Tag: Théâtre

  • [Entretien] Ariane Ascaride: « Être fada, c’est une manière de regarder le monde »

    [Entretien] Ariane Ascaride: « Être fada, c’est une manière de regarder le monde »

    La Marseillaise : « Touchée par les fées » est un solo autobiographique que vous enrichissez depuis maintenant 15 ans et incarnez dans sa dernière version. Pourquoi cette « ultima verba » ?

    Ariane Ascaride : Ça fait 15 ans qu’on a démarré cette aventure avec Marie Desplechin [l’auteure, Ndlr] et Thierry Thieû Niang [metteur en scène et chorégraphe]. C’est la quatrième version du spectacle. Et là, c’est la dernière fois avant que je meure.

    On trouve d’ailleurs dans cette version l’oraison funèbre que vous aimeriez entendre…

    A.A. : À un moment donné, il faut clore quelque chose. Et avec humour. Souvent, quand on se rend à des enterrements, on entend des gens parler sur la personne décédée. Or, on ne sait jamais si la disparue serait d’accord avec ce qu’on dit sur elle.

    Vous avez si peu confiance en vos proches pour cela ?

    A.A. : [Elle se met à rire]. Je ne sais pas si c’est une histoire de confiance, mais s’il y a des choses qu’elle a vraiment envie de dire, elle les dit.

    Vous qui comparez souvent les théâtres aux églises, est-ce que ça vous fait drôle de jouer ce spectacle dans la chapelle des Bernardines ?

    A.A. : En fait, c’est la deuxième fois que je joue ce spectacle dans une chapelle. Il y a une quinzaine d’années, j’avais joué une version à Avignon, au Petit Louvre, dont l’une des salles est une ancienne chapelle. J’aime en effet bien cette idée, car les théâtres sont comme des églises.

    « Touchée par les fées » renvoie à l’étymologie du mot fada. Diriez-vous qu’à travers lui, vous réhabilitez ce terme qui est devenu outrageusement péjoratif, alors qu’il ne désigne en fait que celui qui se situe à la marge ?

    A.A. : Oui, c’est cela. Je raconte que je suis quelqu’un de décalé. On peut nous appeler les fadas, les innocents… Quand vous voyez L’Arlésienne de Daudet [nouvelle des Lettres de mon moulin parue en 1869], il faut toujours qu’il y ait un fada dans un village car ça porte bonheur. Après, moi, je ne sais pas si je porte bonheur, mais ça, c’est une autre histoire. Mais, c’est en tout cas une manière de regarder le monde pas tout à fait dans la ligne qui est imposée. Cela a un peu été ma façon de fonctionner dans le monde.

    Au-delà de fadade, il vous est même arrivé de dire que vous étiez « dingue »…

    A.A. : Oui, car j’ai parfois entendu à mon sujet : « Oh là là, qu’est-ce qu’on va faire d’elle ? ». Bah voilà, je suis née un peu à côté de la plaque. C’est moi et c’est pas moi. Dans le spectacle, on a essayé d’universaliser ça pour dire que des tas de gens sont un peu à côté de la plaque.

    Dans ce spectacle, vous déballez les malles de vos souvenirs, évoquant entre autres vos aïeux. Comment vous êtes-vous construite entre un père communiste et volubile et une maire presque taiseuse ?

    A.A. : Bah on est un peu gaga. J’ai hérité de par mon père de l’imagination. Un cadeau incroyable mais qui est aussi parfois un inconvénient. Quand j’étais enfant, il y avait des bonbons qui étaient enrobés dans des papiers translucides ou de couleurs. Je crois que je regarde un peu le monde comme ça. Cela ne veut pas du tout dire que je suis naïve, mais j’ai un peu tendance à ça. Et de l’autre côté, j’ai hérité d’une force, d’un courage que ma mère avait, même si elle était un peu opaque et ne racontait pas trop ce qu’elle avait en elle.

    De la dignité, aussi ?

    A.A. : Oui. Car je viens d’un monde populaire. Et le monde populaire a beaucoup de dignité.

    La question de vos origines traverse aussi le spectacle. Qu’est-ce que vous inspirent à vous, la fille d’immigré napolitain, l’hystérisation du débat public dès lors que l’on touche à cette question, ainsi que l’affirmation du racisme en France ?

    A.A. : J’ai honte que des habitants de notre pays puissent parler comme ça. Ce qui est par exemple en train de se passer autour du maire de Saint-Denis [Bally Bagayoko] me provoque un sentiment de honte incroyable. Je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse s’acharner à ce point. Comment peut-on se permettre d’enlever à quelqu’un une partie de sa nationalité ? Il est avant tout Français. En plus, moi, je suis née dans une ville qui s’est constituée, et qui continue de le faire, autour de gens aux origines diverses et variées. Et au-delà du racisme par rapport à la couleur de peau, il y a un racisme par rapport aux pauvres. J’avais très peur pour les municipales à Marseille, Paris et ailleurs. Mais il ne faut pas croire que le peuple est obligatoirement conforme à ce qu’il se dit sur les plateaux télé, radio et sur les réseaux sociaux.

    En ce qui concerne Marseille, quel sentiment a dominé chez vous : le soulagement de voir la gauche gagner ou la peur de voir le RN gagner du terrain et deux mairies de secteur ?

    A.A. : Ce que j’ai surtout retenu, c’est qu’il faut que la gauche se mette à travailler et retrouver de la proximité : à ne pas avoir peur de parler à la population. Je ne pense pas que tous les électeurs du RN soient des racistes. Il y a des gens qui votent en se disant : « Eux, on ne les a pas essayés ». Quand on se met à parler avec les gens, on est parfois très surpris. Mais ce qui est certain, c’est qu’on est dans des sociétés ou l’individualisme s’est développé de manière impressionnante. Or c’est dans le collectif qu’on peut le mieux le soigner. Il faudrait aussi que tout le monde arrête de s’engueuler. Le niveau du discours politique a baissé.

    Pour revenir à votre spectacle, le public chante beaucoup au cours de vos représentations. De quoi serait composée la bande originale de votre vie ?

    A.A. : Ça pourrait être de l’opéra, les chœurs de l’armée rouge et de la variété : du Joe Dassin et de la musique italienne. J’adore aller à l’opéra de Marseille qui est certainement le seul opéra qui persiste et signe. Un opéra très particulier par rapport à ce qu’est devenu l’opéra aujourd’hui et le seul qui est resté populaire de France.

    Son public comportait lui aussi beaucoup de fadas à l’époque…

    A.A. : Je pense que les chanteurs sont encore morts de peur à l’idée d’y jouer. L’opéra est à tous les Marseillais. C’est cela qui est différent d’ailleurs.

    Retrouvez-vous cette passion ailleurs ?

    A.A. : Même s’il y a plein de choses formidables qui se font à Marseille, non. On ne la retrouve qu’à l’opéra ou à l’OM. Je n’aime pas le foot, mais un jour, l’OM m’a invitée et quand je suis sortie du match, je me suis demandé quand je pourrais voir un spectacle de théâtre où il y aura la même ferveur. Dans ce stade, c’est impressionnant.

    Le seul point commun entre les matches de l’OM et votre solo, c’est le tragicomique finalement…

    A.A. : Oui, mais ce n’est pas grave, car vous continuez à le soutenir ce club. Même si vous les engueulez, si vous sortez désespéré, ça fait partie de vous. Je rêve que l’art fasse partie de vous de la même manière. C’est pour l’instant compliqué, mais c’est possible.

  • [Théâtre] Une amitié à l’épreuve du racisme à Martigues

    [Théâtre] Une amitié à l’épreuve du racisme à Martigues

    C’est l’histoire de deux copains, Arthur et Ibrahim, dont les seuls prénoms renvoient à des cultures différentes. Deux collégiens qui aiment faire de la trottinette et s’éclater ensemble. Une amitié banale et paisible, jusqu’au jour où le père d’Ibrahim lui demande de prendre ses distances avec son pote « sous prétexte que son ami n’est pas arabe », indique le programme du Théâtre des Salins, qui abrite, samedi 28 mars, cette pièce écrite et mise en scène par Amine Adjina.

    « Contre le repli »

    « Pourquoi le garçon en vient-il à ne plus vouloir jouer avec un autre parce qu’il n’est pas arabe ? Pourquoi se définit-il arabe plutôt que français ? » Autant de questions, énumère Amine Adjina, qui témoigne qu’« on ne peut pas faire l’économie de l’expérience », fut-elle aussi en amitié. Or, selon cet auteur, « tous les discours de stigmatisation tentent d’empêcher qu’une expérience soit faite, pour creuser les divisions ».

    Récit initiatique semé d’embûches et de cicatrices qui viennent souvent de loin, Arthur et Ibrahim aborde, en toile de fond, « l’héritage de l’histoire entre la France et l’Algérie et notamment la guerre d’Algérie. Une histoire dont on parle si peu et qui est pourtant inscrite dans les corps », observe-t-il en se référant aux « corps aliénés qui transmettent leurs aliénations » analysés par Frantz Fanon, à propos de cette « comédie qui tente de contrer la période obscure et de repli dans laquelle nous sommes ».

  • [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    [Théâtre] Satire judiciaire entre violence et humour à Toulon

    Après La vie est une fête, qui immergeait le public dans un service d’urgences psychiatriques, la compagnie Les chiens de Navarre s’attaque cette fois à la machine judiciaire avec I will survive. Des magistrats aux victimes, en passant par les accusés, avocats et autres témoins, une création qui exprime tout son caractère satirique du vendredi 27 mars au mercredi 1er avril au Théâtre Liberté.

    Sa trame s’enlace autour de deux procès qui se croisent et font grand bruit : d’un côté, celui d’une femme qui a tué son mari après avoir été victime, des décennies durant, d’agressions physiques et sexuelles de sa part ; de l’autre, celui d’un chroniqueur radio qui s’est fait remarquer par une blague fort douteuse sur les violences faites aux femmes.

    Le rire pour pas dépérir

    Dans I will survive, scènes de la vie quotidienne et judiciaire s’enchaînent comme le flot d’horreurs inondant nos écrans. Les deux affaires judiciaires, indirectement liées, « enflamment tout un pays. Ce qui est légal est-il toujours juste ? », s’interroge dans sa note d’intention son metteur en scène Jean-Christophe Meurisse, servi par sept interprètes qui nous embarquent alternativement dans la descente aux enfers d’un humoriste et le calvaire d’une femme victime des pires atrocités.

    Un spectacle où le rire permet de flotter au milieu du pire. Comme le chantait Gloria Gaynor, I will survive.

    Entre 5 et 30 euros

  • Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    Le monde d’après #Meetoo donne de la voix à Ollioules

    C’est en quelque sorte le cabaret d’un futur proche. En 2027, à Paris, dix ans après l’onde de choc provoquée par #Metoo, mouvement qui appelle les femmes à prendre la parole pour faire connaître les agressions en tous genres dont elles sont victimes. « Depuis que les femmes parlent et qu’on les écoute, de nouvelles pathologies apparaissent qui alertent l’OMS et la communauté scientifique. » Non sans ironie ni acuité, le point de départ de Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21, écrit et mis en scène par Nathalie Fillion.

    Retour à la vie

    Se jouant du 18 au 20 mars dans les studios du Baou, compris sur le site de Châteauvallon, une pièce musicale dont l’intrigue se déploie dans une unité d’un grand hôpital dirigée par deux soignants foutraques. Parmi les patients, Iris « est placée en observation car elle a brutalement cessé de parler. La chambre d’hôpital devient le lieu de toutes les fictions et fantasmagories », présente l’auteur de cette création portée par quatre interprètes au cordeau et une création sonore d’Estelle Lambert qui scande les silences et des émotions si longtemps renfrognées.

    Après l’ampleur du « désastre » provoqué par #Metoo, « quelque chose bouge enfin », se satisfait Nathalie Fillion, qui « interroge les résonances d’un phénomène qui nous ébranle tous ». Sur le cœur, Fantasmagorie du siècle 21 ou une parabole hospitalière qui habite l’esprit et redonne un coup d’accélérateur à notre palpitant.

    P.A.

    Entre 5 et 30 euros.

  • « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    « Titizé – Un rêve vénitien » à Aix

    Les lecteurs ont vu surgir Diane Peylin en 2011 avec L’endroit où elles naissent. Un roman mettant en parallèle la trajectoire de deux jeunes femmes, l’une vivant chichement mais joyeusement dans un village de Madagascar, et l’autre, dans une famille aisée de la Drôme mais avec une mère dépressive. Cette écrivaine, désormais huit romans au compteur, vient présenter son dernier ouvrage Le coquelicot noir, et échanger avec le public, lundi 16 mars à 19h, au Café littéraire (89, boulevard Louis Botinelly, 4e, résidence Les Remparts). Dans ce roman, Diane Peylin « explore les mécanismes de l’emprise intrafamiliale, transforme l’innommable en littérature et questionne une menace qui est là, partout : celle de beaucoup trop d’enfants. Elle raconte l’innocence, l’amour et la violence », résument les Éditions du 81.

    Le Grand Théâtre de Provence accueille les 17 et 18 mars Titizé – Un rêve vénitien. Conçu par le chorégraphe et metteur en scène Daniele Finzi Pasca, un spectacle où dix acrobates, jongleurs, danseurs et musiciens mettent leurs talents en commun pour un « voyage mystérieux et onirique » sur les rives de la Cité de Doges.

    Messieurs, je réclame votre attention : si nous reconnaissons l’accusé coupable, nous l’enverrons à la chaise électrique », prévient le président d’un tribunal des États-Unis, où se joue un destin personnel, mais sûrement aussi celui d’une humanité commune. Douze jurés ont la vie d’un adolescent noir de 16 ans entre leurs mains, accusé d’avoir tué son père. 11 d’entre eux en sont convaincus. Un seul doute. Le point de départ de Douze hommes en colère, pièce écrite en 1954 par Reginald Rose, popularisée trois ans plus tard par le chef-d’œuvre cinématographique de Sidney Lumet, que Charles Tordjman met en scène du mardi 17 au samedi 21 mars à l’Odéon. Des représentations inscrites dans le cadre de la saison hors les murs du Théâtre du Gymnase, actuellement fermé et dont le chantier de rénovation a été lancé fin 2025.

    Adaptation signée Francis Lombrail, Douze hommes en colère interroge à quel point la justice ne tient souvent qu’à un fil. Parfois, celui de préjugés bien enracinés, que l’un des jurés va faire lentement vaciller au prix de son intégrité. « Vous le croyez innocent ? », le questionnent instamment tous ses autres homologues. « Je n’en sais rien », rétorque celui dont l’argumentaire va avoir un impact sur chacune des cordes sensibles du jury. 1h20 de débats qui révèlent notre humanité, qui se cache de temps en temps sous les dehors de la raison.

    P.A.

    Les 17, 19, 20 et 21 mars à 20h.
    Le 18
     mars à 19h. Entre 10
    et 38
     euros. www.lestheatres.net

  • À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    À Marseille, mémoire des récits, intimes et politiques, contre l’oubli

    Mise en scène par Michel André, fondateur du Théâtre de la Cité, espace théâtral situé sur la rue Edmond-Rostand qui porte la Biennale des écritures du réel, la lecture performée Les nouveaux anciens ouvre cette manifestation mercredi 18 mars. Guidée par Tiodhilde Fernagu, autour d’un texte de Kae Tempest, une balade enivrée de poésie qui appelle à « trouver les héros de notre quotidien », résume Magda Bacha.

    L’augure de ce festival de 75 propositions en tous genres qui, comme le souligne sa directrice adjointe, explore pour sa 8e édition « la thématique de l’oubli. En faisant ce choix, on part de nos histoires intimes, de nos creux, manques et pertes pour essayer de réinventer le réel ». De petites histoires qui s’inscrivent dans la grande, il sera beaucoup question au cours de la programmation. « Pour dépasser un état de sidération. » Un credo trouvant ses premières illustrations avec Minga de una casa en ruinas du colectivo Cuerpo Sur au Théâtre Joliette, « qui fait écho au retour au pouvoir de l’extrême droite et de José Antonio Kast au Chili », contextualise-t-elle. La dramaturge Ebana Garin Coronel y « raconte l’exil de sa mère qui avait dû fuir la dictature de Pinochet et montre comment se reconstruire quand on est obligé de tout quitter ».

    Liban, Rwanda, Arménie…

    La guerre civile au Liban (1975-90) occupera aussi l’esprit de plusieurs spectacles, parmi lesquels Silence, ça tourne, autour du massacre du camp palestinien de Tel al-Zaatar, « commis par des milices phalangistes chrétiennes ». Chrystèle Khodr et Nadim Deaibes « entrelacent les voix » d’une infirmière suédoise rescapée de ce charnier, « d’un médecin palestinien dont elle tombe amoureuse et d’un journaliste qui veut raconter son histoire », précise Magda Bacha. Alors que les crimes de guerre et génocides ne cessent pas de nos jours, la Biennale réparera également l’oubli de deux autres crimes contre l’humanité : le génocide rwandais, à travers Hewa Rwanda, lettre aux absents, à la Friche Belle de Mai, d’après un récit écrit et incarné par Dorcy Rugamba qui « pose la question de la résilience et de la foi quand l’irréparable a été commis ». Mais aussi le génocide arménien, encore et toujours nié par le pouvoir fasciste en Turquie, dont les atrocités trouveront une résonance avec les lectures performées de Pieds nus et Au bord de l’effacement, sur les pas d’exilés arméniens dans l’entre-deux-guerres, lors d’une soirée aux Archives départementales.

    Réel ancré dans la ville

    « La Biennale veut redonner de la visibilité à des choses qui ont moins de place et enrayer le spectacle de la cruauté, comme l’écrit l’anthropologue Chowra Makaremi », situe Magda Bacha, qui pointe également des journées de « créations partagées et journées festives, le 25 avril dans les centres sociaux Del Rio et des Musardises », à la Viste et Consolat, puis le 3 mai à la Maison des arts de Marseille, sur les lieux de l’ancien Théâtre Toursky.

    Outre sa vitrine festivalière, la Biennale des écritures du réel participe tout au long de l’année à la formation de troupes de jeunes et d’adultes « n’ayant jamais fait de pratiques artistiques. Le thème de l’oubli est venu de nos discussions avec elles. Les écritures du réel ont une utilité sociale », affirme la directrice adjointe de la manifestation. Parmi les nombreuses propositions de la Biennale, le centre social Saint-Mauront accueillera aussi le spectacle de Julien Gallix, J’oublie tout, référence au titre emblématique du rappeur Jul, pour parler des identités actuelles de la jeunesse.

  • [Théâtre] Un nouveau biopic pour raconter Simone Veil

    [Théâtre] Un nouveau biopic pour raconter Simone Veil

    Avec Il y a en elle comme un secret – Biopic de Simone Veil, dont la première se tient samedi 7 mars à Aix-en-Provence, la compagnie aixoise la Tête dans les nuages propose bien plus qu’un portrait chronologique. Le spectacle invite à un pas de côté : raconter Simone Veil à travers le regard de son amie, la cinéaste et écrivaine Marceline Loridan-Ivens. L’objectif ? « Pouvoir découvrir des aspects de la vie de Simone Veil de manière originale, à partir de l’histoire de deux femmes très différentes mais qui ont un parcours de vie les ayant rendues très intimes », explique Magali Zucco, metteur en scène et comédienne dans la pièce.

    La nuit du 30 juin 2017 sert de point de départ. Ce soir-là, Marceline reçoit un appel. Jean Veil lui demande d’écrire le discours d’adieu de sa mère, qui vient de les quitter. Alors, au fil des mots, les souvenirs affluent : leur rencontre lors de leur déportation à Auschwitz à quinze et seize ans, l’amitié forgée dans l’indicible puis dans l’impossible retour, les chemins de vie qui ont continué à se croiser. Ce choix narratif donne au spectacle une vibration particulière : la mémoire n’est pas figée, elle émerge de plusieurs voix, se reconstruit et se transmet. De cette façon, « la pièce laisse entrevoir une Simone Veil très humaine », continue Magali Zucco.

    Une vie de luttes

    En filigrane, les combats de Simone Veil apparaissent avec d’autant plus de force. La loi sur l’avortement bien sûr, mais aussi sa bataille pour la parité et l’égalité salariale au travail, l’amélioration des conditions de détention ou encore la protection des malades du Sida. Pour Magali Zucco, le spectacle vise à « faire passer par le texte, par les corps, par l’image et par le son l’expérience d’une femme qui a fait de la dignité humaine le fer de lance de ses luttes ». À partir d’un long travail documentaire, les quatre comédiennes jouent avec les formes et les styles – théâtre, danse, chant, musique, vidéo et ombres chinoises – pour construire la pièce. Un hommage délicat et politique, qui interroge ce qu’il faut continuer à défendre et ce qu’il reste à gagner aujourd’hui.

    Samedi 7 mars, 20h. Repère Jeunesse d’Aix. 8€/12€

  • [Théâtre] « Le petit chaperon rouge » trace son chemin à Marseille

    [Théâtre] « Le petit chaperon rouge » trace son chemin à Marseille

    Avant de s’attaquer à des contes populaires tels que Pinocchio ou Cendrillon dans les années 2010, Joël Pommerat s’était emparé en 2004 du Petit Chaperon rouge.

    « Je voulais parler d’aujourd’hui à des enfants d’aujourd’hui. Raconter à nouveau, le plus simplement et le plus concrètement possible, l’histoire de cette petite fille qui part de chez sa mère pour se rendre chez sa grand-mère et qui rencontre un loup », rappelle-t-il à propos de ce récit auparavant popularisé par les frères Grimm ou encore Charles Perrault, qui prend ses quartiers du jeudi 12 au dimanche 15 mars, au Théâtre de La Criée.

    « Le désir et la peur de grandir »

    Les comédiens Rodolphe Martin, Murielle Martinelli et Isabelle Rivoal incarnent les rôles principaux de ce conte qui prend les enfants au sérieux à travers des évocations du quotidien et des ambiguïtés qui en découlent parfois. « Le passage d’une génération à l’autre, le désir et la peur de grandir, la solitude, la rencontre, sans que ces questions ne soient jamais abordées directement par les personnages, c’est cela qui, je crois, rend cette histoire si envoûtante pour les enfants et les adultes », estime Joël Pommerat. Un spectacle et une trame éclairés par un jeu de lumières et une création sonore immergeant petits et grands dans une quête initiatique qui ne dit pas son nom.

    Jeudi 12 mars à 19h, samedi 14 mars à 11h et 18h et dimanche 15 mars à 16h. Entre 6 et 14 euros. www.theatre-lacriee.com

  • « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    « Specimen », apparitions de marionnettes à Marseille

    Quadragénaire employée dans la poissonnerie d’un supermarché depuis des lustres, Mme Afarensis est harassée et humiliée par la tâche. Voilà qu’un matin, son patron « la traite de Cro-Magnon ». Cette goutte d’eau fait déborder le vase de son conditionnement et la propulse ainsi « dans une faille spatiotemporelle qui la fait reculer dans le temps ». Le point de départ de Specimen, création fantastique et marionnettique qui déploie son fil mardi 10 et mercredi 11 mars au Théâtre Joliette. « Elle va avoir des visions. Lui apparaissent des motifs qui ont à voir avec l’évolution de la vie. Elle va reculer dans toutes ses strates jusqu’à la première bactérie qui serait apparue dans un océan il y a des milliards d’années », pose sa metteure en scène et conceptrice, Emilie Flacher.

    Préhistoires

    Appuyant son squelette sur ce texte écrit par Gwendoline Soublin, Specimen fait jaillir ces « visions » à travers des marionnettes à long fil manipulées à distance. Des spectres fantastiques qui stratifient les vies actuelles et passées de Mme Afarensis grâce à quatre acteurs marionnettistes et leur maestro. « On utilise les possibilités du théâtre de marionnettes pour ouvrir les imaginaires et traiter des liens qui existent entre les vivants passés, présents et futurs », développe Emilie Flacher à propos de cette fiction aussi bien poétique et biologique qui explore nos préhistoires pour éclairer l’avenir.

    Mardi 10 mars à 19h et mercredi 11 mars à 18h. Entre 3 et 22 euros. www.theatrejoliette.fr

  • Les travailleurs de la culture mettent la pression au Medef

    Les travailleurs de la culture mettent la pression au Medef

    La banderole qui trône habituellement devant les locaux de l’Union pour les entreprises 13 (UPE13), déclinaison locale du Medef, « Plus que jamais les entreprises ont besoin de nous » a été remplacée par « le Medef tue la culture » lors d’une action coup de poing, ce mercredi matin à Marseille.

    Cette dernière a été menée par plusieurs syndicats et collectifs de travailleurs du monde de la culture et intermittents du spectacle, réunis sous la bannière de « l’assemblée générale culture 13 », qui ont momentanément occupé « la place des entreprises ». Une manière de mettre la pression sur les organisations patronales pour le dernier round de négociations autour de l’assurance chômage qui se déroulait au même moment à Paris au siège de l’Unédic, l’organisme en charge de ladite assurance. Des négociations durant lesquelles Medef, CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) et U2P (Union des entreprises de proximité) ont fait une proposition qui ne passe vraiment pas pour les petites mains de la culture : « L’augmentation de 50 heures par an du nombre d’heures minimum pour ouvrir le droit à l’indemnisation au titre de l’intermittence », comme le résume Maria, comédienne de théâtre à Marseille. Concrètement, ils devront travailler plus pour une indemnisation similaire : « C’est déjà compliqué d’en faire 507, alors 557 n’en parlons pas… »

    Débrayage à Plus belle la vie

    Si d’autres mesures de durcissement de l’assurance chômage pour l’ensemble des salariés sont discutées ce jour, la proposition patronale a des conséquences concrètes pour le monde de la culture : « On parle de 10 000 à 30 000 intermittents sur le carreau. En rehaussant ce seuil, de facto cela va exclure des personnes. D’autant qu’on fait déjà face à une baisse des subventions du ministère de la culture, des collectivités territoriales et donc du volume de l’emploi », explique Léo, pour le syndicat français des artistes CGT. Plus qu’un symbole, « l’ensemble de l’équipe technique, des figurants et quelques comédiens » du tournage de la série Plus belle la vie étaient aussi présents et « ont débrayé une heure ».