Tag: sciences

  • Créer et programmer un robot en s’amusant, c’est possible

    Créer et programmer un robot en s’amusant, c’est possible

    Sur une feuille de papier, Noémie griffonne une sorte de tripode. « J’invente un robot », explique-t-elle, lors de la séance des Espaces publics numériques de lundi dernier. Sur le schéma, le fruit de son imagination ressemble au dessin d’une pyramide, sans base, avec une tige et une pince. Son frère Valentin, lui, opte pour la réalisation d’un chariot élévateur. Une autre participante, quant à elle, assemble une sorte de quadripède… avec une bâche au pied. « C’est un esclave, il passe la serpillière », glisse-t-elle avec espièglerie.

    Tous participent à un stage de deux après-midi accessible aux 9 à 13 ans et dédié à la construction et à la programmation d’un robot de leur conception, imaginée ou reprise de modèles proposés dans les manuels à leur disposition. « On a un petit guide pour mettre les pièces au bon endroit comme les legos » fait remarquer Valentin, qui n’a « jamais fait de robots », « c’est la première fois » qu’il en manipule. Une grande liberté est accordée aux enfants dans leur conception, « on peut leur donner des jambes, des yeux, c’est toi qui décides », explique justement l’animateur Alan Landolfi.

    Poser et résoudre

    un problème technique

    Sans le savoir, les jeunes construisent et mettent en œuvre des principes élémentaires de physique et de mécanique. Comme la transmission d’un mouvement par engrenage et crémaillère permis par servomoteurs, des petits moteurs électriques contrôlables finement. « J’arrive pas à avancer car il y a un truc qui gêne » remarque Valentin sur son chariot. « Quelque chose est peut-être mal placé », lui souffle l’animateur, et c’est bien le cas. Ou comment poser et résoudre un problème mécanique.

    De la même manière, la programmation répond à une certaine logique. Mardi, les participants ont tenté de donner vie temporaire à leurs créations à base de blocs d’instruction mis bout-à-bout. Noémie, par exemple, a programmé sa voiture-élévateur à roues indépendantes pour allumer une led rouge une seconde, lever et baisser son plateau, puis rouler. Mais sans préciser le temps, donnant une voiture filant entre les jambes des programmateurs en herbe sans s’arrêter.

    Valentin, de son côté, a réalisé un programme allumant une led verte, faisant monter, descendre, puis rouler 5 secondes son robot à petite vitesse, qui s’arrête et fait clignoter trois fois une led rouge.

    Une expérience ludique et éducative rendue possible par les Espaces publics numériques de la Ville. Ils sont équipés par Speechi, distributeurs des kits de robots développés pour l’Éducation nationale et pilotés par Arduino, un système libre très utilisé en ingénierie. De quoi susciter des vocations et créer les conditions pour y accéder par ces ateliers, toujours gratuits.

  • Le plastique s’invite au Bar des sciences à Montpellier

    Le plastique s’invite au Bar des sciences à Montpellier

    Informer pour mieux lutter contre la propagation des microplastiques : c’est le principe de la prochaine conférence de l’Université de Montpellier proposée dans le cadre du Bar des sciences. Cet échange sera l’occasion de discuter avec les professionnels et de répondre aux questions sur les gestes du quotidien permettant de limiter leur diffusion. Ouverte à tous, la rencontre se veut accessible et pédagogique, afin de donner à chacun les clés pour mieux comprendre et agir face à cet enjeu majeur.

    Pour animer le débat, Sylvain Catrouillet, Xavier Coussin et Laura Arsenie, chercheurs et experts en chimie et spécialistes des microplastiques, animeront la séance. Une tâche d’utilité publique comme l’explique Xavier Coussin, chercheur à l’Inrae et au laboratoire Marbec de Palavas-les-Flots : « Ce que l’on veut avant tout avec cette rencontre, c’est sensibiliser le grand public sur le sujet des microplastiques. Il s’agit de petits bouts de plastique de 5 millimètres ou moins. On en trouve partout et ils sont uniquement d’origine anthropique. »

    Un danger pour les êtres vivants

    Une prolifération liée aux activités humaines, qui représente un réel danger pour les êtres vivants et l’Homme, témoigne le chercheur : « Les microplastiques impactent tout le monde. On les retrouve dans la nature, chez les animaux, les poissons et même chez nous, les êtres humains. » Une présence dans les organismes qui a un coût, explique Xavier Coussin : « Dans la majorité des cas, les particules sont inhalées par les individus. Le principal risque avec cette exposition chez l’Homme va être la dérégulation de la flore intestinale. C’est un problème important car ça peut créer des troubles et des complications pour les personnes concernées. »

    Au-delà des risques sanitaires, les chercheurs insistent également sur les conséquences environnementales à long terme. Les microplastiques s’accumulent dans les sols et les océans, perturbant aussi durablement les écosystèmes. Les océans et la faune marine sont les plus touchés par ces contaminations. Selon les chiffres du ministère de la transition écologique, chaque année dans le monde près de 400 millions de tonnes de plastiques et microplastiques sont relâchées dans les océans. Si les milieux aquatiques semblent les plus touchés, les sols ne sont pas épargnés. En France toujours selon l’organisme gouvernemental, trois quarts d’entre eux seraient contaminés par la présence de microplastiques.

  • [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    [Entretien] Harrison Agrusa : « La mission MMX est la première dédiée à observer les lunes de Mars »

    La Marseillaise : Vous participez à la mission Martian Moons Exploration (MMX) qui devrait partir cette année. Quel est l’objectif ?

    Harrison Agrusa : Le but principal est d’étudier comment se sont formées les deux lunes de Mars : Phobos et Déimos. Elles restent très peu explorées. Certaines missions martiennes sont passées à proximité et ont offert de belles images. Mais c’est tout ce que nous avons. Aucune mission n’a jamais été lancée spécialement pour les étudier. MMX est la première.

    Comment se seraient-elles formées ?

    H.A. : Il pourrait s’agir d’astéroïdes « capturés » par Mars : alors qu’ils passaient à proximité, la planète les aurait attirés suffisamment pour les faire entrer en orbite autour d’elle. Je n’y crois pas. Il est peu probable que deux astéroïdes capturés au hasard aient des orbites circulaires et dans le même plan comme Phobos et Déimos. Il est plus probable qu’elles se soient formées à partir d’un disque de débris rocheux issus d’un impact avec Mars.

    La dislocation de Phobos simulée dans votre étude pourrait générer un nouveau disque de débris
    à partir duquel elle pourrait se reformer…

    H.A. : Tout à fait. Il pourrait s’agir d’un phénomène cyclique. Phobos serait alors une énième génération de lune. Mais chaque génération serait plus petite que la précédente en raison d’une perte de matière à chaque fois. Il arriverait un moment où la lune serait si petite que les forces de marée exercées par Mars deviendraient trop faibles, la réduction de l’orbite trop lente et les dislocations successives s’arrêteraient.

  • [Entretien] Caroline Monteil : « Nous ne connaissons qu’une infime partie du monde microbien »

    [Entretien] Caroline Monteil : « Nous ne connaissons qu’une infime partie du monde microbien »

    La Marseillaise : Vous avez découvert une nouvelle espèce de bactérie vivant en groupe et magnétotactique – elle s’oriente avec le champ magnétique terrestre. Comment cela fonctionne-t-il ?

    Caroline Monteil : Elle fabrique des cristaux magnétiques fonctionnant comme des aimants s’alignant sur les lignes du champ magnétique terrestre. Cela sert de boussole pour se géolocaliser. Ce comportement a été découvert chez les bactéries en 1975 et il y a eu une croissance exponentielle du nombre d’études associées à ce groupe de bactéries.

    Le monde microbien regorge d’organismes
    aux propriétés étonnantes…

    C.M. : Oui, et nous n’en connaissons qu’une infime partie ! La microbiologie s’est largement développée via les cultures. Seules les espèces « cultivables » en laboratoire étaient découvertes au siècle dernier. Le séquençage de l’ADN et la métagénomique ont montré que cette approche omettait énormément d’espèces dans les échantillons. L’évolution des techniques indépendantes de la culture nous permet aujourd’hui d’accéder à une diversité inatteignable il y a vingt ans.

    Auriez-vous un autre exemple d’organisme étonnant découvert récemment ?

    C.M. : Nous avons été les premiers à identifier les protistes magnétotactiques, qui s’orientent aussi avec le champ magnétique terrestre mais qui sont des eucaryotes – composés d’une cellule avec un noyau. Ils ont acquis cette capacité d’orientation en collaborant avec des bactéries magnétotactiques attachées à leur surface. Celles-ci y trouvent nourriture et protection. Ils sont en parfaite symbiose.

  • Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    Un mois entier dédié au 8 mars à Martigues

    On met l’accent sur les femmes invisibilisées qui ont apporté au pays », résume sobrement Gérard Frau, adjoint (PCF) de Martigues aux égalités, aux discriminations et aux droits des femmes, à propos du programme déployé par la Ville autour du 8 mars.

    Car une commune peut faire quelque chose, à sa hauteur, pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes et en dehors. « On a développé un programme sur un mois avec de nombreux partenaires » illustre l’élu, qui rappelle aussi « la Commission extra-municipale de toutes les égalités, créé il y a 2 ans, et dans laquelle j’anime la partie discrimination femme-homme ». Tout comme « le dispositif Femmes en place pour renommer les espaces publics dans lesquels les femmes sont aussi invisibilisées », à l’image de la maison de Carro Anita-Conti, du nom de la pionnière de l’océanographie, ou de l’espace santé autonomie Madeleine-Riffaud, « une grande journaliste résistante », commente Gérard Frau.

    Un programme varié

    Le programme est dense avec par exemple la rencontre-débat avec des autrices de bandes dessinées organisée par le collectif féministe du PCF de Martigues à la salle Dufy de l’espace Simone Veil, ce samedi 7 mars de 15h30 à 20h, ou encore les ateliers sur l’égalité proposés mercredi 11 et 18 mars par le service jeunesse de la Ville à l’Espace infos jeunes du quai Toulmond. Les agents de la Ville auront aussi droit à pièce de théâtre de sensibilisation le 17 mars à 14h à l’hôtel de Ville. « À Martigues, on a vocation à lutter et créer des égalités », conclut Gérard Frau.

  • [Sciences] La lumière a un effet anti-douleur chez le rongeur

    [Sciences] La lumière a un effet anti-douleur chez le rongeur

    « Cela fait 150 ans que les scientifiques travaillent sur des souris et personne ne l’avait remarqué », s’étonne Guillaume Sandoz, directeur de recherche CNRS à l’Université Côte d’Azur (Nice) encore scotché par sa découverte. « Je n’y croyais pas. » Avec sa doctorante Marion Bied, il multiplie les vérifications, demande à des collègues de reproduire l’expérience sur des rats. Mais c’est bien réel : quand les rongeurs sont soumis à une lumière ultraviolette (UV), cela produit chez eux un effet anti-douleur au niveau de la zone illuminée. « Cela induit une analgésie locale, non-invasive et non-médicamenteuse qui dure plusieurs heures, résume le chercheur qui signe un article dans Nature communications. L’effet est puissant, deux à trois fois supérieur à celui de l’ibuprofène. » L’animal supporte une pression deux à trois fois supérieure sous la patte avant de la lever –un test classique pour évaluer la résistance à la douleur.

    Le chercheur y voit un moyen simple de réduire la douleur des animaux lors d’expériences en laboratoire. « Pour des raisons éthiques et pour limiter le stress des animaux qui peut fausser les résultats, la douleur est généralement atténuée avec des médicaments pouvant eux aussi biaiser les résultats », insiste-t-il. Une dizaine de minutes d’irradiation à la lumière pourrait suffire, sans en abuser pour ne pas induire les effets néfastes bien connus des UV. « Cela pourrait améliorer le bien-être animal et la prise en charge vétérinaire des nouveaux animaux de compagnie », ajoute-t-il. Car au-delà des souris et des rats, la protéine à l’origine du phénomène existe aussi chez les chinchillas, les hamsters, les tortues et certains serpents.

    Nouvelle cible

    Cette protéine s’appelle Traak et est présente sur les neurones responsables de la sensibilité à la douleur – les « nocicepteurs ». Elle sert de canal ionique, laissant passer ou non certains ions entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule. « La lumière UV autour de 365 nanomètres génère des radicaux libres qui oxydent le canal ionique Traak, ce qui l’ouvre et inhibe la douleur », explique Guillaume Sandoz. Et cela n’agit qu’en surface car la lumière UV ne pénètre pas au-delà de 600 micromètres dans la peau. « Par chance, c’est là que sont les nocicepteurs », précise-t-il.

    Cet effet anti-douleur des UV n’existe pas chez l’humain à cause d’une petite mutation dans la séquence du gène codant pour la protéine Traak. « Cela induit le remplacement d’un acide aminé –la méthionine chez le rongeur– par un autre – l’isoleucine chez l’humain – qui n’est pas sensible à l’oxydation par des radicaux libres », précise Guillaume Sandoz. Mais cela ouvre des pistes. « C’est un nouveau mécanisme de régulation de la douleur qui est mis au jour, poursuit-il. Nous pourrions imaginer des moyens d’agir sur l’isoleucine dans le canal Traak pour moduler son activité chez l’humain. »

    Repères

    Traak

    C’est le nom d’un canal ionique du potassium. Il s’agit d’une protéine qui laisse passer ou non des ions potassium entre l’intérieur et l’extérieur d’une cellule, ce qui génère des courants électriques et contrôle son excitation. Les canaux ioniques Traak sont présents dans les neurones, notamment dans les yeux, le cerveau et la moelle épinière, mais aussi les neurones récepteurs de la douleur.

    LIA

    Pour « Light-Induced Analgesia ». Ou « analgésie induite par la lumière », en français. Il s’agit du nom donné à la méthode non-médicamenteuse et non-invasive de réduction de la douleur chez les rongeurs grâce à une exposition à de la lumière ultraviolette autour de 365 nanomètres.

    6

    C’est, en heures, la durée pendant laquelle l’effet anti-douleur induit par la lumière ultraviolette est efficace chez un rongeur, après dix minutes d’exposition.

  • [Entretien] Guillaume Sandoz : « La fonction de l’effet anti-douleur de la lumière reste un mystère »

    [Entretien] Guillaume Sandoz : « La fonction de l’effet anti-douleur de la lumière reste un mystère »

    La Marseillaise : Vous montrez que la lumière ultraviolette induit un effet anti-douleur grâce à la mutation d’un gène chez certains animaux –souris, rats, reptiles… – mais pas chez d’autres. Comment l’expliquer ?

    Guillaume Sandoz : C’est la grande question : pourquoi l’évolution a-t-elle conservé ce gène muté chez certaines espèces uniquement ? Quelle est sa fonction ? Cela reste un mystère et nous ne savons pas encore. Nous y travaillons avec des collègues de l’Université Laval à Québec (Canada). Nous essayons de voir quelles espèces possèdent ce gène muté et si nous parvenons à identifier quelque chose de spécifique à ces espèces. Mais une chose est sûre : c’est une mutation acquise dans l’évolution.

    C’est-à-dire ?

    G.S. : Elle n’était pas présente au départ, est apparue dans l’évolution et il y a eu une pression de sélection positive – car elle apportait un avantage – qui a permis de la conserver chez certaines espèces, notamment les oiseaux.

    Au-delà de l’effet anti-douleur,
    y a-t-il d’autres applications
     ?

    G.S. : Cela ouvre des perspectives en recherche fondamentale dans l’optogénétique qui consiste à introduire des mutations dans des cellules pour les rendre sensibles à la lumière. La mutation identifiée pourrait être introduite ailleurs pour rendre certains neurones sensibles à la lumière et mieux étudier leur rôle. D’autres solutions existent, mais l’effet de la lumière s’arrête généralement lorsqu’on l’éteint. Dans notre cas, l’effet subsiste plusieurs heures. Cela pourrait être intéressant dans l’étude de l’épilepsie.

  • 3 spectacles pour raconter les sciences autrement à Montpellier

    3 spectacles pour raconter les sciences autrement à Montpellier

    De l’eau qui file, des moustiques qui piquent la curiosité et des cellules qui dévoilent leurs secrets : quand la science devient une aventure…

    La résidence « La science rend des contes » réunit, depuis septembre 2025, trois conteurs et conteuses au sein de laboratoires de l’Université de Montpellier. En immersion auprès des scientifiques, « les artistes explorent différentes thématiques de recherche et les transforment en récits accessibles à tous, mêlant rigueur scientifique et puissance narrative ».

    Rencontre entre artistes et scientifiques

    Objectif : découvrir les sciences autrement, « sensibiliser les enfants de 6 à 11 ans et leurs familles aux sciences en offrant un espace où la rigueur scientifique dialogue avec la poésie, l’émotion et l’imaginaire ». Un projet construit en partenariat avec le réseau des médiathèques et de la culture scientifique de la métropole, dans le cadre de la labellisation “Science avec et pour la société” de l’UM.

    De cette résidence sont nés trois spectacles, qui seront proposés les samedis 14 février, 14 mars et 21 mars à la médiathèque Émile Zola de Montpellier. « Chaque spectacle est pensé comme une expérience partagée dans laquelle les artistes donnent corps aux savoirs, puis les scientifiques associés au projet prolongent la rencontre lors d’un échange avec le public », explique l’Université.

    Le premier rendez-vous, (« Peut-on conter sur le moustique ? », 14 février 16h–17h) propose de s’emparer d’un sujet familier, le moustique. Le second (« Lokili – Les mondes de l’eau », 14 mars 16h–17h), plonge le public dans une aventure centrée sur l’eau, ressource essentielle et pourtant fragile. Enfin le troisième spectacle (« Le Cosmos des Minus  », suivi de « Lokili – Les mondes de l’eau », 21 mars16h–18h) se déploie sous une forme plus longue, avec deux propositions successives. L’après-midi s’ouvre avec « Le Cosmos des Minus  », consacré à l’infiniment petit. À travers le regard d’un enfant régulièrement renvoyé à sa petite taille, le récit bascule vers une autre échelle du vivant : celle des cellules, des structures invisibles, des mondes microscopiques qui organisent le réel. Cette proposition sera suivie d’une seconde représentation de « Lokili – Les mondes de l’eau ».

  • Ramses : une escorte pour un astéroïde qui va nous frôler

    Ramses : une escorte pour un astéroïde qui va nous frôler

    Quand on le découvre en 2004, l’astéroïde Apophis a une probabilité de frapper la Terre évaluée à 2,7%.

    Cela peut paraître faible, mais c’est loin d’être nul. L’impact est prévu le vendredi 13 avril 2029. Heureusement, le risque est vite écarté par d’autres observations. « Mais cela a été un électrochoc », se souvient Patrick Michel, directeur de recherche CNRS au Laboratoire Lagrange de l’Observatoire de la Côte d’Azur (Nice). Et si le risque est écarté, l’astéroïde de 350 mètres de diamètre passera tout de même très proche : 32 000 kilomètres, soit moins d’un dixième de la distance Terre-Lune. Il est tentant d’aller l’observer de plus près. C’est l’objectif de la mission Ramses, qui a obtenu en novembre sa dernière tranche de financement. « Nous en sommes à la revue de conception critique, détaille Patrick Michel, responsable scientifique de la mission pour l’Agence spatiale européenne. Nous passerons bientôt les contrats avec les industriels pour poursuivre le développement. » Le lancement est prévu entre le 20 avril et le 15 mai 2028. « C’est très serré, admet le chercheur. Mais nous ne partons pas de rien. »

    Les travaux s’appuieront sur l’expérience acquise avec la mission Hera partie en 2024 pour atteindre le couple d’astéroïdes Didymos et Dimorphos en octobre prochain. « Ramses est basée sur le même type de plateforme », explique Patrick Michel.

    Spectacle unique

    Une sonde principale et deux mini-satellites – des cubesats – munis d’instruments : caméras dans différentes longueurs d’onde, radar, laser altimètre et même un sismomètre qui se posera sur l’astéroïde. « Une première, se félicite le chercheur. Observer les ondes sismiques se propager dans la roche nous renseignera sur ses propriétés mécaniques. »

    Le but est d’observer l’impact des effets de marée induits par notre Terre sur l’astéroïde. « Nous n’avons jamais eu l’occasion d’observer un tel phénomène », souligne Patrick Michel. Si ce n’est lors de la dislocation d’une comète à l’approche de Jupiter dans les années 1990. « Mais c’était très loin », ajoute-t-il. Comment réagira Apophis ? « Jusqu’à présent, les interactions que nous avons eues avec des astéroïdes nous ont toujours surpris », souligne le chercheur. En effet, ils sont souvent moins « durs » que les images ne le laissent penser. « C’est important pour définir quelle stratégie choisir pour les dévier », ajoute-t-il. Si un jour un astéroïde venait véritablement à menacer la Terre.

    Ce ne sera pas le cas d’Apophis. Il est sans danger. Mais il sera à coup sûr un spectacle. « Nous retransmettrons les images de la sonde en direct », promet Patrick Michel. Et dans la nuit du 13 avril 2029, il passera si près de la Terre qu’il sera possible de le voir à l’œil nu défiler dans le ciel nocturne pendant quelques heures. « Un événement exceptionnel », s’enthousiasme-t-il. L’occasion de sortir lever les yeux.

  • [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    [Immersion] Le « LSBB », un labo enfoui à l’écoute du silence

    Enfoui à cinq cents mètres sous le plateau d’Albion, le Laboratoire souterrain à bas bruit de Rustrel (Vaucluse) est l’exemple le plus abouti à ce jour d’une reconversion réussie d’un site militaire ultrasecret dédié au lancement de 18 missiles nucléaires en une unité scientifique copilotée par le CNRS et l’Université d’Avignon pour l’appui à des recherches de très haut niveau international.

    Perdu dans la pampa et enfoui sous un massif karstique, ce bastion imprenable jouit loin de l’effervescence acoustique des grands centres urbains et industriels d’un calme anthropique rare, et surtout d’un silence magnétique exceptionnel. Dans ce saint des saints, un objet fascine : une capsule blindée capable de résister au souffle d’une frappe nucléaire. Dans cette cage de Faraday qui repousse toute onde au dessus de 40hz, on peut faire des recherches aux frontières du silence absolu.

    « J’ai visité les galeries avec des mitraillettes dans le dos » s’était plu à nous raconter il y a vingt ans Georges Waysand, le père du LSBB (La Marseillaise, 10 décembre 2006). Ce physicien honoraire du CNRS était resté bouche bée en découvrant les qualités de cet « étrange sous-marin suspendu ». « Mon nanomètre de mesure du champ magnétique indiquait quasiment zéro. » Son lobbying pour que la science investisse les lieux au départ de l’armée a été déterminant.

    Gilles Micolau, professeur à l’université d’Avignon, a ouvert à La Marseillaise ce labo hors normes qu’il dirige. Au volant du même chariot Fenwick qui convoyait durant la guerre froide les officiers de tir qui se relayaient dans la capsule, il nous guide avec Daniel Boyer, son directeur adjoint technique rattaché lui à l’université Côte d’Azur dans le ventre de la montagne et le dédale de 4km de galeries qui depuis trente ans accueillent plusieurs centaines de missions d‘observation et d’expériences scientifiques de très haut vol.

    Une salle de métrologie d’une parfaite stabilité thermique est l’objet d’un partenariat scientifique avec le groupe Bertin-Technologies basé à Pertuis et Aix-en-Provence connu pour la qualité des instruments optiques qu’il produit pour l’aérospatiale, les accélérateurs de particules. Ses ingénieurs ont réalisé la caméra SuperCam du rover Perseverance de la Nasa qui a débarqué sur Mars en février 2021 après un voyage de 490 millions de kilomètres.

    Le long des galeries, des sismomètres, des capteurs d’infiltrations d’eau crachent des données précieuses. « D’ici et par la fibre optique qui remonte au sommet de la montagne, on fait des mesures d’une rare sensibilité sur la gravité », détaille Gilles Micolau. Dans une pièce, pas moins de six sismomètres, un micro-baromètre et un accéléromètre déversent H24 des données précieuses aux services nationaux d’observation, au centre d’étude atomique, à toute une communauté scientifique. « Vous avez ici un gravimètre d’un raffinement technologique extraordinaire. Et c’est le seul endroit au monde où il y en a deux séparés par 500 mètres de roche dans un labo. Ces appareils de mesure ont une sensibilité diabolique. Pour exploiter leurs données, il faut encore retirer l’influence exercée par l’ensemble des planètes du système solaire. » Grâce à eux, on mesure les remous du système karstique rattaché à la Fontaine-de-Vaucluse, un des plus grands réservoirs d’eau douce d’Europe. On étudie ici l’attraction gravitationnelle qui s’exerce sur l’eau qui traverse la montagne, les soulèvements de la nappe phréatique qui se recharge après un orage sur le plateau d’Albion, ses variations avec la pression atmosphérique. « Cela permet de réaliser un bilan hydrique de ce qui rentre dans la montagne et passe dans ses profondeurs, mais aussi en surface de l’évapotranspiration des plantes », souligne Daniel Boyer.

    Plus loin, dans ce qui était un œuf en béton baptisé « R10 », du nom d’un des récepteurs du code nucléaire qu’il abritait, une expérience est menée depuis plusieurs années : 60 accéléromètres détectent les vibrations de la roche pour intercepter les ondes sismiques et comprendre leur propagation dans le massif karstique. « Chaque capteur opère 10 000 mesures tridimensionnelles à la seconde. C’est une quantité phénoménale de données. »

    MIGA, futur gravimètre

    à atomes froids

    Après 1,7 km de route, une porte blindée de deux tonnes conçue pour résister à une pression de 20 bars et revêtue d’une cuirasse galvanique, donne accès à l’enceinte étanche au champ électromagnétique. Au fond apparait la fameuse capsule posée sur vérins et rotules hydrauliques. Elle est suspendue au plafond d’une cavité ovoïde en béton de 2 mètres d’épaisseur, recouverte d’un centimètre d’alliage d’aciers. Tout a été conçu pour résister au flash électromagnétique qui précède l’explosion atomique et permettre la riposte nucléaire. « Nous sommes à 520m de profondeur à l’endroit le plus profond et le plus stable. On a ici le plus haut niveau de protection pour les manipulations les plus fines pour mesurer les fluctuations du champ magnétique. » On peut écouter l’activité d’un cerveau en phase de sommeil profond. Ici, pour la première fois un magnétomètre SQUID refroidi à l’hélium a mis en évidence le couplage entre un important séisme à 6 000km et des irisations atmosphériques qui le précédaient à la vitesse de la lumière. « Le bruit de fond magnétique filtré au-dessus de 40 Hz fait du LSBB, un des rares endroits capables de détecter ces signaux précurseurs très faibles d’un tremblement de terre. »

    L’avenir du LSBB se dessine dans deux nouvelles galeries creusées en 2015-2019 on l’on découvre une antenne gravitationnelle en cours de montage. Le projet MIGA est porté par le Laboratoire temps espace de Paris et le LP2N de Bordeaux. C’est un tube ultravide en acier de 150 mètres de long. « C’est un instrument de métrologie de très haut vol basée sur la nouvelle technologie d’interférométrie quantique par atome froid. Ses miroirs sont d’une précision inouïe », explique Gilles Micolau.

    Tout est parti de la prédiction d’Albert Einstein en 1916 sur l’existence d’ondes gravitationnelles. Pour la première fois, le 11 septembre 2015 deux interféromètres optiques de Ligo (USA) et de Virgo (Italie) ont détecté cette onde qui provenait de la fusion à 1,3 milliard d’années-lumière de deux trous noirs. « Pour l’heure, c’est un prototype démonstrateur, mais on espère qu’à la fin il servira à de l’observation gravimétrique », ajoute Gilles Micolau à la tête d’un labo qui repousse les formidables contraintes d’humidité, d’exiguïté, d’inconfort sous terre pour accueillir des expériences vraiment hors normes dans un environnent proche de la science fiction.

    « Vous avez là des appareils de mesure d’une sensibilité diabolique »