Tag: Théâtre

  • « Thélonious et Lola », fable humaniste à Aix

    « Thélonious et Lola », fable humaniste à Aix

    « C’est l’histoire d’une petite fille qui rencontre un chien sans collier, qui chante, philosophe, parle chien, chat et français. Mais une nouvelle loi vient d’être votée : les chiens sans collier doivent être expulsés », situe Agnès Régolo. Avec Thélonious et Lola, elle met en scène cette drôle de fable au Théâtre du Jeu de Paume, les 29 et 30 avril, qui « aborde les questions de la différence et du racisme », imageant des réponses face à une inhumanité qui peut ressurgir à tout moment, comme le monde en recèle bien des exemples. Ce texte a été écrit il y a 15 ans par l’auteur belge Serge Kribus. Selon lui, cite-t-elle, « le théâtre et les histoires que nous racontons ne sauvent pas le monde. Elles n’apportent même aucune solution et je ne crois pas qu’elles sont faites pour ca. Mais elles nous permettent l’essentiel : échapper à la solitude, à l’isolement, à la honte parfois ».

    « Joie de survivre »

    « Lola tombe sous le charme du chanteur et compositeur Thélonious », un chien chanteur errant, rappelle Agnès Régolo au sujet de ce duo burlesque incarné par Ligia Aranda Martinez et Antoine Laudet qui communique des attitudes face à la morosité ambiante. Avec pour « ciment de leur amitié », une musique composée par le violoncelliste Guillaume Saurel. Comme l’espère la femme de théâtre, « nous voilà plongé dans la fantaisie et la beauté des fables enfantines qui n’hésitent pas à faire dialoguer humains et animaux, comme issus d’un même moule. À la découverte du monde, Lola observe tout vivant comme son égal. Personnage au charme vivifiant, elle nous donne de l’air, la joie de survivre ».

  • Miss Lulu fait chavirer tous les cœurs de 7 à 77 ans

    Miss Lulu fait chavirer tous les cœurs de 7 à 77 ans

    « Miss Lulu pose ses valises à Marseille le temps d’un récital. C’est une diva très fantasque qui a su traverser les âges et le temps », explique son créateur et interprète, Olivier de Narnaud. Il poursuit : « Contre-ténor, je suis aussi passé par le Théâtre du Soleil. Mon personnage inspiré de ma grand-mère est né de ce mélange, il y a bientôt 10 ans. Enfin, j’ai beaucoup d’affection pour les chansons réalistes des années 20, 30, 40 du siècle dernier. »

    Jamais sans P’tit Pierre

    Passée par chez Michou à Paris, Miss Lulu fait partie de la revue du Cabaret de l’étoile bleue depuis deux ans. Le personnage vit son propre spectacle avec son accordéoniste P’tit Pierre. Le public va de 7 à 77 ans. « Les enfants sont scotchés par la voix, les costumes, par ce personnage qui chante, danse, raconte des histoires d’aujourd’hui », témoigne l’interprète, qui n’a jamais oublié cette petite fille habillée en princesse venue à sa rencontre en fin de soirée. « Nous n’arrivions plus à nous quitter » relate-t-il avec émotion.

    Indissociable de Miss Lulu, P’tit Pierre est son accordéoniste, mais aussi l’un de ses amours, et son souffre-douleur qui subit toutes ses colères. « Un musicien de formation classique, avec une prédilection pour le jazz, notamment manouche. Il est capable de produire 10 000 couleurs, car il joue de tous les instruments en un seul », détaille Olivier de Narnaud.

    Le 24 avril à 19h à l’étoile bleue. 107 bis, bd Jeanne-d’Arc à Marseille (5e). Réservation
    au 06.48.14.83.40.

  • Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    « Le théâtre de l’œuvre est un bâtiment emblématique de 100 ans. Un tiers lieu social citoyen, qui participe à la vie du quartier de Belsunce. » Sur ces paroles élogieuses, Dro Kilndjian, directeur du théâtre, ouvre la conférence de presse sur scène : « Depuis 4 ans, nous sommes fiers de porter plusieurs initiatives sociales et solidaires afin de participer aux aspects culturels qui dynamisent Marseille. Pendant ces quelques années, nous avons aussi travaillé sans relâche pour collecter les fonds nécessaires destinés à lancer nos rénovations. »

    Abîmé par l’âge

    Deux étages condamnés, des espaces sous exploités et une chaudière qui date de la Seconde Guerre mondiale. « Il fallait passer à la phase de travaux », insiste le directeur. Mais ces rénovations impliquent des coûts. « Nous avons déjà récolté 3,25 millions d’euros », annonce l’architecte, Guillaume Beccaria. Pas de quoi déstabiliser le représentant de Land, agence d’architecture à Marseille, qui reste impassible. Son projet millimétré compte bien respecter l’authenticité du théâtre. « Nous conserverons le bâtiment d’angle, ainsi que les sièges des spectateurs. C’est au-dessus que nous allons restructurer un étage de création et de répétitions pour les artistes, construire un ascenseur et agencer un toit-terrasse pour en faire un espace de performances extérieures et de rencontres », rapporte Guillaume Beccaria.

    Une réhabilitation qui a donc pour but d’améliorer le confort des troupes d’artistes. Accompagnée de quelques projets innovants pour élargir les capacités d’accueil du bâtiment. L’architecte poursuit : « Dans cette salle, nous allons installer un système qui permettra de rabattre les fauteuils pour recevoir un public debout et accueillir des spectacles de théâtre, comme des concerts. » Un plan qui participera ainsi à laisser place aux cultures urbaines avec l’accueil d’événements musicaux actuels. La fin des travaux est prévue pour janvier 2028.

    « Besoin de tout le monde »

    « Un projet culturel solide », félicite Gwénaël Richerolle, adjoint au maire délégué au patrimoine municipal, qui en profite pour saluer « la qualité du modèle de financement », en présence de Sophie Camard, maire de secteur.

    Le directeur a malgré tout indiqué « manquer de fonds » : « Nous avons récolté 1,4 million d’euros grâce au fonds européen de développement régional (Feder), 500 000 euros de la CNM, mais très peu de collectivités locales sont présentes autour de cette table (…), notamment à l’année. La Ville est la seule à contribuer avec 100 000 euros, aucune aide de la Métropole, du Département ou de la Région. » Dro Kilndjian s’inquiète : « Les fonds actuels sont faibles et ne suffiront pas à couvrir nos besoins d’équipement et de personnel. Nous avons besoin du soutien des collectivités, c’est une question de vie de quartier, de l’une des dynamiques principales de Belsunce. Nous avons besoin de tout le monde. »

    Avant le début du chantier en juin, le théâtre propose une série de spectacles jusqu’au 25 avril. Et DJ set le 9 mai. Calypso Sadousty

    Détails sur theatre-oeuvre.com

  • Le tour du Festival d’Avignon en 80 interrogations

    Le tour du Festival d’Avignon en 80 interrogations

    « Va-t-on pouvoir voyager en Corée sans sortir d’Avignon ? », s’interroge, devant plusieurs centaines de personnes installées dans les fauteuils rembourrés rouges de la FabricA, Fatima, animatrice à l’espace pluriel d’Avignon, en présentant Kim : Yeonshee, spectacle au programme du Festival d’Avignon IN lors de cette 80e édition qui se tiendra du 4 au 25 juillet prochain. Une interrogation parmi les 80 formulées par des festivaliers sélectionnés ce mercredi 8 avril en début de soirée lors de la présentation du programme de l’événement, avec pour thème, donc, le questionnement.

    Il y a tout de même un certain nombre de certitudes sur le déroulement. À commencer par le nombre de représentations, avec pas moins de 47 spectacles mais aussi 2 expositions pour près de 300 représentations et plus de 136 000 places à la vente. Avec, en ouverture dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, « Maldoror » de Julien Gosselin, adapté de l’écrivain chilien Roberto Bolaño. Un questionnement, forcément, sur la présence de la violence dans la société.

    Se mêlent ensuite, pendant les trois semaines de l’octogénaire du Festival In, des grands noms tels qu’Isabelle Huppert, Valérie Dréville, Denis Podalydès ou encore Éric Ruf. À noter que 67% des artistes invités sont programmés pour la première fois sur les planches de la Cité des Papes.

    Corée à l’honneur

    Un air d’Asie va donc également souffler sur Avignon pendant ce mois de juillet. Plusieurs œuvres de la prix Nobel de littérature Han Kang seront ainsi présentées, dont son dernier roman Impossibles adieux. Mais aussi, parmi d’autres, Island Story de Kyung-Sung Lee, qui conte, au gymnase du lycée Aubanel, l’histoire du massacre de Jeju en 1948, où des dizaines de milliers de personnes avaient été tuées suite à une rébellion contre le pouvoir anticommuniste mis en place. « Comment donner la voix à ceux qui sont réduits au silence ? » demande ainsi à ce propos Jeffrey, un festivalier habitué de nationalité américaine, qui rappelle la responsabilité de son pays dans ce conflit.

    L’occasion également, pour le maire nouvellement élu, Olivier Galzi (DVD), d’assurer qu’il promeut « une culture partout et pour tous » et qu’Avignon sera « une capitale » et, dans une longue tirade, d’appeler à « abattre des remparts d’ignorance » et à « éveiller les esprits sans attiser le bruit et la fureur ». Et ce, quelques minutes après des applaudissements nourris pour sa prédécesseuse à la tête de la ville, Cécile Helle (PS), qui n’était pas présente ce mercredi.

    Les différentes billetteries et l’accès au festival

    Un nouveau système d’ouverture des ventes sous forme de créneaux « afin de garantir un accès fluide et d’éviter toute saturation du site » a été présenté ce mercredi. Ceux-ci, déjà tous complets, permettent d’acheter ses places lors d’un horaire dédié entre le lundi 13 et le samedi 18 avril. Pour le reste, la billetterie en ligne, pour tous et toutes, sans inscription préalable, ouvrira le samedi 18 avril à 13 heures. Puis, à partir du 20 juin, par téléphone au 04.90.14.14.14 ou au guichet, 20 rue du portail Boquier. Et à partir du 27 juin à la boutique du Festival, située sur la place de l’Horloge. Avec, comme toujours, un guichet de la dernière chance sur les lieux du spectacle, une heure avant le début de ceux-ci, dans la limite des places disponibles. Tout en sachant qu’il y en aura 136 000 à la vente, soit 14 000 de plus que l’an dernier.

    Pour se rendre sur place, le dispositif exceptionnel de trains et bus mis en place par la Région Sud est maintenu, avec des lignes depuis plusieurs communes vauclusiennes. Mais aussi des trains et bus jusqu’à 23h30 « pour un retour facilité et un hébergement en périphérie » précise l’organisation, notamment vers Arles, Carpentras, Cavaillon ou encore Orange.

    Infos et billetterie sur festival-avignon.com

  • « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    Sitôt passée sa « surprise » lorsque Les Théâtres – groupement des scènes marseillaises du Gymnase et des Bernardines et des Aixoises du Grand théâtre de Provence et du Jeu de Paume – lui ont passé commande pour J’ai les boules, Iraka a tout de suite « abordé l’angle de son écriture avec le rapport intime » que ce slameur entretient avec la pétanque. « J’ai creusé dans mon histoire familiale où la pétanque était un endroit de convivialité, de jeu pendant les vacances », se remémore l’auteur et interprète de cette création qui tournera sur certains terrains de pétanque de Marseille et des alentours, à commencer par le Cercle de Saint-Barnabé, ce vendredi, à 19h. Un format musico-théâtral qui s’inscrit dans le cadre d’« Aller vers », projet initié par Les Théâtres en 2021 et destiné à emmener gratuitement le spectacle vivant à la rencontre du public.

    J’ai les boules arbore une forme « hybride » de 30 minutes au cours duquel la compositrice et DJ électro Mila Necchella assure aux platines, aux côtés d’Iraka, dont le flow se répand sur la terre battue chère aux boulistes. « Avec des ambiances sonores qui évoquent la Méditerranée », campe ce dernier, avant d’énumérer les multiples dimensions de la création : « Musicale, théâtrale et aussi stand-up. »

    D’Arles à Rognes

    En effet, l’humour et parfois le folklore alimentent les discussions et autres conciliabules qui enveloppent toute partie de pétanque digne de ce nom. « Nous nous sommes entre autres inspirés de scènes de Pagnol, d’un certain franc-parler. On a voulu créer du mouvement et de la drôlerie », rappelle Iraka à propos de cette création, qui passera ensuite, samedi 4 avril, par La boule des vents (12h), au Panier, et le Boulodrome Targuist, qui surplombe le Théâtre Silvain (18h30). Autant de scènes à l’ambiance « rap et électro » auxquelles les deux artistes intègrent les voix de joueurs de pétanque chevronnés, comme la championne Charlotte Darodes, dont « nous nous sommes inspirés pour la démarche sportive de haut niveau », souligne Iraka, citant également d’autres pétanqueurs emblématiques comme Marco Foyot, ou encore « le bombardier tunisien » Mohamed Ferjani.

    « Abreuvé par les articles de “La Marseillaise” » lors de la création de J’ai les boules, le slameur a aussi poussé sa démarche jusqu’à « palper » les ambiances des parties de pétanque du quotidien, notamment au Boulodrome Daillan, dans le quartier arlésien de Trinquetaille où il réside, et qui accueillera d’ailleurs deux représentations le 12 avril. Le spectacle poursuivra sa route du 14 au 24 avril en écumant tour à tour les terrains de pétanque marseillais de Carli, du Talus, celui de l’esplanade du Séquier à Barbentane, le boulodrome municipal du Rove, le boulodrome Méano de Miramas, celui du Grand Pavois à Septèmes ou encore celui du Parc Versaille à Rognes.

  • [Entretien] Ariane Ascaride: « Être fada, c’est une manière de regarder le monde »

    [Entretien] Ariane Ascaride: « Être fada, c’est une manière de regarder le monde »

    La Marseillaise : « Touchée par les fées » est un solo autobiographique que vous enrichissez depuis maintenant 15 ans et incarnez dans sa dernière version. Pourquoi cette « ultima verba » ?

    Ariane Ascaride : Ça fait 15 ans qu’on a démarré cette aventure avec Marie Desplechin [l’auteure, Ndlr] et Thierry Thieû Niang [metteur en scène et chorégraphe]. C’est la quatrième version du spectacle. Et là, c’est la dernière fois avant que je meure.

    On trouve d’ailleurs dans cette version l’oraison funèbre que vous aimeriez entendre…

    A.A. : À un moment donné, il faut clore quelque chose. Et avec humour. Souvent, quand on se rend à des enterrements, on entend des gens parler sur la personne décédée. Or, on ne sait jamais si la disparue serait d’accord avec ce qu’on dit sur elle.

    Vous avez si peu confiance en vos proches pour cela ?

    A.A. : [Elle se met à rire]. Je ne sais pas si c’est une histoire de confiance, mais s’il y a des choses qu’elle a vraiment envie de dire, elle les dit.

    Vous qui comparez souvent les théâtres aux églises, est-ce que ça vous fait drôle de jouer ce spectacle dans la chapelle des Bernardines ?

    A.A. : En fait, c’est la deuxième fois que je joue ce spectacle dans une chapelle. Il y a une quinzaine d’années, j’avais joué une version à Avignon, au Petit Louvre, dont l’une des salles est une ancienne chapelle. J’aime en effet bien cette idée, car les théâtres sont comme des églises.

    « Touchée par les fées » renvoie à l’étymologie du mot fada. Diriez-vous qu’à travers lui, vous réhabilitez ce terme qui est devenu outrageusement péjoratif, alors qu’il ne désigne en fait que celui qui se situe à la marge ?

    A.A. : Oui, c’est cela. Je raconte que je suis quelqu’un de décalé. On peut nous appeler les fadas, les innocents… Quand vous voyez L’Arlésienne de Daudet [nouvelle des Lettres de mon moulin parue en 1869], il faut toujours qu’il y ait un fada dans un village car ça porte bonheur. Après, moi, je ne sais pas si je porte bonheur, mais ça, c’est une autre histoire. Mais, c’est en tout cas une manière de regarder le monde pas tout à fait dans la ligne qui est imposée. Cela a un peu été ma façon de fonctionner dans le monde.

    Au-delà de fadade, il vous est même arrivé de dire que vous étiez « dingue »…

    A.A. : Oui, car j’ai parfois entendu à mon sujet : « Oh là là, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ? ». Bah voilà, je suis née un peu à côté de la plaque. C’est moi et c’est pas moi. Dans le spectacle, on a essayé d’universaliser ça pour dire que des tas de gens sont un peu à côté de la plaque.

    Dans ce spectacle, vous déballez les malles de vos souvenirs, évoquant entre autres vos aïeux. Comment vous êtes-vous construite entre un père communiste et volubile et une maire presque taiseuse ?

    A.A. : Bah on est un peu gaga. J’ai hérité de par mon père de l’imagination. Un cadeau incroyable mais qui est aussi parfois un inconvénient. Quand j’étais enfant, il y avait des bonbons qui étaient enrobés dans des papiers translucides ou de couleurs. Je crois que je regarde un peu le monde comme ça. Cela ne veut pas du tout dire que je suis naïve, mais j’ai un peu tendance à ça. Et de l’autre côté, j’ai hérité d’une force, d’un courage que ma mère avait, même si elle était un peu opaque et ne racontait pas trop ce qu’elle avait en elle.

    De la dignité, aussi ?

    A.A. : Oui. Car je viens d’un monde populaire. Et le monde populaire a beaucoup de dignité.

    La question de vos origines traverse aussi le spectacle. Qu’est-ce que vous inspirent à vous, la fille d’immigré napolitain, l’hystérisation du débat public dès lors que l’on touche à cette question, ainsi que l’affirmation du racisme en France ?

    A.A. : J’ai honte que des habitants de notre pays puissent parler comme ça. Ce qui est par exemple en train de se passer autour du maire de Saint-Denis [Bally Bagayoko] me provoque un sentiment de honte incroyable. Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse s’acharner à ce point. Comment peut-on se permettre d’enlever à quelqu’un une partie de sa nationalité ? Il est avant tout Français. En plus, moi, je suis née dans une ville qui s’est constituée, et qui continue de le faire, autour de gens aux origines diverses et variées. Et au-delà du racisme par rapport à la couleur de peau, il y a un racisme par rapport aux pauvres. J’avais très peur pour les municipales à Marseille, Paris et ailleurs. Mais il ne faut pas croire que le peuple est obligatoirement conforme à ce qu’il se dit sur les plateaux télé, radio et sur les réseaux sociaux.

    En ce qui concerne Marseille, quel sentiment a dominé chez vous : le soulagement de voir la gauche gagner ou la peur de voir le RN gagner du terrain et deux mairies de secteur ?

    A.A. : Ce que j’ai surtout retenu, c’est qu’il faut que la gauche se mette à travailler et retrouver de la proximité : à ne pas avoir peur de parler à la population. Je ne pense pas que tous les électeurs du RN soient des racistes. Il y a des gens qui votent en se disant : « Eux, on ne les a pas essayés ». Quand on se met à parler avec les gens, on est parfois très surpris. Mais ce qui est certain, c’est qu’on est dans des sociétés ou l’individualisme s’est développé de manière impressionnante. Or c’est dans le collectif qu’on peut le mieux le soigner. Il faudrait aussi que tout le monde arrête de s’engueuler. Le niveau du discours politique a baissé.

    Pour revenir à votre spectacle, le public chante beaucoup au cours de vos représentations. De quoi serait composée la bande originale de votre vie ?

    A.A. : Ça pourrait être de l’opéra, les chœurs de l’armée rouge et de la variété : du Joe Dassin et de la musique italienne. J’adore aller à l’opéra de Marseille qui est certainement le seul opéra qui persiste et signe. Un opéra très particulier par rapport à ce qu’est devenu l’opéra aujourd’hui et le seul qui est resté populaire de France.

    Son public comportait lui aussi beaucoup de fadas à l’époque…

    A.A. : Je pense que les chanteurs sont encore morts de peur à l’idée d’y jouer. L’opéra est à tous les Marseillais. C’est cela qui est différent d’ailleurs.

    Retrouvez-vous cette passion ailleurs ?

    A.A. : Même s’il y a plein de choses formidables qui se font à Marseille, non. On ne la retrouve qu’à l’opéra ou à l’OM. Je n’aime pas le foot, mais un jour, l’OM m’a invitée et quand je suis sortie du match, je me suis demandé quand je pourrais voir un spectacle de théâtre où il y aura la même ferveur. Dans ce stade, c’est impressionnant.

    Le seul point commun entre les matches de l’OM et votre solo, c’est le tragicomique finalement…

    A.A. : Oui, mais ce n’est pas grave, car vous continuez à le soutenir ce club. Même si vous les engueulez, si vous sortez désespéré, ça fait partie de vous. Je rêve que l’art fasse partie de vous de la même manière. C’est pour l’instant compliqué, mais c’est possible.

  • [Théâtre] Une amitié à l’épreuve du racisme à Martigues

    [Théâtre] Une amitié à l’épreuve du racisme à Martigues

    C’est l’histoire de deux copains, Arthur et Ibrahim, dont les seuls prénoms renvoient à des cultures différentes. Deux collégiens qui aiment faire de la trottinette et s’éclater ensemble. Une amitié banale et paisible, jusqu’au jour où le père d’Ibrahim lui demande de prendre ses distances avec son pote « sous prétexte que son ami n’est pas arabe », indique le programme du Théâtre des Salins, qui abrite, samedi 28 mars, cette pièce écrite et mise en scène par Amine Adjina.

    « Contre le repli »

    « Pourquoi le garçon en vient-il à ne plus vouloir jouer avec un autre parce qu’il n’est pas arabe ? Pourquoi se définit-il arabe plutôt que français ? » Autant de questions, énumère Amine Adjina, qui témoigne qu’« on ne peut pas faire l’économie de l’expérience », fut-elle aussi en amitié. Or, selon cet auteur, « tous les discours de stigmatisation tentent d’empêcher qu’une expérience soit faite, pour creuser les divisions ».

    Récit initiatique semé d’embûches et de cicatrices qui viennent souvent de loin, Arthur et Ibrahim aborde, en toile de fond, « l’héritage de l’histoire entre la France et l’Algérie et notamment la guerre d’Algérie. Une histoire dont on parle si peu et qui est pourtant inscrite dans les corps », observe-t-il en se référant aux « corps aliénés qui transmettent leurs aliénations » analysés par Frantz Fanon, à propos de cette « comédie qui tente de contrer la période obscure et de repli dans laquelle nous sommes ».

  • [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    Après La vie est une fête, qui immergeait le public dans un service d’urgences psychiatriques, la compagnie Les chiens de Navarre s’attaque cette fois à la machine judiciaire avec I will survive. Des magistrats aux victimes, en passant par les accusés, avocats et autres témoins, une création qui exprime tout son caractère satirique du vendredi 27 mars au mercredi 1er avril au Théâtre Liberté.

    Sa trame s’enlace autour de deux procès qui se croisent et font grand bruit : d’un côté, celui d’une femme qui a tué son mari après avoir été victime, des décennies durant, d’agressions physiques et sexuelles de sa part ; de l’autre, celui d’un chroniqueur radio qui s’est fait remarquer par une blague fort douteuse sur les violences faites aux femmes.

    Le rire pour pas dépérir

    Dans I will survive, scènes de la vie quotidienne et judiciaire s’enchaînent comme le flot d’horreurs inondant nos écrans. Les deux affaires judiciaires, indirectement liées, « enflamment tout un pays. Ce qui est légal est-il toujours juste ? », s’interroge dans sa note d’intention son metteur en scène Jean-Christophe Meurisse, servi par sept interprètes qui nous embarquent alternativement dans la descente aux enfers d’un humoriste et le calvaire d’une femme victime des pires atrocités.

    Un spectacle où le rire permet de flotter au milieu du pire. Comme le chantait Gloria Gaynor, I will survive.

    Entre 5 et 30 euros

  • Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    C’est en quelque sorte le cabaret d’un futur proche. En 2027, à Paris, dix ans après l’onde de choc provoquée par #Metoo, mouvement qui appelle les femmes à prendre la parole pour faire connaître les agressions en tous genres dont elles sont victimes. « Depuis que les femmes parlent et qu’on les écoute, de nouvelles pathologies apparaissent qui alertent l’OMS et la communauté scientifique. » Non sans ironie ni acuité, le point de départ de Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21, écrit et mis en scène par Nathalie Fillion.

    Retour à la vie

    Se jouant du 18 au 20 mars dans les studios du Baou, compris sur le site de Châteauvallon, une pièce musicale dont l’intrigue se déploie dans une unité d’un grand hôpital dirigée par deux soignants foutraques. Parmi les patients, Iris « est placée en observation car elle a brutalement cessé de parler. La chambre d’hôpital devient le lieu de toutes les fictions et fantasmagories », présente l’auteur de cette création portée par quatre interprètes au cordeau et une création sonore d’Estelle Lambert qui scande les silences et des émotions si longtemps renfrognées.

    Après l’ampleur du « désastre » provoqué par #Metoo, « quelque chose bouge enfin », se satisfait Nathalie Fillion, qui « interroge les résonances d’un phénomène qui nous ébranle tous ». Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21 ou une parabole hospitalière qui habite l’esprit et redonne un coup d’accélérateur à notre palpitant.

    P.A.

    Entre 5 et 30 euros.

  • « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    Les lecteurs ont vu surgir Diane Peylin en 2011 avec L’endroit où elles naissent. Un roman mettant en parallèle la trajectoire de deux jeunes femmes, l’une vivant chichement mais joyeusement dans un village de Madagascar, et l’autre, dans une famille aisée de la Drôme mais avec une mère dépressive. Cette écrivaine, désormais huit romans au compteur, vient présenter son dernier ouvrage Le coquelicot noir, et échanger avec le public, lundi 16 mars à 19h, au Café littéraire (89, boulevard Louis Botinelly, 4e, résidence Les Remparts). Dans ce roman, Diane Peylin « explore les mécanismes de l’emprise intrafamiliale, transforme l’innommable en littérature et questionne une menace qui est là, partout : celle de beaucoup trop d’enfants. Elle raconte l’innocence, l’amour et la violence », résument les Éditions du 81.

    Le Grand Théâtre de Provence accueille les 17 et 18 mars Titizé – Un rêve vénitien. Conçu par le chorégraphe et metteur en scène Daniele Finzi Pasca, un spectacle où dix acrobates, jongleurs, danseurs et musiciens mettent leurs talents en commun pour un « voyage mystérieux et onirique » sur les rives de la Cité de Doges.

    Messieurs, je réclame votre attention : si nous reconnaissons l’accusé coupable, nous l’enverrons à la chaise électrique », prévient le président d’un tribunal des États-Unis, où se joue un destin personnel, mais sûrement aussi celui d’une humanité commune. Douze jurés ont la vie d’un adolescent noir de 16 ans entre leurs mains, accusé d’avoir tué son père. 11 d’entre eux en sont convaincus. Un seul doute. Le point de départ de Douze hommes en colère, pièce écrite en 1954 par Reginald Rose, popularisée trois ans plus tard par le chef-d’œuvre cinématographique de Sidney Lumet, que Charles Tordjman met en scène du mardi 17 au samedi 21 mars à l’Odéon. Des représentations inscrites dans le cadre de la saison hors les murs du Théâtre du Gymnase, actuellement fermé et dont le chantier de rénovation a été lancé fin 2025.

    Adaptation signée Francis Lombrail, Douze hommes en colère interroge à quel point la justice ne tient souvent qu’à un fil. Parfois, celui de préjugés bien enracinés, que l’un des jurés va faire lentement vaciller au prix de son intégrité. « Vous le croyez innocent ? », le questionnent instamment tous ses autres homologues. « Je n’en sais rien », rétorque celui dont l’argumentaire va avoir un impact sur chacune des cordes sensibles du jury. 1h20 de débats qui révèlent notre humanité, qui se cache de temps en temps sous les dehors de la raison.

    P.A.

    Les 17, 19, 20 et 21 mars à 20h.
    Le 18
     mars à 19h. Entre 10
    et 38
     euros. www.lestheatres.net