Aux abords de la mairie de La Seyne-sur-Mer, on se méfie. Puis, avec l’assurance de l’anonymisation du témoignage, on se confie, non sans s’être retourné une ou deux fois, histoire de vérifier si personne n’assiste à l’entrevue. « Bien sûr qu’on a peur pour nos emplois, nos effectifs, nos acquis de longue date, comme le 13e mois, la suppression de services ou leur privatisation », confie d’un bloc Émilie, fonctionnaire territoriale. Sans compter, poursuit-elle, la mise à l’écart « d’un certain nombre d’employés » pour placer les leurs, comme l’avait d’ailleurs fait la droite en arrivant aux manettes, avec des mises au placard.
« Je suis très inquiet parce que si la nouvelle municipalité décidait une cure d’austérité en direction des associations, la jeunesse et la ville perdraient beaucoup », explique Samir Ben Myoub, président d’Univers-Cité. Une structure d’accompagnement socio-éducatif œuvrant dans les Quartiers prioritaires de la ville. Et il sait de quoi il parle, indiquant que la municipalité de droite lui a déjà supprimé toutes ses subventions, sous prétexte qu’il était un « opposant politique ». « Je pense qu’on a connu le RN avant l’heure », ajoute-t-il avec le sourire.
Mais il prévient : les conséquences d’une telle politique sur des populations déjà paupérisées seraient catastrophiques. Le revenu médian en centre-ville atteint à peine 800 euros, et seulement 844 euros à la cité Berthe.
« J’espère que l’État, la Métropole, le Département et la Région permettront aux associations, si cela devait se produire, de continuer leurs activités, qui sont la continuité du service public », ajoute-t-il. Et de conclure : « Ce qui me fait le plus peur, c’est que le racisme se décomplexe et se normalise dans l’une des villes les plus cosmopolites de la métropole. »
à la cité Berthe, c’est jour de marché, mais l’ambiance est tout autant plombée. « Déjà que la municipalité sortante a tout fait pour tuer certaines associations dans le quartier en les privant des subventions de droits communs… », tempête Céline Ivaldi, présidente de l’Amicale du Messidor. « On était déjà considérés comme des moins que rien », intervient Malika à ses côtés. Et de poursuivre : « On connaît déjà le délit de faciès, mais on n’acceptera pas que le racisme se développe. On ne se laissera pas faire. »
Plus loin, Radia, plus philosophe, propose d’attendre et d’observer. « Pour l’instant, on n’en pas vu un seul. Pas plus pendant la campagne que depuis dimanche dernier. On ne sait donc pas ce qu’ils sont en train de nous mijoter », glisse-t-elle. Même si elle n’appréhende rien de bon pour le quartier et ses habitants. Et de confier : « Je suis née à La Seyne, j’ai 63 ans, je n’aurais jamais cru que cela puisse nous arriver un jour, que La Seyne tombe dans les mains du Front national. Comment ? Oui, le Rassemblement national, c’est la même chose ! Notre crainte, c’est que le quartier Nord devienne leur bête noire. »
L’enseignant en retraite Guy Calmes estime que les effets de la victoire de l’extrême droite, menée par Dorian Munoz (RN), aurait déjà produit ses effets délétères : « Une pièce de théâtre antiraciste devait être jouée au centre Mandela. Elle a été annulée au dernier moment. Le directeur dit ne pas avoir reçu de pression, mais il s’est autocensuré pour préserver, dit-il, l’intérêt de ses salariés. » La menace de perdre des subventions, pour ceux qui passeraient au travers, risque en effet de réfréner bien des ardeurs. Et de conclure : « Certains vont y réfléchir à deux fois avant d’ouvrir leur gueule. »
Ce n’est pas le cas de Toussaint, grosse moustache et veste en bleu de Chine, déterminé à mettre les points sur les i : « Tu sais comment les camarades toulonnais appelaient La Seyne quand j’étais jeune ? C’était La Mecque. Notre Mecque à nous, les communistes. Alors ce n’est pas maintenant qu’on va se laisser faire. » Ni résignation, ni collaboration, donc. Mais résistance.

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