[Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Une photo de Montand et la pétition fit le plein

Une « anecdote marseillaise » à ce sujet me revient à l’esprit : la secrétaire du syndicat du textile à la Capelette réunit les 360 employées pour discuter d’une revendication : 3 000 francs de l’époque pour les vacances. Après avoir discuté des moyens d’action pour faire aboutir leur revendication auprès du patron, elle fit appel à la signature de la pétition de « l’appel de Stockholm ». Elle recueillit à son grand désespoir 30 signataires ! Elle vint me trouver, déçue de n’avoir pas réussi. J’avais sur mon bureau le journal qui mentionnait les personnalités signataires : y figurait la photo d’Yves Montand. Je lui suggérai : « Prends un cahier, colles-y la photo de Montand et, puisque tu dois retourner demain à l’usine pour discuter avec le patron, tu referas appel à la signature en citant Yves Montand comme signataire. » Le soir, elle vint me trouver satisfaite. Le cahier comprenait 359 signatures sur 360 ! Une travailleuse absente signa le lendemain, preuve supplémentaire du fait qu’Yves Montand était la coqueluche du corps féminin.

Nous étions au plus fort de la guerre froide et il ne fait pas de doute que seule cette pression de l’opinion publique pouvait arrêter les forces bellicistes dans leur entreprise de destruction du monde. En même temps, ce fut la consultation nationale contre le réarmement allemand qui fut un succès.

De Berlin, en 1951, le Conseil mondial de la paix lança une autre campagne de signatures pour la « conclusion d’un pacte de paix entre les cinq grandes puissances ». En France, nous récoltions 12 millions de signatures. Ainsi le nombre de ceux qui prenaient conscience du danger grandissait. Ce mouvement atteint son point culminant en 1951. Je revois toujours ces images : le refus des dockers, des cheminots refusent de transporter les armes ; à Nice, une rampe de lancement V2 est jetée à la mer ; à Saint-Pierre-des-Corps, une amie jeune militante, Raymonde Dien, se couche devant le train américain chargé de matériel ; des arrêts et mouvements de grève ont lieu à Marseille. C’est aussi un camarade, Henri Martin, second maître de la marine, qui refuse de combattre en Indochine. Il est emprisonné après jugement du tribunal militaire. Une campagne de solidarité se poursuivra jusqu’à la fin de la guerre d’Indochine. Il sera libéré alors que nous serons emprisonnés à Fresnes en 1953.

Le 28 mai, à l’appel de la CGT, du PCF et du Mouvement de la paix, de puissantes manifestations eurent lieu à Paris et à Marseille contre la venue en France, en tant que dirigeant des forces de l’Otan, du général Ridgway, ancien commandant en chef en Corée. Les mots d’ordre étaient la paix au Vietnam par la négociation avec ceux qui se battent, le refus du réarmement allemand, de l’installation de bases américaines d’agression, et la paix en Corée. Pour moi, à cette époque, la défense de la paix, affaire de tous les peuples, devenait évidemment renforcée par le développement du potentiel économique et militaire des pays du monde socialiste qui voulaient la paix.

à suivre la semaine prochaine…

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