Nomination d’un nouveau Premier ministre ? Nouvelle dissolution de l’Assemblée et élections législatives ? Démission du président de la République ? Ou bien destitution ? Quatre scénarios (lire ci-contre) étaient sur la table après la démission, lundi matin, de Sébastien Lecornu. Le président Emmanuel Macron était de nouveau en première ligne, plus isolé que jamais. On l’a vu errer seul, en discussion au téléphone sur les bords de Seine, à la sortie d’une répétition de la cérémonie de panthéonisation de Robert Badinter prévue jeudi… Mais la farce est décidément longue.
En fin d’après-midi, l’Élysée indiquait que le président de la République avait confié au Premier ministre démissionnaire « la responsabilité de mener, d’ici mercredi soir, d’ultimes négociations afin de définir une plateforme d’action et de stabilité pour le pays ». Un « blablatage » linguistique signifiant que Sébastien Lecornu était chargé de former un nouveau gouvernement. Une mission que ce dernier a acceptée. Il doit rencontrer, ce mardi à Matignon, les leaders du centre et de la droite…
L’option de la reconduction de Sébastien Lecornu avait pris du poids au fil de la journée, alimentée par un post de Bruno Lemaire sur le réseau social X indiquant son renoncement à participer au gouvernement démissionnaire. « J’ai proposé en fin de matinée au président de la République de me retirer du gouvernement sans délai et de transférer mes responsabilités de ministre des Armées au Premier ministre » écrivait-il, en affirmant « souhaite(r) que cette décision permette la reprise des discussions en vue de former un nouveau gouvernement dont la France a besoin ».
Dans l’après-midi, le Premier ministre démissionnaire avait quitté l’Élysée après un nouvel entretien avec Emmanuel Macron avant de se rendre au Sénat pour s’y entretenir avec son président LR, Gérard Larcher. Les mots échangés dans la matinée entre partenaires d’un socle commun de la droite et du centre qui volait en éclat, ont été rudes. Ridicules surtout, à l’image de cet exécutif n’ayant vécu qu’une quinzaine d’heures et qui restera dans l’histoire comme le plus éphémère de la Ve République.
Tôt dans la matinée, le Premier ministre avait remis sa démission à Emmanuel Macron. Nommé le 9 septembre, Sébastien Lecornu avait dévoilé, la veille, une partie de son gouvernement et devait prononcer, ce mardi, sa déclaration de politique générale à l’Assemblée. « Les conditions n’étaient plus remplies », expliquait alors ce dernier sur le parvis de Matignon, admettant un manque de fluidité dans la composition d’une équipe gouvernementale qui lui a pris 26 jours. Mais l’ont-elles été un jour ?
Et d’expliquer cette situation par le refus des formations politiques de « voir les changements et la rupture profonde » liée à la promesse de ne pas passer en force par le 49.3 et le fait qu’elles « continuent d’adopter une posture comme s’ils avaient tous la majorité absolue » à l’Assemblée. « Les compromis ne sont pas la compromission », a-t-il martelé, avant de se montrer plus critique en pointant « le réveil de quelques appétits partisans » en lien avec l’élection présidentielle de 2027. « Il faut toujours préférer son pays à son parti », a-t-il lancé dans une allusion claire à Bruno Retailleau, même s’il ne le citera jamais.
Le ministre de l’Intérieur et président des Républicains avait précipité sa chute, la veille, en remettant en cause la participation de son parti au gouvernement, après l’avoir acceptée et âprement défendue, à travers un post sur le réseau social X déplorant que « la composition du gouvernement ne reflète pas la rupture promise ». « On se retrouve avec des chevaux de retour », s’est encore justifié Retailleau, lundi au 13h de TF1 (lire ci-contre), moins offusqué par la reconduction de huit ministres de son écurie qui ne pèse que 50 députés, dont sept apparentés, à l’Assemblée.
Ne se sentant pas « du tout » responsable de la démission du Premier ministre, le patron des LR assurait que celui-ci lui avait « caché la nomination de Bruno Le Maire (ex-LR) » comme ministre des Armées. « Un problème de confiance ». « Hors de question » en revanche pour lui de « cautionner un Premier ministre de gauche. » Tout sauf de gauche. Sans doute la conclusion de dix ans de macronisme ayant mystifié beaucoup de Français dans un illusoire « ni de droite, ni de gauche ».

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