Tag: migrations

  • À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    C’est une histoire qui illustre l’ignominie de la politique migratoire en France. Pour des problèmes administratifs, certains sont jetés en rétention dans des conditions indignes. C’est ce qui est arrivé à Kamal, jeune Algérien de 30 ans membre du club omnisports Athlétique Club (AC) Asteras Montpellier.

    Pêcheur de sardines en Algérie, ce dernier ne voit pas d’avenir dans son pays et part en France dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Posant ses valises dans la capitale héraultaise, il intègre rapidement le Football du peuple Montpellier avant de rejoindre l’AC Asteras. Ce club omnisports ambitionne de redonner une pratique populaire du sport, portée par des valeurs de solidarité et de justice sociale. « Kamal était très actif pour le club et il joue très bien au foot », fait valoir Mathieu, membre de l’AC Asteras.

    Sauf que fin avril, Kamal est interpellé à la gare de Montpellier à la suite d’un « contrôle au faciès », selon ses proches. « Ils l’ont amené au commissariat et le lendemain, ils l’ont conduit au CRA (Centre de rétention administrative, Ndlr) de Sète. Mais Kamal ne savait pas ce qui se passait. Il n’a pas demandé d’avocat. Ils lui ont fait signer une feuille, il pensait qu’il allait être relâché », raconte Nicole, une amie du jeune homme. Sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) car sans-papiers, Kamal est donc enfermé au CRA depuis le 25 avril. Ses proches et membres du club se sont rassemblés le 20 mai devant les grilles de la préfecture héraultaise pour exprimer leur soutien.

    La rétention prolongée ?

    Sauf que le juge pourrait bien ordonner une prolongation de 30 jours, pouvant être reconduite une nouvelle fois, soit 90 jours au total. Pour l’instant, Kamal trinque. « Les conditions sont insalubres. Quand ils jouent au baby-foot, des rats passent. Il mange peu car rien n’est halal. Ils sont tous mis ensemble avec les gens dangereux et des personnes malades – qui ne sont pas soignées et à qui on donne du Doliprane. Mais cela se passe bien avec les gens et les gardiens », soutient Nicole.

    Mais le joueur de l’AC Asteras ne semble pas baisser les bras. « On lui rend visite souvent. Il sourit, il nous fait des blagues, il est sympa. Il est soutenu, il a un vrai réseau autour de lui », reprend Mathieu. Bénévole à Saint-Vincent-de-Paul, Kamal a pris des cours de français avant de passer une formation dans l’espoir de trouver un travail et construire sa vie en France. « Il pourrait passer le Bafa, je le verrais bien animateur », avance Nicole. Auparavant, Kamal avait travaillé trois ans dans une pizzeria. « Mais ils lui faisaient miroiter des papiers, ça n’arrivait pas et je lui ai dit d’arrêter », poursuit Nicole.

    Si ses proches se mobilisent aujourd’hui, c’est également pour dénoncer la politique déshumanisante que mène la France. « On dénonce les conditions du CRA et on aimerait mobiliser sur la situation des étrangers en France », fait valoir Nicole. Ses proches entendent aussi venir le soutenir le jour de l’audience, fin mai, à la fois à Montpellier et à Sète, où Kamal assistera à son audience en visioconférence. Dans l’espoir d’obtenir sa libération.

  • [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    [Entretien] Souleymane Bachir Diagne : « Le premier de tous les universels, c’est l’humanité »

    « De langue à langue. L’hospitalité de la traduction, Universaliser et Les universels du Louvre sont les trois derniers ouvrages que Souleymane Bachir Diagne a consacrés à l’universalisme.

    La Marseillaise : Quelle est votre définition de l’universalisme ? A-t-on la même définition en France et aux États-Unis ?

    Souleymane Bachir Diagne : La France a un rapport très particulier à l’universalisme. Beaucoup d’intellectuels français considèrent que le véritable universalisme, c’est l’universalisme à la française. C’est une grande simplification. Disons que ma position est la suivante : nous assistons aujourd’hui à la fin d’un universalisme qui est considéré comme un universalisme impérial, colonial. Celui qui défend qu’une région du monde, l’Europe, est tout naturellement porteuse de l’universel, qu’elle a pour mission d’apporter au reste du monde. C’est ça, la définition d’un universalisme classique, qui a pu, par exemple, justifier la colonisation.

    Votre définition est-elle différente ?

    S.B.D. : La question est : est-ce que la fin de cet universalisme-là doit signifier qu’on abandonne toute idée d’universel, considérant que l’universel en lui-même est tout naturellement colonial, impérial ? Ce n’est pas ma position. La thèse qui est au cœur de mon travail, que j’ai défendu dans mes trois derniers livres, c’est que la fin d’un certain universalisme impérial doit signifier, pour nous, la mise en chantier d’un vrai universel, d’un universel qui soit un universel inclusif ou un universel décolonisé, si on veut utiliser ces termes-là. Ce ne sera plus un universel de surplomb, une culture qui s’estime en surplomb de toutes les autres, apportant cet universel au reste du monde. J’utilise un concept auquel je suis identifié maintenant, le concept d’universel latéral, que j’emprunte au philosophe français Maurice Merleau-Ponty. Il dit que s’il y a juste un plan horizontal, où toutes les cultures sont égales, il n’y en a pas une qui est au-dessus de l’autre. La seule dimension d’échange entre les cultures, c’est la dimension horizontale, latérale. Donc, de manière latérale, si vous voulez, les cultures humaines, les langues humaines, dans leurs différences, mais aussi dans leurs équivalences et leur égalité, forgent ensemble un horizon d’universalité.

    Pourquoi, s’il s’agit d’une autre approche, conserver le terme d’universalisme ?

    S.B.D. : Ma position, c’est qu’on en a besoin. On a besoin d’une notion d’universalité. Je comprends tous les gens qui veulent trouver à la notion d’universel des concurrents. On parle beaucoup de diversalité ou de pluriversalité, des mots nouveaux, des néologismes pour insister sur le pluriel du monde. Mais, dire que le monde est pluriel ne veut pas dire qu’on ne peut pas se donner un horizon d’universalité. Nous devons considérer que le premier de tous les universels, c’est l’humanité elle-même, l’idée d’une seule et même humanité. Les défis qui sont les nôtres, aujourd’hui, nous apprennent la nécessité d’avoir une politique qui soit celle de l’humanité dans son ensemble, de l’humanité comme un universel.

    À quels défis pensez-vous ?

    S.B.D. : Le changement climatique, par exemple, suppose un agent unique qui soit l’humanité dans son ensemble. Ce que je fais à ma forêt en Afrique centrale a des incidences sur la planète Terre de manière générale. Donc, penser l’avenir de la planète et penser ce que signifie habiter sur cette planète, ça doit être quelque chose qui considère que l’agent politique, celui qui agit, c’est l’humanité dans sa totalité. Je pense aussi aux questions de migrations. Voilà un phénomène global auquel nous devons réfléchir ensemble, comme une seule et même humanité, en insistant sur l’universalité des droits humains, face à la montée des discours ethnonationalistes et d’extrême droite, créateurs de fractures.

    L’universalisme doit-il être un outil de lutte contre la montée des discours ethnonationalistes ?

    S.B.D. : C’est l’outil. Je crois qu’il faut refuser quelque chose qui s’installe et qui est ce que je considère être un nouvel apartheid généralisé, avec l’idée que la pire chose serait que les cultures se mélangent. Revenir à une forme d’humanisme, justement, c’est le combat que je mène.

  • À la Plaine, la danse comme plaidoyer d’hospitalité

    À la Plaine, la danse comme plaidoyer d’hospitalité

    Mêlant performances artistiques, ateliers danse et plaidoyer pour l’accueil des personnes exilées, ce festival militant, porté par Swag (Share what art gives) studio souffle un air frais dans un contexte marqué par le repli et les discours réactionnaires. « C’est un événement qui fait exister la danse comme un outil politique », résume Pauline Terestchenko, cofondatrice de Swag Studio et coorganisatrice du festival. Sur scène danseurs et artistes sont professeurs du Swag studio. Ils viennent du Mali, de Guinée, d’Ukraine, de Russie, du Mexique, du Brésil…

    « Changer le narratif autour de la migration »

    « L’idée de l’événement est d’être au centre de l’espace public pour leur donner l’occasion de montrer leur talent en public et de changer le narratif autour de la migration. On y porte aussi une parole de plaidoyer par des acteurs engagés sur les thématiques d’accueil, des militants associatifs ou des artistes qui livrent eux-mêmes un témoignage d’exil », poursuit Pauline Terestchenko au moment où Sidibé, venu de Guinée, livre un récit rappé de son parcours.

    Autour de la scène, un village rassemble une douzaine de structures engagées pour l’accueil et la lutte contre le racisme : SOS Med, Sol en Si, Le Refuge, Singa, Réseau Hospitalité, The Baobab Project ou l’Auberge marseillaise. « Hébergement citoyen, accès aux droits, loisirs, culture… Les formes d’engagement sont multiples », explique l’organisatrice pointant un immense totem où le public peut se porter volontaire pour une mission bénévole pour ces assos en glissant celle de son choix dans une urne. Une manière de transformer l’émotion artistique en mobilisation citoyenne. « C’est en ça que cet événement fait de la danse un levier d’engagement sur les questions d’accueil », conclut Pauline Terestchenko.

  • Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Un acte de résistance face à la banalisation de la violence. » Samedi soir, Pierre Micheletti, médecin et
    administrateur de SOS Méditerranée, et Jean-Luc Pesle, médecin responsable de la mission frontière transalpine pour Médecins du Monde, sont intervenus aux côtés d’artistes et de militants pour une soirée de soutien à l’association de sauvetage en mer au tiers lieu la Maison commune, à Château-Arnoux-Saint-Auban. La soirée a commencé par la lecture musicale de textes d’un roman de Pierre Micheletti. Chantal Lemarchand, l’une des trois fondatrices de la maison d’édition Langage Pluriel, organisatrice de la soirée, a lu l’histoire de Younis Ibrahim Jama, inspirée du fiasco humanitaire de l’Arche de Zoé. Un enfant rescapé du Darfour, dont la mère a été tuée par des soldats, est arraché à son père et adopté par un couple français. La lecture était accompagnée par le musicien Olivier Vauquelin à la contrebasse.

    « Inflation du besoin d’assistance »

    Le médecin administrateur de SOS Méditerranée a ensuite déploré la « multiplication par cinq du nombre de personnes en besoin d’aide humanitaire ces dix dernières années, et par deux des personnes déplacées de force ». Il a insisté sur le besoin de « faire en sorte qu’elles n’aient pas à fuir leur pays », et rappelé une citation de la poétesse Warsan Shire : « Personne ne pousse ses enfants sur un bateau, à moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre ferme. » Selon lui, « l’UE développe des stratégies d’épuisement », « tolère des blocages des humanitaires et pénalise les secours ». Il a notamment rappelé que des garde-côtes libyens avaient tiré sur l’Ocean Viking en 2025, engendrant une immobilisation de trois mois.

    Jean-Luc Pesle a lui aussi déploré la « militarisation », « les pressions, intimidations, obstacles aux soins, le harcèlement » et la « criminalisation des actions de solidarité ». Le refuge solidaire que son équipe a ouvert à Briançon a largement dépassé sa capacité d’accueil. Les deux humanitaires ont par ailleurs constaté une évolution du public secouru et accueilli : il y a plus de femmes, enceintes ou encore victimes de violences sexuelles, de familles et d’enfants.

    La soirée de soutien s’est terminée par un repas solidaire et par un concert a cappella de Lison David et Juliette Delhommeau.

  • Transfert forcé des demandeurs d’asile

    Transfert forcé des demandeurs d’asile

    Ils ont fui la guerre, les conflits armés, la persécution, la torture, la prison, ont été placés dans un centre d’accueil de Sisteron, et vont devoir encore déménager sous la contrainte. 51 demandeurs d’asile vont être transférés au centre d’accueil de Digne-les-Bains, celui de Sisteron devant fermer ses portes entre avril et juin. Pour l’association qui leur vient en aide, Solidarité Réfugiés Sisteron, il n’y a pas de doute : « C’est une question d’argent et d’économies. » À Digne-les-Bains, ils seront hébergés dans un centre où se trouvent déjà plus de 130 autres demandeurs d’asile, dans des chambres partagées, dans un ancien hôpital, avec des conditions bien moins confortables.

    « L’impression

    d’être un objet »

    Les deux anciens travailleurs sociaux du centre d’accueil n’avaient déjà pas été remplacés à leur départ, laissant un avenir incertain pour le site, sur lequel il ne reste plus qu’une seule travailleuse sociale pour les 51 demandeurs d’asile. « On est consternés. On a travaillé pour les intégrer. Trois familles ont des enfants scolarisés à Sisteron », regrette André Bach, le président de l’association Solidarité Réfugiés Sisteron. Une famille rwandaise vient notamment d’arriver dans le centre de Sisteron il y a à peine trois semaines, et va déjà devoir repartir. D’autres viennent d’Afghanistan, de Syrie, du Bangladesh, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria ou encore du Soudan.

    « Cela les affecte tous. Certains sont déjà dans une situation très instable. D’autres sont là depuis un moment et ont pris leurs marques », déplore Michèle Giamarchi, qui leur donne des cours de français. « Ils ont déjà l’angoisse liée à leur statut, et on les fait déménager, changer d’intervenant social. » La première chose dont ils se sont inquiétés quand ils ont appris leur transfert, c’est les cours de français. À Digne, ils n’auront qu’un seul cours par semaine, alors qu’ils en ont actuellement cinq, grâce à l’association Solidarité Réfugiés Sisteron. « Il y en a un qui m’a dit “j’ai l’impression d’être un objet” », relate Michèle Giamarchi.

    Ce centre d’accueil avait été ouvert au moment du démantèlement de la jungle de Calais. Deux cars remplis de demandeurs d’asile étaient alors arrivés à Sisteron.

  • Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    Marseille, collectivité la plus engagée pour l’ONG SOS Méditerranée

    À jamais la première : avec 130 000 euros de subventions, Marseille est la collectivité qui soutient le plus SOS Méditerranée. C’est dans la cité phocéenne que se trouve son siège et que l’Ocean Viking effectue ses départs en mer. La Ville signait, dès 2021 une tribune réunissant 28 collectivités, appelant à soutenir l’association. « Tant que les États européens se soustrairont à leurs devoirs, nous serons là pour nous mobiliser et les rappeler à leurs responsabilités, nous serons aux côtés des citoyennes et des citoyens de SOS Méditerranée pour faire vivre sa mission vitale de sauvetage en mer », écrivaient-ils alors. Cette plateforme rassemble désormais 143 collectivités qui contribuent à financer 9% des missions de l’ONG, le reste étant issu de dons privés.

    C’est ainsi que le Département d’Ille-et-Vilaine a réaffirmé son engagement en votant, le 14 février dernier, une subvention annuelle de 50 000 euros pour l’association, adoptée de façon transpartisane, par 40 des 54 conseillers départementaux. Une subvention de 10 000 euros est également octroyée chaque année, depuis 2021, par le Département de Meurthe-et-Moselle.

    La Région Occitanie, la première et l’une des seules à être mobilisée, avait accueilli à l’automne 2024 les premières assises du droit de la mer et des solidarités maritimes, en partenariat avec le Département de l’Hérault et la Métropole de Montpellier. L’objectif était alors d’« envoyer un message politique fort aux nouveaux élus de la Commission européenne et rappeler qu’il est de notre responsabilité collective de sauver les vies humaines en Méditerranée. Parce qu’il ne saurait y avoir de délit de solidarité », martelait sa présidente, la socialiste Carole Delga.

    Pendant ce temps, le navire poursuit sa mission en Méditerranée. L’Ocean Viking est actuellement en route vers le port de Livourne, dans le nord de l’Italie. À bord, 147 rescapés mis en sécurité à l’issue de deux sauvetages. Autant d’enfants, de femmes et d’hommes qui auraient pu mourir noyés s’ils n’avaient pas été sauvés.

  • Dans la tempête, tenir bon notre boussole

    Dans la tempête, tenir bon notre boussole

    600 hommes, femmes et enfants ont péri dans les flots de la Méditerranée depuis le début de l’année. Le chiffre glace le sang de tous ceux qui ont au cœur le respect de la vie humaine. Dans un débat public rythmé par l’extrême droite à l’échelle nationale, les municipales sont malheureusement devenues l’occasion de pointer du doigt les associations de sauvetage en mer qui, à l’image de SOS Méditerranée, ne font qu’accomplir un devoir d’humanité.

    Tandis que des militants identitaires sont jugés à Aix-en-Provence pour avoir craché leur haine à l’égard des migrants en marge d’un concert de soutien à Marseille, le candidat d’extrême droite à la mairie de Marseille établissait un lien de causalité, il y a quelques jours sur Cnews, entre le soutien de la municipalité aux opérations de sauvetage en mer et… la multiplication des points de deal à Marseille.

    Sauver des vies et agir pour une prospérité partagée

    Dans ce climat délétère, les voix porteuses de la fraternité humaine sont précieuses. C’est à Marseille que celle du Pape François s’était fait entendre sur le sujet. Dans la tempête, les humanistes de tout bord, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas, doivent tenir bon leur boussole.

    Oui, les villes qui ne se résolvent pas à voir la Méditerranée se transformer en cimetière s’honorent à soutenir celles et ceux qui agissent pour tendre la main et sauver des vies. Les communes peuvent aussi, à travers les coopérations décentralisées et les initiatives de paix, s’engager pour une prospérité partagée sur nos deux continents.

  • L’enjeu du soutien à SOS Méditerranée

    L’enjeu du soutien à SOS Méditerranée

    Six cent six : c’est le nombre de migrants morts ou disparus dans la mer Méditerranée depuis le début de l’année 2026, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). « Il s’agit du début d’année le plus meurtrier en Méditerranée depuis que l’OIM a commencé à recueillir ces données en 2014 », à travers son projet Migrants disparus, déplore l’agence onusienne. Depuis 2014, l’OIM recense 34 266 morts, dont la plupart en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus meurtrière au monde. À titre comparatif, c’est légèrement moins que l’ensemble de la population du 7e arrondissement de Marseille et davantage que la totalité des habitants de la commune de Marignane. À noter qu’il ne s’agit là que des naufrages documentés, qui sait combien d’âmes ont sombré au fond de ce cimetière à ciel ouvert ?

    Les bouleversements géopolitiques ponctués de guerres, de changements de régime, de persécutions religieuses et sexuelles, de répression politiques favorisent ces départs qui se succèdent de même que les naufrages, faute de politique européenne coordonnée sur la question. Des ONG, telles que SOS Méditerranée tentent de pallier l’inaction de l’Europe. Si l’association européenne de recherche et de sauvetage fonctionne à 91% de dons privés, les 9% restant sont issus des subventions de 143 collectivités dites « solidaires ». Marseille, figure en pole position, devant Paris.

    L’an dernier, la municipalité de gauche a ainsi octroyé une subvention à hauteur de 130 000 euros à l’association. « C’est une obligation et une fierté pour la Ville de Marseille d’être le premier soutien en France de SOS Méditerranée. (…) Nous sommes une ville méditerranéenne et on refuse de détourner le regard sur ce qui se passe sous nos yeux », clame Audrey Garino, adjointe PCF au maire en charge de la Solidarité. « Bien évidemment, nous continuerons. Non pas par idéologie mais parce que le droit international n’est pas respecté, parce que l’Union européenne et ses États membres sont volontairement défaillants sur cette question », renchérit l’élue.

    Fracture politique

    À l’approche des élections municipales, le sujet est remis sur la table par la candidate de la droite et du centre, Martine Vassal : « Si je suis élue maire, il n’y aura plus aucun centime versé à SOS Méditerranée et aux associations similaires. Je n’encouragerai pas le trafic d’êtres humains par dogmatisme politique », assurait-elle dans un communiqué transmis en janvier au JDD, désormais propriété du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. « On n’est pas dupes de la posture électoraliste. On s’inquiète de ce basculement de rhétorique dont on a l’habitude de l’extrême droite et qui n’est pas surprenante de leur part. En revanche, que cela vienne de candidats qui se revendiquent d’une droite républicaine c’est franchement inquiétant », déplore-t-on au sein de l’ONG.

    Car cette position est aussi celle défendue par Franck Allisio, le candidat du Rassemblement national à Marseille, qui promet lui aussi de mettre fin à ces subventions. « Marseille n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde », justifie Sandra Blanchard, cofondatrice du mouvement « Une génération pour Marseille ». Pour l’avocate, qui figure dans la liste de Martine Vassal pour le conseil municipal, « ces 130 000 euros auraient pu être affectés à des clubs sportifs, des associations qui s’occupent des jeunes dans les quartiers ou pour lutter contre la pauvreté », estime-t-elle.

    Dans le camp de Sébastien Delogu, qui maintiendrait ces subventions s’il était élu maire, ces propos sont jugés « scandaleux » : « SOS Méditerranée ne favorise pas l’immigration illégale mais sauve des vies. Même au Moyen-Âge on ne laissait pas les gens mourir en mer ! », gronde Hedi Bounouar, directeur de campagne du candidat insoumis. « Ce que dit Martine Vassal est dans la lignée de la campagne qu’elle mène : de caniveau et d’extrême droite. Pour nous, l’argent des Marseillaises et des Marseillais doit servir à la collectivité. S’il y a bien des personnes mal placées pour dire cela, ce sont celles mises en examen pour détournement de fonds publics, ce qui n’est pas le cas de SOS Méditerranée », tacle-t-il.

  • [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « Atlas » ?

    Zigo : Quand on cherche un nom d’album, on cherche toujours un mot qui puisse être international, c’est-à-dire compris dans toutes les langues. Mais on cherche aussi un mot qui donne la couleur de l’album. Comme c’est un album qui appelle au voyage et qui a une certaine ouverture musicale, on trouvait que l’Atlas, qui peut renvoyer à l’image d’une carte, de montagnes au Maroc ou du titan de la mythologie grecque qui porte le monde sur son dos, correspondait bien à cet album.

    Depuis 30 ans vous signez des morceaux engagés pour la tolérance, comment voyez-vous la société évoluer  ?

    Zigo : On constate la banalisation du racisme et de l’extrême droite. La mutation du cercle politique français est incroyable et pour nous qui prônons la mixité culturelle et qui arborons fièrement notre mixité culturelle et sociale, c’est effrayant. Il y a eu un moment où on a eu l’impression que le monde changeait, mais ces dernières années, il y a un retour assez terrifiant. Ce qui nous rassure, c’est d’entendre nos chansons dans les manifestations et qu’il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social.

    Vous parvenez pourtant à construire un album qui reste solaire…

    Zigo : On ne voulait pas que l’album soit plombant. On voulait qu’il soit joyeux, on pensait faire un truc plus ensoleillé. Mais, finalement, l’actualité a fait qu’on a eu du mal. Le climat social déteint toujours sur notre musique et là, on a franchement été servis. L’écriture est tombée en pleine guerre en Ukraine, en Palestine, avec le retour de Trump… C’est compliqué de sortir du marasme international. On a quand même réussi à mettre des morceaux un peu plus légers et plus positifs. Mais on n’a pas atteint ce qu’on espérait en termes de positivité.

    Repensez-vous le rôle de la culture dans ces moments troubles ?

    Zigo : Oui, on s’interroge tout le temps mais la meilleure réponse, nous l’avons en concert parce qu’on ne combat que dans la joie et le positif. Quand on voit dans nos tournées autant de personnes prendre le temps d’aller à un concert et de faire la fête, tout en abordant des sujets compliqués, des sujets de société qui sont loin de faire l’unanimité aujourd’hui, ça nous montre que tout n’est pas vain. Dans la nuit, une flamme, ça fait du bien. Les gens nous font beaucoup de bien et nous rassurent là-dessus. Notre récompense, ce ne sont pas les disques d’or, c’est de voir ce public avec le sourire.

    Quels messages vouliez-vous faire passer avec « Mémoires », le 7e morceau de l’album ?

    Zigo : C’est un morceau sur la colonisation qui est parti d’un texte de Bouchkour (l’un des chanteurs, Ndlr). Marcus Gad, qui est un artiste de Calédonie, a entendu ce morceau et ça l’a touché car c’est un sujet d’actualité en Nouvelle-Calédonie. Il a donc voulu y participer. C’est un morceau qui restera historique pour le groupe parce qu’il n’a pas de refrain et c’est le morceau le plus lent qu’on n’ait jamais composé. Il y a en toile de fond la colonisation et le poids et les désastres que ça engendre sur nos générations. Ce n’était pas le but mais quand on l’écrivait, c’était aussi le moment où la situation empirait à Gaza et on ne comprenait pas comment l’être humain n’était pas capable de se souvenir du passé. Ce drame-là transpire dans le morceau, qui restera un texte majeur de notre histoire.

    Comment jugez-vous l’évolution du reggae en France ?

    Zigo : Il y a toujours eu des hauts et des bas mais nous, ça fait trente ans qu’on est sur les routes. Toute notre tournée est déjà complète, c’est ahurissant. Sur nos trois premiers concerts, on constate aussi qu’il y a une nouvelle génération qui vient nous voir. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à être complets, quand on voit Tryo ou Danakil par exemple, et ça fait vraiment beaucoup de bien, parce qu’on appartient à un style de musique à caractère social, donc ça veut dire que les gens ont encore envie d’entendre parler de ces sujets-là.

  • [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    [Entretien] Katia Le Goaziou : « Cette croissance va s’essouffler à partir de 2040 avec l’effet post baby-boom »

    La Marseillaise : Quelles raisons à la forte croissance dans l’Hérault qui reste pauvre ? Est-elle soutenable ?

    Katia Le Goaziou : L’Hérault a le 3e plus fort taux de croissance de France. Entre 2017 et 2023 l’attractivité s’accroît comparé à 2012-2017. Le solde naturel s’érode moins vite qu’ailleurs mais l’essentiel de cette croissance est portée par des arrivées plus nombreuses que les départs (solde de +1,1%/an au lieu de +0,9%). Le dynamisme est à Montpellier et dans sa métropole, sur le littoral (intercommunalités de Sète et Béziers). On observe une forte attractivité et un solde naturel positif car la population y est plus jeune. La croissance concerne aussi des communes plus petites sur l’axe Montpellier-Nîmes, c’est un phénomène de périurbanisation. À Montpellier, l’attractivité s’explique essentiellement par la classe des 18-24 ans (12 000 arrivées pour 7 600 départs). Ce sont souvent des étudiants. Aux âges de la vie active, les populations s’installent plus dans l’agglo (St Jean-de-Védas +4,9%, Castelnau-le-Lez +4,1% qui bénéficient des axes de transport, d’effets de rattrapage sur le logement…) ou en 2e couronne en raison de la pression foncière et du ralentissement de la construction de logements (7 500 en 2017, 2 200 en 2024). Les retraités viennent plus sur le littoral vers l’Aude et les P-O.

    Cette croissance est-elle soutenable ?

    K.L.G. : Si les jeunes restent c’est qu’il y a du travail. L’emploi, tourné vers la sphère présentielle (commerces, services) et productive (industrie, recherche), est assez dynamique mais pas assez pour absorber les arrivées, d’où un chômage élevé. À l’avenir, ce ne sera plus suffisant pour compenser le différentiel naissances/décès. Avec l’effet post-baby boom, on aura un mur démographique qui fera que cette croissance va s’essouffler peu à peu à partir de 2040.

    D’où viennent les dynamiques récentes de Sète et Béziers ?

    K.L.G. : Béziers est plutôt en bonne croissance qui ralentit avec la baisse des naissances, d’où une dynamique assez stable. Cela signifie que le profil des arrivants est probablement plus âgé qu’à Montpellier. La commune est à +0,9%/an contre +1,1% sur la période précédente. Pareil sur l’agglomération où on peut noter la forte croissance de Sérignan (+3,6%/an). Sète perdait des habitants (-0,6%/an) et en gagne depuis 2017 (+0,8%) alors que le solde naturel s’est creusé depuis 2012. Le nombre de constructions reste à Sète relativement faible. Par contre le nombre de logements vacants a baissé : 2 654 en 2016, seulement 1 850 en 2022. Il y a eu un effort particulier pour résorber la vacance. Dans le sens inverse, il y a aussi une concurrence avec le marché des résidences secondaires : 21% des logements en 2022.

    Le Gard continue aussi sa croissance mais ce n’est pas trop Nîmes qui la tire…

    K.L.G. : Dans le Gard, le solde naturel est nul donc la croissance se maintient (+0,6%/an) grâce aux arrivées. Elle est notable à Alès et autour, au pays de Sommières en limite de l’Hérault grâce à l’aire d’attraction de Montpellier qui déborde vers le Gard et autour de Nîmes. La croissance de la ville centre est quasi nulle (+0,1%/an) mais celle de son agglo est plus élevée (+0,4%/an) mais ralentit avec la baisse des naissances et la hausse des décès. Des gens préfèrent habiter à proximité pour un meilleur cadre de vie. À Nîmes, il y a une forte polarisation de l’espace entre quartiers riches et très pauvres.

    Pourquoi la tendance s’est totalement inversée à Alès ?

    K.L.G. : La ville d’Alès croît beaucoup (+2,3%/an) et l’agglo (+1%/an) également. C’est beaucoup car le solde naturel est négatif. Entre 2012-2017 et 2017-2023, on a gagné 1 point en composante migratoire. C’est une zone qui va croître très fortement. Pour comprendre, ces trajectoires de Nîmes et d’Alès, il faut regarder sur une plus longue période. Il y a des effets de rattrapage sur des programmes de construction ou autres. Depuis les années 90, la population de Nîmes augmentait de façon continue et se stabilise. À Alès, la population était stable voire en légère baisse et augmente d’un seul coup fortement. Au final, depuis 1990, Nîmes a grandi de 18% et seulement Alès de 12 %. Sur long terme, ça s’équilibre. Les tendances peuvent aussi s’expliquer par certains choix d’acteurs publics locaux.