 ans, le Front populaire triomphe en Espagne, six mois plus tard, le 18 juillet, le général Franco aidé par Hitler et Mussolini tentent de renverser la République. Le fascisme dans une sorte de répétition générale fera de cette guerre le sanglant prologue de la seconde guerre mondiale. La République chutera le 31 mars 1939 après trois années d’une résistance héroïque du peuple.

    Le 12 avril 1931, les élections municipales qui font suite à la démission du président du conseil le général Primo de Rivera, donnent la victoire aux listes républicaines, Alfonse XIII, qui comptait sur la victoire des monarchistes, s’enfuira et ira se réfugier en France. La République est proclamée le 14 avril. Après deux années ponctuées de nombreuses avancées sociales de 1931 à 1933, l’arrivée au gouvernement de forces réactionnaires avec Alejandro Lerroux qui réprimera violemment les grèves des mineurs des Asturies, va faire monter la volonté d’union des forces de gauche et des syndicats. Le Frente Popular va triompher le 16 février 1936, aux élections législatives, grâce à la coalition des forces politiques de gauche (PCE – PSOE et partis républicains).

    Le Frente Popular, pendant les cinq mois qui vont précéder le coup d’État, prendra plusieurs mesures parmi lesquelles : la libération de milliers de prisonniers politiques suite à la Révolution des Asturies qui fut réprimée violemment par la droite en 1934 ; le Parlement va destituer le président Niceto Alcala-Zamora le 7 avril 1936. Manuel Azaña deviendra alors Président de la République ; la Generalitat de Catalogne, suspendue après les événements de 1934, sera rétablie avec retour de son autonomie ; relance des processus d’autonomie pour le Pays Basque et la Galice ; sur le plan social et économique, réactivation des politiques sociales du premier gouvernement républicain (1931 -1933). Les grèves et occupations des terres vont s’étendre avec accélération de mise en place de coopérative et processus de collectivisation dans les campagnes et dans les usines. Enfin, le gouvernement va réaffirmer le programme de 1931 avec la défense des libertés publiques et une politique clairement antifasciste.

    Minutieusement préparé plusieurs semaines en amont par les militaires factieux en liaison avec l’Allemagne nazie, le coup d’État du 18 juillet 1936 va mettre un coup d’arrêt à la mise en œuvre des réformes sociales et économiques.

    Franco pensait prendre le pouvoir en quelques jours, assuré de l’aide massive des fascistes italiens et des nazis en hommes et en armement, mais la guerre dura près de trois ans grâce à la résistance héroïque du peuple espagnol, aidé par les volontaires internationaux venus de 53 pays.

    Dès les premiers jours de la rébellion des généraux, des massacres sont perpétrés en Andalousie. Le 18 juillet le général Gonzalo Queipo de Llano va s’emparer de Séville et malgré la résistance des quartiers populaires, les franquistes appuyés par la Guardia civil et la Phalange procèdent à des fusillades massives contre les militants ouvriers et la population.

    Le 19 juillet, face à la tentative de coup d’État, la député communiste Dolorès Ibarruri « La Pasionaria » prononcera à Madrid un discours radiodiffusé historique : « Travailleurs, antifascistes, peuple laborieux ! Tous debout ! Soyez prêts à défendre la République, la liberté et les conquêtes démocratiques du peuple ! (…) Le fascisme ne passera pas (No Pasaran !), les communistes, les socialistes, les anarchistes et les républicains, les soldats et toutes les forces restées fidèles à la volonté du peuple écraseront les rebelles félons (…) Le pays tout entier est bouleversé par les actes de ces scélérats. Ils veulent, par le fer et par le feu, transformer l’Espagne démocratique et populaire en un enfer de terreur et de tortures. Mais ils ne passeront pas ! …. » Ils sont finalement passés, et quelques mois plus tard la France payait au prix fort sa politique de non-intervention et fausse neutralité de ses gouvernements depuis 1936, la seconde guerre mondiale débutait.

  • [Festival d’Aix] Gris paradis des amours enfantines à Aix

    [Festival d’Aix] Gris paradis des amours enfantines à Aix

    Accueil mitigé pour La Flûte enchantée au Théâtre de l’Archevêché jeudi soir. L’objet du dissensus ? La mise en scène très cérébrale de Clément Cogitore. Quant au consensus, il se fait sur la direction élégante de Leonardo García-Alarcón et sa Cappella Mediterranea, plateau de voix jeunes et l’excellent Chœur de chambre de Namur. Les vidéos de Clément Cogitore et son scénographe Alban Ho Van nous plongent dans l’Allemagne année zéro de 1945. Tamino est un enfant des ruines vivant d’expédients. Les trois dames sont ces « femmes des décombres » ayant nettoyé Berlin bombardé. Papageno, fusil à l’épaule, trafique la nourriture braconnée. L’initiation des héros est double : de l’enfance à l’âge adulte, ils sont aussi guidés vers les temps modernes de l’américanisation. Si le monde de la Reine de la Nuit est celui de la survie, celui de Sarastro, aveugle, très PDG de multinationale, file vers la société de consommation. Le théâtre de Clément Cogitore est fait d’ombre et de lumières mais dessine un univers désenchanté aux teintes grises, loin de la fantaisie naïve du dernier chef-d’œuvre mozartien.

    Plateau mozartien

    Côté Mozart, on goûte la lecture fluide de Leonardo García-Alarcón. Il mène la Cappella Mediterranea avec délicatesse. Ying Fang est la révélation de ce plateau. Sa Pamina séduit par sa ligne de chant souple et ses aigus filés. De même, le Papageno de Sean Michael Plumb habite la scène avec sa bonhomie naïve et un baryton sans défaut. Si le Tamino de Mauro Peter est scéniquement en retrait -il double l’enfant et l’adolescent qui le jouent sur scène- son ténor mozartien en fait un prince de qualité. Sabine Devieilhe est une grande Reine de la Nuit. Plus plaintive et mater dolorosa que furie vindicative, elle offre à ses vocalises le plaisir d’un jeu dramatique fouillé. Brindley Sherratt est Sarastro à la basse profonde et son autorité vocale est saupoudrée d’humour. Rodolphe Briand (Monostatos) joue les sbires bouffon façon « bad cop » lubrique avec gourmandise. Emma Fekete est une fort jolie Papagena. Les trois enfants sont issus du Knabenchor der Chorakademie Dortmund. Edwin Crossley-Mercer (Der Sprecher), les deux prêtres déguisés en pompiers new-yorkais, Damien Pass et Jonghyun Park ainsi que les trois dames, Alix Le Saux, Ashley Dixon et le beau contralto de Adriana Bignagni Lesca complètent ce plateau mozartien.

  • [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    [Tribune] L’alerte de 28 structures culturelles publiques sur le financement

    Au 2 juillet 2026, les 28 théâtres, opéras et institutions culturelles que nous dirigeons sur l’ensemble du territoire national se trouvent dans une situation d’incertitude sans précédent. À ce jour, les subventions de l’État pour l’année en cours n’ont été versées que partiellement, sans aucune garantie quant au versement du solde. Cette situation est, à elle seule, inacceptable pour des établissements publics auxquels l’État demande simultanément d’assumer pleinement leurs missions.

    Nous apprenons désormais que de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir sur l’exercice 2026. Si elles étaient confirmées, elles ne constitueraient pas un simple ajustement budgétaire : elles reviendraient à rompre unilatéralement les engagements de l’État alors même que nos saisons sont engagées, nos contrats signés, nos artistes recrutés et nos dépenses déjà réalisées.

    Nos établissements construisent leurs programmations dix-huit à vingt-quatre mois à l’avance, parfois davantage. Depuis plusieurs années, nous absorbons seuls les effets de l’inflation, de la hausse des coûts de l’énergie, de l’augmentation des salaires et de l’ensemble des charges de fonctionnement, sans que nos subventions suivent cette évolution. Nous avons réduit nos marges, différé nos investissements, comprimé nos dépenses et rationalisé nos organisations. Aujourd’hui, il n’existe plus aucune réserve. Nous sommes arrivés au point de rupture.

    Toute nouvelle diminution des crédits aurait des conséquences immédiates et irréversibles. Plusieurs établissements seraient placés en procédure d’alerte. Certains seraient contraints d’annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. D’autres ne pourraient tout simplement plus ouvrir leurs portes. Les contrats conclus avec les artistes et les producteurs ne pourraient être honorés. Les remboursements de billetterie se multiplieraient. Le recours au chômage partiel deviendrait inévitable. L’État déplacerait alors une dépense qu’il prétend économiser, tout en provoquant une désorganisation profonde de l’ensemble de la filière.

    Mais les conséquences dépasseraient largement nos seules institutions. Elles frapperaient les compagnies indépendantes, les ensembles, les artistes, les techniciens, les prestataires, les entreprises culturelles, les associations, les établissements scolaires et universitaires, les collectivités partenaires, ainsi que les centaines de milliers de citoyens qui fréquentent nos lieux. C’est toute une économie, tout un écosystème et une mission de service public qui seraient déstabilisés.

    Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d’ajustement des finances publiques. La culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires. Une telle décision porterait gravement atteinte à la crédibilité de la parole de l’État et remettrait en cause des décennies de politique culturelle fondée sur la confiance, la continuité des engagements et la responsabilité partagée.

    Comme l’écrivait Victor Hugo, il ne faut pas consentir « de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ». Chaque euro investi dans nos établissements produit de l’emploi, de l’activité économique, de l’attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de l’émancipation citoyenne. Les économies envisagées seraient dérisoires au regard des dommages humains, artistiques, économiques et symboliques qu’elles provoqueraient.

    Nous demandons solennellement la confirmation immédiate du maintien intégral des crédits 2026, le versement sans délai des subventions restant dues et l’ouverture d’une concertation urgente sur les perspectives budgétaires pour 2027.

    Il y va désormais de la survie de nombreuses institutions culturelles. Plus largement, il y va de la crédibilité de l’engagement de l’État envers le service public de la culture.

    Les signataires :
    Hortense Archambault, directrice, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis ; Frédéric Bélier Garcia, directeur, La Commune, Aubervilliers ; Jean Bellorini, directeur, TNP Villeurbanne ; Pierre Brouchoud, directeur général, Orchestre national d’Île-de-France ; Richard Brunel, directeur général et artistique, Opéra de Lyon ; Émilie Capliez et Matthieu Cruciani, codirecteurs, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie ; Valérie Chevalier, directrice générale, Opéra Orchestre National Montpellier ; Chloé Dabert, directrice, Comédie de Reims ; Fanny de Chaillé, directrice, TNBA – Théâtre national de Bordeaux Aquitaine ; Laurence de Magalhaes, directrice, Théâtre du Rond-Point, Paris ; Nicolas Droin, directeur général, Orchestre national de Lyon ; Chrysoline Dupont, directrice générale, Opéra national du Rhin ; Matthieu Dussouillez, directeur général et artistique, Opéra national de Nancy-Lorraine ; Aurore Fattier, directrice, Comédie de Caen ; Nathalie Garraud et Olivier Saccomano, codirecteurs, Théâtre des 13 Vents – CDN Montpellier ; Jean-Baptiste Henriat, directeur général, Orchestre national de Lille ; Emmanuel Hondré, directeur général, Opéra National de Bordeaux ; Loïc Lachenal, directeur général, Opéra Orchestre Normandie Rouen ; Guillaume Lamas, directeur général, Orchestre national des Pays de la Loire ; Benoît Lambert, directeur, Comédie de Saint-Étienne ; Isabelle Melmoux, directrice par intérim, Théâtre Gérard-Philipe, CDN de Saint-Denis ; Arnaud Meunier, directeur, MC2 Grenoble ; Arthur Nauzyciel, directeur, Théâtre national de Bretagne ; Olivier Poubelle, directeur, L’Athénée ; Christophe Rauck, directeur, Théâtre Nanterre-Amandiers ; Claire Roserot de Melin, directrice générale, Établissement public du Capitole – Opéra national et Orchestre national ; Robin Renucci, directeur, La Criée – CDN, Marseille ; Julie Sanerot, directrice, MAC – Maison des Arts de Créteil, Scène nationale.

  • Un week-end de spectacles en plein air à Montpellier

    Un week-end de spectacles en plein air à Montpellier

    « En réunissant danse contemporaine, musique symphonique et musiques actuelles sur l’espace public, la Ville propose des rendez-vous culturels qui témoignent de la richesse et de la diversité de la création à Montpellier », fait valoir la collectivité.

    – Vendredi 3 juillet à 20h, Montpellier Danse investira la place de l’Europe avec un extrait de « Rave Lucid », de la compagnie MazelFreten. Porté par dix interprètes, le spectacle raconte l’univers de la fête, l’hypnose, le lâcher-prise jusqu’à la transe. Inspiré par l’univers des battles, il entend rendre un bel hommage à la communauté électro. Cette performance sera suivie d’un DJ set, qui invite à libérer l’esprit et remuer le corps.

    * Gratuit, dans la limite des capacités d‘accueil.

    Dimanche 5 juillet à 21h, place de l’Europe, l’Orchestre national de Montpellier Occitanie ouvrira, comme chaque année, le festival Radio France Occitanie Montpellier avec un grand concert symphonique consacré aux musiques de film. Sous la direction de Chloé Dufresne, le programme mettra à l’honneur les œuvres de compositeurs incontournables tels que Max Steiner, John Williams, James Horner ou Ennio Morricone, ainsi que de grands maîtres du répertoire classique.

    * Gratuit, dans la limite des capacités d‘accueil.

    Vendredi 3 et samedi 4 juillet à partir de 17h, la deuxième édition du « Club Peyrou », un rendez-vous autour des musiques électroniques porté par le Rockstore et le collectif My Life is a week-end, se tiendra sur la place royale du Peyrou. Le public pourra profiter de deux scènes à ciel ouvert réunissant plusieurs artistes majeurs de la scène actuelle dont The Blaze, Worakls, Kompromat, NTO, Kazy Lambist ou encore Cebb.

    * Payant, dans la limite des places disponibles.

    « À travers cette programmation, la Ville de Montpellier affirme sa volonté de rendre la culture accessible au plus grand nombre tout en valorisant des sites patrimoniaux emblématiques »,
    se félicite la collectivité.

    LM

  • [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    La Marseillaise : Comment avez-vous eu l’idée de ce documentaire sur
    le maquis Vallier
     ?

    Christian Philibert : 10 ans plus tôt, pour le 70e anniversaire du débarquement de Provence, j’avais tourné un documentaire qui s’appelait Provence août 1944, l’autre débarquement, qui était le premier documentaire consacré au débarquement de Provence. Ce film a beaucoup tourné et a permis de populariser cette page d’histoire oubliée, enterrée par le débarquement de Normandie. Je voyais arriver le 80e anniversaire, et je m’étais donné comme mission de récidiver. Plusieurs amis m’ont conseillé de lire le Cahier Rouge du Maquis, le journal de bord du maquis du Haut-Var. Pendant six mois, il a été envoyé dans le maquis pour prendre en main des jeunes qui fuyaient le STO (Service du travail obligatoire), et lui, il devait en faire des soldats en vue du débarquement de Méditerranée qui devait arriver. À la demande de De Gaulle, il fallait que les Français participent à leur propre libération. C’était important qu’on ne soit pas juste assistés. Ce journal de bord est un document unique dans l’histoire des maquis français. Et moi, ça m’intéressait de changer le point de vue, de ne pas raconter l’histoire du débarquement, que j’avais déjà fait, et dans lequel la partie de la résistance n’avait pas été trop développée. À l’époque, quand j’avais fait ce film, j’avais trouvé ce sujet intéressant, des maquis totalement ignorés par le cinéma. Moi, je suis toujours le cinéaste des causes perdues, des choses que personne ne veut raconter. Et puis les maquis, ça s’est passé dans les collines de chez nous. Les collines, c’est des endroits où je me sens bien, où j’aime bien travailler. Et donc, très vite est venue l’idée d’adapter ce Cahier Rouge du maquis au cinéma. Je ne savais pas trop comment l’aborder, parce qu’il n’y avait plus d’images d’archives consacrées à ce maquis, et plus de gens à interviewer, de témoins, ils étaient tous morts. L’idée, c’était de chercher autre chose, une autre manière de raconter ça. À la lecture du Cahier Rouge, ce qui m’avait sauté aux yeux, c’était la jeunesse de ces maquisards, qui avaient entre 16 et 20 ans. Ils ne voulaient pas partir en Allemagne travailler pour les Allemands. Je suis très soucieux de la transmission de l’histoire, comment arriver à intéresser les jeunes à l’histoire. Et je me suis dit, vu que c’est une histoire de jeunes, quoi de plus logique que de le faire avec des jeunes pour des jeunes.

    Comment avez-vous eu le projet
    de mêler cinéma et théâtre
    pour ce documentaire ?

    C.P. : Je me suis dit qu’on allait réunir des jeunes passionnés d’histoire, et mener une enquête sur les traces des maquisards, marcher sur leurs pas, là où ils sont allés, là où ils se sont cachés, là où ils se sont battus, là où ils sont morts, aller voir des descendants de maquisards, des historiens, des musées. Et à travers cette enquête, raconter l’histoire. C’est là où intervient Philippe Chuyen, un ami de longue date qui s’intéresse depuis longtemps à ce cahier rouge, il voulait l’adapter. Cela lui a donné envie de relancer cette idée de pièce de théâtre. C’est devenu évident : ces jeunes, on n’allait pas simplement les engager dans une enquête historique, on allait surtout les engager pour monter une pièce de théâtre. Et dans le cadre de cette pièce, on allait mener l’enquête historique que je voulais faire, mise au profit de la création théâtrale.

    Donc l’idée, c’était de produire une pièce de théâtre mise en scène par Philippe Chuyen, dans laquelle, 80 ans plus tard, jour pour jour, on lui confie la responsabilité de monter une pièce de théâtre avec des jeunes qui ne sont pas des comédiens et d’en faire des comédiens. Donc les deux histoires de la création théâtrale et celle du maquis se racontent en parallèle. La création théâtrale devient même une sorte de métaphore du maquis. Le but, c’était que ces deux histoires se croisent le plus souvent possible. Elles n’ont fait que ça. C’est ça qui donne au film sa force, son originalité. La prise de risque qui a été prise, c’est qu’on a recruté des jeunes qui n’étaient pas des acteurs professionnels. Le pari, c’était, sur une période de six mois, de les engager dans cette création théâtrale et de les amener jusqu’à la scène devant le public. C’était loin d’être gagné d’avance. Le film raconte bien cette difficulté de tenir les jeunes et de les amener à porter cette histoire de la même façon qu’à l’époque, il fallait aussi tenir les jeunes dans le maquis.

    Où avez-vous trouvé ces jeunes ?

    C.P. : On a sollicité des missions locales. Cela donnait un côté social au projet. J’avais vraiment l’intention de trouver des jeunes sans formation, un peu comme dans un casting sauvage, d’essayer de trouver des gens qui pouvaient représenter des profils de maquisards qui pouvaient monter au maquis à l’époque. Au départ, Philippe avait rejeté cette idée très vite, il avait dit, « moi, c’est du théâtre, c’est pas du cinéma, c’est une chose sérieuse, il me faut des jeunes qui sont capables de porter le texte, de l’apprendre, d’être là tous les jours ».

    Comment avez-vous financé
    ce projet
     ?

    C.P. : Cela aurait pu capoter à cause des politiques qui nous avaient fait des promesses de financement et qui ne les tenaient pas. À un moment, on était au bord du gouffre, on a dit on arrête, on a failli arrêter. L’argent ne tombait pas. Comme je filmais tout, tous ces problèmes étaient enregistrés. Il valait mieux qu’ils tiennent leurs promesses.