Isolé du reste du monde par le canal de Marseille au Rhône, l’îlot rocheux des Trois Frères, au bord de l’étang de Berre, devrait être préservé de toute pollution. Pourtant, dos courbé ou genou plié, Fanny Deglaire extirpe des bouchons de liquide vaisselle, des pots à planter ou des bouts de bâche en plastique des tas informes de cailloux et de moules formant une anse. « Quand tu regardes de loin, tu crois qu’il n’y a rien, mais en fait, c’est abusé les déchets qu’on trouve », observe la bénévole de l’association Wings of the ocean [Ailes de l’océan] lors du ramassage du 22 octobre.
Depuis janvier, l’association mène une opération de ramassage ciblée contre la pollution plastique sur les plages de l’étang de Berre. C’est la quatrième fois que les bénévoles viennent aux Trois Frères. « Il y a eu redispersion des déchets avec la tempête, on va pouvoir comparer » avec les ramassages précédents, explique une des animatrices du groupe.
Les bouchons de stylo, les bâtons de sucettes ou cotons-tiges trouvés sont triés en plusieurs catégories, selon le protocole de suivi établi avec l’Institut écocitoyen. « Le protocole est celui de la directive-cadre sur l’eau de l’Europe », précise Elie Virenque, chargé de développement Paca au sein de l’association. L’objectif est « de produire une donnée fiable et harmonisée sur l’étang pour ensuite développer notre plaidoyer » poursuit le responsable, afin de « remonter à la source et fermer le robinet plutôt que de seulement écoper ».
L’étang de Berre présente une particularité : ses rives sont envahies de « larmes de sirène ». Derrière cette appellation se cachent des granulés de plastique primaires à la production, de faible diamètre. À l’aide d’un tamis et d’eau, le travail de tri est laborieux. « On doit les compter une par une et filtrer avec le polystyrène », détaille cette bénévole, les déposant dans un petit pot de confiture étalon : le bouchon correspond à 100 granulés, le pot à 550. « C’est une spécificité régionale qui se trouve à côté des sites de production ou de logistique », indique Elie Virenque. Identifier précisément la source des pollutions est impératif pour engager ce que ce dernier appelle « les leviers d’action réglementaires », citant notamment l’interdiction des sacs plastiques à usage unique.
Trouver le casseur et engager sa responsabilité, en somme.


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