Tag: sciences

  • Le crabe bleu, une menace sous surveillance

    Le crabe bleu, une menace sous surveillance

    Mes travaux portent sur les espèces marines invasives et leurs interactions avec les écosystèmes et les activités humaines. J’anime deux conférences sur le crabe bleu lors du Village des sciences à Marseille », explique le chercheur, pour qui « la fête de la science est un extraordinaire moyen de rencontrer le grand public, différent des initiés habituels ».

    Le concept de résilience du système alimentaire est longuement abordé. Mais que signifie-t-il réellement ? Pour Guillaume Marchessaux, « l’idée est de trouver des moyens de pouvoir maintenir une alimentation durable dans le temps. L’alimentation doit intégrer le dérèglement climatique. En mer, on sait qu’il y a des populations de poissons qui sont en crise, en taille et en nombre, comme les sardines. L’idée est de faire connaître des espèces aussi bonnes, et moins chères, car moins demandées. Il faut être prêt à s’adapter, être ouvert d’esprit. C’est ça, la résilience ». Le crabe bleu, espèce invasive arrivée notamment par les eaux de ballast des navires, est un cas particulier car son impact s’étend à tout un socioé-cosystème. « C’est une espèce qui va impacter l’activité de pêche, perturber les actions de gestion de la biodiversité et c’un vrai problème environnemental. »

    Il s’agit du plus grand crustacé des milieux lagunaires méditerranéens. Il ne possède pratiquement aucun prédateur naturel, hormis l’homme. « Une femelle peut pondre 4 millions d’œufs, avec un taux de survie de 4%. C’est énorme. Il faut absolument qu’on le pêche pour arriver à protéger le reste. » Le réguler passe par sa consommation, mais pas uniquement. « Il est riche en chitine, on peut imaginer cibler l’industrie pharmaceutique, mais aussi l’alimentation pour animaux. »

    Espace Bargemon à Marseille (2e), les 10 et 11 octobre, conférence : « Et si on mangeait du crabe bleu pour le réguler ? »

  • [Week-end] Ce signal qui précède souvent l’effondrement d’un stock de pêche

    [Week-end] Ce signal qui précède souvent l’effondrement d’un stock de pêche

    La morue du nord-ouest de l’Atlantique est un cas emblématique : après des années de pêche miraculeuse au large du Canada, les stocks s’effondrent dans les années 1970-1980. D’autres cas similaires sont bien documentés : l’anchois du Pérou ou le thon rouge à l’ouest de l’Atlantique, par exemple. « Mais nous manquions d’une cartographie globale de ces événements », indique Mathieu Pélissié, ancien doctorant à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier qui a développé pendant sa thèse une méthode statistique pour détecter ces changements brutaux.

    Sont-ils communs ? Où se produisent-il ? Quelles en sont les causes ? Dans un article paru dans Science Advances, le chercheur, aujourd’hui à l’Université de Padoue (Italie), apporte des réponses en montrant que des changements brutaux de productivité se sont produits dans au moins un quart des stocks de poissons entre 1950 et 2020. « C’est sans doute sous-estimé, avertit-il. Et c’est légèrement plus souvent des déclins que des augmentations ». La productivité s’entend comme le taux de croissance d’un stock de poissons en l’absence de pêche. Un déclin abrupt de productivité est donc différent d’un effondrement de stock, défini comme le franchissement d’un seuil minimal en-dessous duquel une population n’est plus assez nombreuse pour survivre.

    Effet de la température ?

    L’étude montre que parmi les stocks qui se sont effondrés, un quart avait été précédé par un déclin abrupt de la productivité. « Cette part monte à presque 50% si on considère des déclins pas forcément abrupts, ajoute le chercheur. Cela pourrait indiquer un risque que les stocks s’effondrent dans les années à venir ». Alors qu’aujourd’hui des mesures de régulation sont prises presque uniquement à partir du moment où des seuils critiques sont atteints. Sachant que les chutes brutales de productivité ont lieu en moyenne douze ans avant l’effondrement du stock. « Cela peut être vingt ou cinq ans avant », précise le chercheur. Ce qui peut laisser du temps pour prendre des mesures.

    Pourvu que la productivité soit suivie de manière régulière. « Tous les ans, idéalement », estime Mathieu Pélissié. Et pas uniquement via les captures par les pêcheurs. « Ils tendent à cibler les endroits où il y a le plus de poissons, souligne le chercheur. Cela peut donner une vision biaisée et surestimée de l’état des populations. » Un suivi correct nécessiterait d’observer l’état des populations régulièrement et toujours aux mêmes endroits, sans chercher nécessairement les meilleurs.

    Pour ce qui est des déclins abrupts de productivité, ils se produisent plutôt là où l’océan se réchauffe vite : au nord-ouest de l’Atlantique, en mer Baltique et en mer du Nord, notamment. De là à établir une relation de causalité, il faut être prudent. « Cela reste une forte corrélation », nuance le chercheur. Mais c’est peut-être là qu’il faut être plus attentif.

    REPÈRES

    315

    C’est le nombre de séries temporelles sur lesquelles se base l’étude citée ci-contre. Issus d’une base de données en ligne, ces suivis de captures et de stocks de poissons ont permis de calculer l’évolution de la productivité – le taux de croissance de ces stocks en l’absence de pêche. Ces suivis devaient courir sur au moins 25 ans pour être pris en compte.

    Gadiformes

    Ces poissons sont ceux qui ont subi le plus de déclins abrupts de productivité entre 1950 et 2020, selon l’étude citée ci-contre. Cet ordre est celui de la morue et du merlu. Celui des clupéiformes – qui comprend le hareng, l’anchois, la sardine – a été aussi très touché.

    1992

    C’est la date à laquelle le Canada a mis en place un moratoire – qui a pris fin en 2024 – sur la pêche à la morue après l’effondrement des stocks au nord-ouest de l’Atlantique en raison de la surpêche.

  • [Entretien] Mathieu Pélissié : « L’effondrement d’un stock de pêche est parfois irréversible »

    [Entretien] Mathieu Pélissié : « L’effondrement d’un stock de pêche est parfois irréversible »

    La Marseillaise : Vous observez que, souvent, l’effondrement d’un stock de pêche est précédé d’une baisse de sa productivité – son taux de croissance en l’absence de pêche. Cela se produit en moyenne douze ans avant l’effondrement. Est-ce un délai suffisant pour réagir et inverser la tendance ?

    Mathieu Pélissié : Difficile de l’affirmer. Mais ce signal serait bon à prendre pour essayer d’être plus réactif afin d’adapter la réglementation. D’autant plus avec l’augmentation importante des températures ces dernières années.

    Pourquoi ?

    M.P. : Les baisses de productivité ont tendance à se produire où l’océan se réchauffe le plus vite. Nous n’établissons pas de lien de causalité. Mais si un tel lien existe, il est permis de douter que la tendance puisse être complètement inversée. Nous aurons beau limiter l’effort de pêche, la température continuera d’augmenter et les stocks continueront de diminuer. Nous n’avons pas le recul suffisant pour l’instant. Mais nous savons que l’effondrement d’un stock est parfois irréversible.

    D’autant que ces changements peuvent perturber durablement l’écosystème…

    M.P. : Exactement. C’est le sujet sur lequel je travaille actuellement : l’impact de ces transitions abruptes sur les interactions au niveau de l’écosystème. Des espèces dominantes peuvent devenir « dominées », et inversement. Par exemple si une proie se nourrit des larves de son prédateur, et que celui-ci n’est plus capable d’en produire assez pour maintenir ses effectifs. Ces changements d’interactions peuvent faire qu’un état dégradé le reste.

  • Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Sur le camion garé devant la préfecture de région à Marseille, ce sont les clowns Tak tak et Tik Tik qui mettent l’ambiance. «Un plan d’urgence climatique, écoutez les scientifiques», reprend après eux la foule rassemblée. Ce samedi matin à Marseille, ils étaient environ 2 000 selon les organisateurs (500 selon la préfecture de police) à marcher jusqu’à la porte d’Aix, pour «le climat, le vivant, la paix et la justice sociale», à l’appel d’une large coalition de plus de 1 200 organisations, dont Alternatiba et Greenpeace, Attac, la Confédération paysanne, la FSU, la CGT…

    «La séquence de cet été illustre les enjeux pour la Provence : des suites de vagues de chaleurs, de canicules, de feux de forêts, qui seront bientôt suivis par des épisodes méditerranéens», témoignait avant la manifestation Joël Guiot, le coprésident du groupe régional d’experts sur le climat en région Sud (Grec Sud). «Le pire reste à venir, explique-t-il.

    D’ores et déjà, les conséquences de cet été sont connues, avec une surmortalité de 8 000 décès. «J’en connaissais un, il s’appelait Denis, il avait 67 ans, et c’était mon père », témoigne, particulièrement émue, Laure, qui se présente comme citoyenne marseillaise engagée. «Il arrosait son jardin, pour réguler sa température son cœur a battu plus fort, trop fort. Il s’est arrêté.» D’autres ont connu les conséquences des feux, comme Coralie Mirguet, dont la maison à l’Estaque a entièrement brûlé le 8 juillet 2025. «Plus d’un an après l’incendie, nous commençons tout juste à entrevoir une possible reconstruction, mais pour nous, plus rien ne sera comme avant», souffle-t-elle. Au-delà du déploiement des pompiers et des Canadair, «le véritable coupable est notre inadaptation».

    Plan d’urgence

    «La question que vous avez tous au bout des lèvres et la seule qui vaille, c’est que faire ? », pose parmi les organisateurs la militante Margot Jacq. «La protection des salariés devrait être une priorité», répond la secrétaire départementale de la FSU, Virginie Akliouat. «Nos organisations syndicales s’emparent de ces questions, et ont déjà mené campagne pour adapter le bâti scolaire, pour le développement des transports publics», explique-t-elle. Et d’énumérer les revendications d’un seuil maximal de températures pour travailler, le renforcement de la médecine du travail, un chômage canicule pris en charge à 100%. «Le progrès social et environnemental sont intimement liés», complète Alice Richard, porte-parole de Solidaires dans les Bouches-du-Rhône.

    Le constat est le même pour la Confédération paysanne, d’autant que les agriculteurs sont en première ligne. «Les canicule ont tué deux paysans dans les Bouches-du-Rhône cet été», atteste le syndicat qui alerte sur la disparition des exploitations face à la perte de rendements et appelle à un autre modèle agricole, une autre gestion de l’eau.

    «Nous exigeons un plan d’urgence climatique», relaie parmi les organisateurs l’écologiste Jean-Christophe Agnel. Un plan sur trois piliers, d’adaptation, d’atténuation et d’arrêt des énergies fossiles. «Nous avons besoin d’un budget dans une logique de justice sociale», complète Margot Jacq, tandis que les militants d’Attac se lancent dans un «fiscal fitness» pour «taxer les riches».

    «Les candidats à la présidentielle doivent s‘emparer du sujet, arrêter de proposer des mesures obsolètes», réclame pour sa part le vice-président du Grec Sud. Mais si plusieurs élus sont présents, les drapeaux restent rares au milieu des pancartes, tandis que les organisateurs reconnaissent qu’ils s’attendaient à une meilleure affluence.

  • Une réduction d’effectifs du projet Iter fait des remous

    Une réduction d’effectifs du projet Iter fait des remous

    à Saint-Paul-lez-Durance, au nord d’Aix, Iter, projet international de recherche en fusion nucléaire prend forme. Mais le projet international vient de réduire ses effectifs. L’information a été dévoilée par La Provence. Ces départs font suite à une décision du Conseil Iter, tenu en juin, durant laquelle l’Organisation Iter (OI) « a mis en œuvre une réduction ciblée de ses effectifs dans le cadre de mesures plus larges de réduction des coûts », avant de préciser que « plusieurs mesures ont été prises en amont afin de limiter l’impact sur les membres du personnel directement employés. Des mesures de maîtrise des coûts ont également été appliquées aux prestataires externes ainsi qu’à d’autres formes de soutien externe. Le Comité du personnel d’Iter a été consulté et un dispositif de départ volontaire a été proposé (…) » Selon Iter, les « réductions d’effectif non-volontaires » concernent environ 3,5% de ses effectifs, sans compter les contrats non renouvelés. À noter que 1 100 personnes sont directement employées par l’organisation sur le site de St-Paul-lez-Durance. Celle-ci réaffirme également que ces « mesures récentes ont été prises dans le contexte de la situation financière et de trésorerie globale du projet » et que « tous les membres d’Iter ont réaffirmé leur soutien au projet. »

    « Préoccupations »

    Elle n’estime pas non plus que les licenciements ne modifient « le calendrier global de la Baseline 2024, notamment le démarrage des opérations de recherche prévu en 2034. » Sans avoir pu joindre de personnel concerné par ces licenciements, une longue note d’intention des membres du personnel de la Commission et de Fusion for Energy (F4E), organisation en charge de gérer la contribution de l’Union Européenne au projet Iter, adressée à Pietro Barabaschi, directeur général de l’OI et Jan Panek, chef de la délégation européenne auprès du Conseil Iter, ces derniers s’inquiètent. Et soulignent les « préoccupations » que ces mesures pourraient avoir sur le personnel et appellent à « ouvrir un dialogue avec les autorités compétentes ». Parmi les interrogations soulevées dans cette note, « la décision prise par le Conseil Iter en juin 2026 de ramener de neuf à trois mois le délai de notification applicable aux contrats concernés », jugée « particulièrement préoccupante », et « une dégradation de la protection de l’emploi au sein d’une organisation dans laquelle l’Union joue un rôle central ». Et de dénoncer « une référence répétée », dans un message adressé au personnel « à l’éventuelle ouverture de procédures disciplinaires » en cas de divulgation de « circonstances entourant leur licenciement ». Globalement, une procédure trop rapide, peu transparente. Qui interroge également la justification financière des licenciements.

  • Des milliers d’experts réunis à Aix autour de l’énergie de fusion

    Des milliers d’experts réunis à Aix autour de l’énergie de fusion

    Dans plusieurs lieux de la ville, scientifiques, chercheurs, mais aussi industriels et responsables institutionnels de toutes nationalités se réunissent autour d’un vaste sujet : l’énergie de fusion. La fusion nucléaire, phénomène qui alimente le Soleil, consiste à faire fusionner des noyaux atomiques légers afin de libérer une importante quantité d’énergie. Un phénomène naturel que scientifiques et ingénieurs cherchent aujourd’hui à reproduire pour exploiter cette source énergétique.

    Dès ce lundi et pendant cinq jours, 12 000 participants issus de 29 nationalités prennent part à la 34e édition du Symposium on fusion technology (Soft), lancée depuis le Grand théâtre de Provence. Soit, comme l’a rappelé Michael Houry, président du comité d’organisation internationale (CEA), « 66 ans après notre toute première édition, en 1960, l’une des premières conférences internationales consacrées à la fusion ».

    « Notre milieu a travaillé à démontrer que la fusion peut être contrôlée et durable, et nous avons réalisé des progrès remarquables », contextualise Michael Houry. À l’image du projet international Iter, situé à quelques dizaines de kilomètres au nord d’Aix-en-Provence juste à côté du CEA, qui vise à démontrer la faisabilité de la fusion nucléaire comme source d’énergie.

    « Dans le même temps, de nouveaux concepts émergent. Le secteur privé devient une part importante du paysage de la fusion (…). Il y a une dynamique autour de la fusion aujourd’hui. Et Soft a un rôle important à jouer. Le partage des connaissances et des expériences est essentiel. Mais c’est aussi un nouvel espace pour créer des partenariats, notamment entre les organismes publics et le secteur privé », poursuit Michael Houry.

    Une conférence grand public

    Tout au long de la semaine, plusieurs sessions dites plénières, ainsi que des sessions parallèles, permettront aux différents acteurs de la fusion de présenter leurs avancées, leurs travaux et de débattre des enjeux du secteur.

    Plusieurs lieux culturels de la cité aixoise sont mobilisés pour l’occasion : le Pavillon noir, le Grand théâtre de Provence, mais aussi le conservatoire Darius-Milhaud.

    Des posters scientifiques réalisés par de jeunes chercheurs internationaux, doctorants ou en fin de thèse, seront également présentés. « Ils pourront présenter leurs travaux de thèse sur des posters. Ils y mettent leurs résultats scientifiques », explique le service communication du centre CEA de Cadarache. Au total, 800 posters sont exposés dans les espaces du Grand théâtre de Provence.

    Au milieu de cette effervescence scientifique, un rendez-vous est également destiné au grand public. Ce mardi à partir de 18h30, à l’hôtel de ville d’Aix, Alain Bécoulet, scientifique en chef de la Iter Organisation, donnera une conférence consacrée au projet Iter et à la « course mondiale vers l’énergie de fusion ». L’entrée, est libre et gratuite.

  • Santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes

    Santés humaine, animale et environnementale sont interdépendantes

    « Le principe “Une seule santé” consiste en une approche intégrée et unificatrice qui vise à équilibrer et à optimiser durablement la santé des personnes, des animaux et des écosystèmes. Il reconnaît que la santé des humains, des animaux […] et de l’environnement […] est étroitement liée et interdépendante. » La définition est donnée immédiatement. Soigner n’est pas une affaire de médicament, mais d’interdépendances : une seule santé.

    Mercredi s’est tenu dans la grande salle de la brasserie Zoumaï la reprise du Bar des sciences, une rencontre mensuelle organisée par les chercheurs de l’Observatoire des Sciences de l’Univers. L’objectif : rendre accessible les recherches des scientifiques du laboratoire. Animée par deux étudiantes du master Information scientifique et médiation en environnement, trois experts aux postures complémentaires y sont conviés : Thierry Tatoni, professeur d’écologie, Zoé Le Monnyer, chargée de mission « Une seule santé » à L’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement et Anthony Gonçalves, adjoint au Maire de Marseille délégué à la Santé.

    Le concept d’Une seule santé émerge dans les années 1990, dans un contexte de lutte contre la rage et du développement de l’antibiorésistance. Il est redéfini en 2022 par l’OHHLEP, groupe d’experts conseillant sur le sujet plusieurs organisations internationales comme l’OMS et la FAO.

    La destruction de notre habitat

    Thierry Tatoni, professeur d’écologie à l’Institut méditerranéen de biologie et d’environnement (IMBE), rappelle que l’écologie, du grec oikos logos, est l’étude de l’habitat, des conditions d’existence du vivant. Son regard sur les enjeux de santé publique est systémique.

    Remontant le temps au milieu du XIXe siècle, le chercheur revient sur la période de la révolution industrielle et du début de l’exploitation des matières fossiles. Production massive d’énergie et explosion démographique, ces changements majeurs ont été le point de départ d’une profonde déstabilisation de l’ensemble des dynamiques du vivant.

    Selon le dernier rapport du Planetary boundaries science Lab (2025), sept des neuf limites planétaires ont été dépassées, menaçant l’habitabilité même de la Terre pour l’espèce Humaine. Un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, selon l’ONU.

    « L’espèce humaine, qui est la seule à expérimenter la notion de futur, est aussi la seule qui fait tout pour le flinguer », conclut le chercheur.

    Faire le pont entre biodiversité et santé

    Pour Zoé Le Monnyer, le concept « Une seule santé » est porteur d’espoir car porteur d’un pouvoir transformateur fort. Et si la santé devenait la boussole de nos politiques publiques ? Chaque année, 33 000 décès sont liés à la chaleur en France et 40 000 à la pollution de l’air, selon Santé Publique France.

    Missionné par l’ARS Paca dans le cadre d’un Plan Régional Santé Environnement, l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement vise à faire dialoguer les acteurs de la biodiversité et de la santé. L’ARBE coordonne depuis juin 2026 un réseau régional opérant plusieurs projets en cours : partenariat entre l’Hôpital du Pays salonais et le Conservatoire d’espaces naturels, surveillance de la faune locale en Camargue…

    À terme, l’objectif est de construire une vision macro de l’état de santé global du territoire.

    Un public participatif

    Dans la salle, les questions fusent, entre scepticisme et incompréhension. Comment gérer l’impact environnemental désastreux des projets de data center ? Des études sur l’impact des travaux dans le quartier de la Joliette sur la santé de ses habitants ont-elles été réalisées ? Le développement d’une gentrification verte liée à la création d’espaces verts dans les quartiers populaires est-il pensé

    L’adjoint au Maire de Marseille délégué à la santé Anthony Gonçalves rappelle l’importance d’une gouvernance démocratique de ces questions sensibles. Les compétences, souvent partagées, sont parfois difficilement mobilisables sans l’appui de la métropole ou de l’État, et la municipalité peut se retrouver bloquée. « Sans une impulsion nationale, la mairie restera un petit bras », regrette-t-il.

    Thierry Tatoni lui fait part de l’importance de la réhabilitation du Jarret et des Aygalades, cours d’eaux traversant les 14 et 15e arrondissements de Marseille. Aujourd’hui bétonnés, leur réhabilitation permettrait de changer radicalement le visage de ces quartiers.

    Prendre soin de la ville pour la santé de tous.

  • Une jungle dans nos jardins

    Une jungle dans nos jardins

    Une tête d’épingle, un cerveau minuscule et pourtant des capacités qui pourraient faire bugger certaines intelligences artificielles. C’est avec les abeilles que Marie-Geneviève Guiraud travaille au quotidien. Chercheuse postdoctorale à AMU et au CNRS, spécialiste de la neurocognition des insectes, elle étudie leurs visions et leurs capacités d’apprentissage.

    Mais pour raconter les insectes, la scientifique ne s’est pas tournée vers un autre laboratoire. Elle a appelé son père, photographe naturaliste. Deux regards différents, réunis dans une même exposition : « Pollinisateurs : regards croisés entre science et photographie ». But affiché : comprendre le rôle des insectes dans les écosystèmes et leurs capacités cognitives.

    De la thèse à la macrophotographie

    À l’origine de cette collaboration, il y a une histoire familiale. Lorsque Marie-Geneviève Guiraud commence sa thèse, à Londres, elle doit régulièrement préparer des présentations scientifiques. Il lui faut des images. Son père, passionné de nature, commence alors à faire de la macrophotographie pour répondre à ses besoins.

    « Mon père, c’est un poète », raconte-t-elle. Un homme qui passe beaucoup de temps dehors à observer les paysages, les animaux et les insectes. Aujourd’hui, selon sa fille, il est « au top de son art » avec la collection présentée dans le cadre du festival.

    Derrière cette complicité familiale se cache aussi une volonté scientifique : rendre visible ce que l’on ne regarde pas. Car les insectes souffrent d’un paradoxe. Ils sont partout, mais restent largement méconnus. La chercheuse rappelle que les insectes représentent une part considérable de la biomasse et alerte sur leur déclin. Elle évoque notamment une diminution de 75 % sur les quinze dernières années. Un constat qui, selon elle, reste difficile à mesurer pour le grand public.

    Quand les abeilles défient l’intelligence artificielle

    Pour Marie-Geneviève Guiraud, changer le regard passe d’abord par la familiarité. « On a plus tendance à vouloir protéger ce qu’on connaît mieux », explique-t-elle. Les chiens et les chats nous sont familiers. Les insectes, beaucoup moins.

    Pourtant, derrière leurs centaines de milliers de neurones se cachent des capacités surprenantes. En moins d’une trentaine d’essais, les abeilles peuvent reconnaître des visages humains et les généraliser à d’autres. Une performance que la chercheuse compare à celle des IA, qui nécessitent selon elle des centaines d’images pour apprendre.

    À Marseille, cette découverte du monde minuscule prend aussi une dimension locale. L’exposition entend mettre en lumière les espèces présentes dans la région, notamment l’abeille noire, et rappeler la richesse des écosystèmes des Calanques. Pour la chercheuse, il s’agit de montrer que la biodiversité n’est pas une réalité lointaine : elle se trouve aussi « autour de chez nous ».

    Au fond, le duo père-fille ne cherche pas seulement à montrer de beaux insectes. Il cherche à provoquer un réflexe : celui de s’arrêter, d’observer et de s’émerveiller « comme quand on est enfant ».

    Sarah Aït Ouazzi

    Être(S) lié

    Tisser des liens. Entre l’humain et l’animal. Entre la science et la société. Entre les étudiants et le public. Tel est l’objectif de l’exposition collective « Être(s) lié » organisée par Lalie Chassaigne et Noémie Raskin, stagiaires au sein de la Mission Interdisciplinaire d’Aix-Marseille Université. En collaboration avec le programme d’Engagement Étudiant, ce projet a réuni neuf œuvres de la communauté universitaire qui seront exposées jusqu’à demain, au forum du Mucem. Au printemps 2026, une question s’invite dans toutes les boîtes mail des étudiants et du personnel d’amU : « Comment définiriez-vous votre lien à l’animal ? ». Cet appel à projet artistique propose à chacun d’y répondre selon le support de son choix. Lalie et Noémie, étudiantes en Master de Médiation Scientifique, reçoivent alors une vingtaine de photos, illustrations, collages et textes qui tentent à leur manière de qualifier cette relation. Les thèmes sont variés et offrent une grande diversité de regards posés sur le vivant qui nous entoure.

    Tania Carde Bernheim Le Coeur

  • [Entretien] Pascal Carlier, ethnologue : « Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies »

    [Entretien] Pascal Carlier, ethnologue : « Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies »

    Pouvez-vous expliquer vos différentes interventions lors du festival ?

    Pascal Carlier : Le matin, c’est « comment entrer en relation avec les animaux », c’est un échange avec Ludovic Hadjeras, un artiste franco-algérien. Ses textes ont en commun de raconter des rencontres avec d’autres animaux. Il va lire des textes immersifs qui font part de son ressenti et de sa rencontre avec des animaux. L’après-midi, lors de la table ronde, on va se demander comment l’animalité peut générer le trouble, à travers des phénomènes d’hybridation. La troisième intervention, ce sera finalement plus classique. Je vais faire un atelier avec des collègues en sciences de l’Antiquité. Ils vont lire des textes romains autour du chien. L’idée est de comprendre comment cet animal était perçu à cette époque. Il y aura une autre éthologue qui sera présente, Florence Gonnet, qui travaille spécifiquement sur le sujet.

    Quel est votre rôle en tant qu’ethnologue dans ces discussions ?

    P. C. : Par exemple, ce qui est intéressant avec Ludovic Hadjeras lors du premier échange, c’est que lui parle de son point de vue d’écrivain. Il rend compte de ses émotions et de ses ressentis. Alors que de mon côté, j’essaie de mettre des mots et de la science sur cela. Même si la science, ça stérilise un peu les choses, j’ai vocation à modéliser la relation entre l’humain et les animaux, et sur quelle base elle peut se faire.

    Pour ce faire, j’ai beaucoup travaillé sur l’apprentissage par observation. J’ai fait beaucoup d’études de terrain aussi pour observer certains animaux, mais j’ai également travaillé en laboratoire.

    Pourquoi aller au-delà de l’aspect scientifique ?

    P. C. : Alors, quand on est scientifique, on travaille beaucoup sur la cognition, parce que ça, c’est facile de comparer les animaux, les humains sur la cognition, mais j’essaie d’appréhender les choses aussi du point de vue de la sphère émotionnelle. Je pense que quand on communique avec d’autres espèces ou entre espèces, il y a un champ relationnel qui s’inscrit beaucoup dans ce qu’on appelle le continu en philosophie, c’est-à-dire la sphère émotionnelle. Je pense que cette rencontre est intéressante.

    En quoi la relation humain-animal est intéressante à étudier et à faire connaître au grand public ?

    P. C. : Notre relation au vivant avec un grand V, c’est l’un des grands défis des années à venir, notamment dans un contexte où on parle du réchauffement climatique. Il y a vraiment des choses auxquelles il faut réfléchir. On ne peut plus continuer à être vivant comme on le fait. Il faut apprendre à intégrer l’animal dans nos vies. L’exemple du sanglier est intéressant. On va l’accuser de tous les maux, mais je constate que les collisions routières sont beaucoup plus fréquentes en période de chasse quand les chasseurs les déplacent.

    De plus, je pense que les individus qui sont capables de respecter les animaux et de les connaître sont des personnes qui sont plus largement respectueuses des autres humains. Ils arrivent davantage à se poser des questions sur l’altérité. En effet, avec l’animalité vient la notion d’altérité, qu’on trouve aussi dans les rapports humains : connaître l’autre, ne pas le craindre et aller vers lui.

    Vous parliez de la relation avec le chien. Comment cette relation a-t-elle évolué ?

    P. C. : Donc, il y avait l’idée que le chien devait être à la fois un gardien. On peut dire qu’il était sélectionné déjà depuis au moins 6 000 ans, comme un animal fait pour comprendre l’homme et le servir. Alors, il y a peut-être moins la composante chien, vraiment de compagnie, qu’on va voir dans le lit. Mais il y a l’aspect, compagnon fiable, sur lequel on peut compter, qui est capable à la fois d’être protecteur et d’être héros.

    Programme de ce mercredi

    Le dilemme du loup-garou : 09h30 – 11h30

    3 bis f – Centre d’arts contemporains — Lecture-dialogue

    Une carte blanche du 3 bis f – Centre d’arts contemporain

    Quand l’animalité nous trouble : représentations, catégorisations, hybridités : 15h – 16h30 Salle de Théâtre — Table-ronde Une carte blanche Maison de la Recherche.

    CAVE CANEM ! : 16h30 – 18h. Le chien entre férocité et fidélité. Premier étage du Cube — Atelier

    festival-sciences-arts.univ-amu.fr

  • Les apéros scientifiques de l’Osu Pythéas débattent santé à Marseille chez Zoumaï

    Les apéros scientifiques de l’Osu Pythéas débattent santé à Marseille chez Zoumaï

    Organisés par l’institut OSU Pythéas, les apéros Hyperbar de la brasserie Zoumaï (6e) à Marseille, reprennent leur rythme mensuel. Ce 16 septembre de 19h à 21h, le thème abordé est une seule santé (One Health). Le concept repose sur une idée simple : la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont profondément interdépendantes. Les crises récentes – pandémie de Covid-19, émergence de nouvelles maladies, pollution de l’air et de l’eau, perte de biodiversité ou encore multiplication des événements climatiques extrêmes – rappellent que les frontières longtemps établies entre santé et environnement sont aujourd’hui largement dépassées.

    Vulgariser la science

    Face à un public de curieux attablés devant un verre, les trois intervenants de cette soirée sont Anthony Gonçalves, adjoint (PCF) au maire de Marseille et délégué à la santé, Zoé Le Monnoyer, chargée de mission « une seule santé » à l’Agence régionale de biodiversité environnement (Arbe) Région Sud et Thierry Tatoni, professeur en écologie AMU à l’Imbe et membre de l’Académie des sciences, lettre et arts de Marseille. À travers des échanges durant toute la soirée, Pression Hyperbar ouvre le débat sur cette question : « la véritable prise en compte de notre santé ne nécessite-t-elle pas de prendre soin du vivant dans son ensemble ? » Grâce à des projections, tableaux et photos à l’appui, chaque intervenant micro en main présente de façon la plus didactique possible la problématique, et tente d’impulser des pistes de réflexion et d’action au sens le plus large possible. Les questions sont ensuite ouvertes dans la salle. Les 21 heures passées, la soirée continue à battre son plein de façon informelle.

    Zoumaï, 7 cours Gouffé (6e)