Tag: Théâtre

  • À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    Mise en scène par Michel André, fondateur du Théâtre de la Cité, espace théâtral situé sur la rue Edmond-Rostand qui porte la Biennale des écritures du réel, la lecture performée Les nouveaux anciens ouvre cette manifestation mercredi 18 mars. Guidée par Tiodhilde Fernagu, autour d’un texte de Kae Tempest, une balade enivrée de poésie qui appelle à « trouver les héros de notre quotidien », résume Magda Bacha.

    L’augure de ce festival de 75 propositions en tous genres qui, comme le souligne sa directrice adjointe, explore pour sa 8e édition « la thématique de l’oubli. En faisant ce choix, on part de nos histoires intimes, de nos creux, manques et pertes pour essayer de réinventer le réel ». De petites histoires qui s’inscrivent dans la grande, il sera beaucoup question au cours de la programmation. « Pour dépasser un état de sidération. » Un credo trouvant ses premières illustrations avec Minga de una casa en ruinas du colectivo Cuerpo Sur au Théâtre Joliette, « qui fait écho au retour au pouvoir de l’extrême droite et de José Antonio Kast au Chili », contextualise-t-elle. La dramaturge Ebana Garin Coronel y « raconte l’exil de sa mère qui avait dû fuir la dictature de Pinochet et montre comment se reconstruire quand on est obligé de tout quitter ».

    Liban, Rwanda, Arménie…

    La guerre civile au Liban (1975-90) occupera aussi l’esprit de plusieurs spectacles, parmi lesquels Silence, ça tourne, autour du massacre du camp palestinien de Tel al-Zaatar, « commis par des milices phalangistes chrétiennes ». Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes « entrelacent les voix » d’une infirmière suédoise rescapée de ce charnier, « d’un médecin palestinien dont elle tombe amoureuse et d’un journaliste qui veut raconter son histoire », précise Magda Bacha. Alors que les crimes de guerre et génocides ne cessent pas de nos jours, la Biennale réparera également l’oubli de deux autres crimes contre l’humanité : le génocide rwandais, à travers Hewa Rwanda, lettre aux absents, à la Friche Belle de Mai, d’après un récit écrit et incarné par Dorcy Rugamba qui « pose la question de la résilience et de la foi quand l’irréparable a été commis ». Mais aussi le génocide arménien, encore et toujours nié par le pouvoir fasciste en Turquie, dont les atrocités trouveront une résonance avec les lectures performées de Pieds nus et Au bord de l’effacement, sur les pas d’exilés arméniens dans l’entre-deux-guerres, lors d’une soirée aux Archives départementales.

    Réel ancré dans la ville

    « La Biennale veut redonner de la visibilité à des choses qui ont moins de place et enrayer le spectacle de la cruauté, comme l’écrit l’anthropologue Chowra Makaremi », situe Magda Bacha, qui pointe également des journées de « créations partagées et journées festives, le 25 avril dans les centres sociaux Del Rio et des Musardises », à la Viste et Consolat, puis le 3 mai à la Maison des arts de Marseille, sur les lieux de l’ancien Théâtre Toursky.

    Outre sa vitrine festivalière, la Biennale des écritures du réel participe tout au long de l’année à la formation de troupes de jeunes et d’adultes « n’ayant jamais fait de pratiques artistiques. Le thème de l’oubli est venu de nos discussions avec elles. Les écritures du réel ont une utilité sociale », affirme la directrice adjointe de la manifestation. Parmi les nombreuses propositions de la Biennale, le centre social Saint-Mauront accueillera aussi le spectacle de Julien Gallix, J’oublie tout, référence au titre emblématique du rappeur Jul, pour parler des identités actuelles de la jeunesse.

  • [Théâtre] Un nouveau biopic pour raconter Simone Veil

    [Théâtre] Un nouveau biopic pour raconter Simone Veil

    Avec Il y a en elle comme un secret – Biopic de Simone Veil, dont la première se tient samedi 7 mars à Aix-en-Provence, la compagnie aixoise la Tête dans les nuages propose bien plus qu’un portrait chronologique. Le spectacle invite à un pas de côté : raconter Simone Veil à travers le regard de son amie, la cinéaste et écrivaine Marceline Loridan-Ivens. L’objectif ? « Pouvoir découvrir des aspects de la vie de Simone Veil de manière originale, à partir de l’histoire de deux femmes très différentes mais qui ont un parcours de vie les ayant rendues très intimes », explique Magali Zucco, metteur en scène et comédienne dans la pièce.

    La nuit du 30 juin 2017 sert de point de départ. Ce soir-là, Marceline reçoit un appel. Jean Veil lui demande d’écrire le discours d’adieu de sa mère, qui vient de les quitter. Alors, au fil des mots, les souvenirs affluent : leur rencontre lors de leur déportation à Auschwitz à quinze et seize ans, l’amitié forgée dans l’indicible puis dans l’impossible retour, les chemins de vie qui ont continué à se croiser. Ce choix narratif donne au spectacle une vibration particulière : la mémoire n’est pas figée, elle émerge de plusieurs voix, se reconstruit et se transmet. De cette façon, « la pièce laisse entrevoir une Simone Veil très humaine », continue Magali Zucco.

    Une vie de luttes

    En filigrane, les combats de Simone Veil apparaissent avec d’autant plus de force. La loi sur l’avortement bien sûr, mais aussi sa bataille pour la parité et l’égalité salariale au travail, l’amélioration des conditions de détention ou encore la protection des malades du Sida. Pour Magali Zucco, le spectacle vise à « faire passer par le texte, par les corps, par l’image et par le son l’expérience d’une femme qui a fait de la dignité humaine le fer de lance de ses luttes ». À partir d’un long travail documentaire, les quatre comédiennes jouent avec les formes et les styles – théâtre, danse, chant, musique, vidéo et ombres chinoises – pour construire la pièce. Un hommage délicat et politique, qui interroge ce qu’il faut continuer à défendre et ce qu’il reste à gagner aujourd’hui.

    Samedi 7 mars, 20h. Repère Jeunesse d’Aix. 8€/12€

  • [Théâtre] « Le petit chaperon rouge » trace son chemin à Marseille

    [Théâtre] « Le petit chaperon rouge » trace son chemin à Marseille

    Avant de s’attaquer à des contes populaires tels que Pinocchio ou Cendrillon dans les années 2010, Joël Pommerat s’était emparé en 2004 du Petit Chaperon rouge.

    « Je voulais parler d’aujourd’hui à des enfants d’aujourd’hui. Raconter à nouveau, le plus simplement et le plus concrètement possible, l’histoire de cette petite fille qui part de chez sa mère pour se rendre chez sa grand-mère et qui rencontre un loup », rappelle-t-il à propos de ce récit auparavant popularisé par les frères Grimm ou encore Charles Perrault, qui prend ses quartiers du jeudi 12 au dimanche 15 mars, au Théâtre de La Criée.

    « Le désir et la peur de grandir »

    Les comédiens Rodolphe Martin, Murielle Martinelli et Isabelle Rivoal incarnent les rôles principaux de ce conte qui prend les enfants au sérieux à travers des évocations du quotidien et des ambiguïtés qui en découlent parfois. « Le passage d’une génération à l’autre, le désir et la peur de grandir, la solitude, la rencontre, sans que ces questions ne soient jamais abordées directement par les personnages, c’est cela qui, je crois, rend cette histoire si envoûtante pour les enfants et les adultes », estime Joël Pommerat. Un spectacle et une trame éclairés par un jeu de lumières et une création sonore immergeant petits et grands dans une quête initiatique qui ne dit pas son nom.

    Jeudi 12 mars à 19h, samedi 14 mars à 11h et 18h et dimanche 15 mars à 16h. Entre 6 et 14 euros. www.theatre-lacriee.com

  • « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    Quadragénaire employée dans la poissonnerie d’un supermarché depuis des lustres, Mme Afarensis est harassée et humiliée par la tâche. Voilà qu’un matin, son patron « la traite de Cro-Magnon ». Cette goutte d’eau fait déborder le vase de son conditionnement et la propulse ainsi « dans une faille spatiotemporelle qui la fait reculer dans le temps ». Le point de départ de Specimen, création fantastique et marionnettique qui déploie son fil mardi 10 et mercredi 11 mars au Théâtre Joliette. « Elle va avoir des visions. Lui apparaissent des motifs qui ont à voir avec l’évolution de la vie. Elle va reculer dans toutes ses strates jusqu’à la première bactérie qui serait apparue dans un océan il y a des milliards d’années », pose sa metteure en scène et conceptrice, Emilie Flacher.

    Préhistoires

    Appuyant son squelette sur ce texte écrit par Gwendoline Soublin, Specimen fait jaillir ces « visions » à travers des marionnettes à long fil manipulées à distance. Des spectres fantastiques qui stratifient les vies actuelles et passées de Mme Afarensis grâce à quatre acteurs marionnettistes et leur maestro. « On utilise les possibilités du théâtre de marionnettes pour ouvrir les imaginaires et traiter des liens qui existent entre les vivants passés, présents et futurs », développe Emilie Flacher à propos de cette fiction aussi bien poétique et biologique qui explore nos préhistoires pour éclairer l’avenir.

    Mardi 10 mars à 19h et mercredi 11 mars à 18h. Entre 3 et 22 euros. www.theatrejoliette.fr

  • Les travailleurs de la culture mettent la pression au Medef

    Les travailleurs de la culture mettent la pression au Medef

    La banderole qui trône habituellement devant les locaux de l’Union pour les entreprises 13 (UPE13), déclinaison locale du Medef, « Plus que jamais les entreprises ont besoin de nous » a été remplacée par « le Medef tue la culture » lors d’une action coup de poing, ce mercredi matin à Marseille.

    Cette dernière a été menée par plusieurs syndicats et collectifs de travailleurs du monde de la culture et intermittents du spectacle, réunis sous la bannière de « l’assemblée générale culture 13 », qui ont momentanément occupé « la place des entreprises ». Une manière de mettre la pression sur les organisations patronales pour le dernier round de négociations autour de l’assurance chômage qui se déroulait au même moment à Paris au siège de l’Unédic, l’organisme en charge de ladite assurance. Des négociations durant lesquelles Medef, CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) et U2P (Union des entreprises de proximité) ont fait une proposition qui ne passe vraiment pas pour les petites mains de la culture : « L’augmentation de 50 heures par an du nombre d’heures minimum pour ouvrir le droit à l’indemnisation au titre de l’intermittence », comme le résume Maria, comédienne de théâtre à Marseille. Concrètement, ils devront travailler plus pour une indemnisation similaire : « C’est déjà compliqué d’en faire 507, alors 557 n’en parlons pas… »

    Débrayage à Plus belle la vie

    Si d’autres mesures de durcissement de l’assurance chômage pour l’ensemble des salariés sont discutées ce jour, la proposition patronale a des conséquences concrètes pour le monde de la culture : « On parle de 10 000 à 30 000 intermittents sur le carreau. En rehaussant ce seuil, de facto cela va exclure des personnes. D’autant qu’on fait déjà face à une baisse des subventions du ministère de la culture, des collectivités territoriales et donc du volume de l’emploi », explique Léo, pour le syndicat français des artistes CGT. Plus qu’un symbole, « l’ensemble de l’équipe technique, des figurants et quelques comédiens » du tournage de la série Plus belle la vie étaient aussi présents et « ont débrayé une heure ».

  • [Théâtre jeunesse] « Cyrano » pointe le bout de son nez au Badaboum

    [Théâtre jeunesse] « Cyrano » pointe le bout de son nez au Badaboum

    Attirée par des « personnages qui ne sont pas tout à fait adaptés au monde qui les entoure », Anne-Claude Goustiaux s’empare de la figure de Cyrano de Bergerac. « Si l’on dresse son portrait, on peut dire qu’il est agile et élégant, manie l’épée comme personne. Poète, il n’a pas son égal pour faire jouer les mots. Il est aussi honnête, courageux, sensible, malin, drôle, pudique. Mais en vérité, c’est de son nez que l’on parlera en premier », rappelle dans sa note d’intention celle qui le met en scène à partir du mardi 24 février au Badaboum Théâtre. Un « pic », un « cap » et même une « péninsule », moteur comique, qui plus est pour le jeune public, au cours d’un spectacle d’une cinquantaine de minutes accessible dès l’âge de 5 ans.

    Triangle sentimental

    Les thèmes de la beauté intellectuelle et morale ainsi que de l’injustice sont ainsi abordés dans cette pièce, fidèle au triangle sentimental et au point de départ écrit en 1897 par Edmond Rostand : Cyrano, incarné par Frédéric Schulz-Richard, a rendez-vous avec Roxanne (Anne Naudon) dont il est secrètement épris. Prêt à lui déclarer sa flamme, il déchante en apprenant que sa dulcinée a jeté son dévolu sur Christian (Fabien Hintenoch), « un beau cadet qui va entrer dans le régiment de Cyrano et lui demande de le protéger ».

    Les 24, 25, 26, 27 février, 3, 4 et 7 mars à 14h30. Le 3 et le 6 mars à 10h. Entre 5 et 9 euros

  • [Entretien] Macha Makeïeff : « Le théâtre persiste dans les consciences, dans la rêverie »

    [Entretien] Macha Makeïeff : « Le théâtre persiste dans les consciences, dans la rêverie »

    Macha Makeïeff est metteuse en scène, autrice, cinéaste. Femme de théâtre, elle a notamment dirigé pendant 11 ans le théâtre de la Criée à Marseille, sa ville de naissance. Dans cette exposition, elle propose de mettre à l’honneur des reliques de pièces de théâtre, d’opéras, de ballets.

    La Marseillaise : Vous créez une exposition, « Inventaire onirique ». Pouvez-vous nous parler du projet ?

    Macha Makeïeff : L’exposition est une mise en scène. Je ne vais pas mettre des œuvres comme dans une galerie. C’est vraiment un spectacle immobile que je propose. C’est à la fois excitant et un vrai tourment, parce que c’est un lieu très grand et il faut quand même que le récit se développe. Et ce récit sera plutôt un cadavre exquis qu’une histoire, car on va de lieu en lieu, avec trois séquences. On n’est pas assujettis à aller à un endroit, au contraire, chacun a sa trajectoire, a un point de vue différent. Ça me plaît beaucoup l’idée que personne ne voit la même chose en même temps.

    Pourquoi avoir voulu exposer des décors, des peintures de théâtre ?

    M.M. : Je fais du théâtre depuis si longtemps que je voulais l’évoquer par sa part plastique, mais aussi par ce qui me hante, c’est-à-dire « que deviennent les spectacles une fois qu’ils sont défaits ? ». Quand les pièces sont finies, il y a quelque chose qui vous serre le cœur : ces caisses dans lesquelles on emporte tout, le plateau vide. J’ai voulu ressortir ça et aller chercher des choses qui ne sont jamais plus revues. Je garde toujours les choses un peu comme des reliques. Donc quand on me propose le Palais des Papes, pour mettre ces choses, pour les célébrer, je trouve ça magnifique. Les faire venir, les revoir alors que tout ça était invisible, c’est quelque chose de fou. Ça ne sera pas « Ma vie mes œuvres », je ne vais pas raconter ma carrière. Je veux vraiment honorer ces objets.

    Pourquoi traiter ce sujet par les thèmes de l’onirique, de la fantaisie ?

    M.M. : D’abord, quand on parle de la perte, ici d’un spectacle, l’humour n’est jamais loin, parce que sinon c’est désespérant. Au théâtre, il y a quelque chose de l’ordre de la rédemption par le rire, le sourire et la fantaisie. Sinon c’est invivable. Dans ce monde sens dessus dessous, délité, où nos valeurs sont complètement inversées, je pense que c’est important de célébrer ce qui est fragile, dire que le théâtre malgré tout persiste dans les consciences, dans la rêverie, même quand il est mis en pièces.

    Vous êtes née à Marseille et avez été directrice de la Criée pendant 11 ans. Quel est votre lien à la région et comment se lit-il dans cette exposition ?

    M.M. : Pour les œuvres, je suis restée beaucoup dans le Sud, je ne suis pas allée chercher les grandes collections parisiennes. Je suis allée au Museon Arlaten, à Arles, au Cirva à Marseille. Je suis allée fouiller dans les stocks de l’opéra d’Avignon, de la maison Jean Vilar. Ce sont des artistes et des collections qui me sont familiers, que j’aime beaucoup. J’aime bien réaliser ça dans une proximité, ça me touche. Il y a un attachement à ce territoire, cette Provence. Il y a une familiarité. Je sais aussi qu’il y a des trésors. Je suis née à Marseille, mais en plus, pendant 11 ans, quotidiennement, j’ai dirigé la Criée où il y avait tout le temps des expositions. J’aimais bien cette idée de circulaire, qui n’aille pas chercher très loin.

  • Carole Bouquet sur la scène du Kiasma dans « Le Professeur »

    Carole Bouquet sur la scène du Kiasma dans « Le Professeur »

    Unanimement saluée par la critique à la Scala de Paris et lors de ses dates en tournée, cette œuvre forte remonte le fil des dix jours ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty. « Dans cette rétrospective, chacun révèle ce qu’il n’a pas fait, ce qu’il aurait pu ou dû faire. Nul n’est meurtrier, et pourtant c’est bien la somme des lâchetés qui a conduit à l’inéluctable », explique la metteuse en scène Muriel Mayette-Holtz.

    L’autrice Émilie Frèche a choisi de montrer la mécanique du drame, les silences, les renoncements. Et Carole Bouquet porte seule cette polyphonie, donnant corps à toutes ces personnes qui n’ont pas su agir. Le théâtre permet ici la mise à distance nécessaire pour affronter ce qui bouleverse. En reconstituant ces dix journées, le spectacle interroge nos responsabilités individuelles et collectives, nos manques de moyens, nos défaillances.

    Dimanche 15 février à 18h au Kiasma, Castelnau-le-Lez.

  • [Scène] « Une fille de l’industrie » remonte le fil de son histoire

    [Scène] « Une fille de l’industrie » remonte le fil de son histoire

    Depuis toute petite, la vie de Carole Thibaut a battu au rythme de la fonte du fer et de l’acier. Native en 1969 de Longwy et son bassin historique de la sidérurgie, son « père travaillait dans la vallée de la Chiers, à l’usine Aciéries. Là où déjà, mon grand-père et mon arrière grand-père travaillaient. Durant un siècle, les fils marchèrent sur les traces des pères. D’ouvriers à ingénieurs. La lente ascension sociale dans la gueule de l’enfer des Hauts fourneaux », retrace celle qui met en scène et incarne cette histoire familiale dans Longwy-Texas, seul en scène intime et politique à voir aux Salins vendredi. « Puis, l’usine ferma et fut démolie. Et avec elle, Longwy et toute la vallée qui ne vivaient que par elle », rembobine celle qui « marche sur les ruines de [ses] pères et de l’industrie ».

    Multiples cicatrices

    « Le spectacle traverse les ruines de l’industrie pour faire émerger une voix féminine longtemps restée en marge : celle d’une fille de l’industrie, témoin des espoirs, des combats et silences », résume le programme des Salins. Retissant le fil de ces luttes, mais aussi de ses désillusions, Carole Thibaut raconte les souvenirs de lutte de ses aïeux ayant imprégné l’histoire familiale, tout comme les soutiens dont les travailleurs de la sidérurgie lorraine furent témoins.

    « Le jour où on a abattu le premier Haut-fourneau, j’ai vu mon père pleurer », rappelle celle qui fut d’autant plus meurtrie, lorsque son paternel lui confia, « bien des années plus tard, la part active qu’il avait pris à la fermeture de l’usine, au démantèlement et aux licenciements ».

  • À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    À Marseille, la France remue le bassin méditerranéen

    De passage à Marseille en juin 2023, Emmanuel Macron appelait de ses vœux une « Saison Méditerranée 2026 ». Trois ans plus tard, voilà cette saison culturelle, destinée à célébrer « l’identité profondément méditerranéenne de la France », écrit le président de la République, qui pointe le bout de son nez avec son ouverture prévue dans la cité phocéenne entre le 15 et le 24 mai, avant de se déployer dans l’Hexagone jusqu’au 31 octobre. « C’est un pari fou que celui de rassembler à l’heure où tout semble fait pour nous diviser, politiquement et médiatiquement », déclare avec aplomb, mercredi 11 février au Mucem, Nadia Hai, déléguée interministérielle à la Méditerranée d’un gouvernement qui ne cesse pourtant de souffler sur des braises extrême droitières. Selon elle, « un temps fort de diplomatie culturelle » qui laisse d’autant plus pantois quand on observe par exemple la crise diplomatique franco-algérienne, la plus aiguë depuis 1962. Le programme trouvera par ailleurs des échos en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Liban. Un contingent plutôt maigre, alors que la Méditerranée est bordée par une vingtaine de pays et trois continents.

    « Arriver, partir, revenir »

    Mais qu’à cela ne tienne : la « Saison Méditerranée 2026 », qui entend « mettre en lumière les jeunesses méditerranéennes des diasporas de France », dixit Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, se traduira par « une programmation polyphonique » pour « illustrer la pluralité de ses voix », estime Julie Kretzschmar, commissaire générale de l’événement. Intitulée « Arriver, partir, revenir », son ouverture marseillaise s’étendra « du Palais du Pharo au Fort Saint-Jean, puis au Mucem, au Panier, à la Joliette, à la Friche Belle de Mai, jusqu’au Grand port maritime de Marseille pour un final exceptionnel ». De nombreuses propositions artistiques seront lancées entre les 15 et 24 mai. Un parcours d’expositions investira la ville, parmi lesquelles « Résistances & Désobéissances » à la Citadelle, autour « du passé colonial de la France en Tunisie et l’emprisonnement d’Habib Bourguiba en ces mêmes lieux entre 1939 et 42 », indique Julie Kretzschmar, ou encore « Mon plus beau plan fixe », travail du cinéaste et plasticien franco-algérien Hassen Ferhani sur « les notions d’isolement et d’horizon ». La mémoire, l’histoire et la poésie en temps de guerre des Gazaouis trouveront, elles, une résonance au Centre photographique Marseille et aux ateliers Jeanne Barret. Au Musée d’art contemporain (MAC), Louisa Babari, « artiste franco-algérienne née à Moscou », campe Nicolas Misery, directeur des Musées de la Ville de Marseille, illustrera « sa réflexion sur les imaginaires de l’Algérie antique précoloniale ». Les musiques actuelles ne seront pas non plus en reste avec nombre de concerts et Dj’s sets à la Vieille Charité, la Friche Belle de Mai, ou encore au Grand port maritime. C’est sur ce site qu’une « immense fanfare » de musiciens amateurs et professionnels offrira un « condensé de Méditerranée : de la Sicile aux Balkans, de la Kabylie à l’Andalousie, de la Turquie à la Camargue, en passant par l’Atlas et les îles grecques ». Les créations théâtrales prévues pour l’ouverture ne seront pas non plus en reste, avec Mères Méditerranées de Mohamed El Khatib au Mucem, et Algérie, mon Amour qui prendra ses quartiers sur la Digue du large. Une performance conçue par Sébastien Kheroufi, d’après les récits de « quatre auteurs franco-algériens » portés par des habitants de Marseille, qui « racontent l’histoire de leurs parents. Une tentative pour comprendre ce qui se joue entre deux rives, ce temps suspendu du voyage, ces 24h de traversée en bateau entre Alger et Marseille ».

    Marseille, le point de départ d’une traversée culturelle qui fera escale dans 60 villes françaises pendant six mois, avec une cinquantaine d’événements labellisés « Saison Méditerranée 2026 » en Provence.