Tag: week-end

  • [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    [Chroniques méditerranéennes] L’Église en proie à des questionnements politiques

    S’il est un pays où l’Église a fortement laissé son empreinte, au fil des siècles dans la société c’est bien l’Espagne. Un pays profondément marqué dans son histoire par une Église soutien du régime dictatorial de Franco. Mais aussi par les périodes historiques aux épisodes sanglants comme l’inquisition à la fin du XVe siècle qui avait pour but de combattre l’hérésie et de maintenir l’orthodoxie catholique. Puis aussi, la période où les conquistadors colonisateurs, ont imposé la foi chrétienne par la violence et la coercition, afin de piller les richesses de vastes territoires en Amérique. Au siècle dernier, la rébellion militaire contre la République, pour la hiérarchie catholique, avait été providentielle et la guerre « un plébiscite armé » comme l’explique l’historienne Maria Encarna Nicolas, dans son livre Brève histoire de l’Espagne de Franco citant la « lettre collective de l’Épiscopat espagnol aux évêques du monde entier » signée par 48 évêques le 1er juillet 1937. Un an plus tôt, le cardinal Pla y Deniel avait qualifié la guerre de « croisade pour la religion, pour la Patrie et la civilisation ». Une étroite collaboration avec le franquisme s’établit ensuite pendant toute la dictature, explique encore l’historienne. Le phénomène est connu sous le nom de « national-catholicisme ».

    Aujourd’hui, les années noires avec leur cortège de tortures et d’assassinats, sont encore dans les mémoires et pourtant la foi religieuse catholique est fortement ancrée dans le pays. L’Église a su opérer sa transition de l’après franquisme même si l’Opus Dei institution de l’Église catholique fondée le 2 octobre 1928 par un prêtre espagnol, Jose Maria Escrivá de Balaguer a été un soutien de la dictature, veille toujours au grain avec ses ramifications dans les partis de droite et d’extrême droite.

    Depuis quelque temps, des polémiques prennent de l’ampleur, notamment depuis que le gouvernement de gauche a mis en place un plan de régularisation d’un demi-million d’immigrés. Rien ne va plus entre l’extrême droite et l’Église. Santiago Abascal, le leader de Vox fustige celle-ci suite aux positions prises pour l’accueil des migrants en situation irrégulière jugées trop sociales par le disciple de Franco. La Conférence épiscopale de Catalogne a estimé qu’il s’agit « de traiter avec dignité les catégories défavorisées et les migrants ». L’évêque de Tarragone Joan Planellas, connu pour son franc-parler, est allé jusqu’à dire en faisant référence au dirigeant de Vox « un xénophobe ne peut être un vrai chrétien » ce qui a fait sortir de ses gonds Santiago Abascal qui a rétorqué : « Ce qu’on demande aux prélats c’est de dire la messe… » fermez le ban. Le ton monte entre l’institution et l’extrême droite partisane d’un traditionalisme religieux pur et dur hérité du franquisme toujours présent au sein de la hiérarchie catholique. Tout le monde n’est pas sur les mêmes positions au sein de la Conférence épiscopale espagnole, de plus en plus divisée, comme le président Luis Argüello qui s’était prononcé il y a quelques mois pour des élections générales anticipées la première fois dans l’histoire de la récente démocratie, que des représentants de l’Église demandent de manière très claire un changement de gouvernement et une alternance en faveur de la droite.

    Le pape, qui doit effectuer une visite en Espagne en juin, a réagi aux soubresauts qui agitent la Conférence épiscopale et alerté les évêques, sur sa préoccupation sur l’activité de l’ultra droite qui cherche à manipuler l’Église. Une Église tiraillée entre ses vieux démons et l’humanité qu’elle est censée prôner. La messe n’est pas dite.

    Journaliste,

    président
    de l’Association
    pour le Souvenir

    de l’exil républicain espagnol

    (Aseref)

  • Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Croustillant butternut, épinards et purée de chou-fleur au tahini

    Découvrez une recette à la fois simple et élaborée, proposée à la carte chez Tilt. Fraîcheur, saveurs et authenticité sont les maîtres mots de ce croustillant feta, pousses d’épinard et butternut accompagné de sa purée de chou-fleur au tahini, salade d’herbes fraîches et grenade.

    Des préparations goûteuses

    Pour commencer, épluchez la butternut, coupez-la en tranches fines et arrosez d’huile d’olive avec un peu de sel et du poivre. Faites cuire au four. En parallèle, mettez à chauffer dans une poêle vos pousses d’épinard tombées à l’huile d’olive, ajoutez les citrons confits, la menthe et la coriandre, ainsi que les épices zaatar. Une fois qu’ils sont cuits, égouttez bien les épinards et ajoutez la feta en brisures puis mélangez pour amalgamer le tout.

    Une purée fondante

    Une fois que ces premières préparations sont terminées, déposez, sur un papier cuisson, une feuille de brick que vous badigeonnez d’huile d’olive avec un pinceau. Puis une nouvelle par-dessus. Déposez au centre deux à trois tranches de courge butternut, par-dessus une belle cuillérée d’épinards à la feta et refermez avec les mains en commençant par le bas, les côtés. De nouveau un coup d’huile d’olive au pinceau sur la feuille de brick restante, pour permettre de coller le tout, et roulez enfin. Ajoutez un peu d’huile d’olive sur le croustillant roulé avant cuisson, pour lui donner de la brillance, et saupoudrez d’épices zaatar. Enfournez 15 minutes à 180°.

    Faites cuire le chou-fleur dans de l’eau avec du sel ou un bouillon cube. Une fois prêt, mixez avec de la crème fraîche et le tahini. Assaisonnez à votre convenance.

    Pour le dressage, déposez en fond d’assiette la purée, la salade et les herbes fraîches à votre convenance, puis le croustillant. Terminez avec de jolis grains de grenades frais.

    Bon appétit !

    Pour deux feuilletés, il vous faudra :

    – 4 feuilles de brick

    – 120g de courge butternut

    – 40g de feta

    – 200g de pousses d’épinard fraîches

    – 6g de coriandre et de menthe fraîches et ciselées

    – 0,50g d’épices zaatar

    – 4g de citrons confits

    – 1 chou-fleur

    – 50 cl de crème fraîche

    – 30g de tahini ou pâte de sésame

    – Sel, poivre et huile d’olive

  • [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    [Grand entretien] « Les femmes prennent enfin leur place »

    La Marseillaise : De quoi parle votre spectacle « En rodage » ?

    Justine Le Pottier : C’est un spectacle qui est venu au fur et à mesure. J’ai commencé à faire des plateaux de quelques minutes en comedy club et un thème se dégageait, celui de raconter des anecdotes et mon parcours d’artiste. Comment j’ai commencé à être comédienne, les cours Florent, mon arrivée à Paris, mais aussi mes galères… jusqu’à la fin du spectacle, sur scène. C’est du stand-up, donc très autobiographique.

    Pourquoi avoir fait le choix
    de raconter votre vie
     ?

    J.L.P. : Je pense qu’il faudrait un psy pour répondre à cette question ! (rires). C’est venu assez naturellement parce que je voulais parler de quelque chose que je connais bien. Et comme mon métier me passionne, il y a beaucoup de choses à raconter.

    Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir comédienne ?

    J.L.P. : J’allais très souvent au cinéma avec ma mère et ça me faisait rêver, j’avais envie d’être dans les films. C’est un univers qui me fascinait et je crois que la meilleure manière d’être, moi aussi, dans les films, c’était tout naturellement de devenir actrice !

    Au-delà d’être actrice, vous avez de nombreuses casquettes. Théâtre, web-séries, séries télé… Comment arrivez-vous à passer d’une casquette à l’autre ?

    J.L.P. : ça reste le même métier, le même milieu, c’est de l’interprétation. Sauf le théâtre, c’est plus compliqué que les tournages, parce que les techniques pour faire porter sa voix, par exemple, sont différentes.

    Le stand-up fait aussi partie de votre vie puisque vous avez ouvert votre propre comedy club, à Paris, et que vous êtes sur scène. Comment est née cette envie ?

    J.L.P. : C’est un milieu qui m’intéressait bien avant que j’ouvre Le Cartel. Un jour, une copine du cours Florent m’a appelée en me disant qu’elle avait un restaurant dont elle ne voulait plus et m’a proposé que l’on ouvre un comedy club ensemble. Au départ, je ne voulais pas, mais en voyant le lieu, j’ai eu un coup de cœur et nous nous sommes lancées dans l’aventure. Aujourd’hui, nous en sommes très fières puisque nous avons à la fois des artistes émergents, mais aussi des humoristes confirmés comme Roman Frayssinet ou Camille Lellouche.

    Vous faites aussi des vidéos sur Instagram qui racontent la vie un peu chaotique d’une comédienne. Sont-elles également inspirées de votre vie ?

    J.L.P. : Totalement. D’ailleurs, ça rejoint un peu le thème général du spectacle et les anecdotes sont complètement réelles ! (rires)

    Dans le spectacle, il y a une question centrale : comment arrive-t-on à se faire une place dans ce milieu. Avez-vous aujourd’hui la réponse ?

    J.L.P. : Selon ma propre expérience, je pense qu’il ne faut pas attendre qu’on nous appelle. C’est assez paradoxal, parce que c’est quand même notre quotidien, attendre que le téléphone sonne et qu’on nous propose des rôles. Mais je pense que c’est important de faire ses propres trucs, d’oser, d’écrire son propre spectacle, faire ses vidéos et se lancer sans avoir peur, même si ce n’est pas facile. Je pense d’ailleurs que c’est commun à pas mal de domaines professionnels.

    Vous jouez le 8 mars à Marseille, une date symbolique, dans le cadre d’une semaine dédiée à l’humour féminin. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

    J.L.P. : Je suis très contente parce que pendant très longtemps, le stand-up n’a été réservé qu’aux hommes. Or maintenant, il y a une émergence des femmes dans ce milieu. Elles prennent enfin leur place et ça fonctionne. C’est une avancée exceptionnelle et je suis ravie que des gens payent pour aller voir ces femmes sur scène.

    Vous notez un progrès dans le milieu mais le stand-up reste-t-il misogyne ou patriarcal ?

    J.L.P. : L’égalité sur les plateaux est de plus en plus présente. Ce n’est pas parfait, mais il y a une évolution. D’ailleurs, je compare souvent ça à l’égalité salariale. Les mentalités et l’humour ont évolué grâce aux femmes avec des sujets intimes et trash sur la sexualité par exemple, dont notre mère à tous est Blanche Gardin, bien que ce ne soit pas mon créneau.

    Est-ce une nécessité pour vous de faire rire les gens dans cette période politique et sociale compliquée ?

    J.L.P. : Je crois oui ! ça me fait du bien à moi d’abord, assez égoïstement, mais ce qui est génial, c’est de pouvoir rire ensemble. Le stand-up, d’ailleurs, est propice à ça parce qu’il y a beaucoup d’échanges avec le public qui, lui, sait parfois être très drôle aussi. Donc arriver à ce niveau de connivence, c’est trop bien.

    Justement, quel regard portez-vous sur la situation politique en France à un mois des municipales ?

    J.L.P. : Ce n’est pas un sujet que j’aborde, je fais juste des blagues sur les gens de gauche versus les gens de droite, mais le climat est vraiment très inquiétant. Je ne suis pas une spécialiste, mais ce que je trouve bien avec l’humour, c’est qu’il fédère, peu importe son bord politique.

  • Les Oursinades s’ancrent au bord de l’étang de l’Olivier ce week-end

    Les Oursinades s’ancrent au bord de l’étang de l’Olivier ce week-end

    C’est une institution qui fait son retour sur les rives de l’étang de l’Olivier. Ces samedi 28 février et dimanche 1er mars, les oursinades reviennent de 11h à 17h, toujours à hauteur du mini-port au bout de l’esplanade Charles-de-Gaulle, avec une capacité de 700 places assises, le long de grandes tablées conviviales.

    « C’est un rendez-vous attendu et populaire, toute la population istréenne vient, et puis ça marque l’arrivée du printemps, c’est synonyme du retour des beaux jours dans l’esprit des gens », affirme Jérémy Sierra, conseiller municipal en charge des événements de la Ville d’Istres. Chaque jour, environ 1 500 personnes viennent « se retrouver, discuter en plein air et partager de bons mets ».

    Sur place, les visiteurs trouveront une dizaine de stands de restauration avec oursins, plateaux de coquillages, marmite du pêcheur, moules frites, burgers de la mer ou à la viande, gambas à la plancha et autres calamars, ainsi que les panisses de l’Estaque ou encore les sardines en beignets. « Quatre associations seront également présentes : le Gipreb, l’Esperen, l’Amicale des plaisanciers de l’étang de Berre et l’Association des plaisanciers du Port des Heures Claires », détaille Jérémy Sierra.

    Des animations musicales sont également prévues avec Patrick David et Vanessa Smiled, qui chanteront de la variété française et internationale samedi, et Stud, dans le même style, dimanche. Les rameurs de l’Olivier feront des démonstrations et proposeront des ateliers découverte tous les matins.

  • La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    La situation s’améliore à la prison pour mineurs

    Du mieux, même si tout n’est pas parfait. Comme six autres députés ce jour-là, mobilisés dans une action commune, pour « enclencher une prise de conscience d’ensemble et une remise en question structurelle des conditions de détention des mineurs », Hendrik Davy (L’Après), député de la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône, a usé de son droit de visite parlementaire pour retourner à l’établissement pour mineurs (EPM) de la Valentine (11e) ce jeudi 25 février. En mars l’an dernier, il avait pu découvrir que les jeunes n’avaient pas accès à l’école, faute de surveillant en nombre suffisant. Suivait fin août un rapport salé de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté après une visite inopinée, Dominique Simmonot réclamant la fermeture partielle de l’EPM. Elle s’indignait notamment de la pratique de la « mise en grille », une « punition » qui consiste à mettre un enfant « sans eau, sans toilette, sans rien pour s’asseoir dans une cellule pendant plusieurs heures », rappelle le député.

    Désormais 38 mineurs, dont le plus jeune à 15 ans, sont incarcérés, contre 51 l’an dernier, le nombre de places ayant été ramené à 40 pour entamer un plan de rénovation, 120 000 euros investis pour repeindre et changer le mobilier, démarré en novembre dans les 7 unités de l’EPM et qui doit se terminer mi-juin, précise Karine Mathieu, directrice du service éducation de l’EPM pour la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse), arrivée en janvier. Avec 33 éducateurs, elle assure le suivi des jeunes et entend remobiliser tout le monde « autour du “faires avec” », avec de la formation obligatoire, des groupes de travail, dans le cadre d’une refonte du projet d’établissement.

    Finie aussi la mise en grille, utilisée pour faire « redescendre la pression », explique le directeur adjoint de l’EPM que l’on sent démuni : « On les réintègre en cellule avec le risque de voir la situation dégénérer. » Côté surveillant, la fermeture tournante de deux unités a amélioré la situation, même si le taux d’absentéisme est de 30% et que les reprises se font en mi-temps thérapeutiques, convient-il.

    Une unité qui « répare »

    Dans les cellules de l’unité 5, celle du « régime différencié » pour mauvais comportement, on confirme l’amélioration. « Ça se passe bien, j’ai école », raconte Boui, 16 ans, incarcéré depuis 2 ans, déjà connu de l’EPM à l’âge de 13 ans. Dans la cour, les ados interpellent le député : « On est enfermés, on nous traite comme des animaux. » L’un d’entre eux déplore la qualité de la nourriture mais lui confie avoir un « projet paysage ». « On voudrait faire plus de sports, 2 à 3h par semaine ça suffit pas, c’est dur », témoigne-t-il.

    À l’unité « répare » pour « respect, anticipation, responsabilisation », on respire. Les six jeunes détenus sont libres de circuler le week-end, partagent plus de moments collectifs. « On demande à venir et on est pris si on a un bon comportement », explique l’un d’entre eux. Aucun des détenus passés par cette unité ne font partie des 48 enfants retournés à l’EPM en 2025 après y être déjà passé.

    « On juge une démocratie à l’état de ses prisons. Les visites servent à quelque chose, même si tout ne va pas mieux », quand « beaucoup d’enfants nous ont confirmé qu’ils passaient une grande partie de leur temps en cellule », estime en bilan Hendrik Davi, convaincu qu’il faut « penser à des alternatives à la privation de liberté ». Et de préconiser de prendre « le problème à la racine », en « donnant des moyens à l’aide sociale à l’enfance et à l’Éducation nationale pour éviter que les jeunes, ne deviennent la proie des réseaux ».

    « On juge une démocratie
    à l’état de
    ses prisons. »

  • [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    [Le coin de la BD] On dirait le sud… lyncheur, raciste et criminel de la Géorgie d’il y a un siècle

    Avec Au sud, l’agonie, les auteurs livrent un album sans concession sur la misère intellectuelle et sociale des « White trash », blancs du sud aussi pauvres et ignorants que racistes dans un sud profond et moite marqué par la défaite de la guerre de Sécession mais où la ségrégation raciale et le Klu Klux Klan font encore la loi. Une œuvre puissante en forme de polar social et de fresque historique.

    État de Géorgie, années 1920… Alors que les militants du Parti communiste américain tiennent des meetings clandestins pour expliquer que métayers blancs et noirs ont les mêmes intérêts face aux grands propriétaires, un métis et un agent fédéral homosexuel ont maille à partir avec une bande de « white trash » racistes et lyncheurs. Pour ce nouvel hommage au film noir américain avec cette enquête criminelle au cœur de la Bible Belt, Philippe Pelaez et Hugues Labiano frappent fort avec cette histoire sociale, « raciale », politique et policière aux personnages bien trempés dans la moiteur du sud. Face à un pasteur Lee qui dirige la ville de Savannah où malgré la défaite sudiste la ségrégation fait toujours la loi, il faudra beaucoup de sang pour que la justice soit rendue. D’autant qu’un dangereux bagnard, Travis Hart, s’est évadé et se dirige vers la ville pour exécuter une vieille vengeance. Même s’il est le second tome d’une trilogie sur les USA du XXe siècle, cet album entre polar historique et tragédie intime se lit seul et reste un « one-shot puissant qui incarne la mémoire vivante d’un sud meurtri et résonne comme une colère contre l’injustice ».

    Une plongée au cœur d’une Amérique que l’on a longtemps préférée cachée et tue et qui est aujourd’hui l’un des ressorts du trumpisme tant les mêmes démons hantent toujours ces terres un siècle plus tard.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, les souvenirs d’une initiatrice

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, les souvenirs d’une initiatrice

    Les Égyptiens se figuraient l’au-delà de leur mort comme s’il s’agissait d’une campagne verdoyante traversée par un fleuve intarissable ; si ce Paradis était entretenu par des serviteurs loyaux et compétents, ils en goûteraient éternellement la prospérité et la tranquillité. Pour qu’au royaume d’Osiris leur paix soit parfaite, les souverains rassemblaient dans leur tombe des petites statuettes de leurs subordonnés, pour toujours voués à des travaux agricoles ainsi qu’à des tâches d’intérêt commun.

    On appelait ces terres cuites ou bien émaillées, ces personnages sculptés dans le bois ou le calcaire des ouchetbtis. Les travaux pouvaient se révéler nombreux, les minuscules figurines se multipliaient. Une nécropole pouvait enfermer une petite armée de 365 ouvriers et contremaîtres qui se différenciaient parce qu’ils étaient porteurs d’outils agricoles, d’un sac de semences ou d’un seau d’eau.

    Issues de la collection du médecin-chirurgien Clot-Bey (1793-1868) les ouchetbis qui accompagnent cette chronique furent découvertes dans la tombe d’une princesse de la région de Memphis, Tenet-Tepetihou. Sculptée dans l’albâtre, celle de droite est une simple momie. Ses bras croisés ne portent pas d’outils. Sans fonction particulière, elle « répond » de l’identité de la défunte. Taillée dans le calcaire, la statuette à gauche est une rareté. On en retrouve seulement onze exemplaires dans l’iconographie de l’ancienne Égypte. Elle évoque le travail d’une meunière-boulangère qui roule son pain.

    Grâce au déchiffrement des hiéroglyphes de la statuette, les historiens révèlent que Tenet-Tepetihou fut une première amante, l’initiatrice d’un jeune prince rencontré avant qu’il ne devienne roi. Le futur souverain Thoutmosis IV l’avait aimée dans son palais. Un fils était né au terme de leur idylle. Comme telle, il semble légitime qu’elle revendique le titre de « grande épouse royale » qu’elle fit inscrire sur ses statuettes funéraires.

    Des anachronismes délibérés traduiraient autrement ces échos d’un amour défunt. En face de la statue d’albâtre, il se murmure que « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ». Devant les gestes ordinaires de la boulangère, voici que surgiraient depuis le balcon des choses anciennes, les vers romantiques et poignants que Baudelaire écrivait pour « la servante au grand cœur ».

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’heure du bilan après la Libération

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : l’heure du bilan après la Libération

    Ce fut un immense succès de l’avoir fait accepter malgré les cris de la droite et de quelques socialistes. Je peux en témoigner : j’assistais aux débats avec mon regretté camarade Henaff, secrétaire de l’UD de la région parisienne. Nous étions invités pour la deuxième fois. Il y avait parmi nous des hommes de droite qui insultèrent Maurice Thorez lorsqu’il présenta le statut. Nous les avons un peu secoués, mais nous fûmes expulsés par les huissiers. Nous nous sommes alors installés au bureau du PC pour attendre les résultats. La conjoncture ne permit pas d’en mettre toutes les richesses à profit : la majorité CGT espérait en particulier tirer parti d’un article 32 établissant le traitement net du fonctionnaire à 120% au moins du salaire minimum vital. Cette disposition fondait l’existence officielle d’une notion que nous voulions voir reconnue. L’opération de décembre 1946 nous coupa l’herbe sous les pieds.

    1946 complétait et dépassait 1936

    Les dirigeants patronaux étaient sortis déconsidérés de la guerre. Ils ne purent éviter les nationalisations. Au contraire, la classe ouvrière, dira François Mauriac, était « restée seule fidèle à la France profanée ». Le poids politique de la classe ouvrière était tel que de grandes conquêtes sociales furent obtenues sans grève.

    Citons notamment : l’ordonnance du 22 février sur les comités d’entreprise profondément modifiée par la loi Croizat du 16 mai 1946, l’ordonnance du 24 mai 1945 sur le contrôle de l’emploi qui posait le principe de l’autorisation administrative pour tout licenciement, mais qui fut par la suite battue en brèche par la jurisprudence. L’ordonnance du 4 octobre 1945 sur la Sécurité sociale, la loi du 16 avril 1946 sur les délégués du personnel, l’arrêté Croizat du 30 juillet 1946 abrogeant les abattements autorisés sur les salaires des femmes fixés par voie réglementaire, la loi du 22 août sur les prestations familiales, la loi du 11 octobre 1946 sur la médecine du travail, la loi du 19 octobre 1946 portant statut des fonctionnaires, la loi du 30 octobre 1946 qui transférait les compagnies d’assurances à la Sécurité sociale, l’indemnisation des accidents du travail et y ajoutait les accidents de trajet.

    Cet apport législatif était considérable : 1946 complétait et dépassait 1936. Le rôle des syndicats représentatifs était reconnu et privilégié. Il faut déplorer en revanche qu’aucune des lois sur les conventions collectives n’ait à ce jour empêché la conclusion d’accords avec seulement des syndicats minoritaires.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Sciences] La lumière a un effet anti-douleur chez le rongeur

    [Sciences] La lumière a un effet anti-douleur chez le rongeur

    « Cela fait 150 ans que les scientifiques travaillent sur des souris et personne ne l’avait remarqué », s’étonne Guillaume Sandoz, directeur de recherche CNRS à l’Université Côte d’Azur (Nice) encore scotché par sa découverte. « Je n’y croyais pas. » Avec sa doctorante Marion Bied, il multiplie les vérifications, demande à des collègues de reproduire l’expérience sur des rats. Mais c’est bien réel : quand les rongeurs sont soumis à une lumière ultraviolette (UV), cela produit chez eux un effet anti-douleur au niveau de la zone illuminée. « Cela induit une analgésie locale, non-invasive et non-médicamenteuse qui dure plusieurs heures, résume le chercheur qui signe un article dans Nature communications. L’effet est puissant, deux à trois fois supérieur à celui de l’ibuprofène. » L’animal supporte une pression deux à trois fois supérieure sous la patte avant de la lever –un test classique pour évaluer la résistance à la douleur.

    Le chercheur y voit un moyen simple de réduire la douleur des animaux lors d’expériences en laboratoire. « Pour des raisons éthiques et pour limiter le stress des animaux qui peut fausser les résultats, la douleur est généralement atténuée avec des médicaments pouvant eux aussi biaiser les résultats », insiste-t-il. Une dizaine de minutes d’irradiation à la lumière pourrait suffire, sans en abuser pour ne pas induire les effets néfastes bien connus des UV. « Cela pourrait améliorer le bien-être animal et la prise en charge vétérinaire des nouveaux animaux de compagnie », ajoute-t-il. Car au-delà des souris et des rats, la protéine à l’origine du phénomène existe aussi chez les chinchillas, les hamsters, les tortues et certains serpents.

    Nouvelle cible

    Cette protéine s’appelle Traak et est présente sur les neurones responsables de la sensibilité à la douleur – les « nocicepteurs ». Elle sert de canal ionique, laissant passer ou non certains ions entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule. « La lumière UV autour de 365 nanomètres génère des radicaux libres qui oxydent le canal ionique Traak, ce qui l’ouvre et inhibe la douleur », explique Guillaume Sandoz. Et cela n’agit qu’en surface car la lumière UV ne pénètre pas au-delà de 600 micromètres dans la peau. « Par chance, c’est là que sont les nocicepteurs », précise-t-il.

    Cet effet anti-douleur des UV n’existe pas chez l’humain à cause d’une petite mutation dans la séquence du gène codant pour la protéine Traak. « Cela induit le remplacement d’un acide aminé –la méthionine chez le rongeur– par un autre – l’isoleucine chez l’humain – qui n’est pas sensible à l’oxydation par des radicaux libres », précise Guillaume Sandoz. Mais cela ouvre des pistes. « C’est un nouveau mécanisme de régulation de la douleur qui est mis au jour, poursuit-il. Nous pourrions imaginer des moyens d’agir sur l’isoleucine dans le canal Traak pour moduler son activité chez l’humain. »

    Repères

    Traak

    C’est le nom d’un canal ionique du potassium. Il s’agit d’une protéine qui laisse passer ou non des ions potassium entre l’intérieur et l’extérieur d’une cellule, ce qui génère des courants électriques et contrôle son excitation. Les canaux ioniques Traak sont présents dans les neurones, notamment dans les yeux, le cerveau et la moelle épinière, mais aussi les neurones récepteurs de la douleur.

    LIA

    Pour « Light-Induced Analgesia ». Ou « analgésie induite par la lumière », en français. Il s’agit du nom donné à la méthode non-médicamenteuse et non-invasive de réduction de la douleur chez les rongeurs grâce à une exposition à de la lumière ultraviolette autour de 365 nanomètres.

    6

    C’est, en heures, la durée pendant laquelle l’effet anti-douleur induit par la lumière ultraviolette est efficace chez un rongeur, après dix minutes d’exposition.

  • [Chronique des invisibles] Station « Elle »

    [Chronique des invisibles] Station « Elle »

    C’est sur une ligne de métro que j’ai entendu sa voix.

    La jeune femme chantait entre deux rames, dans cette caverne métallique où les pas pressés composent un étrange ballet humain. Sa fine silhouette se découpait entre deux piliers à la peinture écaillée. Elle tenait un micro, l’ampli semblait tout aussi fatigué qu’elle. Sa voix, chaude, vibrante, presque irréelle, flottait au-dessus du bitume, s’envolait dans les galeries, gagnait jusqu’aux sièges en plastique, avant que la fermeture automatique des portes ne fasse cesser ce moment de grâce.

    C’était une voix née pour la lumière, mais condamnée aux couloirs souterrains. Chaque note semblait chercher un horizon qu’on lui refusait. Elle aurait pu remplir des salles, faire pleurer un public entier, mais le système ne l’entendait pas de cette oreille : il avait ses codes, ses visages familiers, ses lignées d’artistes issues des mêmes réseaux, où l’on se tient au même barreau de l’échelle sociale sous couvert de mérite.

    Ce qui est vivant finit toujours par chercher le ciel

    La chanteuse n’en faisait pas partie. Dans ce monde, les nantis pratiquent surtout une solidarité familiale ; ils jouent collectif entre eux. Le ruissellement n’est pas seulement économique, il est aussi culturel. Nulle autre place ne lui était permise que de se geler dans les courants d’air. Alors elle chantait pour ceux qui passent, pour ces inconnus qui lui jetaient une pièce ou lui offraient un sourire.

    Elle chantait comme on respire, pour ne pas disparaître tout à fait, pour ne pas s’enfoncer davantage dans ces souterrains jusqu’à ne plus regagner la lumière du jour. Au fond d’elle, elle espérait qu’on reconnaisse son talent. Que quelqu’un sache qu’elle existe.

    Sa voix avait quelque chose de miraculeux. Elle suffisait à éclairer mes pensées sombres, à suspendre le pas de badauds emportés dans les torrents de l’existence.

    Le talent ressemble parfois à ces graines oubliées dans les fissures du béton. Personne ne les voit, personne ne les arrose, et pourtant elles persistent. Elles attendent, patientes, dans l’ombre et le froid, qu’un jour une faille laisse passer la lumière. Alors, sans prévenir, elles percent la pierre et rappellent au monde que ce qui est vivant finit toujours par chercher le ciel.