Tag: SNCF

  • Le centre de maintenance des TER à l’étude à Béziers

    Le centre de maintenance des TER à l’étude à Béziers

    On a gagné la première manche », se félicite Nicolas Midague, de la CGT Cheminots à Béziers. Cela fait en effet 33 ans que la fermeture du dépôt de Béziers plane et les cheminots attendaient désespérément une bonne nouvelle. Car si le dépôt n’est toujours pas fermé, grâce à une mobilisation tenace, les effectifs sont passés de 400 à 40 salariés et le site doit bien s’arrêter de fonctionner dans un an et demi. Alors l’implantation d’un centre de maintenance sur le site de l’ancienne gare de triage du fret à Capiscole pourrait permettre de sauver ces emplois et même de recruter, puisque le nouveau site pourrait compter entre 50 et 80 salariés selon l’option retenue.

    Ce centre de maintenance régional (CMR) pourrait en effet avoir trois fonctions si elles sont toutes retenues par la Région et la SNCF : « Il y aurait déjà un centre d’entretien du matériel au quotidien, comme le fait Nîmes », explique le conseiller régional communiste Jean-Marc Biau. « Ensuite, il y a la question de l’implantation d’un tour en fosse qui permet de reprendre les essieux des engins moteurs. Il n’en existe qu’un dans le sud de la France, à Avignon. C’est un dossier ancien puisque la SNCF s’était engagée à en faire un à Béziers en 2016. Enfin, il pourrait y avoir un entretien pour les rames accidentées parce qu’aujourd’hui les trois régions, Paca, Aquitaine et Languedoc-Roussillon dépendent d’un centre à Varennes-Vauzelles dans le sud de la France avec des délais d’immobilisation qui sont parfois de plus d’un an. »

    Soutenue par les syndicats, la création de ce centre dépend désormais d’une étude de faisabilité qui sera lancée dans les tout prochains jours. En effet, il n’existe que deux centres (Nîmes et Toulouse) dans la région et le passage à de nouvelles rames nécessite la création d’une nouvelle structure dans les mois à venir. Elle devait initialement voir le jour à Narbonne, mais les élus locaux l’ont refusée et un nouveau site doit rapidement être désigné.

    Accélération

    du calendrier

    Deux sites ont ainsi été retenus : soit Béziers, donc, soit un deuxième site à Nîmes, dont l’étude de faisabilité vient d’être terminée. « Béziers a une position centrale. C’était à l’époque pour cette raison que Narbonne avait été retenue. Les deux sites ont des contraintes mais je pense que Béziers, c’est la solution la plus avantageuse pour tout le monde parce que si on concentre tous les moyens à Nîmes et qu’il y a des incidents sur la ligne, tout sera bloqué là-bas », explique l’élu régional qui sait tout de même que la direction de la SNCF pencherait plutôt pour une implantation dans la capitale du Gard.

    Désormais tout va s’accélérer. Le bureau d’études a en effet trois mois pour rendre ses conclusions et la décision de la Région, en concertation avec la SNCF, sera connue durant l’été, promet Jean-Marc Biau.

  • Ces 22 kilomètres qui relieraient Nice à Genève

    Ces 22 kilomètres qui relieraient Nice à Genève

    Durant les discussions en mairie de Briançon ce mardi, une demande, défendue de longue date par des élus et usagers, a été renouvelée par Jerôme Rebourg, vice-président de la Fédération nationale des usagers des transports (Fnaut). Il s’agit de la réouverture des 22 kilomètres de voie ferrée, fermés en 1989, entre Digne et Saint-Auban. Sur le papier, ce tronçon aujourd’hui à l’abandon, permettrait de connecter la ligne des Alpes, qui va d’Aix-en-Provence vers l’Etoile de Veynes et de là vers Grenoble, Gap, Valence et même Genève, à la ligne qui va de Digne-les-Bains à Nice. La Fnaut revendique même le soutien de plusieurs municipalités dont la capitale suisse elle-même. Une démarche déjà entamée depuis plusieurs années par les associations locales.

    « Il faut réactiver Digne-Saint-Auban, sans quoi on ne fera pas réellement le désenclavement des Alpes du Sud, martèle Sylvain Liotard, président de Mobilités Alpines. Cela desservirait Nice, Veynes, Grenoble, mais aussi la vallée du Verdon et Avignon TGV. Se concentrer uniquement sur Aix-Briançon est préjudiciable, on perd des trajets et des clients potentiels. » Sur la carte des trains en région Sud, cette ligne vacante au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, interroge. Son abandon, décidé en 1989, s’explique dans un contexte général de fermeture des petites lignes considérées comme peu rentables par la SNCF dans les années 1980, qui les remplace à cette période par des services d’autocars. Paradoxalement, la ligne Alpazur connaissait un succès de fréquentation, surtout durant les périodes touristiques. Les journaux de l’époque rapportent même les louanges des passagers saisis par le défilé de paysages offerts de Genève à Nice en une journée de voyage. La fin du tronçon Digne-Saint-Auban dû à son manque de rentabilité a en quelque sorte condamné l’itinéraire dans son ensemble.

    La SNCF botte en touche

    Néanmoins, la chose n’est pas si simple selon les cadres de la SNCF. « Tout ce qui n’est pas entretenu s’use et coûte plus cher quand il faut le remettre à niveau », a tempéré Karim Touati, directeur régional de SNCF réseau en Paca. Avant de citer des solutions éventuelles de « mobilités plus légères avec des trains légers innovants qui pourraient être une réponse, parce qu’ils génèrent des coûts d’infrastructures plus faibles ». Le président directeur de la SNCF , Jean Castex, a lui aussi laissé la porte entrouverte : « Notre objectif, c’est que le réseau actuel tienne, mais on n’est pas fermés. Rouvrir des lignes, c’est arrivé ! Mais avant de parler d’en rouvrir il faut consolidant l’existant. »

  • Quand la SNCF déraille, un film donne la voix aux cheminots

    Quand la SNCF déraille, un film donne la voix aux cheminots

    Le Casi des cheminots de Paca est à l’initiative de ce documentaire, réalisé en pleine ouverture du service public ferroviaire à la concurrence. Un film qui s’adresse au grand public. « Une occasion de porter un autre regard sur le monde cheminot face à ce bouleversement et de comprendre l’attachement de ces hommes et de ses femmes à leur entreprise et à leur mission de service public », présente Sébastien Gronnier, secrétaire du Casi.

    En proie à un démantèlement, la grande famille du rail se dit en souffrance. « La concurrence, la filialisation, les transferts de personnels, les horizons bouchés, les réorganisations, y compris dans des établissements qui ne sont pas soumis à des transferts, ce sont de vrais chocs pour les cheminots, a déclaré Romain Pitelet, secrétaire général adjoint de la CGT Cheminots. On en est à treize cas de suicide depuis quelques mois. » Une situation si préoccupante qu’elle a poussé les quatre syndicats de la SNCF à lancer, mercredi 6 mai dernier, un appel unitaire à la grève pour le mercredi 10 juin prochain afin d’exiger un moratoire.

    Le service public sacrifié

    à la rentabilité

    Les syndicats cheminots ont dénoncé le manque d’investissements dans l’outil ferroviaire depuis des années, de même que le découpage de la SNCF en plusieurs entités. Aujourd’hui, la vétusté des rails et des rames fait partie des arguments avancés par l’ex-Premier ministre Jean Castex, devenu PDG de la SNCF, et par Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région Sud, pionnier de cette ouverture à la concurrence, tablant sur l’effet d’aubaine des Jeux olympiques d’hiver pour moderniser des lignes (lire notre édition du 7/05)… qui devront être rentables.

    Mais le service public échappe par définition à toute considération de rentabilité. Un moratoire serait donc l’occasion pour la population « d’avoir toutes les cartes en main pour se faire une opinion sur ce choix politique, précise le secrétaire du Casi. L’ouverture à la concurrence est une vraie bataille des idées. » L’organisation de cheminots a déjà publié une BD sur la privatisation de la SNCF, suivie d’un livre qui collecte des témoignages sur le passage au système concurrentiel. Dans la lignée, le film affiche cette visée didactique. Le grand public est la cible de ce documentaire, dont le parti pris est de focaliser sur le vécu humain et non l’aspect économique des réorganisations de la SNCF.

    On s’y écarte des prises de paroles syndicales pour se fixer sur « des témoignages de cheminots, des hommes et des femmes qui ont fait le train hier et qui le feront demain. Ce sont les mêmes, passés du public aux mains du privé, confrontés à un manque de moyens, une perte de sens. Car pour répondre à un appel d’offres, il faut baisser la facture, donc rogner sur la sécurité et les conditions de travail », résume Sébastien Gronnier. L’Angleterre en a déjà fait les frais. Ici, c’est le rapport de ces cheminots à leur travail qui est exploré, « comment ils vivent et ressentent ces bouleversements. Comment, au guichet, ce qui se faisait à deux est demandé à un seul… ». Dans la salle, le processus de libre concurrence trouve un autre éclairage : « Les gens réagissent et disent que ce schéma a conduit également à une baisse de qualité de service à La Poste ou à EDF. »

    Le documentaire continue son chemin à la rencontre du public. Draguignan était la douzième projection du film depuis le début de l’année. Sept autres suivront avant l’été et le documentaire sera disponible sur les plateformes après la période estivale.

    Prochaines séances : le 18 mai
    à Mandelieu-la-Napoule lors
    du festival Visions sociales (06),
    le 21
     mai à Tregunc (29), le 26 mai à Rouen (76) et à Chambéry (73), le 27 mai à Caen (14), le 10 juin
    à Lille (59) et le 12 juin
    à Annecy (74).

  • La Région Sud signe avec la SNCF un nouveau contrat

    La Région Sud signe avec la SNCF un nouveau contrat

    Ce contrat entérine notamment un renouvellement des rames et des infrastructures ainsi que l’amélioration de la desserte. Aujourd’hui dégradé, le réseau des Alpes du Sud sera modernisé, notamment pour accueillir les Jeux olympiques de 2030. Un des grands objectifs de la Région.

  • [Entretien exclusif] Renaud Muselier et Jean Castex « Les JO, accélérateur de la révolution ferroviaire »

    [Entretien exclusif] Renaud Muselier et Jean Castex « Les JO, accélérateur de la révolution ferroviaire »

    La Marseillaise : Vous avez fait ensemble des annonces importantes pour le ferroviaire dans la région. Peut-on parler d’un « effet Jeux olympiques » ?

    Renaud Muselier : Il y a incontestablement un effet JO dans la région, pas simplement sur le ferroviaire. Mais nous avions commencé par le premier budget vert d’Europe, ce qui entraîne la décarbonation. Dans une région où on ne peut pas avoir de route et dans laquelle il faut des trains. La boucle est bouclée. On a fait ce qu’il fallait sur l’arc bucco-rhodanien, pour libérer, organiser, structurer Tarascon, Arles, Miramas, la Côte bleue, donc l’Ouest de Marseille. On a, sur la Métropole niçoise, réglé le problème de Nice-Breil, ce qu’on appelle le train des merveilles, mais aussi le Nice-Digne, le train des pignes. On a obtenu des moyens pour la Ligne nouvelle Provence Côte d’Azur qui est le premier maillon de l’arc méditerranéen entre l’Italie et l’Espagne, financé par l’Europe. Dans le cadre de l’application des règles européennes transcrites dans le droit français, nous avons fait des appels à concurrence. Quel est l’accélérateur de la révolution ferroviaire ? Oui, c’est l’effet Jeux. Il permet d’obtenir plus vite les livraisons, l’organisation d’une structuration qui a été anticipée depuis longtemps.

    Jean Castex : Les JO d’hiver c’est le bébé de Renaud Muselier, mais permettez-moi de rappeler qu’avant d’être Premier ministre, j’ai été délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Cela me permet de dire que des Jeux réussis, ce sont ceux qui laissent un héritage sur le territoire sur lequel ils sont organisés. Je ne peux que me réjouir, avec ma casquette de président de la SNCF, qu’Alpes 2030 aura un héritage ferroviaire majeur. La ligne des Alpes sur laquelle nous nous trouvions, mardi, avec le président Muselier, en est l’illustration. La force de la région, c’est d’avoir su drainer une partie des financements olympiques sur un objet ferroviaire qui va rester bien au-delà de l’échéance de 2030. L’ambition est là. Bravo la région ! Après, il faut réaliser. L’avantage des Jeux, je l’ai mesuré à Paris, c’est qu’il y a une échéance. On ne peut pas dire au monde entier qu’on n’est pas prêt et que, finalement, on va les faire en 2032. On sait faire. On a fait des lois olympiques pour accélérer les procédures. C’est aussi une vertu des Jeux de nous apprendre à travailler autrement pour rendre possible ce qui d’ordinaire est impossible ou, du moins, très difficile.

    Quel impact de cet héritage ferroviaire sur la vie quotidienne de la population ?

    Jean Castex : La ligne des Alpes, mais ce n’est pas la seule, a un taux de régularité qui peut être amélioré. C’est ça que regardent nos concitoyens. Le cumul de l’ouverture à la concurrence lot n° 3 et des travaux olympiques va nous permettre d’agir sur tous les registres avec des impacts concrets pour nos concitoyens. Augmentation de l’offre ferroviaire à terme de 30%, ça veut dire par exemple un train par heure à heure de pointe. Dans les causes des retards, aujourd’hui, il y a la vétusté de l’infrastructure. À l’issue des 340 millions d’euros qu’on va engager sur la ligne Marseille-Briançon, tout cela va changer. La région va, par ailleurs, commander de nouvelles rames, certains retards étant liés à des pannes sur des rames anciennes. On va construire également un atelier de maintenance à Briançon. Bravo la région ! On comprend bien que rapprocher la maintenance de la ligne accroît la performance. Des pannes, il peut y en avoir, c’est inévitable. La question c’est : dans quel délai on peut les réparer.

    Donc, vous considérez que ce ne sont pas seulement des investissements pour transporter une masse de touristes durant les 15 jours des Jeux ?

    Renaud Muselier : Je pense d’abord aux citoyens de la région qui sont entre les trois grandes métropoles voire quatre avec Avignon, plus les bassins de vie enclavés dans nos terres. Je commence par là. Par exemple, au-delà de l’augmentation des trains dont a parlé le président Castex, on diminue le prix du billet de 20% pour les abonnés. Parallèlement, il augmente de 20%pour le ticket unique. Donc, celui qui vient en vacances, il prend le train et il paye beaucoup plus cher. C’est le seul moyen que l’on a pour désengorger, décarboner, fluidifier, organiser, structurer en refaisant la totalité de nos gares. On nous avait accusés, au début du mandat, de vouloir fermer des gares. On n’en ferme aucune. Au contraire ! On crée des pôles multimodaux partout avec le train, les cars Zou! qui ont été augmentés et décarbonés, les parkings, les prises de recharge, les vélos…

    Jean Castex : La force des Jeux et du président Muselier, c’est d’avoir réussi à attirer des financements extérieurs à la région. Nous avons posé, ensemble, le premier cube du Pôle d’échange multimodal de la gare de Briançon. C’est un projet ambitieux de 20 millions d’euros qui sera financé par la Solidéo [Société de livraison des ouvrages olympiques Ndlr]. Ce ne sont pas des fonds régionaux, pas des fonds SNCF.

    Il est aussi question, avec votre déplacement, Jean Castex, d’ouverture à la concurrence. Et puis… finalement, c’est l’opérateur historique qui l’emporte ? Cela n’aurait‑il pas été plus simple d’avancer sans en passer par là ?

    Renaud Muselier : On augmente de 30% le niveau de service. La concurrence a quelque chose de bon, c’est qu’en sortant du monopole, tout le monde se retrousse les manches. Que le meilleur gagne. Dans les lots ouverts, il y en a quand même un qui a été gagné par un concurrent. Nous avons été les premiers en France à ouvrir la concurrence, il a fallu que la SNCF s’adapte.

    Jean Castex : Évidemment, c’est un challenge pour la SNCF, mais on aime bien être challengé. Ne croyons pas que le service public soit incompatible avec l’amélioration de la performance, à l’adaptation à des attentes nouvelles… Le monde bouge. Mais, vous vous en doutez bien, c’est un challenge quand vous êtes en monopole depuis quand même 1937. Je le dis : l’objectif stratégique de la SNCF est de se succéder à elle-même. Elle est mise en concurrence, c’est la loi. Les autorités organisatrices des transports sont exigeantes, M. Muselier l’a rappelé. Nous devons faire des offres qui sont performantes sans nous renier, sans casser le jouet. On reste la SNCF ! On a des valeurs de service public auxquelles je suis parfaitement attaché, mais les modalités évoluent. Cela suppose un processus d’accompagnement du changement, par le dialogue social. Qu’est-ce qui résout l’équation ? L’accroissement de l’offre. C’est-à-dire qu’on nous donne des moyens, que l’on peut investir… Si on restait à offre constante, sans aucun moyen d’évoluer à l’investissement, on pourrait se dire « tout ça pour ça ». Non ! Ce n’est pas comme ça. On est heureux de garder ce service, on veut gagner tous les lots, même si on ne les gagne pas tous, c’est la loi du genre. Le point commun avec l’autorité organisatrice des transports, c’est que l’on est satisfait quand nos voyageurs, nos usagers, le sont aussi.

    Votre prédécesseur à la tête de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, avait quand même reconnu qu’il avait un doute sur l’efficience économique de la concurrence. Est-ce que vous partagez ce doute ?

    Jean Castex : Aucun système n’est jamais parfait, bien entendu. J’ai d’ailleurs appelé de mes vœux la constitution d’un observatoire neutre. Vous le savez, le TGV est lui aussi ouvert à la concurrence. Il y a des dessertes qui sont très rentables et d’autres qui sont déficitaires. C’est comme ça, parce que le TGV va partout et je tiens à ce que ça continue. Il n’y a pas besoin d’être docteur en gestion. Si les aimables concurrents ne vont que sur les sections rentables pour laisser à la SNCF les dessertes non rentables ça ne fonctionne pas. Pour moi, oui à l’ouverture à la concurrence, mais avec des obligations et des règles du jeu qui sont les mêmes pour tous. L’aménagement du territoire, c’est la péréquation. Les élus politiques des territoires le savent et ont ce souci.

    Renaud Muselier : Oui, d’ailleurs, nous-mêmes en tant qu’autorité organisatrice des transports, on a intégré cette exigence. On a toujours fait des lots équilibrés. On sait bien quels sont les territoires sur lesquels il y a beaucoup de monde et les autres.

    Jean Castex : Sur les TGV, c’est une activité « librement organisée », il n’y a pas d’autorité organisatrice des transports comme pour les TER avec les Régions. Mais attention, on est sur du service à la Nation ! Le train c’est un atout de développement du territoire.

    C’est le cas aussi pour les trains de nuit, vous reconnaissez cette logique ?

    Renaud Muselier : La desserte de Marseille ou Nice, ce n’est pas la même chose que la desserte de Briançon. Quand on arrive sur Briançon, on voit bien que tout le matériel est obsolète. C’est un peu compliqué aussi parce que, si nous nous avons fait des efforts, on se connecte à un autre réseau sur une autre région qui ne fait pas forcément les mêmes efforts en termes d’électrification. Donc, si on veut être prêt pour 2030, le train de nuit a une importance capitale pour circuler entre la capitale et les Hautes-Alpes. On a la nécessité de commander les locomotives et les rames, d’ici la fin de l’année. On a un allié qui est le ministre des Transports.

    Jean Castex : Tout à fait. Vous avez devant vous le Premier ministre qui a relancé les trains de nuit, rouvert le Paris-Nice, mais aussi le Paris-Tarbes ou le Paris-Aurillac. Je crois au train de nuit, les faits me donnent raison parce que ça marche. Je me suis rendu lundi soir – pas un week-end – à Briançon par train de nuit. Il était quasiment plein. Le Paris-Nice fonctionne très bien. Sur ce type de train, qu’on appelle intercités, c’est l’État l’autorité organisatrice des transports. Ils vont aussi être mis en concurrence. Ce serait un crève-cœur que ce ne soit plus la SNCF qui les exploite. Sur Paris-Briançon en particulier, je vais remercier les Jeux et M. Muselier : Les voies vont être refaites de Veynes à Briançon. Ensuite, il y a la section entre Veynes et Valence qui mériterait sans doute le même effort d’investissement. Mais le vrai sujet sur cette ligne, c’est le matériel roulant. Depuis Paris-Austerlitz jusqu’à Valence, le train roule avec une locomotive électrique, puis à 4h du matin, on met une locomotive diesel jusqu’à Briançon. Ces locomotives sont fragiles et en nombre limité. Elles expliquent beaucoup d’annulations, de problèmes, dont je suis parfaitement conscient. Nous attendons le résultat des appels d’offres lancés par l’État pour des locomotives bimodes, neuves, qui permettraient de ne pas en changer sur la longueur du trajet, économisant un temps précieux.

    Renaud Muselier : Ces locomotives seront livrées prioritairement chez nous, parce qu’on a les Jeux !

    M. Castex, vous avez rencontré à Marseille les organisations syndicales, qui redoutent un scénario semblable à celui vécu à France télécom, avec les bouleversements liés à la concurrence. Que répondez-vous ?

    Jean Castex : Je suis à l’écoute et je comprends les inquiétudes. C’est normal que les processus de changement inquiètent. Mon devoir, c’est d’écouter, de comprendre, mais aussi de trouver les voies et moyens pour rassurer. Tout ce que l’on vient de se dire montre qu’il n’y a, en aucun cas, un abandon du service public ferroviaire ou de la SNCF puisque ceux qui ont la capacité de choisir, nous choisissent. On investit de plus en plus dans le ferroviaire, on a de plus en plus de voyageurs. Effectivement, il faut prévenir les risques psychosociaux. Chaque agent doit être traité avec l’attention qu’il mérite. Ne doutez pas de ma détermination sur le sujet. La réussite pour nos usagers ne peut pas se faire sans réussite pour nos agents.

    Avez-vous quantifié l’effet de ces grands chantiers ferroviaires sur l’économie régionale, sur l’emploi ?

    Renaud Muselier : Dans la globalité des Jeux, après avoir fait notre rencontre « meet the buyers » sur les appels d’offres avec les entreprises, on peut estimer à la louche que c’est 4 milliards d’euros investis pour les Jeux. Ce qui fait 2,1 milliards pour la Région Sud, dont 700 millions pour le pôle de Briançon, 700 pour le pôle Alpes-Maritimes et 700 qui vont arriver sur le reste de la région. C’est un effet de levier économique très important, sans compter l’héritage.

  • À Briançon, les associations d’usagers du rail pas convaincues

    À Briançon, les associations d’usagers du rail pas convaincues

    À Briançon ce mardi, Jean Castex présentera les grandes lignes du chantier à 367 M d’euros€ pensé pour préparer le territoire pour les JO d’hiver 2030, tout en régénérant des lignes vieillissantes.

    Le projet inclut le renouvellement de 120 km de voie ferrée, la rénovation de 85 ouvrages d’art et de six gares et la création d’un pôle multimodal en gare de Briançon, le tout avec la promesse d’un temps de trajet Briançon-Marseille, de 4h30 actuellement, réduit à 3h40.

    « La seule régénération de la voie laisse entier le problème de la signalisation. Les trains ne peuvent être plus rapides sans signalisation performante », questionne Bertrand Collignon, vice-président de l’association rail Dauphiné Savoie Léman. Il appelle à une automatisation et une réouverture de plusieurs points de croisement avec du personnel SNCF dédié, sans quoi le gain de temps promis lui paraît difficilement envisageable.

    Sylvain Liotard, président de l’association Mobilités Alpines déplore lui la non-réouverture de la ligne Digne-Saint Aubain, sans laquelle « le désenclavement réel des Alpes du Sud ne sera pas fait. »

    Les rénovations de gares verront aussi la mise en place d’ascenseurs et passerelles pour les personnes à mobilité réduite. Là encore, l’intention est insuffisante pour Catherine Duroc, représentante départementale d’Afp France Handicap. « Ce qui améliorerait vraiment les choses pour les personnes en situation de handicap ce serait de remettre une assistance en gare par du personnel », insiste-t-elle.

  • Le président de la SNCF Jean Castex en déplacement à la gare de Briançon

    Le président de la SNCF Jean Castex en déplacement à la gare de Briançon

    Sur le papier, ou plutôt sur les agendas, le président de la SNCF Jean Castex vient pour inaugurer le pôle multimodal de la gare de Briançon. Un chantier destiné à faciliter les transitions et la complémentarité entre les mobilités (voitures, train, bus, vélo…). En creux, il s’agit aussi de venir présenter un plan attendu depuis longtemps sur le territoire et sur lequel État, SNCF et Région Sud veulent montrer leurs efforts tant ils sont attendus : la modernisation des voies de chemin de fer dans les Hautes-Alpes. Avec la perspective des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver en 2030, l’État et la SNCF ont lancé le plan « Performance ferroviaire des Alpes du Sud » doté d’un budget de 367 millions d’euros. L’objectif est double : moderniser une ligne vieillissante décriée et préparer l’arrivée de Jeux qui nécessiteront une bien meilleure desserte ferroviaire. Le pôle d’échange multimodal de la gare de Briançon, dont les travaux doivent se dérouler jusqu’en 2029, fait partie de ce plan ambitieux. Les objectifs affichés sont majeurs : réduire le temps de trajet de la ligne Briançon-Marseille, d’environ 4h30 actuellement, à 3h40 et rénover près de 80 ouvrages d’art sur la ligne, le tout concernant 280 km de voie ferrée.

    Défendre un plan adapté

    aux enjeux locaux

    Toutefois, ce projet doit encore démontrer qu’il répond aux problématiques locales. En effet, ce n’est pas la durée du trajet qui est pointée en premier lieu par les usagers alpins de l’axe Briançon-Marseille. La rareté de l’offre pose d’abord des difficultés régulières avec seulement trois trains dans chaque sens par jour. Viennent ensuite l’inadéquation des horaires, avec un premier train partant de Briançon qui n’arrive qu’à 12h50 à Marseille, pour un dernier départ en sens retour à 17h40, et la petitesse de trains où il ne reste plus de place assise une fois passé Gap. Autant d’axes d’amélioration que pointent depuis plusieurs années les citoyens mobilisés sur le sujet, comme le collectif l’Étoile ferroviaire de Veynes. Lors de sa dernière réunion, ses membres ont affiché une préoccupation claire : que ce nouveau plan ne soit pas pensé uniquement pour le public et les athlètes des JO.

    Afin de répondre au mieux à ces attentes, la SNCF a ouvert une concertation publique accessible à tous les usagers, en ligne, par courrier ou téléphone jusqu’au 29 mai. Cette visite de Jean Castex devra donc prolonger ce travail en même temps qu’annoncer les chantiers à venir. Le projet est sur les rails, reste à faire monter à bord les principaux concernés : les habitants du territoire.

  • L’Étoile ferroviaire pose ses propositions

    L’Étoile ferroviaire pose ses propositions

    Ce samedi 25 avril, la gare de Veynes-Dévoluy était animée, mais pas par des passagers. Le collectif l’Etoile ferroviaire de Veynes, qui plaide pour le retour d’une offre de train à hauteur des besoins locaux, y a réuni plusieurs dizaines de personnes, élus, militants et citoyens autour de quatre ateliers de réflexion. Les propositions seront transmises à la SNCF dans le cadre de sa concertation publique « Performance Ferroviaire des Alpes du Sud » lancée jusqu’au 29 mai.

    Un service pensé pour

    les besoins des habitants

    En premier lieu, les travaux de modernisation pour réduire le temps de trajet entre Marseille et Briançon de 4h30 à 3h40 en vue des JO 2030 ont été jugés louables mais insuffisants s’ils ne prennent pas en compte les besoins réels locaux. « Le train express, ce sera pour qui ? questionne Nicole Tagand, porte-parole du collectif. On comprend qu’il y a un enjeu pour aller de Marseille à Briançon pour les Jeux, mais dans la vraie vie, ce n’est pas ce qui correspond le plus aux besoins des gens. » Les personnes mobilisées ont réclamé des horaires adaptés à la vie des habitants. « On aimerait être à Briançon avant 9h, notamment pour les lycéens ou les jeunes en sport étude qui rentrent le week-end et qui pourraient repartir le lundi matin, explique Nicole Tagand. À l’inverse, le premier train partant de Briançon arrive à Marseille à 12h50 et repart à 16h40… Si on a un rendez-vous médical à passer, ça fait court. » Les participants ont aussi émis la volonté de remettre la gare de Veynes au cœur des correspondances entre Grenoble, Valence, Marseille et Briançon. « Il faut penser la cohérence globale du réseau, car l’ouverture à la concurrence dans trois ans amène le risque que chaque opérateur ne s’intéresse qu’à sa ligne », signale Nicole Tagand. Enfin, le collectif a de nouveau demandé le « retour de l’humain dans les gares », et notamment d’un guichet en gare de Veynes, supprimé en 2023.

  • LGV : le PCF veut remettre l’État sur les rails

    LGV : le PCF veut remettre l’État sur les rails

    Bordeaux-Toulouse (2033) puis Montpellier-Perpignan (2040). Maintes fois retardés, les deux projets de Ligne à grande vitesse (LGV) sont censés être sur de bons rails depuis que la clé de financement a été trouvée (40% État, 40% collectivités et 20% Europe). Et pourtant…

    Depuis quelques mois, l’État traîne à ce point des pieds que les élus régionaux des groupes communistes, républicains et citoyen (CRC) d’Occitanie et de Nouvelle-Aquitaine ont décidé conjointement de tirer le signal d’alarme mi-avril. « Le maillon faible c’est le ministère. L’État n’est pas au rendez-vous ! », s’inquiète Jean-Luc Gibelin (PCF).

    Le vice-président régional aux transports est formel : « Tout le monde a payé ses appels de fonds réguliers sauf l’État. » Ils concernent la ligne du Grand Sud-Ouest Bordeaux-Toulouse. Et s’ils ont pour l’heure été compensés par la trésorerie de la Région, la situation inquiète. D’autant que le Conseil d’orientation des infrastructures (COI), s’il confirme l’utilité de la ligne, a fait savoir que la participation de l’État sera « difficilement mobilisable » dans le contexte budgétaire actuel et dans ce calendrier jugé « irréaliste ».

    L’hypothèse d’un PPP rejetée

    Pour ne pas avoir à payer maintenant, Bercy commence à faire entendre la petite musique d’un Partenariat public privé (PPP) qui permettrait à l’État, suppléé par une multinationale (Vinci ou autre), de ne régler sa note qu’à la fin du marché. Hors de question, prévient Jean-Luc Gibelin dans la droite ligne de la position de la présidente occitane, Carole Delga (PS). « C’est de la cavalerie ! » Selon l’élu communiste, cette « vision court-termiste » aurait deux inconvénients majeurs. Le premier serait un surcoût du projet évalué à 7 milliards d’euros dont 4,5 pour l’entreprise qui entrerait au PPP. Car « il faudrait clore les 180 marchés déjà passés sur Bordeaux-Toulouse (autour de 70-80 pour Montpellier-Perpignan) ». Le second serait un retard d’au moins 2 ans.

    En ce qui concerne la ligne Montpellier-Perpignan, dont la concertation publique vient de débuter, pas encore de mauvais signaux mais les finances rabougries de l’État peuvent laisser craindre une logique identique le moment venu. « On est très mobilisés. Il n’est pas question de laisser faire, laisser penser qu’on pourrait peut-être faire autrement », prévient Jean-Luc Gibelin.

    Mardi 21 avril, une rencontre était prévue entre Carole Delga et le Premier ministre. Elle a été reportée pour un imprévu dans l’agenda de ce dernier sans que, pour l’heure, une autre date ne soit fixée. Après avoir voté un vœu en février, le Conseil régional d’Occitanie pourrait remettre les LGV à son prochain ordre du jour le 4 juin. Histoire de maintenir la pression.

  • Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    Des « supers voyageurs » tranquillisés et autonomes

    « Je me suis pris une amende alors que j’étais en règle, ça m’a pas trop fait rigoler. Et je leur ai dit parce que beaucoup de jeunes qui travaillent ici ont eu des problèmes. C’est parti de moi l’initiative. » Comme Dylan et Kevin, trisomiques, Théophile, lui atteint du syndrome de l’X-fragile, prend le train depuis Marseille pour venir travailler à la « Gare des étoiles », initialement la halte SNCF de Niolon. Un tiers-lieu investi depuis 4 ans par l’association « T’Cap 21 » qui propose de la restauration aux voyageurs avec son « Train Inc Café », permettant aussi aux jeunes de travailler en cuisine, au service ou à la plonge, sans oublier une multitude d’activités et d’actions pour l’inclusion. Et ces employés en témoignent, pour eux, se faire contrôler à bord du TER peut être une véritable épreuve, engendrant stress et incompréhension.

    La mauvaise expérience de Théophile a interpellé Julianne, conductrice de train sur la ligne Marseille-Miramas et membre de T’Cap 21 qui faisait déjà le lien avec le « Train Inc Café » en organisant des opérations « citronnades » où les jeunes apportaient sur le quai de quoi désaltérer les personnels de la SNCF. Elle en discute avec sa collègue Orkia, contrôleuse. « Je me suis dit il faut qu’on fasse quelque chose, qu’on puisse intervenir et qu’on les rassure ces jeunes. Moi je suis contrôleuse, je ne suis pas méchante », explique cette dernière.

    Sensibiliser les agents

    de la SNCF

    La hiérarchie a suivi. L’idée vient de démystifier le contrôle en y faisant participer les jeunes sur une journée puis de les munir d’un cordon avec un badge spécifique de « super voyageurs » pour leurs déplacements. « Avec cette identification forte, cela leur permet d’être visibles et d’éviter le stress de chercher l’abonnement dans le sac », explique Andrine Bernard, directrice des lignes TER Ouest Provence, pour qui « ce projet a pointé du doigt le fait que nos salariés, dans le cadre de leur formation, doivent être sensibilisés à tous nos voyageurs et toutes les situations qu’ils peuvent rencontrer », reconnaissant que « jusqu’à présent, c’est vrai qu’on était focalisés sur la partie sûreté, gestes et postures, potentiellement avec des voyageurs sans titre de transport ou avec un tarif non adapté ».

    Pour Nora, trésorière de T’Cap 21 et maman de Kevin, 32 ans, un des quinze « supers voyageurs », l’autonomie de son fils est primordiale. « Depuis ces 15 ans, il prend le taxi seul. Mon mari est décédé, je travaillais, on n’avait pas le choix. Là il va au café deux jours par semaine puis, le reste du temps, dans un foyer parce qu’il n’aime pas rester seul. La solitude est un poids. Il se débrouille, il fait un trajet d’une heure et demie tous les matins, tous les soirs », raconte-t-elle. Kevin nous montre fièrement son abonnement avec lequel il va aussi voir sa copine dans Marseille. « Dans le train, je suis avec le casque, dans ma bulle et avec le badge, et puis aussi Julianne, je suis rassuré », confie-t-il.

    La SNCF imagine développer le projet sur d’autres lignes, avec le soutien de la Région dont le représentant, Jean-Pierre Serrus (Ren.) est venu « en observateur ». « On accompagne cette initiative. La Région prend là des idées opérationnelles sur ce qu’on peut faire de plus pour que notre service public s’adresse à tout le monde… En particulier. On va réfléchir comment on va essaimer », annonce l’élu.

    Pour Julianne et Orkia, il faut aller plus loin : « Ces jeunes sont ceux qu’on connaît, qu’on aime, on est fiers d’eux mais on pense aussi à toutes les autres personnes en situation de handicap visible ou non, et pas que. Il y a aussi des personnes qui manquent de repères et pour qui prendre le train est une épreuve. Pourquoi pas étendre cette sensibilisation à ces gens-là aussi… »