Pour Ener’Guil, l’objectif serait qu’en 2030, le territoire de Guillestrois-Queyras produise autant d’énergie qu’il en consomme, le tout de manière renouvelable. « Bien sûr, on en est encore loin, reconnaît Julie Artaud, l’unique salariée de la coopérative citoyenne d’énergie renouvelable. Ça demande du travail, des bénévoles et de l’argent. Mais sur le territoire, il y a beaucoup d’eau, beaucoup de soleil… On peut utiliser ces ressources. »
Depuis 2015, la structure cherche à produire une énergie renouvelable et locale au service des habitants, des collectivités et des acteurs du territoire, avec l’idée de « faire de l’énergie un bien commun ». « À la base, on est des citoyens qui ont envie d’agir pour une transition énergétique », explique Julie Artaud. La coopérative regroupe environ 280 sociétaires et est pilotée par un conseil d’administration d’une quinzaine de personnes.
En ce mois d’octobre, elle se lance dans le développement de boucles d’autoconsommation solidaires, qui participent à lutter contre la précarité énergétique. En partenariat avec la coopérative SolarCoop, Ener’Guil met en place une commande groupée de kits solaires pour les habitants. Il s’agit de panneaux photovoltaïques à installer soi-même. « L’idée est de permettre à chacun de produire son électricité. Et surtout, le surplus d’énergie, on le récupère et on le distribue à des foyers en précarité ou à des acteurs du secteur social du Guillestrois-Queyras, qui peuvent en bénéficier gratuitement. » Une réunion d’information sur le fonctionnement de cette future boucle était organisée la semaine dernière à Guillestre.
En plus de ce dispositif, la Ener’Guil installe des panneaux photovoltaïques sur les toits de bâtiments publics, d’hôtels ou de maison de particuliers qui acceptent de louer leur toit. En dix ans, 23 toitures ont été inaugurées. En 2025, elles ont produit près de 350 000 kWh, soit l’équivalent de l’électricité consommée par une centaine de foyers.
À ses débuts, la structure vendait toute l’électricité à EDF. « Le prix était intéressant, se souvient Julie Artaud, mais il a ensuite beaucoup baissé. On est passé d’environ 20 centimes le kWh à près de 1 centime le kWh ». En 2024, la coopérative a mis en place la première boucle d’autoconsommation partagée sur le toit d’un hôtel à Molines-en-Queyras. Depuis, trois autres ont vu le jour. Ces boucles consistent à produire de l’électricité localement et la partager entre les foyers et collectivités dans un rayon de 20 km autour du site de production. Autre avantage pour les consommateurs, à l’heure de la flambée des prix de l’énergie : le coût de l’électricité achetée dans le cadre d’Erner’Guil reste à prix fixe. Il est défini par les membres de la coopérative en fonction du coût de production et d’entretien des centrales, plus une marge pour pouvoir en développer des nouvelles.
La coopérative souhaite aussi tenir un rôle pédagogique. « Pour apprendre à chacun de comprendre ses factures, d’où provient son électricité, qui consomme celle qu’on produit, combien ça coûte…, énumère Julie Artaud. Souvent, il y a des écogestes simples qui permettent de moins consommer, et de moins payer. Et tout cela sans perdre en confort : l’idée n’est pas de se passer de chauffage ! »

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