L’arme nucléaire n’a pas sa place dans l’humanité », martèle Hideto Matsuura. Il est l’un des plus jeunes survivants de la bombe atomique. Le 6 août 1945, lorsque l’arme nucléaire est larguée par les États-Unis sur la ville d’Hiroshima, le bientôt octogénaire était dans le ventre de sa mère. Quelque 6 500 personnes ont été exposées de la même façon. Ils sont ce qu’on appelle des hibakusha, terme utilisé pour désigner les victimes des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki.
Le jour où, sous ordre d’Harry S. Truman, les Américains ont lâché la bombe sur les terres nippones, la mère d’Hideto Matsuura était seule, à l’arrière de sa maison. Son père était déployé sur le front, où le Japon combattait au sein de l’Axe. « Elle a vu un flash bleu et en même temps un grondement venant de la terre. La première chose qu’elle a faite, c’est essayer de retourner dans la maison, mais en le faisant, elle s’est évanouie. » Lorsqu’elle reprend connaissance, un énorme morceau de verre est logé dans sa cuisse ensanglantée ainsi que dans sa tête, sur son visage. L’habitation est en ruines, les vitres sont brisées, le toit est détruit. « En une fraction de seconde, plusieurs dizaines de milliers de vies ont été prises », relate l’homme dans son costume noir à fines rayures. Au total, les victimes des bombardements sont estimées entre 100 000 et 200 000 morts.
Sans compter celles qui ont subi des séquelles liées aux radiations. « L’arme nucléaire est terrifiante et cela ne s’arrête pas à la destruction qu’elle peut causer. Des gens qui avaient réussi à fuir sans une égratignure et sans aucune brûlure ont commencé du jour au lendemain à présenter des marques violettes et tomber malade. De plus en plus de gens ont commencé à mourir », rappelle-t-il et insiste « les radiations n’ont pas d’odeur, ni de couleur, on ne peut pas les sentir ni les voir ». « Par chance, je n’en ai aucune », confie celui qui fêtera dans quelques jours ses 80 ans.
À l’époque, les autorités minimisent : « Étant donné que les bombardements faisaient partie de la guerre avec les États-Unis, le gouvernement japonais ne les a rapportés que comme des bombardements, comme il y en avait tant d’autres lors de la guerre, et a interdit tout autre communiqué », raconte Hideto Matsuura. Les hibakushas vivent dans l’extrême précarité, peinent à trouver de quoi se nourrir, se soigner. Pointés du doigt car considérés comme contagieux, ils vivent comme des marginaux. Ces derniers fondent en 1956 Nihon Hidankyo, la confédération japonaise des organisations de victimes des bombes A et H, dont M. Matsuura est membre du conseil exécutif. Ce combat inlassable pour interdire l’arme nucléaire leur a valu de remporter le Prix Nobel de la paix en 2024. Son récit et celui des derniers hibakushas, précieux et rares, seront partagés en Paca et en Occitanie à l’occasion de leur tournée française*. « Continuons à lutter ensemble jusqu’à ce que le monde soit débarrassé des armes nucléaires », clame-t-il.

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