L’esprit de Claude McKay éclaire » le présent à Aix

« Ce n’est pas une création sur Claude McKay. Elle montre plutôt comment sa pensée peut nous éclairer aujourd’hui », prévient le réalisateur Mathieu Verdeil, créateur, aux côtés du saxophoniste et flûtiste Lamine Diagne, de Kay ! Lettres à un poète disparu, qui prend ses quartiers vendredi 16 janvier sur la scène du Théâtre du Bois de l’Aune. Un spectacle gratuit offert par la Région Sud dans le cadre de la « tournée mosaïque ».

Irriguée par des images d’archives, cette création musicale et vidéo noue un dialogue avec l’esprit de Claude McKay, poète vagabond et fils de fermier jamaïcain débarqué en 1912 aux États-Unis, avant de fuir les persécutions raciales du Sud pour New York et agiter le mouvement de renouveau artistique et littéraire afro-américain, Harlem Renaissance, qui inspira plus tard la Négritude chère à Aimé Césaire et Léopold Senghor. Comme le rappelle Mathieu Verdeil, Kay ! Lettres à un poète disparu « met en lumière sa pensée qui questionne alors déjà la mondialisation, la colonisation. On retisse l’histoire depuis les lynchages aux États-Unis qui font écho au mouvement Black lives matter »

Des « eaux lointaines » mais pourtant si proches

« Si nous devons mourir, que ça ne soit pas comme des porcs. Traqués et parqués dans un enclos infâme, tandis qu’autour de nous, des chiens aboient fous de rage et de faim, se moquant de notre sort maudit », écrit en 1919, Claude McKay, dans la première strophe d’If we must die. Un poème révolté contre le Red summer, émeutes qui avaient fait des centaines de morts dans l’Amérique ségrégationniste d’alors. Le spectacle dresse ainsi en écho « le tableau des luttes pour l’émancipation des noirs aux États-Unis », résume Lamine Diagne.

Autour de ce musicien, l’incandescence lucide du poète résonne au rythme du jazz et du hip-hop, au sein d’un quintette composé aussi du guitariste Wim Welker, du pianiste Ben Rando, du contrebassiste Christophe Lincontang et du batteur Jérémi Martinez. Le jazz, comme cette musique que Claude McKay a pu entre autres entendre sur les quais de Marseille et dans le quartier réservé, derrière le Vieux-Port, au milieu des années 1920. Dans cette « fosse », un quotidien au bouillonnement culturel et interlope où navigue « le prolétariat pittoresque venu des eaux lointaines, mer des Caraïbes, golfe de Guinée, golfe persique, golfe du Bengale, mer de Chine, archipel indien », tel qu’il l’écrit dans son roman culte Banjo (1929). Une longue escale de McKay qui apparaît évidemment dans Kay ! Lettres à un poète disparu.

Vendredi 16 janvier à 20h30. www.boisdelaune.fr

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