Le Commissaire de la République, dans ses écrits, affirme aussi que « les réquisitions de Marseille résultent de deux illusions. J’avais d’abord cru, se souvient-il, à l’épuration, ensuite aux réformes de structures, j’avais pensé que ces grandes aspirations du pays aboutiraient plus vite à des réformes importantes, tout au moins dans certaines branches maîtresses de l’économie. Gouvernement et patrons ne l’ont pas voulu. Les résultats qui ont été obtenus sont probants, partout régnait la justice sociale, ces initiatives ont permis d’améliorer l’apprentissage, les œuvres d’assistances, l’atmosphère du travail qui régnait et surtout les rendements obtenus ont mis ces entreprises réquisitionnées à l’avant-garde de toute la région et peut-être de la production française dans ces branches d’activités, la notion du service remplaçait la notion du profit. »
En gérant ces entreprises, les travailleurs de Marseille ont écrit une belle page de l’histoire ouvrière. Pourtant, j’ai ressenti dès le départ une méfiance de la part de la CGT et du PC, m’accusant de vouloir instaurer les soviets à Marseille. La Fédération des métaux était inquiète de la position prise à Marseille. Elle appréhendait un échec et s’abstint d’appuyer les autres succursales des Aciéries du Nord en France dont nous demandions la réquisition. Cette grande expérience doit son succès aux efforts du magnifique esprit des ouvriers et de l’organisation syndicale CGT qui ont servi la grande œuvre du relèvement français. En fait les réquisitions se sont effectuées contre l’avis du gouvernement qui très rapidement manifesta sa désapprobation à l’encontre des décisions de Raymond Aubrac.
En 1945, la naissance de la Sécurité sociale mise en place par Ambroise Croizat, ministre du travail communiste et un des responsables de la fédération des travailleurs de la métallurgie, constitua une pièce maîtresse dans le vaste chantier de reconstruction sociale et démocratique de l’après-guerre. Avec les nationalisations, les comités d’entreprise, les comités d’hygiène et de sécurité et les conditions de travail, les conventions collectives, cette innovation allait permettre de reconstruire le département et la France ravagés par la Seconde Guerre mondiale. Il fallait redonner aux femmes et aux hommes toute leur place dans la société, valoriser leurs capacités productives et créatrices, jeter les bases d’une société plus humaine. C’étaient les premiers pas vers la solidarité nationale.
L’instauration de la Sécurité sociale ne relevait pas d’une improvisation. Elle prolongeait de longues années de combats sociaux, d’initiatives privées ou politiques sous la pression de la classe ouvrière recherchant depuis de longues années, dès le début du développement de l’industrialisation, les moyens de se protéger contre la maladie, la vieillesse, le chômage, les accidents du travail et les maladies professionnelles.
à suivre la semaine prochaine…

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