Perte de l’habitat, pollution des cours d’eau, et surtout chasse ont failli faire disparaître la loutre en France à la fin des années 1970. « Difficile de savoir combien il en restait », admet Simon Lacombe, doctorant au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier. Mais probablement très peu. Seuls trois noyaux de population subsistaient : en Bretagne, sur la façade Atlantique et dans le Massif Central. Mais l’interdiction de la chasser en 1972 et son statut d’espèce protégée depuis 1981 ont permis son retour. « Cela s’accélère nettement depuis les années 2000 », poursuit le doctorant, premier auteur d’un article paru dans Biological Conservation. Les trois noyaux se sont rejoints et la colonisation s’est étendue à de nouvelles régions : Bourgogne-Franche-Comté, Normandie et même la façade méditerranéenne.
« Une preuve que les initiatives de conservation bien menées fonctionnent et une excellente nouvelle pour l’équilibre des écosystèmes », se réjouit Simon Lacombe. Car la loutre, carnivore, est un des prédateurs du haut de la chaîne alimentaire qui exercent un contrôle sur les espèces situées plus bas qui prolifèrent en leur absence. « Un cas d’école est celui des loutres de mer en Californie », indique Simon Lacombe. Leur retour a permis de réguler les populations d’oursins qui proliféraient et mangeaient des algues abritant une grande diversité de poissons. « Nous n’avons pas encore d’étude similaire pour la loutre d’Europe, mais il n’y a pas de raison de penser que cela se passe différemment », poursuit-il.
Animal furtif
Établir le retour de la loutre n’a pas été simple. « Cela a été un gros travail de sciences participatives », insiste le chercheur. Car le petit carnivore ne se laisse pas observer facilement, vit essentiellement la nuit et loin des activités humaines. De plus, il ne vit pas en gros groupe et il est difficile de distinguer les individus entre eux. Il aura fallu s’armer de patience pour récolter les plus de 40 000 traces et empreintes – notamment des déjections – via des suivis standardisés et des signalements opportunistes. Ces données ont ensuite été combinées à un modèle statistique permettant de s’affranchir de biais.
Alors, la loutre en France est sauvée ? Simon Lacombe reste prudent : « Nous n’avons aucune idée de la connectivité génétique. » Rien ne garantit en effet que des contacts ont lieu entre les populations et qu’il y a bien un brassage génétique indispensable à la viabilité de l’espèce. « Une étude en Grande-Bretagne a montré que ce n’était pas si simple », nuance le doctorant. Enfin, la loutre est assez solitaire : lorsqu’elle est présente, il y a en réalité peu d’individus. « Cela la rend vulnérable et sensible à la moindre problématique », ajoute Simon Lacombe qui insiste sur l’importance de maintenir l’effort de conservation. Rien n’est gagné donc. Mais le chemin est le bon.

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