Entre le 30 et le 31 juillet, il y a juste un mois, 72 000 personnes passaient la frontière qui sépare le Maroc et la ville autonome espagnole de Ceuta. Ils l’ont fait à pied ou en nageant, s’aidant de bouées et embarcations de fortune. Cette incursion massive, qui semble avoir été largement favorisée par les autorités marocaines, sur ce territoire espagnol situé en Afrique du Nord s’est soldée par 145 morts, selon les informations données par le collectif Caminando Fronteras qui défend les droits des migrants. La majorité était de jeunes mineurs et des familles entières complètement démunies. Dans les jours qui ont suivi, environ soixante mille sont retournés au Maroc. Un mois plus tard, des milliers sont toujours présents et sans-abri, ne subsistant que grâce à l’aide humanitaire et la solidarité d’une partie des habitants.
C’est sur la plage de El Trampolin que se situe la plus grosse concentration de migrants. Les Ceutiens exaspérés par cette situation qui s’éternise, critiquent la lenteur du gouvernement. La situation dépasse Ceuta et a pris une dimension politique nationale avec des charges indécentes et des discours xénophobes et racistes à l’encontre des migrants de la part de la droite et l’extrême droite.
Il y a quelques jours, c’est l’ancien chef du gouvernement José María Aznar, du Parti populaire, qui est venu à Ceuta jeter de l’huile sur le feu au moment où la tension entre habitants était de plus en plus forte. 9 000 policiers et militaires sont déployés pour le maintien de l’ordre. Environ 5 000 migrants sont encore présents. Jeudi, des heurts ont eu lieu près de la plage de El Trampolin, la police a fait usage de gaz lacrymogènes. Des heurts, mais aussi des actes à caractère fasciste, des membres de l’extrême droite prenant une part active et allant jusqu’à brûler les abris de fortune et les effets des migrants rappelant les pogroms nazis de sinistre mémoire. Une haine attisée par les dirigeants du Parti Populaire comme Alberti Feijoo. Des violences commises en marge d’une manifestation anti gouvernementale. Quelques minutes plus tôt, ce même groupe avait essayé d’empêcher les volontaires de la Croix Rouge de distribuer des vivres.
Le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska a d’ailleurs appelé « au calme et à la cessation de toute forme de violence, car (…) la violence n’est pas la solution pour résoudre un problème aussi complexe », a-t-il lancé vendredi.
Jeudi, s’est réunie en présence de Sira Rego, ministre communiste chargée de la jeunesse et de l’enfance, une conférence sectorielle de l’enfance au cours de laquelle a été validée une enveloppe de 25 millions d’euros financée en commun par le gouvernement et les communautés autonomes à l’exception de celles dont l’exécutif est composé de membres du parti d’extrême droite VOX et qui ont refusé de participer (Estrémadure, Castilla Leon, Aragon, Murcia). Une enveloppe sollicitée par le ministère de la Jeunesse dès le 31 juillet, mais non validée à l’époque, le gouvernement ne disposant pas d’un décompte du nombre de mineurs présents à Ceuta. On estime aujourd’hui à 700 le nombre de jeunes filles mineures sur le territoire de Ceuta, 16 agressions sexuelles ont été dénombrées.
Par ailleurs, ce mardi, le conseil des ministres se réunira pour approuver notamment un plan d’urgence en débloquant 165 millions d’euros, pour revitaliser l’économie locale et renforcer et améliorer les services publics, qui viendront s’ajouter aux 180 millions qui seront débloqués à moyen terme et promis par le vice-président du gouvernement Carlos Puerto lors de sa visite à Ceuta.
Le gouvernement met les bouchées doubles, afin de régler en urgence les questions humanitaires, sociales, économiques et politiques. Ce conseil des ministres de demain sera largement consacré à la situation de Ceuta, ville et communauté autonome de 80 000 habitants.
« La violence n’est pas une solution pour résoudre un problème aussi complexe »

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