[Science] Chez les flamants roses, la revanche des migrateurs

C’est comme si les flamants roses qui ne migrent pas en hiver –dits « résidents »- payaient plus tard leurs excès de jeunesse. Jeunes adultes, ils profitent de la vie : ils meurent moins et se reproduisent plus. Mais quand ils deviennent vieux, les effets de l’âge se font vite sentir et leur capacité à se reproduire diminue rapidement. À l’inverse, leurs congénères migrateurs connaissent une mortalité plus élevée et peinent à se reproduire au début de leur vie d’adulte, mais ils conservent plus longtemps leurs capacités physiques et reproductives. « C’est la première fois qu’est montré l’impact de la migration sur le vieillissement », indique Sébastien Roques, aujourd’hui chercheur CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier et coauteur d’une étude parue dans Pnas sur les flamants roses camarguais qu’il a initiée il y a quelques années à la Tour du Valat (Arles).

De quoi alimenter l’idée que les comportements et les choix des individus influencent la façon de vieillir. « Les preuves s’accumulent depuis plusieurs années. Notre étude ajoute une pierre à cet édifice », souligne Sébastien Roques. Au-delà de l’intérêt théorique concernant la compréhension des facteurs qui influencent la façon de vieillir des animaux –humains compris-, il y a aussi un intérêt en termes de conservation : « Dans un contexte de changement climatique, comprendre ce qui influence la survie et la reproduction nous aide à anticiper le futur et l’évolution des populations », ajoute le chercheur.

Histoires de vie

Parce que le flamant rose vit longtemps –parfois jusqu’à 50 ans-, étudier son vieillissement nécessite un suivi sur le temps long. « La Tour du Valat effectue pour cela un suivi unique », pointe Sébastien Roques. Depuis 1977 –et encore aujourd’hui-, certains nouveaux-nés sur les sites de nidification en Camargue sont bagués et leurs allées et venues autour du bassin méditerranéen sont scrutées par le personnel de la Tour du Valat et des bénévoles. « Nous créons ainsi des histoires de vie », résume le chercheur.

Pour expliquer ces différences de vieillissement entre flamants roses résidents et migrateurs, les scientifiques évoquent le coût du voyage : « Migrer est risqué, insiste Sébastien Roques. Les migrateurs sont confrontés à des conditions environnementales variées qui augmentent les risques de mortalité. » Quant aux résidents, l’investissement important en première partie de vie pour survivre et se reproduire se paye peut-être en seconde partie. « Investir dans la survie et la reproduction nécessite d’importantes dépenses énergétiques qui accélèrent le vieillissement cellulaire », ajoute le chercheur. Il est également possible que les migrateurs qui parviennent à un âge avancé malgré des conditions de vie difficile soient les plus robustes. « La qualité des individus peut effectivement jouer », confie-t-il.

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