Durance : les poissons vont revivre comme il y a 50 ans

Rarement une centaine de plots en acier aura procuré tant d’émotions. Pourtant, ils devraient permettre la résurrection d’une faune mise à mal depuis un demi-siècle. « C’est le plus important boom de biodiversité piscicole des 50 dernières années », s’enthousiasme Christian Doddolli, directeur général du Syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD). Mardi matin, des dizaines de personnes étaient réunies sur les berges de la Durance, à Avignon, près du pont de Rognonas, pour inaugurer « la plus grande passe à poisson de la région », selon le directeur.

« La concrétisation d’un projet de plus de 20 ans », rappelle Yves Wigt, maire de Charleval et président du SMAVD. « Des travaux titanesques pour réconcilier le développement des activités avec la pacification écologique », ajoute le préfet, Thierry Suquet. « Une immense fierté qui se mesure aux legs pour les générations futures », complète David Fournier, vice-président du SMAVD et adjoint (PS) avignonnais.

Aider l’alose, saumon local

Ce projet de 7,1 millions d’euros a été financé presque pour moitié par l’Agence de l’eau, ainsi que par l’Union européenne et les Départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Cette enveloppe comprend également la réalisation d’une autre passe à poissons, située à 500 m en amont. Les travaux ont été menés dans un calendrier contraint (deux fois 8 semaines durant les étés 2024 et 2025), entre lâchers d’eau des barrages EDF et reproduction de la faune.

Quelques minutes avant les discours, la foule a assisté à la mise en eau de cette passe à poissons de 1 600 m2. « On essaie de recréer les conditions d’une rivière avec une centaine de plots en acier et un fond en béton à la rugosité artificielle, le tout compatible à toutes les espèces de poissons », développe Christian Doddolli. Bref, reconstituer la biodiversité d’avant les « Trente glorieuses, où il fallut des matériaux pour construire des routes et bâtiments dont on prit les granulats dans le lit de la Durance », resitue le directeur. Pour éviter l’effondrement des nappes phréatiques, des seuils ont été construits pour stabiliser le lit de la rivière. Des sortes de barrages qui ont condamné les poissons. « À la confluence [croisement du Rhône et de la Durance], on dénombre, selon les années, entre 10 000 et 100 000 anguilles, ici il n’y en a plus qu’une centaine », détaille Pierre Campton, directeur technique de l’association MRM (migrateurs Rhône Méditerranée).

Le SMAVD suivra de près l’impact du dispositif et espère que les anguilles pourront remonter jusqu’à 50 km en amont et bientôt jusqu’à 100 km, après la pose d’une nouvelle passe à Mallemort. Outre les anguilles, le dispositif vise aussi l’autre grand poisson migrateur, l’alose, sorte de saumon local qui remonte la rivière pour se reproduire.

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