Tag: Vincent Bouget

  • Ce que changerait une victoire de Nîmes en commun

    Ce que changerait une victoire de Nîmes en commun

    1. Réunir une ville jugée « à deux vitesses »

    Premier objectif affiché, martelé : rééquilibrer les politiques publiques entre les quartiers. La liste estime que certaines zones populaires souffrent d’un manque d’équipements et de services. Pour y répondre, elle propose la création de « Places communes » dans chaque quartier, des lieux de proximité mêlant services publics, activités associatives et espaces de rencontre. Ces structures pourraient accueillir, par exemple, des permanences d’élus, des jardins partagés, des ateliers associatifs ou des équipements sportifs ouverts aux habitants.

    2. Redonner du pouvoir aux habitants

    La question démocratique constitue un autre pilier du projet. La liste promet de renforcer la participation citoyenne avec des conseils de quartier plus décisionnels et des budgets participatifs. L’idée serait de permettre aux habitants de décider directement d’une partie des investissements municipaux : rénovation d’une place, aménagement d’un square ou création d’équipements de proximité.

    3. Renforcer la solidarité

    Face à la précarité, la coalition propose plusieurs dispositifs sociaux. Parmi eux, la création d’une mutuelle municipale négociée par la ville pour permettre aux habitants d’accéder à une complémentaire santé à tarif réduit. Le projet évoque aussi un campus des solidarités, destiné à coordonner associations, services publics et initiatives citoyennes. Des mesures plus concrètes sont envisagées, comme le développement de jardins partagés, d’épiceries solidaires ou de ressourceries.

    4. Une approche de la sécurité mêlant prévention et proximité

    Sur la sécurité, la liste défend une approche combinant présence policière et médiation. La liste propose notamment de renforcer la police municipale de proximité, avec des postes mobiles dans les quartiers, des bornes d’appel et d’augmenter les effectifs de médiateurs urbains chargés de prévenir les conflits. Elle souhaite aussi réaliser un audit du parc de caméras de vidéoprotection pour en évaluer l’efficacité.

    5. Faire de la jeunesse une priorité municipale

    La situation des jeunes à Nîmes constitue un axe central du programme. Parmi les propositions : gratuité progressive des transports publics pour les moins de 25 ans, création d’un pôle ressource jeunesse pour accompagner les jeunes dans leurs démarches (logement, formation, emploi) et renforcement du conseil municipal des jeunes avec un budget propre. Des actions sont également prévues contre le décrochage scolaire, notamment via des dispositifs d’accompagnement éducatif.

    6. Adapter la ville au changement climatique

    Face aux épisodes de chaleur de plus en plus fréquents, la liste met en avant une transformation écologique de l’espace urbain. Elle propose notamment une végétalisation massive de la ville, la création d’îlots de fraîcheur et la désimperméabilisation des sols pour lutter contre les fortes températures et les inondations. Les écoles et les quartiers les plus minéralisés seraient prioritaires dans ce plan d’adaptation.

    7. Développer l’économie sociale et solidaire

    Enfin, le collectif souhaite renforcer la place de l’économie sociale et solidaire dans le développement local. Le projet évoque notamment la création d’une école de la coopération, destinée à former habitants, entrepreneurs et associations aux pratiques coopératives. L’objectif serait d’encourager des modèles économiques plus participatifs, selon le principe « une personne, une voix ».

  • À Nîmes, les réactions à notre sondage exclusif

    À Nîmes, les réactions à notre sondage exclusif

    À neuf jours du premier tour des élections municipales à Nîmes, le sondage Ipsos-BVA réalisé pour La Marseillaise et Experts et Territoires redistribue les cartes de la campagne.

    L’étude, menée auprès de 700 électeurs inscrits entre le 20 et le 28 février, place la liste « Nîmes en commun » conduite par Vincent Bouget en tête avec 29%, devant le candidat du RN Julien Sanchez (26%), Franck Proust (22%) et la liste de Julien Plantier et Valérie Rouverand (16%). La liste conduite par Pascal Dupretz est créditée de 7%. Un rapport de force qui laisse entrevoir la possibilité d’une quadrangulaire au second tour et qui suscite déjà de nombreuses réactions parmi les candidats.

    Des réactions entre satisfaction, prudence et scepticisme
  • Vincent Bouget, « les Nîmois seront le levier de l’avenir »

    Vincent Bouget, « les Nîmois seront le levier de l’avenir »

    La campagne à Nîmes s’intensifie à quelques jours du premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars. Nous avons rencontré celui qui fait souffler un vent de renouveau sur la cité romaine avec la liste qu’il conduit, Nîmes en commun. Vincent Bouget (PCF), en tête dans les sondages, a su fédérer largement à gauche et, au-delà, chez les citoyens sur la base d’un projet co-réalisé avec les habitants. Rassembler et réconcilier la ville sont ses grandes priorités afin que toutes et tous vivent enfin bien à Nîmes.

    La Marseillaise : Si vous êtes élu maire de Nîmes, le 22 mars, quelle sera votre première mesure ?

    Vincent Bouget : Je serai fidèle à ma méthode et à mes engagements : j’irai voir les agents de la Ville qui seront dès le lendemain de l’élection et tout au long du mandat celles et ceux qui mettrons en œuvre la politique. Ils sortent de 25 ans d’une gestion assez autoritaire. Le maire n’a jamais rencontré les organisations syndicales du personnel municipal. Moi, j’ai besoin de les écouter, parce que c’est avec eux que nous allons agir.

    Ensuite, il faut s’occuper des enfants. D’abord, la préparation de la fin de l’année scolaire parce que l’année dernière 81 écoles sur 83 ont été fermées à cause de la canicule. Ensuite, il y a les vacances et on sait que, pour un certain nombre de nos enfants et de leurs familles, l’été est long, voire dur à passer. Il faut proposer à la fois une véritable offre d’activités à Nîmes, et des départs en vacances pour les plus modestes, en lien avec les associations. Et puis, il faut préparer la rentrée pour que l’école redevienne un lieu d’émancipation pour nos enfants. Et enfin, parce que les arbres qui feront de l’ombre dans 15 ans doivent être plantés aujourd’hui, nous lancerons très rapidement, en avril, le grand plan de végétalisation partagé, accompagné d’urbanistes, dans une démarche de concertation avec les Nîmois.

    Nîmes en commun, c’est un collectif mais c’est aussi une démarche participative menée depuis un an et demi. Est-ce que cela explique la dynamique de votre campagne ?

    V.B : Je fais confiance aux Nîmoises et aux Nîmois pour décider de leur avenir, donc nous avons commencé il y a 18 mois, en les écoutant. Je suis convaincu que cette façon de faire recrée du lien et de la confiance. Loin du spectacle national très rejeté par la population et très éloigné de la vie quotidienne. On ne résout pas les difficultés sociales à coups de tweets : la complexité des situations appelle des réponses de fond, partagées et travaillées avec les habitants. Nous avons donc largement donné la parole, sans la prendre nous, pour rompre avec cette distance entre les responsables politiques et la population. Il a d’ailleurs été beaucoup question de lien social, de retrouver des liens entre les gens. Et aujourd’hui, les propositions que nous faisons, construites avec les Nîmois, trouvent un véritable écho dans la population.

    Chacune de vos réunions publiques fait le plein. Comment l’expliquez-vous ?

    V.B. : Les Nîmois, comme partout ailleurs mais ici encore plus, ont été considérés comme des spectateurs ou des consommateurs de la politique. Notre volonté a été tout de suite de leur dire « soyez actrices et acteurs » en prenant part à la réflexion sur l’avenir de notre ville. Et au soin du 22 mars, nous continuerons. La politique que nous voulons mener ne pourra se réaliser pleinement que si, dans la ville, les Nîmoises et les Nîmoises y prennent toute leur part. La participation citoyenne est un levier de transformation de la ville et de la vie.

    Nîmes en commun c’est aussi une union forte des gauches (hors LFI), citoyenne et écologique. Cette union, dans la diversité, est-elle aujourd’hui indispensable pour proposer une véritable alternative ?

    V.B : Cette union n’est pas un accord électoral de partis où comme d’habitude on se partage des bouts de liste et des bouts de programme. Nous avons fait l’inverse. J’ai proposé à toutes les sensibilités de la gauche politique, sociale et citoyenne de se retrouver dans une démarche d’écoute et de mise en débat avec la population. Une très large majorité à dit « oui » et aujourd’hui, le collectif Nîmes en commun compte plusieurs centaines de personnes. Nous ne sommes pas une superposition de partis, mais un collectif solide, avec des composantes partisanes en soutien de cette démarche et apportant toute leur expérience militante. Nous avons naturellement conjugué nos différences et fait de la diversité un atout. Cette union demain restera toujours solide parce qu’elle est riche d’une expérience, de cette aventure qui dure depuis l’automne 2024. Et je crois que cela répond sincèrement à l’aspiration à l’unité qui est très forte dans la population. Le rassemblement est la seule voie crédible, une des conditions de la victoire.

    Cette culture de l’unité n’est pas propre à cette campagne ?

    V.B : J’ai toujours été convaincu que le rassemblement était la seule voie possible. Rassembler les partis, mais avant tout, rassembler les Nîmois. Je creuse un sillon depuis plus de dix ans. En 2020, c’était une amorce de ce que l’on fait aujourd’hui, c’est-à-dire d’ouvrir la construction du projet aux habitants. Et puis nous avons marqué des points aux municipales, ce qui nous a donné du crédit. En 2021, nous avons réussi l’union aux élections départementales et, avec mon binôme écologiste, nous avons gagné un canton sur la ville, face à la droite, puis à l’extrême droite. Depuis 2020, avec le groupe de gauche à la Ville, nous avons travaillé sur tous les dossiers, pour préparer l’élection de cette année. Quand à l’automne 2024 on a décidé de s’engager dans l’élection municipale on s’est appuyé sur toute cette histoire. J’espère que le travail paiera, au bout. En tout cas, il nous est crédité.

    Les Nîmoises et les Nîmois méritent tout cet engagement. Je ne crois pas qu’on leurre longtemps les habitants à coups de petites phrases, de coups de communication comme on le voit aujourd’hui à droite comme à l’extrême droite avec des gens qui font volte-face, trahissent ou qui débarquent dans cette ville et qui tels des vautours, fondent sur les difficultés sociales en espérant prospérer dessus.

    Je crois que les gens reconnaissent la sincérité, l’humilité, le travail. Je n’ai pas d’autre façon de faire de la politique. Il faut redonner toute sa dignité à l’action publique, c’est la seule façon de respecter les gens. Quand on respecte la parole des Nîmois, on reconnaît leur dignité démocratique.

    Nîmes est une ville qui a des difficultés importantes sur le plan social, économique, de l’emploi. Comment une municipalité peut-elle agir ?

    V.B : On pouvait penser que la droite était une experte en économie. En réalité on voit que les échecs sont nombreux et l’absence de réalisations est patente. L’exemple le plus marquant est la zone Magna Porta qui tous les ans est présentée comme celle qui va créer des milliers d’emplois et, au final, reste désespérément vide. Quand on discute avec les salariés, les chefs d’entreprise on s’aperçoit de l’isolement complet des responsables politiques qui ne dialoguent pas. C’est un constat que j’ai fait en rencontrant les entrepreneurs du territoire. Nous proposons que la Ville joue un rôle de lien. La Ville et l’agglomération doivent mettre autour de la table tous ceux qui participent à la création d’activités économiques. C’est ce que nous proposons avec la création d’une agence de développement économique qui n’existe pas. Et nous devons préparer l’avenir, en créant des filières dans les domaines de la transition écologique, de la gestion de l’eau. Enfin, Nîmes doit renouer avec son histoire, en s’investissant pleinement dans l’économie sociale et solidaire, qui est un vrai modèle vertueux et prospère. Nous créerons une école de la coopération. Cette fierté nîmoise doit être un levier de développement.

    Les sondages vous placent tous en tête du premier tour, le 15 mars. Mais vos adversaires de droite sont bien présents et, surtout, l’extrême droite menace. Pour l’emporter, Nîmes en commun doit largement rassembler. Quel est votre message aux Nîmois ?

    V.B : C’est le message que nous portons depuis le début : réunir les Nîmoises et les Nîmois est notre premier engagement. Réunir et respecter tout le monde. Pour nous, chacune et chacun comptent. Les 15 et 22 mars, les citoyens ont un choix : faire de Nîmes une ville méditerranéenne qui compte, ou ne rien changer, voire sombrer dans le repli sur soi et la haine de l’autre. Nous avons déjà suffisamment de Defi à relever : le réchauffement climatique, la drogue… Je ne me résoudrais pas à ce qu’en plus nous ayons l’extrême droite ! Ce danger, c’est la base de mon engagement. Notre message est donc simple : dès le premier tour, si nous voulons faire face, ensemble aux difficultés et avancer sereinement, il faut une large mobilisation. Être rassemblé, dans le respect des convictions et des différences de chacun.

  • [Sondage exclusif] Vincent Bouget et Nîmes en commun en tête

    [Sondage exclusif] Vincent Bouget et Nîmes en commun en tête

    Vingt-cinq ans. Un quart de siècle que l’hôtel de ville est verrouillé par la droite, au rythme d’un « système Fournier » qui a façonné une cité vitrine : monuments magnifiés, centre historique ripoliné, carte postale romaine soignée pour le tourisme. Personne ne nie que cela ait pu produire du beau, parfois. Mais à force de privilégier la façade, Nîmes s’est aussi abîmée à l’intérieur : services publics de proximité en retrait, logement indigne dans le centre ancien comme dans les copropriétés fragiles, écoles qui suffoquent l’été, mobilités du quotidien en retard, sentiment d’abandon dans des quartiers où l’État comme la Ville se font rares.

    Résultat : il n’y a plus « une » ville, mais des villes de Nîmes. Celle des terrasses et des grands chantiers, et celle des cages d’escalier et des arrêts de bus qui n’arrivent pas. Celle des quartiers résidentiels et celle des quartiers populaires relégués, qui font trop souvent l’actualité pour les pires raisons – Pissevin, le narcotrafic, les règlements de comptes – comme si la violence surgissait de nulle part, sans jamais interroger le terreau social : précarité, décrochage, manque de présence humaine, absence d’horizons. La droite a beaucoup parlé d’ordre, de caméras et de fermeté. Les habitants, eux, demandent aussi du soin : des médiateurs, des éducateurs, des équipements, des logements dignes, des rues praticables, de la confiance.

    À cinq mois du scrutin, un autre spectacle s’offre aux Nîmois : celui d’une succession à droite qui tourne +à la bataille d’ego. Retrait du maire, dauphins qui se précipitent, rivalités personnelles qui éclatent au grand jour, alliances à tiroirs… et, au milieu, des projets qui peinent à convaincre, tant l’essentiel ressemble à un recyclage : continuer la même politique, avec d’autres visages. Cette confusion nourrit une double tentation : l’abstention, d’abord, et l’extrême droite ensuite. Le RN, avec Julien Sanchez, tente de rafler la mise en jouant sur l’angoisse sécuritaire et en opposant les habitants entre eux, comme si la ville devait choisir entre peur et résignation. Sauf que les Nîmois ne sont pas condamnés à choisir entre la peste et le choléra. Un vent s’est levé, et il ne vient pas d’un état-major parisien. Il vient de Nîmes, de ses profondeurs populaires, associatives, syndicales, de cette envie très simple de reprendre la main sur une ville fracturée. Ce vent a un nom : Nîmes en commun, liste citoyenne d’union conduite par Vincent Bouget. Ici, « union » n’est pas un mot de circonstance : pour la première fois, une large partie de la gauche sociale, écologique et citoyenne avance d’un même pas, dans une dynamique de rassemblement assumée et lisible, précisément parce que le risque RN est réel et que la fin de règne à droite ouvre une fenêtre historique.

    Mais la singularité de cette campagne, à gauche, tient surtout à sa méthode. Nîmes en commun n’a pas commencé par dérouler un catalogue. Elle a commencé par écouter. Un questionnaire papier, porté sur les marchés, dans les cafés, les halls d’immeubles, les quartiers populaires comme les zones pavillonnaires : des milliers de contributions, des centaines de témoignages libres, et cette conviction que la politique locale doit redevenir un espace de discussion, pas un monologue. On a vu, au fil des réunions, des scènes devenues rares : des habitants qui s’arrêtent, qui prennent le temps, qui racontent le logement trop cher ou trop humide, le bus trop rare, les enfants qui n’ont jamais vu la mer, l’insécurité mais aussi l’insécurité sociale. Une campagne de proximité, au contact, loin des postures.

    Une ville à réparer

    Derrière, des priorités se dégagent, concrètes : retisser une ville à deux vitesses, remettre le logement et la dignité au centre, reconstruire une politique de santé (avec l’idée d’un centre municipal), rendre les transports plus accessibles (jusqu’à la gratuité pour les scolaires et les jeunes), traiter la sécurité autrement qu’à coups de slogans, avec de la présence humaine et du maillage, sans renoncer au rôle de la police municipale. Et surtout : remettre de la démocratie locale là où, depuis des années, beaucoup dénoncent une gestion opaque, verticale, clanique.

    Cette dynamique se mesure aussi dans les enquêtes d’opinion. Le sondage Ipsos réalisé pour La Marseillaise place aujourd’hui Vincent Bouget en tête au premier tour parmi les électeurs certains d’aller voter, devant le RN, avec une droite divisée et un centre qui fragmente encore davantage le camp sortant. Le décryptage est à retrouver ci-contre, mais un élément ressort déjà : le scrutin n’est plus joué d’avance. Et ce sondage ne tombe pas de nulle part : il s’inscrit dans une série d’études antérieures, qui, déjà, dessinaient une ville en trois blocs et une possibilité réelle d’alternance à condition que la dynamique citoyenne se transforme en votes, et que l’union tienne.

    La bataille qui s’ouvre n’est donc pas seulement une compétition de listes. C’est une question de cap. Continuer une ville-vitrine, ou réparer une ville vécue. Laisser la peur dicter l’agenda, ou reconstruire du commun. Nîmes en commun n’est pas qu’une formule : c’est une philosophie politique appliquée à l’échelle d’une mairie. Faire de la démocratie non pas un rituel quinquennal, mais un outil quotidien. Et rappeler, au fond, une évidence : une ville ne se gouverne pas contre ses quartiers, ni sans eux. Elle se construit avec celles et ceux qui y vivent.

    Fiche technique

    Institut

    Ipsos / BVA

    Échantillon

    700 habitants inscrits sur les listes électorales de Nîmes, âgés de 18 ans et plus, constituant un échantillon représentatif de cette population.

    Date de l’enquête

    Du 20 au 28 février 2026

    Méthodologie

    Échantillon interrogé par téléphone sur système Cati (Computer assisted téléphone interviews). Représentativité assurée par la méthode des quotas selon le sexe, l’âge, la profession, le quartier de résidence.

    La notice de cette enquête est consultable sur le site de la Commission des sondages.

  • À Nîmes et Montpellier, la gauche n’oublie pas les jeunes

    À Nîmes et Montpellier, la gauche n’oublie pas les jeunes

    L’action publique en faveur de la jeunesse relève de plus en plus des politiques locales, décisives. Les programmes progressistes des listes en lice aux élections municipales des 15 et 22 mars accordent ainsi une place cardinale aux besoins des jeunes, dès le plus jeune âge. Dans les deux capitales de l’Hérault et du Gard, Montpellier et Nîmes, les listes de gauche, notamment celles conduites par Vincent Bouget à Nîmes et le maire-candidat, Michaël Delafosse, à Montpellier, en font des piliers de leur programme.

    Que les candidats soient tous deux professeurs d’Histoire et de Géographie n’est sans doute pas étranger à leur attention au développement du service public communal en direction des plus jeunes de leurs concitoyens. Mais au-delà, leurs programmes partent du principe que l’avenir des communes passe par leur jeunesse et la façon dont on la considère, la soutient et l’encourage.

    « Favoriser l’autonomie »

    À Montpellier, la liste de Michaël Delafosse annonce poursuivre « le soutien à l’offre de loisirs proposée aux jeunes dans les maisons pour tous » et ce « en ouvrant de nouveaux centres pour les adolescents à Marcel Pagnol et Albert-Dubout ». Le but ? « Renforcer les activités culturelles, sportives et éducatives, favoriser l’autonomie des ados » et, surtout, « proposer des lieux de rencontre, d’expression et d’épanouissement dans les quartiers », précise le programme. Soulignons que sur l’accès aux activités sportives, la carte Montpellier sport permet déjà à tous les habitants, pour 5 euros par an, d’avoir accès à la pratique de 50 disciplines ; un dispositif piloté par l’adjoint aux sports, Hervé Martin (PCF), numéro trois de la liste pour le scrutin des 15 et 22 mars prochains. Le programme propose également d’accompagner les jeunes dans le financement de leur projet, comme l’obtention du Bafa (animation) ou du BNSSA (brevet de surveillance de baignade et sauvetage), en contrepartie de 25 heures d’activité par an au sein d’une association. Autre engagement de la liste de Michaël Delafosse, confortée Montpellier en tant que « ville universitaire internationale » et ce « dans un contexte de durcissement des politiques migratoires et de remise en cause des droits des étrangers dans le monde ».

    « Réseau nîmois de réussite solidaire »

    À Nîmes, la liste conduite par Vincent Bouget a conçu le programme avec les intéressés et les habitants. Pour le collectif Nîmes en commun, « la réussite des jeunes est l’affaire de tous ». L’engagement pris est de réunir « chaque année des centaines de jeunes, un collectif de parents, de responsables d’associations, d’entreprises et de services de la Ville ». Dans son programme, Nîmes en commun précise que « ce réseau nîmois de réussite solidaire suivra personnellement les jeunes de la ville jusqu’à ce que chacun ait trouvé sa voie ». Et d’expliciter cette volonté politique en ces termes : « Ensemble, nous lutterons contre toutes les formes d’autocensure, de discriminations et libérerons les ambitions et potentiels de la jeunesse ».

    Dans l’enquête menée par le collectif pendant un an et demi auprès des Nîmois, 49% font de l’éducation et de la jeunesse la priorité, tous quartiers et générations confondus.

  • Le plan mobilités de « Nîmes en commun »

    Le plan mobilités de « Nîmes en commun »

    Au cœur de son projet municipal, Nîmes en commun fait des mobilités un levier central de justice sociale, de pouvoir d’achat et de transition écologique. La première mesure phare concerne la gratuité immédiate des transports scolaires, afin de mettre fin à une inégalité territoriale : à Nîmes, les familles paient encore quand la Région, ailleurs, prend en charge les déplacements des élèves. La liste conduite par Bouget propose également la gratuité pour les personnes en situation de précarité, le maintien de celle existante pour les plus de 70 ans, ainsi qu’un demi-tarif pour les retraités de moins de 70 ans. À cela s’ajoute une gratuité par l’usage, progressive, avec des trajets offerts après un certain nombre de voyages, pour encourager l’utilisation régulière du réseau.

    Des transports accessibles, fréquents et sécurisés

    Sur l’offre de transport, la liste défend un renforcement des fréquences et des amplitudes horaires, notamment tôt le matin et tard le soir, pour répondre aux besoins des salariés aux horaires décalés. Tous les quartiers doivent bénéficier du même niveau de desserte, avec une attention particulière portée à la mobilité des femmes le soir et à la desserte des équipements publics, comme l’hôpital ou les zones d’activité. Autre pilier du programme : un plan vélo ambitieux, avec la création d’environ 50 km de pistes cyclables supplémentaires sur le mandat. L’enjeu n’est pas seulement d’augmenter le linéaire, insiste Nîmes en commun, mais de garantir la continuité, la lisibilité et la sécurité des itinéraires en reliant les quartiers, les établissements scolaires, les pôles d’emploi et les gares. Des stationnements sécurisés et un accompagnement à la pratique, notamment pour les jeunes et les seniors, sont également prévus.

    Enfin, sans opposer les modes de transport, la liste propose un plan pluriannuel d’investissement sur la voirie, partagé avec les habitants et les comités de quartier. Objectif : sécuriser les déplacements, améliorer l’état des routes et des trottoirs, désengorger les axes saturés et offrir de véritables alternatives à la voiture individuelle pour celles et ceux qui n’en ont pas aujourd’hui.

  • La députée européenne Chloé Ridel avec Nîmes en commun

    La députée européenne Chloé Ridel avec Nîmes en commun

    Elle avait prévenu ne pas vouloir laisser Nîmes à l’extrême droite. Après avoir ouvert sa permanence d’eurodéputée dans la préfecture du Gard et occupé le terrain à chaque cérémonie officielle où elle est disponible, Chloé Ridel a décidé de s’engager sur la liste de Vincent Bouget. « Je voulais marquer mon soutien politique pour une démarche exemplaire, une démarche d’union de la gauche hors LFI mais surtout une démarche avec une campagne construite avec les Nîmois. Il y a eu des dizaines de réunions publiques organisées depuis un an. Un questionnaire largement partagé et à la fin un programme coconstruit avec les habitants. La dynamique que l’on voit aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard », explique-t-elle.

    Donnée favorite par les sondages, la liste « Nîmes en commun » est en effet jugée aujourd’hui comme l’alternative la plus crédible après vingt ans de gestion par la droite. Un soutien populaire que la socialiste a ressenti lors des tractages effectués avec Vincent Bouget ces derniers jours : « On sent un vrai désir d’alternance. L’élection à Nîmes sera très regardée au niveau national. Dès que Nîmes en commun organise une réunion, il y a plusieurs centaines de personnes. Il y a aussi des signaux favorables des milieux économiques. On entend souvent des critiques sur le retour de la gauche qui produirait des catastrophes mais ce n’est pas le retour des milieux économiques que j’ai rencontrés. L’ambition de réunir la ville, qui est profondément balkanisée en quartiers, est aussi un message qui porte ».

    Être le lien avec l’UE

    Pour cette élection municipale, la députée européenne retrouve un visage connu du Parlement européen avec Julien Sanchez (RN) qui avait organisé son exfiltration de Beaucaire en rejoignant la liste de Jordan Bardella pour les dernières élections européennes. Et comme au Parlement européen, Chloé Ridel constate à Nîmes une porosité de plus en plus évidente entre la droite dite républicaine et l’extrême droite : « Au Parlement européen je vois que les groupes de M. Sanchez et M. Proust votent main dans la main. Cette fusion est aussi en cours à Nîmes. Il y a une guerre des clans à droite et des personnes qui étaient avec M. Fournier partent avec M. Sanchez. On voit bien la confusion. Je ne veux pas ça pour ma ville parce que cette union des droites se fait sur un logiciel idéologique extrémiste qui prône l’exclusion et défend les grandes entreprises et pas leurs salariés ».

    Dans ce contexte, l’eurodéputée espère être élue pour « faire le lien entre l’Union européenne et Nîmes » à travers « le financement des fonds européens et le soutien à l’activité économique ». « L’UE fait plein de choses pour notre ville mais elle pourrait faire beaucoup plus. Elle finance pour 7 millions d’euros de projets à Nîmes comme les pistes cyclables, le soutien à des TPE et PME, l’adaptation d’écoles au réchauffement climatique. Mais on peut aller en chercher encore plus », soutient Chloé Ridel.

  • [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    Françoise Verna : Est-ce que la crise politique nationale va peser dans l’issue de ces municipales ?

    Emmanuel Négrier : Oui et non. Oui dans le sens où c’est une élection extrêmement suivie au sein de laquelle les problématiques de gestion municipale, les programmes, passent souvent au second plan au profit des options en faveur ou contre tel ou tel. Derrière cela, il y a des mécontentements qui dépassent largement la sphère de la gestion municipale. Cela est d’autant plus vrai que les communes sont grandes. La nationalisation de la vie politique, même si elle est limitée, a plus de prises dans les grandes villes. On le voit à Montpellier où l’élection est riche en argumentations qui font par exemple de Michaël Delafosse le suppôt du macronisme pour ses adversaires. Il peut y avoir une sorte d’élection intermédiaire qui sanctionne ceux qu’on estime être au pouvoir. Nuance de taille, c’est aussi à l’échelle des grandes villes que le RN est le plus handicapé. Cette expression-là ne trouve pas forcément sa place.

    F.V. : Un mot à ajouter, Julien Audemard ?

    Julien Audemard : Il faut faire une distinction nette entre la vie politique dans les grandes villes et celle des plus petites communes, relativement dépolitisées. Le poids de la compétition nationale peut jouer dans les grandes villes. Mais qui doit-on sanctionner ? Quels édiles appartiennent au camp de la majorité présidentielle ? Très peu.

    Rémy Cougnenc : Plus personne ne se revendique du macronisme. On a d’autant plus de mal à imaginer une vague de dégagisme qu’il existe la fameuse prime au sortant…

    E.N. : Son enracinement local étant faible, le macronisme a tendance à partir avec la droite plutôt que seul. La prime au sortant est liée à ce capital d’enracinement. La gestion municipale produit certes des mécontents, le maire est à portée de baffes mais produit aussi beaucoup d’intérêt. Une élection municipale peut être vue comme la transformation, la transsubstantiation provisoire d’un capital culturel, social et économique en capital politique. Les affaires municipales remuent cet ensemble d’intérêt. Il n’est pas illogique que le sortant, au centre, bénéficie d’une prime d’autant plus importante que le scrutin est de liste.

    F.V. : Le RN crédité de gros scores à Nîmes peut-il avoir des accointances au 2nd tour avec la droite divisée ? Le niveau du RN est-il le reflet de son ancrage, a-t-il franchi un palier ?

    E.N. : Nîmes c’est très intéressant car n’étant pas une grande métropole, sa capacité de résistance au RN y est sans doute plus faible. Mais c’est une ville avec des quartiers populaires sensibles où le RN pénètre difficilement. Une ville moyenne dans une situation d’usure de la droite et de division des héritiers, circonstance qui, on l’a vu à Beaucaire, Béziers ou Perpignan, produit mécaniquement un appel d’air en faveur du RN. Ceci dit on a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union [derrière Vincent Bouget, Ndlr] où LFI pèse relativement peu. Cela donne une conjoncture ouverte. Je ne parierais pas sur une capacité d’union des droites. On ne voit pas très bien l’intérêt de Julien Plantier de servir de marchepied à Franck Proust, encore moins en faveur du RN. À Nîmes, le second tour sera sans doute un peu flamenco plutôt favorable aux forces de gauche même si elles sont minoritaires dans le Gard.

    Olivier Nottale : Cette union des droites qui irait jusqu’au RN n’est-elle qu’un fantasme ?

    J.A. : À l’heure actuelle, il n’y a pas d’accord au niveau national à part Éric Ciotti mais on est moins sur une union des droites qui irait du centre droit au RN. Localement c’est aussi le cas. Les édiles de droite savent ce qu’ils ont à perdre avec ce type d’alliances. Le RN lui-même y a-t-il intérêt ? Dans le Gard, les députés du RN s’engagent assez peu dans la bataille.

    F.V. : Michaël Delafosse est haut dans les sondages. Est-ce plié à Montpellier ?

    J.A. : Il ne faut jamais dire jamais en politique avec des principes d’alliances à géométrie variable. Ceci dit, à Montpellier, les équilibres politiques et sociologiques sont assez favorables à Michaël Delafosse. J’ai du mal à imaginer un scénario où au 2e tour LFI arriverait à agréger les déçus de M. Delafosse, qui ne sont pas tous de gauche comme l’électorat d’Altrad ou Gaillard. Sur quelle base iraient-ils sur une liste de la France Insoumise ? Les alliances étranges qu’on a vues il y a 6 ans à Montpellier [Alenka Doulain et Rémi Gaillard derrière Mohed Altrad, Ndlr] n’ont pas eu beaucoup de réussite. Cette expérience malheureuse a pu laisser des traces.

    F.V. : Pourquoi la liste écologiste de Jean-Louis Roumégas est-elle en perdition ?

    E.N. : La division chez les écologistes est un sport national. À Montpellier, elle est même paroxystique. Dès que quelqu’un a une stratégie autonome, il y en a toujours un pour développer la stratégie opposée. Résultat : on a des écologistes un peu partout. Quant aux électeurs, certains se retrouvent assez bien dans l’écologie politique défendue par M. Delafosse : transports en commun gratuits, pistes cyclables, 50 000 arbres plantés… Un bilan qui peut revendiquer, non sans critique, une certaine accroche avec l’écologie politique. D’autres vont considérer au contraire que son bilan est celui d’une artificialisation accrue des sols, d’un traitement des déchets problématique, d’un contournement routier…

    F.V. : La gauche est souvent divisée mais on voit des alliances comme à Grabels ou Alès, y compris entre PCF et LFI…

    E.N. : L’élection municipale provoque un rapport au bien commun de proximité, aux intérêts des gens. Les maires Insoumis sont peu nombreux et tournent le dos à une partie du programme national de LFI, comme René Revol à Grabels. Cela reflète des besoins qui s’expriment, par exemple, sur la vidéosurveillance. Il y a des formes d’atténuation par le fait d’être embarqué dans le même bateau sur les mêmes enjeux de service public. Localement, les différences tendances à gauche peuvent trouver un avantage à rester ensemble plutôt qu’à laisser la place à la droite.

    O.N. : Julien, qu’en pensez-vous ?

    J.A. : À Grabels, René Revol est un maire sortant, son intérêt est de préserver des équilibres, de rassembler, pour conserver une majorité large avec une politique du compromis. À Alès, LFI est alliée avec le PCF mais pas avec le PS [derrière Basile Imbert, Ndlr]. On retombe sur des formes de programme plus disruptives. La proposition de LFI (dans la liste du communiste Paul Planque) de réduire la vidéosurveillance, a fait polémique alors qu’Alès est confrontée au narcotrafic. Cela s’explique parce que cette liste est dans une logique d’opposition à une majorité de droite sortante.

    R.C. : Les Républicains pourraient perdre Nîmes, leur plus grande ville française. Dans l’Hérault, c’est compliqué à Sète ou Agde avec des maires pris dans des affaires qui sont partis. La droite n’est-elle pas celle qui a le plus à perdre ?

    E.N. : C’est tout à fait juste. Dans l’océan de stabilité dans lequel nous nageons, il y a des situations dans lesquelles il y a un danger plus grand pour les sortants, surtout quand ils ne sont plus vraiment là. À Agde ou Sète, les successions n’ont pas été préparées, c’est une situation de fragilisation de la droite, de même que l’usure du pouvoir. C’était aussi la trajectoire biterroise en 2014 [Robert Ménard après l’UMP Raymond Couderc, Ndlr] qui s’est confirmée en 2020. Toutefois, on a l’impression dans l’Hérault que la gauche reste hégémonique. Or, c’est loin d’être le cas. Si on regarde les 166 communes de plus d’un millier d’habitants, on a en moyenne 2,3 listes présentées en 2020, score faible en période Covid. Sur ces communes le rapport de force n’est pas si favorable que ça à la gauche, à peine plus de 50%. La droite a de beaux restes, elle dirige environ 36% de la population dans l’Hérault. L’impression qui domine est celle d’un département qui se droitise, à l’image du Crès ou de Clermont-l’Hérault en 2020. Dans l’autre sens, il y a eu Pézenas passée à gauche ou Saint-Jean-de-Védas ou Juvignac dans d’autres circonstances. On a en tête que le conflit majeur est en la droite et la gauche. Mais ces confrontations en 2020 ne concernaient que 18% des situations.

    R.C. : On voit fleurir des listes sans étiquette, apolitiques, avec des noms de listes – « Mon parti c’est Lunel » – qui ne disent rien des idées. Cela traduit-il la crise des partis politiques ?

    E.N. : Cela traduit un déficit total d’enracinement des partis politiques et la montée en puissance d’une réflexion sur le bien commun qui ne s’embarrasse plus d’une logique de programme de partis. Vous pouvez avoir des appareillements locaux de gauche et de droite sur une philosophie. Ça a commencé aux élections départementales 2021 avec des binômes gauche/droite. Ça continue à Lunel ou Mauguio.

    F.V. : Si l’Hérault se droitise, est-ce dû à la prégnance des idées d’extrême droite ?

    J.A. : Je répondrais plutôt par la négative. On observe la droitisation de certaines petites villes par des maires plutôt divers droite ou de centre droit. On n’a pas de raz-de-marée extrême droitier en la matière.

    F.V. : Le RN porte un discours d’étape vers 2027, comme s’il enjambait ces municipales ?

    E.N. : Le RN a besoin de villes fortes, notamment en vue des sénatoriales de septembre 2026. Va-t-il y arriver ? Je suis circonspect là-dessus. Dans la région, les situations où le RN est en capacité de l’emporter sont toujours ultra-spécifiques, Agde étant l’un des cas typiques avec une explosion des candidatures à droite, une atmosphère générale de trahison du camp des sortants. Il faut rester prudent. Le RN, on ne l’aime jamais tant que quand l’élection est très lointaine. Il gagne aux européennes, il gagne des galons à la Présidentielle, aux législatives, ils ont désormais des députés mais aux élections locales…. Pouvez-vous faire une campagne politisée sur les idées du RN dans une commune de 500 habitants ?

    J.A. : Les thèmes développés par le RN ne sont pas forcément ceux relevant des compétences des maires. Certes l’ancrage du RN a progressé dans les circonscriptions mais faut-il qu’il soit capitalisé politiquement dans les communes. Ce n’est pas si simple, on le voit dans le Gard. Un plafond de verre ? Peut-être mais en réalité, la difficulté qu’a le RN à gagner des grandes villes LFI l’a aussi et dans une moindre mesure les Verts l’ont aussi, même s’ils ont réussi à en conquérir quelques-unes.

    R.C. : À Montpellier, J.-L. Mélenchon a obtenu 40% à la Présidentielle 2022. La candidate LFI Nathalie Oziol, certes en 2e position, n’est créditée que de 16%…

    J.A. : La logique de vote n’est pas la même. J.-L. Mélenchon a bénéficié d’une logique de vote utile, la candidate du PS [Anne Hidalgo, Ndlr] étant créditée d’un score très faible. Cette mécanique du vote utile ne fonctionne plus dans une ville avec une municipalité de gauche en place avec un bilan à défendre, qui a des relais sur le terrain qui peuvent faire concurrence à LFI. Les 16% de N. Oziol sont le cœur de cible de LFI.

    R.C. : M. Delafosse avait mis la ville en travaux – pari osé qui avait créé du mécontentement en ville – et les a quasiment achevés. Son pari est-il gagné ? Sa réélection tiendra-t-elle à cela ?

    E.N. : Si on estime que dans la ville de gauche que reste Montpellier, la compétition principale est entre la gauche socialiste centriste et la gauche mélenchoniste, alors il faut regarder la participation pour comprendre le mystère. Mélenchon fait 40% à Montpellier à la Présidentielle avec le bureau qui participe le moins (Heidelberg) vote à 70%. Aux municipales 2020 qui étaient particulières, ce bureau a voté à 18%. Ce n’est même pas une question de bilan, de réussite. Cela passe au-dessus d’une grande partie des électeurs. La prime au sortant joue aussi dans le quartier de la Paillade. Le sortant a toujours été en tête, y compris J.-P. Moure en 2014 et P. Saurel en 2020.

    R.C. : Depuis la mort de Georges Frêche en 2010 sans désigner d’héritier politique, Montpellier a connu 3 maires différents. Si M. Delafosse est réélu, Montpellier aura-t-elle trouvé son chemin. Est-ce la fin de cette instabilité politique à gauche ?

    J.A. : Je ferais une analyse différente. Le vrai vote disruptif est celui de 2014 [victoire du dissident Philippe Saurel contre le PS, Ndlr]. L’élection en 2020 de M. Delafosse peut aussi être vue comme un retour à la normale, au vieux réseau socialiste qui avait détenu la ville depuis 40 ans. Ces réseaux ont semble-t-il survécu au décès de Georges Frêche. Une réélection de M. Delafosse serait une nouvelle forme de pérennisation mais dans la continuité après l’alternance de 2014 dans un contexte de rejet de François Hollande et avec un candidat PS [Jean-Pierre Moure, Ndlr] qui n’était pas le maire sortant, avec moins de notoriété.

    F.V. : Le taux de participation en 2020 était très faible avec le Covid. Un regain de participation est-il attendu ou l’abstention est-elle structurelle ?

    E.N. : La participation aux élections dépend de la taille de la commune. Celles de moins de 1 000 habitants votent à 80%, celles de plus de 3 500 habitants à environ aux deux tiers. La participation dans les grandes villes dépend des formes de mobilisation relativement nouvelles de listes municipalistes, citoyennes, de quartiers… Notamment avec LFI qui a fait de la remobilisation des quartiers populaires un enjeu fort. En ce sens, on peut s’attendre à une participation plus élevée comme on l’a aussi observé avec surprise aux européennes. Je ne jurerais pas que les gens se détournent des municipales en raison de la crise, ou parce qu’ils se détourneraient de la politique, je ne crois pas.

    R.C. : Les citoyens aiment aller voter pour leur maire…

    J.A. : 60% des Français déclarent encore avoir confiance en leur maire. Beaucoup d’élus aimeraient avoir ce taux de confiance là. Sur la participation, structurellement c’est plutôt l’abstention qui prévaut, y compris pour les municipales ou la Présidentielle. Ceci dit, la séquence de 2024 avec les législatives anticipées et un scénario dramatisé, a plutôt témoigné d’un regain de participation. Ce sont deux dynamiques a priori contradictoires qu’il sera intéressant d’observer.

    F.V. : Marseille comme Lyon et Paris, change de mode de scrutin. Le RN est au coude-à-coude avec la gauche. Y a-t-il un risque ?

    E.N. : Le changement de mode de scrutin globalise la compétition à l’échelle de la ville et la rapproche d’une logique nationale. Marseille devient un spot de compétition pour les partis. On ne vote pas seulement pour Marseille mais pour des écuries. Plus la ville est importante plus c’est le cas. La sociologie de gentrification de Marseille n’est pas du tout comparable à celle de Paris. Marseille est une ville où la pauvreté est extrêmement élevée avec la force que cela donne à LFI ou à la gauche en général. Mais dans les bureaux proches des quartiers populaires, cela génère aussi un vote de peur lié à la sensibilité aux arguments de grand remplacement, à une forme de racisme et donc de vote RN assez élevé par rapport à la droite. Laquelle a connu une longue phase d’hégémonie [avec Jean-Claude Gaudin, Ndlr] avant de sombrer dans le déclin. C’est très difficile pour Martine Vassal de représenter une droite qui laverait plus blanc.

    R.C. : Pourquoi le RN qui présente un candidat contre. Ménard à Béziers ne semble pas en mesure de l’inquiéter ?

    E.N. : Les gens ne votent pas en vertu des mêmes motivations d’un scrutin à l’autre. Il peut y avoir un attachement particulier à celui qui par le passé a été soutenu par le RN et a appelé à voter pour Marine Pen aux deux Présidentielles. Ménard est crédité d’une forme de représentation de la culture biterroise.

    « On a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union »

    « La participation aux élections dépend de la taille de la commune »

  • Transports : Vincent Bouget veut « réunir la ville » de Nîmes par les mobilités

    Transports : Vincent Bouget veut « réunir la ville » de Nîmes par les mobilités

    Lieu hautement symbolique, la gare de Nîmes, avenue Feuchères. C’est ici, au carrefour des trains, des bus, des vélos et des piétons, que la liste « Nîmes en commun » a choisi de poser l’un des marqueurs forts de sa campagne municipale : faire des mobilités un droit effectif pour toutes et tous.

    Entouré de Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie en charge des transports et de Julie Frêche, vice-présidente de Montpellier Méditerranée Métropole déléguée aux mobilités, Vincent Bouget a dressé un constat sévère de la situation nîmoise. Retards accumulés, inégalités territoriales, dépendance persistante à la voiture : pour le candidat de l’union de la gauche (hors LFI), la majorité sortante « a péché sur les transports comme sur d’autres grands dossiers structurants ».

    À Nîmes, la mobilité reste aujourd’hui un facteur d’exclusion. Fréquences insuffisantes, horaires inadaptés aux travailleurs précaires, dessertes inégales entre quartiers, coût du transport scolaire… Autant de freins quotidiens qui enferment une partie de la population dans une forme « d’assignation à résidence ». « Se déplacer, ce n’est pas technique, c’est social, écologique et quotidien », martèle Vincent Bouget, rappelant que la mobilité conditionne l’accès à l’emploi, aux études, aux soins et à la vie sociale. Face à ce diagnostic, Nîmes en commun assume une rupture politique : replacer le service public de transport au cœur du projet municipal et communautaire. Gratuité ciblée, renforcement de l’offre, plan vélo structurant, voirie sécurisée pour les piétons : l’objectif affiché est clair, réduire la dépendance à la voiture sans opposer les usages.

    Nîmes à l’échelle régionale

    Pour Nîmes en commun, l’enjeu est aussi territorial. Troisième ville d’Occitanie, Nîmes ne peut plus penser ses transports en vase clos. La présence de Julie Frêche illustre cette volonté de décloisonnement. À Montpellier, la gratuité des transports en commun et le développement massif des mobilités actives ont profondément transformé les usages. « Les mobilités sont un outil de cohésion sociale, de pouvoir d’achat et de transition écologique », souligne l’élue montpelliéraine, plaidant pour une coopération renforcée entre les deux agglomérations. Rail du quotidien, liaisons ferroviaires plus fréquentes, complémentarité plutôt que concurrence entre équipements structurants : pour elle, Nîmes doit pleinement s’inscrire dans une dynamique métropolitaine élargie.

    Même message du côté de Jean-Luc Gibelin, pour qui la question dépasse largement les frontières communales. La Région Occitanie a fait du train une priorité, avec la gratuité d’usage pour les jeunes, le train à 1 euro, l’augmentation significative des fréquences et la réouverture de certaines lignes. Résultat : la fréquentation est passée de 60 000 à près de 100 000 voyageurs quotidiens. « Nîmes mérite un engagement total de tous ses partenaires », affirme-t-il, appelant à une meilleure articulation entre bus urbains, cars régionaux, vélo et ferroviaire, notamment autour de pôles stratégiques comme la gare centre ou celle de Saint-Césaire.

    Au-delà des annonces, la séquence de la gare Feuchères vise aussi à crédibiliser un projet municipal fondé sur la coopération : avec la Région, avec Montpellier, mais aussi à l’échelle de l’agglomération nîmoise, dont le fonctionnement actuel est régulièrement pointé comme un frein. Pour Vincent Bouget, l’enjeu est clair : « partager les ambitions, accepter les contraintes et agir ensemble » afin de garantir une mobilité équitable, lisible et accessible. En somme, faire des mobilités un service public central, au service de l’unité de la ville, de la justice sociale et de la transition écologique.

  • L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    L’affaire des stades nîmois révèle la dérive des droites

    Salle comble, hommages, puis retour brutal au réel : pour le dernier conseil municipal de Jean-Paul Fournier, samedi, le feuilleton des stades a englouti l’émotion. Au cœur des échanges, la Ville a acté le rachat du stade provisoire des Antonins et du centre d’entraînement de la Bastide, pour près de 9,50 M au prix des Domaines. Une opération présentée par la majorité comme vitale pour « sauver le club », et devenue, à un mois des municipales, un marqueur politique explosif.

    Dans l’hémicycle, Vincent Bouget (Nîmes citoyenne à gauche) a choisi de ne pas prendre part au vote, mais pas de se taire. Il a rappelé ce qu’il décrit comme la facture d’une séquence entamée par la vente des Costières à Rani Assaf : « Voici donc l’addition, la douloureuse : 9,5 ME. C’est le prix du départ de Rani Assaf, le prix des erreurs accumulées, le prix que les Nîmois doivent payer. » Et de dénoncer un achat « contraint » : un stade « conçu comme provisoire, sans parkings, difficile d’accès », à l’issue incertaine au-delà de 2032. Sur la Bastide, il épingle une mécanique à rebours : des équipements déjà financés par la collectivité, revendus puis rachetés plus cher. À ses yeux, l’affaire dit moins une stratégie qu’une perte de maîtrise : « Sortir le chéquier des Nîmois n’est pas une stratégie. »

    Indignation sur commande

    La droite nîmoise, elle, tente de retourner l’argument. Franck Proust, premier adjoint et candidat LR-UDI-Horizons, assume une ligne : l’achat « se débarrasse » d’Assaf et dote la ville d’un stade réutilisable « pour tous les clubs », dans une ville qui « manque de terrains, de gymnases ». Dans la campagne, il promet désormais un référendum sur l’avenir des Costières, dès 2027 : « Je vais demander aux Nîmois de choisir », tout en affirmant « ne pas occulter l’avenir des Costières ». Problème : pour l’opposition, ce volontarisme tardif ressemble à une reconquête narrative, afin de faire oublier que la majorité a longtemps porté le dossier avant de le subir.

    Le conseil a surtout mis à nu l’état de décomposition des droites locales. Julien Plantier, ancien premier adjoint devenu rival, annonce l’abstention de son groupe et attaque : « Ne cédez pas au chantage de Rani Assaf, ne gaspillez pas l’argent des Nîmois. » Dans le même souffle, il dit « assumer pleinement » les décisions de l’époque. Plantier propose sa propre sortie par le haut : rénover les Costières (trois tribunes, pôle économique ou médical côté ouest), quand Proust défend les quatre tribunes ou ouvre la porte à la démolition/reconstruction. Même diagnostic : le dossier est devenu un boulet, mais rivalités, calendriers et montages opposés. La droite sortante se contredit en direct.

    Dans cette crise, le RN avance en terrain découvert. Au conseil municipal, ses élus ont soutenu certaines délibérations mais calculent pour capitaliser sur la colère fiscale et le ressentiment. Dans la campagne, sa tête de liste Julien Sanchez, parachuté à Nîmes, se présente comme le « meilleur candidat » parce qu’il a « déjà dirigé une ville », et martèle en substance que le RN « gouvernera Nîmes, et demain la France ». Une fanfaronnade qui prospère sur un décor familier : droite éclatée, succession mal verrouillée, affaire des stades transformée en symbole de fin de règne. Reste une question, au-delà des tribunes et des plans 3D : qui paiera l’addition politique d’un dossier où ceux qui prétendent « réparer » sont aussi ceux qui ont allumé l’incendie ?