La Fondation Maeght demeure cet incroyable écrin qui, chaque année, accueille, sur la Colline des Gardettes de Saint-Paul-de-Vence (peut-être le village français le plus connu dans le monde), des expositions lumineuses. C’est le cas cette année avec celle consacrée à Ellsworth Kelly. Éric de Chassey, spécialiste et ami du peintre américain explique : « Je me suis rendu compte, en le rencontrant régulièrement, qu’il avait une fascination particulière pour l’eau. Cela m’a permis de comprendre par cet intérêt pourquoi ces formes géométriques très simples pour lesquelles Kelly est connu, où d’apparence très simple, donnent toujours l’impression de produire du mouvement ». Le commissaire de l’exposition fait le parallèle avec l’impression ressentie devant une étendue d’eau qui paraît stable tout en étant en mouvement permanent.
Qu’il se soit inspiré du monde qui l’entourait pour créer son œuvre n’a rien d’étonnant. Ce qui l’est en revanche c’est cette recherche continue qui irrigue tout son travail. Ayant participé au débarquement en 1944, Kelly obtient, en 1948, une bourse du GI Bill qui lui permet de revenir en France. C’est là qu’il va développer un attrait pour les paysages et les phénomènes visuels. Mais c’est aussi à Paris que sa conception de la peinture va se transformer totalement. La couleur de Henri Matisse, les contours anthropomorphes des sculptures de Constantin Brancusi et l’acceptation du hasard comme outil de composition de Jean Arp, le portent vers de nouveaux horizons et, pour tout dire, vers l’abstraction.
On peut néanmoins penser qu’un certain nombre de ces tendances étaient déjà inscrites dans ses recherches plastiques. Il s’intéressera aux reflets de la lumière sur le fleuve qui traverse la capitale et qui donnera Seine en 1951. Une composition totalement abstraite. Ou encore Light Reflection on Water (1951), une gouache délicate traduisant le miroitement de l’eau.
En parcourant l’exposition, on se rend compte à quel point Ellsworth Kelly parvient à se servir de sa perception, de la géométrisation aussi bien que de tous les aléas se manifestant, pour construire une vision essentielle, jamais étriquée.
L’éventail de ce qui est présenté est vaste, des œuvres figuratives du début, des dessins au bord de l’eau puis des tableaux de grande dimension où la vibration des couleurs, leur assemblage en panneaux créent une fulgurance inattendue. Avec Méditerranée (1952), Kelly détourne la peinture traditionnelle. Il la transforme en une sculpture en trois dimensions. La carte postale devient un support de collages. La frontière entre figuration et abstraction a disparu. L’une et l’autre coexistent, transparaissent, s’épient comme Helsinki (Wrestlers) (1984), où une photo déchirée – deux hommes qui se battent comme des catcheurs – est collée sur un paysage maritime.
On pourrait également dire ici les dialogues initiés par Kelly avec Claude Monet. Tableau Vert (1953), peint après une visite dans l’atelier du maître de l’impressionnisme à Giverny, rend hommage aux Nymphéas. Sans parler du BlueFloor Panel for Leo, exposé en 1992 à la galerie de Leo Castelli à New York et recréé spécialement pour la Fondation Maeght.
avec la photographie
Toujours obsédé par les expériences visuelles, son travail entre en résonance avec la photographie non pour « copier » mais comme le prolongement d’une exploration. C’est tout naturellement qu’il développe des bas-reliefs blancs dans les années 80, sorte de paquebots silencieux aux titres évoquant les plages de Saint-Martin et qu’il reprendra dans ses dernières années, toujours émerveillé par l’apparition des formes. « C’est l’espace entre l’œil et le tableau qui est actif », aimait-il à dire.
« Ellsworth Kelly. Aux bords de l’eau ». Fondation Maeght,
623, Chemin des Gardettes,
06570 Saint-Paul-de-Vence
Jusqu’au 15 novembre

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