Plongée au cœur de la bataille de l’Èbre

Traduit de l’espagnol par Gabriel Laculli, le roman Ligne de feu nous prouve, si besoin en était, que Arturo Pérez-Reverte, ancien correspondant de guerre, est l’un des plus talentueux écrivains de la littérature européenne contemporaine. Par parenthèse, il s’insurge, lors d’une interview, contre les influenceurs, « souvent ignorants », qui ont remplacé les critiques traditionnels, connaisseurs en classiques, et qui passent leur vie à étudier. La parenthèse fermée, revenons au roman, qui cède la parole à des témoins, à des soldats et soldates des deux camps, que l’on ne peut s’empêcher de regarder comme des pions sur l’échiquier d’une guerre civile qui a fait plus de 20 000 morts. Ainsi comprenons-nous les émotions de chacun, sans parti pris ni motifs d’ordre idéologique. Approche adoptée en 1919 par Dorgelès, dans ses Croix de bois.

Fiction et rigueur historique

Alors que les chefs, restés à l’arrière, les envoient en première ligne, nous partageons la peur, le désespoir, les battements du sang aux tympans, les respirations entrecoupées, la faim, la soif, mais aussi le courage (ou la couardise) et les visages livides de ces chairs à canon qui s’attaquent et se défendent, alors qu’ils appartiennent tous au même peuple, parlent tous la même langue, tombent sous les mêmes pistolets-mitrailleurs qui se chargent et rechargent à rythme continu, versent leur propre sang en versant celui de leurs adversaires. Un roman choral qui fera date. Merci à Pérez-Reverte d’avoir mêlé la fiction à la rigueur historique, et de ne pas avoir tout simplement mis ses personnages sous nos yeux, mais de les avoir rendus présents.

Gallimard, 25 euros

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