« Avant de partir, je distribuais des tracts pour l’Algérie »

La Marseillaise : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ?

Michel Ogulinac : Je me disais qu’il fallait que j’écrive sur l’Algérie, sur cette époque-là, qui a été un moment extrêmement important de ma jeune vie. Sur la base de toute une documentation que j’ai gardée, j’ai construit quelque chose de très personnel. Je voulais sortir des sentiers battus en racontant ce que j’ai réellement ressenti lors de la traversée de ces événements quotidiens alors que je portais en moi l’idée de l’indépendance.

Comment s’est déroulé votre départ
de France ?

M.O. : Mon père était un responsable communiste de la Dordogne et il m’a demandé si j’allais partir. Je lui ai dit que j’y allais, comme tous mes amis. Je n’avais pas suffisamment de courage, je n’avais pas suffisamment de maturité pour refuser de partir.

Quel est votre ressenti en arrivant en Algérie ?

M.O. : Avant de partir à l’âge de 16 ans, je distribuais des tracts partout pour la paix en Algérie. L’Indochine se terminait et j’avais été très marqué par les écrits que j’avais lus sur la guerre de Corée. Quand je suis parti, j’étais acquis à l’idée d’indépendance du pays. Mon ressenti, c’est à la fois la guerre mais aussi des réflexions sur les personnes qui m’entouraient, des descriptions de paysages. Mais mon ressenti, c’est surtout l’examen de cette misère abominable qui régnait dans les villages que nous étions chargés de surveiller, c’est-à-dire les gamins avec des maladies, le typhus, le choléra, la tuberculose, le tétanos… Moi, je faisais l’école et avec des copains infirmiers, on essayait de les soigner. Ma mission personnelle concernait mon comportement de chaque jour en Algérie.

Comment se sont déroulées vos relations avec la hiérarchie ?

M.O. : Les tiraillements, je les ai eus avec ma hiérarchie. Les rapports étaient différents selon les gradés. Un jour, des excès avaient été commis dans un village où un type s’était fait tabasser. J’ai dit que j’étais opposé à ces méthodes, le ton est monté avec l’adjudant qui m’a dit : « C’est à cause de petits cons comme toi qui manifestent en France que l’on va perdre l’Algérie. » Il m’a mis en quarantaine. Au bout de 4 ou 5 jours, mes copains sont venus me voir en cachette et ils ont réussi à faire céder le chef. Je raconte aussi une scène où un chef de poste un dimanche matin, alors que le calme régnait, s’est mis à tirer sur le village en contrebas, heureusement sans blesser personne. Il était complètement bourré.

Comment êtes-vous rentré ?

M.O. : Je suis rentré le 20 mars 1962, deux mois plus tôt que ce qui était prévu parce que je suis tombé malade. Je réserve une dizaine de pages pour décrire la situation qui existait à ce moment-là parce qu’avec ma future épouse, nous avions envisagé, après l’indépendance, d’aller y enseigner. Nous avions même les billets en poche. Mais la fin de la guerre était extrêmement violente de la part de l’OAS, qui détruisait tout. Ma femme était enceinte et cela nous a poussés à ne pas y aller.

* « Mon Algérie », de Tralimet à Mechta Guergour (1960-1962), Michel Ogulinac, Société d’Histoire d’Aigues-Vives, 170 pages, 18 euros.

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