Montpellier court après le temps perdu. Depuis 2019 et le départ du manager néo-zélandais Vern Cotter, il s’est perdu dans des fausses pistes, erreurs de casting et stratégies illisibles. Durant six saisons, il a chuté d’un cran ne sauvant cette traversée du désert que par une qualification en phase finale et un premier bouclier de Brennus, tombé du ciel en 2022.
À l’aube de sa 23e saison d’affilée en Top 16 ou Top 14, le MHR aspire à une certaine stabilité et la reconquête de son un statut. À l’été 2024, le président Mohed Altrad a nommé aux commandes un jeune manager : Joan Caudullo, passé de la gestion d’un centre de formation à la tête de l’équipe professionnelle. Entouré de techniciens du sérail comme Paillaugue, Doumayrou, Bes, Valls…, l’ancien talonneur du MHR a essuyé quelques plâtres et reconstruit un premier étage. Avec une 9e place, à sept points du 6e, premier qualifié pour la phase finale, et à la lisière d’une qualification en Champions cup.
« On est dans l’année II du projet, l’ambition est de retrouver notre place, c’est-à-dire être dans les premiers. On a fait un recrutement pour ça », assure Joan Caudullo, désireux de s’éloigner du vertige d’une relégation et de se hisser dans le top 6.
Le manager veut faire mieux, le président attend beaucoup mieux. Et veut aller plus vite dans le redressement. « On a tout ce qu’il faut cette année. L’an dernier, notre staff expérimental a montré des qualités extraordinaires. Donc, l’objectif, c’est être dans les quatre (premières places). Je sens une énergie qui émane de vous tous, on a besoin de cette énergie », a-t-il fixé comme objectif dans un championnat, où tous les clubs veulent faire mieux par-delà les deux gros calibres : Toulouse et Bordeaux.
Tout le monde n’avance donc pas à la même vitesse. Tout le monde est néanmoins d’accord pour reconquérir le statut d’un candidat au titre comme ce fut le cas entre 2010 et 2019. Attaché à son club formateur, comme ses adjoints, Joan Caudullo veut aussi soigner l’image, balafrée par les incohérences politiques et les mauvais résultats, et les fondations à travers la formation.
Au cours d’une première saison expérimentale, Caudullo a fait simple autour de vieilles recettes languedociennes : la défense et les avants. Les deux premières victoires amicales devant Pau et à Perpignan ont conforté ce savoir-faire.
Le manager veut désormais étoffer le jeu. Solide sur les fondamentaux, il a besoin d’élargir son champ d’action de son équipe. Il a recruté en conséquence six trois-quarts. Notamment un centre argentin Justo Piccardo et un autre anglais Lennox Anyanwu pour densifier le centre du terrain.
Si le Stade toulousain, l’UBB, Toulon… s’appuient sur des charnières rodées et influentes, le MHR s’avance vers une énigme. En l’absence de l’Écossais Stuart Hogg, opéré fin avril d’une rupture du tendon d’Achille, il attend qu’émerge un nouveau demi d’ouverture. Le jeune Hugo Reus, arrivé de la Rochelle en février, a besoin de confirmer son potentiel. À moins que l’Argentin Domingo Miotti (Oyonnax) ou Thomas Vincent (Agen), arrivés l’été 2024, ne se révèlent à retardement.
Pour faire mieux dans le jeu et les résultats, Montpellier a besoin de redevenir souverain à domicile. Ses quatre défaites, l’an passé, ses six défaites la saison d’avant, ont posé ses limites sportives, mais aussi altéré le soutien d’un public, éparpillé, voir égaré par tant d’incohérences.
« On a trouvé une unité entre cette équipe et ses supporters. Ici, on est capable de mettre 12 000 personnes dans le stade. Il n’y a qu’une chose, il faut qu’on gagne les matches, c’est tout », préconise l’expérimenté directeur du rugby Bernard Laporte.
Dans un stade dont l’affluence moyenne est tombée en deçà de 10 000 spectateurs (9 358), Montpellier, 7e ville de France, doit reconquérir son public et se fondre dans l’élan festif d’un Top 14, dont huit clubs ont augmenté leur jauge l’an passé.
Le 20 décembre, l’inauguration de la ligne 5 du tramway peut aider le MHR à désenclaver le Septeo Stadium, nouveau nom du stade, et favoriser l’afflux du public. La station « Ovalie » construite au pied des travées peut-elle aussi apaiser les différends entre le maire Michaël Delafosse et le président Mohed Altrad, focalisés sur les prochaines élections municipales ?

Leave a Reply