Dans l’Hérault, les salariés agricoles sortent de l’ombre avec SUD Agri 34

« Humiliations, non-considération de notre travail… On nous fait bien comprendre qu’on est de la main-d’œuvre interchangeable et corvéable. » Ces expériences partagées ont conduit plusieurs salariés agricoles de l’Hérault à s’organiser. « Au début, on a engrangé les choses au quotidien, chacun de notre côté, et on a commencé à se parler parce qu’on était en colère », livre Clémentine*. C’est de cette colère commune qu’est né SUD Agri 34, une première dans le département où aucun syndicat ne représentait jusqu’ici spécifiquement les salariés de la production agricole. La prudence reste de mise pour les membres fondateurs : « Pour l’instant, on souhaite rester anonymes car on subit des pressions au niveau patronal », confie la syndicaliste.

« Dans les sphères publiques et médiatiques, quand on parle de travailleuses et travailleurs agricoles, on parle généralement des agricultrices et des agriculteurs. Mais il est une catégorie de travailleuses et de travailleurs dont on ne mentionne jamais l’existence, ce sont les salarié.es de l’agriculture, totalement invisibilisé.es et pourtant absolument indispensables », souligne SUD Agri 34. « La défense de nos droits et la volonté d’améliorer nos conditions matérielles (salaires), nos conditions de travail et notre sécurité au travail est l’objectif principal de notre syndicat. »

Leur travail est physique, « assez pénible », souligne Clémentine. « Quel que soit le secteur, c’est un métier qui fait appel à l’utilisation de nos corps. » Des corps « abîmés, usés » par les gestes et postures répétitifs (comme être accroupi toute la journée à faire de la ramasse), le port de charges qui y est souvent associé, les horaires et parfois l’exposition aux produits phytosanitaires ou encore les conditions météorologiques. Les salariés les plus précaires sont particulièrement exposés. « Certains peuvent être amenés à travailler l’été en pleine chaleur, en plein champ, toute la journée. Avec des canicules comme on peut les connaître, c’est violent. »

Clémentine pointe aussi le manque d’équipements de protection individuelle (EPI), malgré les obligations des employeurs, et les contrôles insuffisants, notamment lors de l’utilisation de pesticides.

Accidents du travail et maladies professionnelles

À ces risques s’ajoutent les difficultés liées aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Selon le syndicat, déclarer une blessure (coup, chute, coupure…) peut entraîner des pressions, voire des sanctions : mise à l’écart ou tâches dévalorisantes pour les salariés en CDI, non-renouvellement de contrat pour les plus précaires. Les douleurs chroniques, comme les tendinites liées aux gestes répétitifs, sont également difficiles à faire reconnaître. Faute d’aménagement de poste ou de prise en charge adaptée, certains salariés sont généralement « incités à quitter l’exploitation s’ils ou elles ne sont pas en mesure d’effectuer les tâches demandées au rythme requis », sans reconnaissance de l’origine professionnelle de leurs troubles.

Avant toute chose, SUD Agri 34 veut « créer un espace où on peut se parler, se rencontrer, partager les problèmes qu’on rencontre et identifier les points communs en fonction des filières et des différents statuts ». Car les situations varient fortement entre un salarié en CDI et un saisonnier, notamment lorsqu’il est immigré et sans-papiers. En témoigne le dossier de traite d’êtres humains et de travail dissimulé examiné le 6 octobre dernier par le tribunal correctionnel de Nîmes, concernant des ouvriers agricoles marocains travaillant à Saint-Gilles. Le syndicat entend aussi bien sûr, « quand cela sera nécessaire », soutenir les salariés confrontés à des abus, sur le plan juridique ou à travers la mobilisation.

Plus largement, SUD Agri 34 défend un modèle agricole « en rupture avec l’exploitation des corps, du sol et du vivant ». Pour Clémentine, la première étape consiste à briser l’isolement : « On s’est rendu compte que globalement, on subissait les mêmes choses. » Désormais, il s’agit de transformer cette expérience commune en force collective.

* Le prénom a été modifié.

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