Tag: Théâtre

  • [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    [Grand entretien] « La culture, espace possible de réconciliation »

    La Marseillaise : Le gouvernement présente la Saison Méditerranée comme « un temps fort de diplomatie culturelle ». Alors que les États, dont la France, échouent à des relations de paix dans tout le pourtour, ne trouvez-vous pas facile de faire porter ce poids sur les artistes ?

    Mohamed El Khatib : En fait, je pense que c’est une nécessité. il faut arrêter de considérer la culture comme un espace autonome qui ne serait pas relié aux questions diplomatiques, géopolitiques, sociales et économiques. Au contraire, je trouve qu’il était temps que des artistes prennent la parole et se fassent le relais de l’état du monde. Il est temps que les artistes donnent la parole à un certain nombre de pays marginalisés, donnent à entendre des voix libanaises, algériennes, palestiniennes, égyptiennes… Les artistes font leur travail et prennent le relais des empêchements diplomatiques. Regardez par exemple l’état dégradé des relations entre la France et l’Algérie : heureusement que le dialogue persiste à travers la culture. C’est un espace possible de réconciliation.

    Vous avez déclaré lors de la présentation de la saison que, « face à la montée de l’extrême droite, la responsabilité des artistes est d’imaginer des projets qui créent une histoire commune »…

    M.E.K. : Il y a quelques années, j’avais commencé en faisant entrer la Renault 12 au Mucem car c’est un objet du patrimoine industriel français typique que les Français adorent. Et en même temps, un véhicule œcuménique que les Maghrébins se sont notamment réapproprié en en faisant des espèces de tour de Babel roulantes pour rejoindre l’autre côté de la Méditerranée. D’un coup, cette histoire de l’épopée du retour au bled venait s’inscrire dans une histoire plus large de France. J’ai envie de trouver des espaces de dialogue qui, à défaut de resserrer les liens, permettent aux gens d’échanger. Avec Mères Méditerranées, j’ai voulu réunir des mères de chaque pays ayant une façade avec la Méditerranée et de voir ce qu’elles ont en commun. D’abord, car on ne les entend pas ou très peu alors qu’elles prennent en charge la plupart du temps la vie domestique et économique, qu’elles ont parfois à subir les départs d’enfants qui peuvent parfois être avalés par la Méditerranée. Face à cette mer, elles ont à la fois un rapport de fascination et de crainte. J’avais donc envie de créer un parlement des mères en Méditerranée pour voir ce qu’elles veulent léguer à leurs enfants pour un futur désirable. J’aimerais qu’à la fin, on arrive à l’écriture d’un manifeste de ces 23 mères. Aujourd’hui, il est impossible de réunir sur la scène politique la France et l’Algérie par exemple. Nous, on a la liberté de faire des propositions et imaginer de nouvelles façons d’être ensemble.

    Un de leurs autres points communs est qu’elles habitent toutes à Marseille…

    M.E.K. : Déjà, pas sûr de pouvoir retrouver dans beaucoup d’autres villes ces 23 nationalités. Beaucoup me disent que, quel que soit le pays d’où ils viennent, ça ressemble à chez eux. À Marseille, une ville portuaire, ça brasse. C’est une ville où les étrangers arrivent à cohabiter.

    Vous évoquez « Mères Méditerranées » comme un chœur de femmes. C’est-à-dire ?

    M.E.K. : Quand je dis chœur, je ne parle pas de chant, mais de chœur au sens grec : le chœur démocratique. Car on va voir des femmes qu’on n’a pas l’habitude de voir sur scène. On ne les voit pas sur scène et pourtant elles font l’identité de cette ville et sont toujours à l’arrière-plan. Ce sont des femmes qui vont prendre la parole. On a tourné un film avec elles qui sera projeté et qui fait part de leurs préoccupations. Au fur et à mesure, on va aussi donner quelques recettes de cuisine. En repartant, vous saurez par exemple faire le couscous et le houmous. Mais elles donnent aussi des recettes de vie telles que comment mettre votre mari au travail ou que faire pour que votre mari s’occupe aussi des enfants. C’est festif. Il y a aussi une vraie culture du chant. On ne peut par exemple pas faire un spectacle sur la Méditerranée sans l’évocation d’Oum Kalthoum. C’est valable pour tous les pays, y compris la Grèce et Chypre. Et il y a aussi la question de la danse qui revenait dans nos discussions.

    Quelles étaient les autres figures communes et récurrentes ?

    M.E.K. : Il y avait aussi beaucoup Faïrouz. On a également trouvé une série de berceuses communes à l’Espagne et au Maghreb. Tout comme la langue. Le français, l’arabe, l’hébreu… Tout ça part de la même racine. Et la question des Printemps arabes est aussi revenue, notamment la place des femmes dans les dispositifs politiques où elle est la plupart du temps minorée. Or on a retrouvé pas mal d’archives, suite à ce qu’elles nous ont raconté, sur la façon dont les femmes se sont investies dans les mouvements de libération. C’est quelque chose que l’on retrouvait déjà dans les mouvements de libération liés à la décolonisation, et plus récemment, avec les Printemps arabes. Mères Méditerranées est à la fois une ode domestique, affective, militante et politique.

    Samedi 16 et dimanche 17 mai à 20h au Mucem sur la place d’armes du fort Saint-Jean. Gratuit. www.mucem.org

  • « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    Quatrième édition, et déjà l’allure d’un rendez-vous bien installé. Du mercredi 6 au samedi 9 mai, le festival Uzès Seul en scène revient dans la cité ducale avec une programmation resserrée, populaire et ambitieuse, portée par son directeur artistique Patrick Timsit. Théâtre, danse, humour, stand-up, musique : l’événement veut faire dialoguer les formes et les publics, sans réserver la scène aux seuls initiés.

    Une nouvelle dimension solidaire

    Les premières têtes d’affiche annoncées sont déjà complets : Alex Lutz ouvrira le bal le 6 mai avec Sexe, grog et rocking chair, finalement présenté à l’Ombrière pour des raisons techniques. Suivront Marie-Claude Pietragalla avec Barbara, Philippe Caverivière avec Tu crois que c’est une bonne idée ?, puis Bernard Lavilliers et Le comptoir des voyageurs.

    Trois nouveautés viennent compléter la programmation. Le vendredi 8 mai à 11h, la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson donnera une masterclass au cinéma Capitole, animée par Karim Ghiyati, directeur d’Occitanie Films. Le soir même, place au Comedy Club avec Amandine Lourdel, Yacine Belhousse, Adel Fugazi, Ethan Lallouz et Denise.

    Enfin, samedi 9 mai à 21h30, Philippe Corti clôturera le festival avec un DJ set à l’Ombrière. Cette soirée, comme la masterclass, aura aussi une dimension solidaire : les recettes seront reversées à la Banque alimentaire du Gard. « C’est vraiment local et les gens savent où ça va. C’est important de le savoir. C’est concret », insiste Patrick Timsit.

  • « Les petites filles modernes », conte fantastique à Martigues

    « Les petites filles modernes », conte fantastique à Martigues

    Elles ont tant fait parler d’elles au point de truster le plus de nominations à la 37e cérémonie des Molières, prévue ce lundi 4 mai, parmi lesquelles celles du Molière du théâtre public ou celui du metteur en scène. Signées Joël Pommerat, Les petites filles modernes (titre provisoire) étrenneront peut-être ces récompenses les deux jours suivants au Théâtre des Salins, où se déploie ce conte fantastique dans le sillage de deux jeunes filles « obligées de déjouer les lois du monde réel et de s’affranchir de celles des adultes pour vivre leur pacte d’amitié qu’elles veulent indestructible », comme le résume dans sa note d’intention l’homme de théâtre.

    « Magie de l’enfance »

    Après son Petit chaperon rouge ou Cendrillon, le dramaturge « poursuit son exploration de l’enfance » avec Les petites filles modernes, indique le programme des Salins, au sujet de cette pièce qui raconte « la magie de l’enfance et puise dans le surnaturel la force d’aborder des réalités parfois inconcevables ». Récits enchevêtrés façon poupée russes autour de ces deux « très jeunes filles », « une histoire qui parle d’amour, au sens large, au sens où l’amitié serait de l’amour mais le vrai propos serait plutôt la peur et la colère », expliquait Joël Pommerat il y a un an, avant la première de son dernier-né. Selon lui, un spectacle « en contre-pied » de sa Cendrillon « qui déconstruisait franchement les notions de merveilleux et de surnaturel alors qu’ici, je les prends au sérieux sans parodie, au premier degré ».

  • Un solo d’acteur pour Alexandre Marius Jacob

    Un solo d’acteur pour Alexandre Marius Jacob

    Il s’agit d’abord d’une gageure et des performances d’un acteur polyphonique, capable de changer de sexe et de jouer successivement plusieurs rôles. Dans ce spectacle court, proche d’une scène de cabaret, exactement comme dans la « commedia dell’arte », ou bien dans les pièces de Philippe Caubère, avec maquillage et changements de mimiques, avec des transitions souples et des enchaînements rapides autour d’une chaise et de deux gradins, le comédien Franck Vrahidès n’évoque pas uniquement les épisodes de la vie du braqueur cambrioleur idéaliste Alexandre Marius Jacob dont l’éthique et les contradictions font penser à Ravachol, à Jules Vallès ou bien à Arsène Lupin.

    Il incarne avec une sobre distance la frénésie et les survivances de plusieurs fantômes : une mère envahissante et hystérique, un responsable de Mont-de-Piété balourd, des militants qui débattent à propos de comment faire la Révolution, un procureur de tribunal, un clone de TV qui explique que « la France a peur », ou bien des malfrats et des anodins plus ou moins burlesques qu’on croise dans la rue.

    Avec Annie Ernaux,

    pour « venger sa race »

    La seconde performance de ce spectacle, le deuxième coup de chapeau qu’on adressera, revient à l’auteur et metteur en scène Jérémy Besson. Précis dans son déroulement tout en étant capable d’anachronismes, à la fois rageur, tragique et plein d’humour et d’autodérision, son texte condense plusieurs âges de la vie d’un insurgé-autodidacte qui cessa d’être naïf. Jérémy Besson est ardent lecteur de Bakounine, de Rimbaud, de Pessoa, de Bourdieu ou d’Annie Ernaux. En 2025, il a publié chez l’éditeur Quiero basé à Forcalquier un montage de récits titré L’éclat des Fracas. En ricochet, ce texte écorché et sauvagement radical, écrit voici 15 ans, finement adapté et maquetté par Samuel Autexier, laisse entendre en dépit des différences d’époque comment le transfuge marseillais Alexandre Marius Jacob s’extirpa de son statut de prolétaire pour devenir l’inventif organisateur du gang des Travailleurs de la Nuit : il voulait « venger la race » des êtres que les injonctions et les hiérarchies de la société capitaliste n’ont pas cessé de briser.

    *Mardi à 18h30, bibliothèque
    de l’Alcazar, 58, cours Belsunce, Marseille 1
    er. Entrée libre.

  • Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Dans cette époque de conflits, où les libertés sont remises en cause et le dialogue devient difficile, des moments de rencontres comme le Festival de Marseille sont indispensables », introduit Julie Chénot, présidente de son conseil d’administration, à l’heure de dévoiler la programmation de sa 31e édition. Le rendez-vous se déploie du 14 juin au 8 juillet sur « 14 sites de la ville, du plus au Sud avec le Théâtre des Calanques jusqu’au Nord avec le Théâtre de la Sucrière ».

    Fort « d’un taux de remplissage qui a approché les 100% » en 2025, notamment à travers ses actions de médiation et d’un tarif unique à 10 euros, le Festival de Marseille remet le couvert avec une soixantaine d’événements. Et ce, dans le cadre d’une « programmation principalement internationale », situe sa directrice, Marie Didier, dont un certain nombre de projets qui jettent des « ponts entre les cultures », comme pourra en attester Urban Gnawa project. Imaginée par le chorégraphe Khalid Benghrib et réunissant « 250 participants amateurs » à la Friche Belle de Mai, campe Julie Moreira-Miguel, responsable des relations avec les publics, une « fête électro-populaire » d’ouverture qui donnera le la d’un festival fertile en mélanges de disciplines et d’influences.

    Dans Border Dance, Taoufiq Izeddiou se jouera des « frontières entre les cultures flamenco, gnawa et danses contemporaines » au Théâtre Joliette. Klap, Maison pour la danse, accueillera quant à elle Fandango reloaded. Créée par la Valencienne Inka Romani, une plongée dans cette danse « qui a failli disparaître pendant la période franquiste et dont elle dit qu’elle a résisté à la censure et au fascisme car elle était cachée dans le corps de nos grands-mères », détaille Marie Didier. La Friche Belle de Mai sera aussi le théâtre de Nouba-ti, performance décloisonnant les disciplines et imaginée par dix artistes femmes du bassin méditerranéen, qui s’inscrivent « dans le sillage » du film La Nouba des femmes du mont Chenoua, réalisé par Assia Djebar en 1979. « Nous nous interrogeons sur la façon de faire de l’art dans un monde où la cruauté est partout, afin de construire d’autres imaginaires », explique l’une de ses trois conceptrices, la Palestinienne Samaa Wakim.

    « Affirmations »

    Si le 31e Festival de Marseille joue à fond la carte de l’art briseur de frontières, il n’en demeure pas moins lieu des échos de sociétés qui naviguent entre « soumission et soulèvements », plante Julie Moreira-Miguel. Illustration suprême avec Fucking future, de Marco da Silva Ferreira, qui, au son « des tambours et de la techno », déglingue « les codes de la virilité, de la violence, de la soif de pouvoir et de l’oppression ».

    De rébellion, il sera aussi question à la Cité radieuse du Corbusier, à l’Alcazar et au Mucem, avec un « temps fort autour du mahraganat, mouvement culturel apparu dans les rues du Caire dans les années 2000 » et qui se veut l’expression « d’une attitude contestataire vis-à-vis du pouvoir et de la religion ». De « l’intime au politique », autant de révoltes qui appellent aussi parfois à « l’affirmation de soi quand on ne se situe pas dans la norme », précise la directrice du Festival de Marseille. Preuve en sera notamment avec XXL de Sofiane Chalal qui convoque avec trois autres danseurs les préjugés liés à leur surpoids pour les transformer en puissance créatrice, Parc d’Eric Minh Cuong Castaing « qui réunit dans un même espace de jeu public, danseurs et enfants atteints de troubles moteurs, soignants et robots commandés à distance », ou encore Version(s) de Dorothée Munyaneza, « hommage au boxeur marseillais Christian Nka, marqué par la lutte et la violence avec et contre laquelle il s’est construit ».

  • « Thélonious et Lola », fable humaniste à Aix

    « Thélonious et Lola », fable humaniste à Aix

    « C’est l’histoire d’une petite fille qui rencontre un chien sans collier, qui chante, philosophe, parle chien, chat et français. Mais une nouvelle loi vient d’être votée : les chiens sans collier doivent être expulsés », situe Agnès Régolo. Avec Thélonious et Lola, elle met en scène cette drôle de fable au Théâtre du Jeu de Paume, les 29 et 30 avril, qui « aborde les questions de la différence et du racisme », imageant des réponses face à une inhumanité qui peut ressurgir à tout moment, comme le monde en recèle bien des exemples. Ce texte a été écrit il y a 15 ans par l’auteur belge Serge Kribus. Selon lui, cite-t-elle, « le théâtre et les histoires que nous racontons ne sauvent pas le monde. Elles n’apportent même aucune solution et je ne crois pas qu’elles sont faites pour ca. Mais elles nous permettent l’essentiel : échapper à la solitude, à l’isolement, à la honte parfois ».

    « Joie de survivre »

    « Lola tombe sous le charme du chanteur et compositeur Thélonious », un chien chanteur errant, rappelle Agnès Régolo au sujet de ce duo burlesque incarné par Ligia Aranda Martinez et Antoine Laudet qui communique des attitudes face à la morosité ambiante. Avec pour « ciment de leur amitié », une musique composée par le violoncelliste Guillaume Saurel. Comme l’espère la femme de théâtre, « nous voilà plongé dans la fantaisie et la beauté des fables enfantines qui n’hésitent pas à faire dialoguer humains et animaux, comme issus d’un même moule. À la découverte du monde, Lola observe tout vivant comme son égal. Personnage au charme vivifiant, elle nous donne de l’air, la joie de survivre ».

  • Miss Lulu fait chavirer tous les cœurs de 7 à 77 ans

    Miss Lulu fait chavirer tous les cœurs de 7 à 77 ans

    « Miss Lulu pose ses valises à Marseille le temps d’un récital. C’est une diva très fantasque qui a su traverser les âges et le temps », explique son créateur et interprète, Olivier de Narnaud. Il poursuit : « Contre-ténor, je suis aussi passé par le Théâtre du Soleil. Mon personnage inspiré de ma grand-mère est né de ce mélange, il y a bientôt 10 ans. Enfin, j’ai beaucoup d’affection pour les chansons réalistes des années 20, 30, 40 du siècle dernier. »

    Jamais sans P’tit Pierre

    Passée par chez Michou à Paris, Miss Lulu fait partie de la revue du Cabaret de l’étoile bleue depuis deux ans. Le personnage vit son propre spectacle avec son accordéoniste P’tit Pierre. Le public va de 7 à 77 ans. « Les enfants sont scotchés par la voix, les costumes, par ce personnage qui chante, danse, raconte des histoires d’aujourd’hui », témoigne l’interprète, qui n’a jamais oublié cette petite fille habillée en princesse venue à sa rencontre en fin de soirée. « Nous n’arrivions plus à nous quitter » relate-t-il avec émotion.

    Indissociable de Miss Lulu, P’tit Pierre est son accordéoniste, mais aussi l’un de ses amours, et son souffre-douleur qui subit toutes ses colères. « Un musicien de formation classique, avec une prédilection pour le jazz, notamment manouche. Il est capable de produire 10 000 couleurs, car il joue de tous les instruments en un seul », détaille Olivier de Narnaud.

    Le 24 avril à 19h à l’étoile bleue. 107 bis, bd Jeanne-d’Arc à Marseille (5e). Réservation
    au 06.48.14.83.40.

  • Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    Le théâtre de l’Œuvre se prépare à un grand lifting

    « Le théâtre de l’œuvre est un bâtiment emblématique de 100 ans. Un tiers lieu social citoyen, qui participe à la vie du quartier de Belsunce. » Sur ces paroles élogieuses, Dro Kilndjian, directeur du théâtre, ouvre la conférence de presse sur scène : « Depuis 4 ans, nous sommes fiers de porter plusieurs initiatives sociales et solidaires afin de participer aux aspects culturels qui dynamisent Marseille. Pendant ces quelques années, nous avons aussi travaillé sans relâche pour collecter les fonds nécessaires destinés à lancer nos rénovations. »

    Abîmé par l’âge

    Deux étages condamnés, des espaces sous exploités et une chaudière qui date de la Seconde Guerre mondiale. « Il fallait passer à la phase de travaux », insiste le directeur. Mais ces rénovations impliquent des coûts. « Nous avons déjà récolté 3,25 millions d’euros », annonce l’architecte, Guillaume Beccaria. Pas de quoi déstabiliser le représentant de Land, agence d’architecture à Marseille, qui reste impassible. Son projet millimétré compte bien respecter l’authenticité du théâtre. « Nous conserverons le bâtiment d’angle, ainsi que les sièges des spectateurs. C’est au-dessus que nous allons restructurer un étage de création et de répétitions pour les artistes, construire un ascenseur et agencer un toit-terrasse pour en faire un espace de performances extérieures et de rencontres », rapporte Guillaume Beccaria.

    Une réhabilitation qui a donc pour but d’améliorer le confort des troupes d’artistes. Accompagnée de quelques projets innovants pour élargir les capacités d’accueil du bâtiment. L’architecte poursuit : « Dans cette salle, nous allons installer un système qui permettra de rabattre les fauteuils pour recevoir un public debout et accueillir des spectacles de théâtre, comme des concerts. » Un plan qui participera ainsi à laisser place aux cultures urbaines avec l’accueil d’événements musicaux actuels. La fin des travaux est prévue pour janvier 2028.

    « Besoin de tout le monde »

    « Un projet culturel solide », félicite Gwénaël Richerolle, adjoint au maire délégué au patrimoine municipal, qui en profite pour saluer « la qualité du modèle de financement », en présence de Sophie Camard, maire de secteur.

    Le directeur a malgré tout indiqué « manquer de fonds » : « Nous avons récolté 1,4 million d’euros grâce au fonds européen de développement régional (Feder), 500 000 euros de la CNM, mais très peu de collectivités locales sont présentes autour de cette table (…), notamment à l’année. La Ville est la seule à contribuer avec 100 000 euros, aucune aide de la Métropole, du Département ou de la Région. » Dro Kilndjian s’inquiète : « Les fonds actuels sont faibles et ne suffiront pas à couvrir nos besoins d’équipement et de personnel. Nous avons besoin du soutien des collectivités, c’est une question de vie de quartier, de l’une des dynamiques principales de Belsunce. Nous avons besoin de tout le monde. »

    Avant le début du chantier en juin, le théâtre propose une série de spectacles jusqu’au 25 avril. Et DJ set le 9 mai. Calypso Sadousty

    Détails sur theatre-oeuvre.com

  • Le tour du Festival d’Avignon en 80 interrogations

    Le tour du Festival d’Avignon en 80 interrogations

    « Va-t-on pouvoir voyager en Corée sans sortir d’Avignon ? », s’interroge, devant plusieurs centaines de personnes installées dans les fauteuils rembourrés rouges de la FabricA, Fatima, animatrice à l’espace pluriel d’Avignon, en présentant Kim : Yeonshee, spectacle au programme du Festival d’Avignon IN lors de cette 80e édition qui se tiendra du 4 au 25 juillet prochain. Une interrogation parmi les 80 formulées par des festivaliers sélectionnés ce mercredi 8 avril en début de soirée lors de la présentation du programme de l’événement, avec pour thème, donc, le questionnement.

    Il y a tout de même un certain nombre de certitudes sur le déroulement. À commencer par le nombre de représentations, avec pas moins de 47 spectacles mais aussi 2 expositions pour près de 300 représentations et plus de 136 000 places à la vente. Avec, en ouverture dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes, « Maldoror » de Julien Gosselin, adapté de l’écrivain chilien Roberto Bolaño. Un questionnement, forcément, sur la présence de la violence dans la société.

    Se mêlent ensuite, pendant les trois semaines de l’octogénaire du Festival In, des grands noms tels qu’Isabelle Huppert, Valérie Dréville, Denis Podalydès ou encore Éric Ruf. À noter que 67% des artistes invités sont programmés pour la première fois sur les planches de la Cité des Papes.

    Corée à l’honneur

    Un air d’Asie va donc également souffler sur Avignon pendant ce mois de juillet. Plusieurs œuvres de la prix Nobel de littérature Han Kang seront ainsi présentées, dont son dernier roman Impossibles adieux. Mais aussi, parmi d’autres, Island Story de Kyung-Sung Lee, qui conte, au gymnase du lycée Aubanel, l’histoire du massacre de Jeju en 1948, où des dizaines de milliers de personnes avaient été tuées suite à une rébellion contre le pouvoir anticommuniste mis en place. « Comment donner la voix à ceux qui sont réduits au silence ? » demande ainsi à ce propos Jeffrey, un festivalier habitué de nationalité américaine, qui rappelle la responsabilité de son pays dans ce conflit.

    L’occasion également, pour le maire nouvellement élu, Olivier Galzi (DVD), d’assurer qu’il promeut « une culture partout et pour tous » et qu’Avignon sera « une capitale » et, dans une longue tirade, d’appeler à « abattre des remparts d’ignorance » et à « éveiller les esprits sans attiser le bruit et la fureur ». Et ce, quelques minutes après des applaudissements nourris pour sa prédécesseuse à la tête de la ville, Cécile Helle (PS), qui n’était pas présente ce mercredi.

    Les différentes billetteries et l’accès au festival

    Un nouveau système d’ouverture des ventes sous forme de créneaux « afin de garantir un accès fluide et d’éviter toute saturation du site » a été présenté ce mercredi. Ceux-ci, déjà tous complets, permettent d’acheter ses places lors d’un horaire dédié entre le lundi 13 et le samedi 18 avril. Pour le reste, la billetterie en ligne, pour tous et toutes, sans inscription préalable, ouvrira le samedi 18 avril à 13 heures. Puis, à partir du 20 juin, par téléphone au 04.90.14.14.14 ou au guichet, 20 rue du portail Boquier. Et à partir du 27 juin à la boutique du Festival, située sur la place de l’Horloge. Avec, comme toujours, un guichet de la dernière chance sur les lieux du spectacle, une heure avant le début de ceux-ci, dans la limite des places disponibles. Tout en sachant qu’il y en aura 136 000 à la vente, soit 14 000 de plus que l’an dernier.

    Pour se rendre sur place, le dispositif exceptionnel de trains et bus mis en place par la Région Sud est maintenu, avec des lignes depuis plusieurs communes vauclusiennes. Mais aussi des trains et bus jusqu’à 23h30 « pour un retour facilité et un hébergement en périphérie » précise l’organisation, notamment vers Arles, Carpentras, Cavaillon ou encore Orange.

    Infos et billetterie sur festival-avignon.com

  • « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    Sitôt passée sa « surprise » lorsque Les Théâtres – groupement des scènes marseillaises du Gymnase et des Bernardines et des Aixoises du Grand théâtre de Provence et du Jeu de Paume – lui ont passé commande pour J’ai les boules, Iraka a tout de suite « abordé l’angle de son écriture avec le rapport intime » que ce slameur entretient avec la pétanque. « J’ai creusé dans mon histoire familiale où la pétanque était un endroit de convivialité, de jeu pendant les vacances », se remémore l’auteur et interprète de cette création qui tournera sur certains terrains de pétanque de Marseille et des alentours, à commencer par le Cercle de Saint-Barnabé, ce vendredi, à 19h. Un format musico-théâtral qui s’inscrit dans le cadre d’« Aller vers », projet initié par Les Théâtres en 2021 et destiné à emmener gratuitement le spectacle vivant à la rencontre du public.

    J’ai les boules arbore une forme « hybride » de 30 minutes au cours duquel la compositrice et DJ électro Mila Necchella assure aux platines, aux côtés d’Iraka, dont le flow se répand sur la terre battue chère aux boulistes. « Avec des ambiances sonores qui évoquent la Méditerranée », campe ce dernier, avant d’énumérer les multiples dimensions de la création : « Musicale, théâtrale et aussi stand-up. »

    D’Arles à Rognes

    En effet, l’humour et parfois le folklore alimentent les discussions et autres conciliabules qui enveloppent toute partie de pétanque digne de ce nom. « Nous nous sommes entre autres inspirés de scènes de Pagnol, d’un certain franc-parler. On a voulu créer du mouvement et de la drôlerie », rappelle Iraka à propos de cette création, qui passera ensuite, samedi 4 avril, par La boule des vents (12h), au Panier, et le Boulodrome Targuist, qui surplombe le Théâtre Silvain (18h30). Autant de scènes à l’ambiance « rap et électro » auxquelles les deux artistes intègrent les voix de joueurs de pétanque chevronnés, comme la championne Charlotte Darodes, dont « nous nous sommes inspirés pour la démarche sportive de haut niveau », souligne Iraka, citant également d’autres pétanqueurs emblématiques comme Marco Foyot, ou encore « le bombardier tunisien » Mohamed Ferjani.

    « Abreuvé par les articles de “La Marseillaise” » lors de la création de J’ai les boules, le slameur a aussi poussé sa démarche jusqu’à « palper » les ambiances des parties de pétanque du quotidien, notamment au Boulodrome Daillan, dans le quartier arlésien de Trinquetaille où il réside, et qui accueillera d’ailleurs deux représentations le 12 avril. Le spectacle poursuivra sa route du 14 au 24 avril en écumant tour à tour les terrains de pétanque marseillais de Carli, du Talus, celui de l’esplanade du Séquier à Barbentane, le boulodrome municipal du Rove, le boulodrome Méano de Miramas, celui du Grand Pavois à Septèmes ou encore celui du Parc Versaille à Rognes.