Il a flotté comme un air de fin de règne de Macron, samedi dans le centre-ville de Marseille. Portée par environ 100 000 manifestants, parmi lesquels énormément de jeunes, une atmosphère combattive que ni l’odeur poivrée des lacrymos des CRS ni le souffre des pilleurs n’a réussi à totalement dissiper. « J’avais 16 ans en 1968. Le mécontentement et la violence du peuple était déjà là. La seule différence: les syndicats et partis politiques étaient beaucoup plus puissants », observe l’acteur Gérard Meylan à propos de cette mobilisation XXL, fruit de multiples appels lancés depuis les réseaux sociaux pour protester contre la « vie chère ». « Aujourd’hui, on est dans un pays d’austérité et de répression policière en train de faire le lit du fascisme », constate-t-il, la marche dynamique le long de la rue Vincent Scotto, pour éviter de se faire nasser par la riposte indifférenciée des forces de l’ordre sur la Canebière voisine. Dans le flot de manifestants slalomant entre feux urbains, tirs de CRS et pillages, beaucoup de militants syndicaux, de gilets jaunes, de travailleurs et chômeurs, de défenseurs de la cause palestinienne… Mais surtout, une « jeunesse sous le joug de ce système capitaliste », déplore le comédien marseillais, la félicitant aussi pour sa mobilisation tout en condamnant « les exactions ». Dans les rues jonchées de cintres et de verre, des voleurs avec des paires de Nike sous les bras ou un téléviseur dans les mains. Des scènes démultipliées toute la journée, tandis que les CRS, visiblement impréparés par leur hiérarchie et victimes, comme tout le pays, de l’austérité du gouvernement, subissent le chaos tout autant qu’ils y contribuent.
Dès le matin, plusieurs groupes de centaines de manifestants déboulaient en ville, convergeant vers 10h30 devant l’Eglise des Réformés. « Nous, les paysans, on est dans le même panier que les jeunes et les autres travailleurs. C’est sur nous que le gouvernement tape le plus alors qu’on fait tourner le pays », témoigne Léo, agriculteur aubagnais, drapeau de la Confédération paysanne en main. « On doit toujours faire plus avec toujours moins de moyens », abonde plus loin Laure, CPE dans un lycée marseillais, venue avec sa fille pour « soutenir le mouvement lycéen », qui a agi comme une étincelle sociale pour beaucoup. Alors que la fin de matinée approche, des violences urbaines et leur riposte policière douchent le mouvement, repoussé jusqu’à la rue Saint-Férreol, puis sur le Vieux-Port où un affrontement rangé fait craindre une fin de manifestation en queue de poisson. Jusqu’à ce qu’une brève accalmie, puis l’arrivée d’innombrables salves de manifestants venus des quatre coins de la ville et au-delà, ne réaniment le mouvement social dans l’après-midi. Une foule hétéroclite où le rouge et le noir cohabitent avec le jaune, où la faucille et le marteau flottent près d’une croix de Loraine. « Il faut reconnaître que c’est un peu chaotique, mais c’est une belle démonstration de force », salue Hendrik Davi. « La jeunesse nous montre la voie. Il faut que le pouvoir cède et donne des moyens à l’éducation. Au moins ça », espère ce député des Bouches-du-Rhône. « J’ai rarement vu autant de jeunes dans la rue, ensemble contre le racisme, le fascisme et Macron. C’est magnifique ».

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