La Marseillaise : Les énergéticiens sont en grève depuis près de deux semaines. Quel état des lieux faites-vous de la mobilisation ?
Fabrice Coudour : On est partis sur un mouvement dans la durée, sans recherche fondamentale de taux de grévistes explosifs dès le 2 septembre. Ce qu’on cherche, c’est l’impact sur le fonctionnement de l’outil, et donc l’impact sur l’économie des employeurs. On est sur un préavis de grève un peu particulier puisqu’il concerne les 157 entreprises de notre branche professionnelle des industries électriques et gazières [IEG, Ndlr]. Et il porte sur 3 axes majeurs : l’abrogation de la réforme des retraites, la revalorisation de nos salaires et la baisse des factures des usagers. Ce dernier point est une autre particularité de notre mouvement puisqu’on demande l’abaissement de la TVA sur la facture. Notre message s’articule autour de la compatibilité d’une hausse des salaires pour les travailleurs et une baisse de facture pour les usagers. On agit donc contre nos employeurs et les pouvoirs publics. Et ça s’inscrit pleinement dans la colère citoyenne qui s’exprime en ce moment. On a eu jusqu’à 250 piquets de grève en simultané, et plus de 60 000 grévistes, la semaine dernière.
Justement, votre mouvement est passé par la date du 10 et doit durer jusqu’au 18 a minima, vous êtes le lien entre ces deux dates ?
F.C : On n’a pas la prétention, ni la volonté, de nous réapproprier la colère actuelle. Mais celle qu’on porte fait écho à ce qui est posé par le mouvement citoyen. Sauf que nous créons les conditions pour que le monde du travail rejoigne cette colère citoyenne. D’où notre combat en interne, dans nos entreprises, mais aussi en externe avec la question du pouvoir d’achat des usagers. Dès le départ, notre participation au 10 et au 18 n’était même pas une question. On est clairement inscrits dans ce processus, la détermination et la colère sont là. La première semaine, on était sur une grève reconductible. La deuxième, on avait comme mot d’ordre d’être sur de l’information, le lundi et le vendredi, et de l’action du mardi au jeudi. Tout en ne s’interdisant rien en dehors de ça, et c’est pour cela qu’il y a un piquet de grève tous les jours à Marseille. À partir de la semaine prochaine, on va durcir le ton, avec peut-être un peu moins de piquet de grève mais des piquets beaucoup plus stratégiques et symboliques. Par exemple, sur les centrales nucléaires, hydrauliques, les terminaux méthaniers… Notamment car on demande des réponses à nos employeurs, on veut du concret, et pour l’heure, nous n’en avons pas.
Vous faites le parallèle entre l’attitude du patronat dans les IEG et celle du pouvoir en place dans son approche du dialogue social ?
F.C : Sur la question des salaires, on attend des réponses des employeurs des IEG, sur la question des factures, on attend des réponses du gouvernement. Notons que le gouvernement pilote à 100% une des grosses entreprises de notre branche : EDF. Et il y agit comme un actionnaire plutôt qu’un stratège…
Vous évoquez la convergence entre usagers et énergéticiens. À Marseille, pour le 10 septembre, il y a eu des formes de convergence entre le mouvement « Bloquons tout » et la CGT. Est-ce que votre mouvement participe à ça ?
F.C : Pour faire un gros brasier, il faut plein de petits feux. J’estime qu’on est un feu assez représentatif pour embraser les choses. Nous avons nos propres initiatives et les actions qu’on organise ne peuvent pas être ouvertes aux citoyens systématiquement. Car on travaille avec de l’électricité et du gaz, ce n’est pas rien, il y a des process industriels, notamment sur des sites sensibles. Du reste, nous n’avons pas de dogme sur les modalités d’initiatives. Mais évidemment qu’il y a une convergence, notre mouvement est d’ailleurs un combat pour les usagers.

Leave a Reply