En Occitanie, le livre a pignon sur rue

C’est une tendance qui semble se confirmer d’année en année. De plus en plus de Français boudent la lecture. La dernière étude publiée par la Commission nationale du livre (CNL), en avril 2025, confirme cette inexorable déliquescence. « 63% des Français ont lu au moins 5 livres au cours des 12 derniers mois, hors lectures professionnelles et livres lus aux enfant », note la CNL. Soit une baisse de 6 points en deux ans. La part de la lecture quotidienne est au plus bas depuis dix ans : 45 % des Français liraient chaque jour.

Un état des lieux peu reluisant, reflétant le contexte national. « On observe une baisse de fréquentation dans les librairies, donc une baisse des achats, il y a une désaffection par rapport à la lecture. Ce à quoi s’ajoutent la problématique des charges sans cesse croissantes au niveau des maisons d’édition et des charges fixes également dans les librairies, de la situation de précarité des auteurs », détaille Yanik Vacher, chargée de mission Édition à l’agence régionale Occitanie livre et lecture [devenue l’Agence Occitanie culture depuis le 1er octobre, Ndlr]. Toute la chaîne du livre se retrouve ainsi impactée. Afin de prendre le pouls de la filière régionale, l’agence réalise chaque deux ans un baromètre de suivi du livre. À l’aune de la publication des chiffres clés de 2025, Occitanie livre a réuni plusieurs acteurs de la filière le temps d’une journée d’échange sur les mutations observées du livre.

La force du maillage

Car il semble que l’Occitanie est moins touchée par cette désaffection pour la lecture qu’au niveau national. En effet, fin 2024, on comptait 1294 autrices et auteures occitans (écrivains, illustrateurs, scénaristes BD, traducteurs littéraires) avec un tirage initial de plus de 500 exemplaires. Soit une hausse de 5 points en deux ans. Cette bonne santé se confirme également dans le nombre de libraires – 278 avec des plusieurs ouvertures au cours des deux dernières années – et dans le nombre de bibliothèques avec 1947 points de lecture, faisant de l’Occitanie la seconde région de France la plus garnie.

« La force d’un territoire pour maintenir sa vitalité, c’est le maillage. Si vous avez de la création, des éditeurs, des libraires, une agence dynamique qui va du coup faire du lien entre les différents cloisonnements, les points de vente, les médiathèques, de forts événements. Tout ceci vient casser cette dynamique nationale », détaille David Demartis, éditeurs aux Éditions du Murmure et invité lors de la journée interprofessionnelle. À cela s’ajoute le bouche-à-oreille entre libraires, médiathécaires et auteurs. Un bon réseau régional qui permet une meilleure information de la chaîne du livre. « Les auteurs sont assez peu au courant des problématiques d’éditeurs, des problématiques des imprimeurs, des distributeurs, des diffuseurs, des libraires, des médiathèques. Il y a vraiment ce travail d’identification d’une profession. On était il y a encore quelques années incapables de faire une liste des auteurs et autrices qui avaient référencé dans telle ou telle région », souligne Stéphanie Le Cam, maître de conférences en droit privé à l’Université Rennes 2 et directrice de la ligue des auteurs professionnels. La précarisation des acteurs lors de la crise sanitaire a fait bouger les lignes. « C’est souvent suivi de mise en place de dispositifs d’accompagnement, de soutien, pas forcément par le biais d’aide à la publication, parfois de permanence juridique », poursuit Stéphanie Le Cam.

Tout cela étant permis grâce à la politique volontariste de la Région Occitanie. « Par rapport à l’édition, on est sur un système d’aide qui est particulièrement remarquable puisque nous sommes la seule Région justement où les aides à la fabrication et à la création de collection font partie de la ligne investissement », insiste Yanik Vacher. Une aubaine en cette période de sape des budgets culturels, premières victimes de l’austérité.

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