Les éruptions solaires sont bien connues : notre soleil éjecte parfois des bulles de plasma – un gaz ionisé très chaud – dont l’interaction avec le champ magnétique de la Terre provoque les fameuses aurores polaires. Cette activité solaire est suivie à la loupe dans le cadre d’une météo spatiale. « Nous supposions que le phénomène pouvait exister sur d’autres étoiles, indique Laurent Lamy, astrophysicien au Laboratoire d’astrophysique de Marseille. Mais cela n’avait jamais été détecté directement. » Jusqu’à la parution récente d’un article dans Nature qui relate la première observation sur une étoile à 133 années-lumière. « Il s’agit d’un événement au moins 10 000 fois plus violent que ceux produits par notre soleil », précise le chercheur qui a participé à l’étude pilotée par des collègues néerlandais.
À l’origine, un signal d’à peine deux minutes enregistré en 2016 par le radiotélescope européen Lofar. « Cette détection a pris du temps car il a fallu développer une nouvelle méthode d’analyse mise au point à l’Observatoire de Paris par mon collègue Cyril Tasse », souligne Laurent Lamy.
Plus précisément, le signal détecté est d’un genre particulier : un « sursaut radio de type 2 », « très caractéristique de l’éruption d’une bulle de plasma à la surface d’une étoile », pointe Laurent Lamy. Le résultat de l’onde de choc générée par le plasma qui se déplace bien plus vite que le plasma émis auparavant. « Une étude de 2021 relatait déjà l’observation d’un sursaut radio en provenance de notre étoile voisine : Proxima du Centaure, admet le chercheur. Mais c’était un type différent – le type 4 – moins directement associé à une éruption stellaire que le type 2. » Ce dernier étant une sorte de preuve qui ne laisse plus de place au doute.
Érosion d’atmosphère
Le phénomène existe donc sur d’autres étoiles. Provoque-t-il des aurores polaires sur les exoplanètes autour ? Difficile à dire. « Mais cela a des conséquences sur l’habitabilité de ces systèmes stellaires », indique Laurent Lamy. Car des éruptions stellaires violentes peuvent éroder l’atmosphère d’une planète – qui est importante pour que de l’eau liquide puisse exister à sa surface et donc, peut-être, une forme de vie. « Aucune exoplanète n’a encore été détectée autour de l’étoile qui a produit l’événement observé », ajoute-t-il. Mais les étoiles de la même famille – les naines rouges – sont connues pour être des hôtes fréquents de planètes de masse terrestre dont la zone où l’eau liquide peut exister est proche de l’étoile, donc sujette à des tempêtes stellaires intenses.
Après cette première détection, les scientifiques ont l’intention d’en détecter plus. Sur la même étoile ou d’autres « pour faire de la physique comparée », précise Laurent Lamy. Et se décentrer de notre soleil, l’étoile que nous connaissons le mieux mais qui n’est pas forcément représentative de toutes les autres.

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