L’héritage de 1936 vibre à la Bourse du travail d’Alès

Pour saisir toute la portée pour la classe ouvrière du Front populaire en 1936 il faut « remonter aux grands mouvements historiques et notamment à 1789 ». Jean Vanhaute place d’emblée l’événement dans le temps long. Car pour comprendre combien les conquêtes sociales de 1936 structurent encore aujourd’hui le monde du travail – les congés payés en sont l’exemple le plus parlant – le responsable de l’Institut d’histoire sociale CGT du Gard (IHS 30), image son propos par des dates clés.

Son récit de « l’histoire du Front populaire » a donné le coup d’envoi, lundi 5 octobre, de la quinzaine dédiée aux 90 ans de cette grande expérience politique et sociale organisée à la Bourse du travail d’Alès jusqu’au 16 octobre. Cette conférence-débat, animée par Françoise Verna, rédactrice en cheffe adjointe de La Marseillaise, a démontré que sans luttes il n’y a pas de progrès social. « La bourgeoisie ne donne jamais rien et quand elle donne, sous la contrainte, elle tente de reprendre. Mais même quand elle reprend, elle ne peut pas tout reprendre », résume l’historien de l’IHS devant un public attentif et participatif.

Des expositions et

des films en libre accès

« Les conquêtes sociales ne sont pas tombées du ciel. Elles sont le résultat de mobilisations collectives. Aujourd’hui, on renvoie les citoyens à leur individualité. La leçon du Front populaire, c’est cette force du collectif », a souligné Jean-Luc Gibelin, vice-président communiste de la Région Occitanie, venu représenter la présidente de la Région, Carole Delga.

Jean Vanhaute relate la prise de conscience des classes populaires, sans aucun droit sous l’Ancien Régime, puis actrices de l’abolition des privilèges pendant la Révolution en 1789. « Si des historiens disent que la Révolution française fut bourgeoise, petit à petit la classe ouvrière va naître et prendre conscience de sa condition. » Et de citer 1830, 1848 et, surtout, 1871 et la Commune. « Ce fut essentiel. Pendant quelques mois, les ouvriers ont vu concrètement qu’une autre société était possible », insiste Jean Vanhaute. En 1895 la naissance de la CGT est aussi une date clé pour le mouvement ouvrier.

Fort de ces décennies d’histoire sociale, le sursaut face au nazisme et au fascisme, au pouvoir en Allemagne en 1933 et depuis 1920 en Italie, marque le début de la naissance du Front populaire, après le coup de force des Ligues d’extrême droite, le 6 février 1934. Face au péril, la CGT se réunifie et la SFIO, le PCF, puis les radicaux s’unissent aux législatives du printemps 1936. Surtout, dans les usines la « base » a poussé à ce sursaut et à l’unité. « Ce que les ouvrières et ouvriers vivaient, c’était des conditions de travail épouvantables, sans droits. Le front populaire est parti des entreprises et pas des états-majors syndicaux et politiques », met en relief Jean Vanhaute. Il ajoute une dimension importante : « Le Front populaire c’est aussi un bouillonnement artistique, sportif. Le théâtre est accessible… » Autant de facettes que des collégiens et lycéens gardois vont découvrir à l’aide des expositions de la CGT, de la CFDT et de la Région, ainsi que des films sur cette histoire commune. Après l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, on apprendra grâce aux historiens que le Front populaire portait en lui le futur programme du Conseil national de la Résistance (CNR) et sa grande œuvre, la Sécurité sociale.

Bourse du travail, quartier Rochebelle, place Georges Dupuy, Alès. Ce vendredi 9 à 17h, rencontre-débat « la démocratie face aux fascismes » avec Gérard Six, secrétaire général CFDT Occitanie et Sébastien Valpellière, délégué syndical central CFDT. Vendredi 16, à partir de 19h, guinguette, buvette et restauration par la Cantine solidaire. Infos Maison
de Ma
Région 04.67.17.88.30.

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