Tag: Politique

  • [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    La Marseillaise : À quoi sert un événement comme le Village de la Paix ?

    Alain Rouy : Cela répond à la Journée internationale de la paix, décrétée par l’ONU il y a 25 ans. C’est un moyen de sensibiliser les populations, les pouvoirs publics. Par exemple, la question de la défense, de la paix, est occultée en France, où toute la politique de défense est entre les mains du chef de l’État. Il peut déclencher une intervention militaire sans même consulter le Parlement avant 100 jours. Dans les autres pays d’Europe, le Parlement est étroitement associé. On a appris par un discours, sur la base des sous-marins nucléaires de l’Île Longue, l’an dernier, que la France changeait de doctrine militaire nucléaire, avec une nouvelle invention, la dissuasion avancée. Personne n’a été consulté, pas même les militaires. La France ne fera désormais plus la transparence sur son armement nucléaire, certaines bombes nucléaires vont être remplacées par de plus puissantes, par l’unique volonté du chef de l’État. C’est un problème. Mais presque tous les pays sont soumis à cette hausse inconsidérée des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux, de santé, d’enseignement, d’où l’idée d’une convergence internationale.

    Le thème de la journée est : « Investir dans la paix pour tous, partout, tous les jours ».
    Qu’est-ce que cela évoque
     ?

    A.R. : Ça incarne ce que promeut l’ONU, c’est-à-dire que l’armement est surfinancé alors que les œuvres de paix et les grands défis existentiels tels que le réchauffement climatique sont sous-financés. L’ONU a établi les objectifs du développement durable, en 2015, à la suite des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Certains ont été obtenus, notamment sur le plan de l’alphabétisation, de la santé… Mais on est loin du compte parce qu’il manque des financements. Avec moins de la moitié du budget militaire, on règle quasiment tous les problèmes des OMD et on peut commencer à s’attaquer à la transition écologique. Au lieu de ça, on prépare la mort de la planète avec l’accumulation des armes et le risque d’un conflit nucléaire.

    Comment parvient-on à se mobiliser dans un monde bouleversé par les guerres et les génocides ?

    A.R. : Comme le disent certains slogans, il faut travailler à la paix du quartier à la planète. Ça commence par la culture de paix, grand chantier lancé par l’ONU en 2000, parce que la paix s’apprend dans les comportements, dans une culture tournée vers l’autre qui doit abreuver la vie publique. Les gouvernements ont aussi un rôle à jouer. Par exemple, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires de 2017 est venu d’une convergence de l’ONU, des ONG et d’États qui en ont été les relais diplomatiques. Mais pour que ces relais existent, il faut faire évoluer l’opinion publique.

    À un an de l’élection présidentielle, quelle devrait être, selon vous,
    la position du futur gouvernement en matière internationale
     ?

    A.R. : On craint que ces questions de défense soient occultées de la campagne. Beaucoup de candidats vont parler du pouvoir d’achat sans faire le lien avec la hausse des dépenses militaires. La France, sous Macron, a fait le choix de résoudre les problèmes par la guerre, en soutenant les dérives bellicistes de l’UE, sans proposer d’action diplomatique. On pourrait prendre la tête, en tant que puissance nucléaire, d’un mouvement de désarmement, puis aller vers une nouvelle manière d’envisager les relations internationales, à savoir la coopération, un mode de sécurité collective ou de sécurité commune, notion apparue dans les années 1980 avec le Premier ministre suédois de l’époque, Olof Palme. Celle-ci implique que je ne suis en sécurité que si mon voisin, ou mon ennemi, se sent lui-même en sécurité. Donc, nos sécurités sont interdépendantes.

  • [Maj] Sophie Binet et la CGT portent un projet pour Fibre Excellence

    [Maj] Sophie Binet et la CGT portent un projet pour Fibre Excellence

    Sophie Binet était « prête à revenir autant de fois qu’il le faudra » pour défendre la Bourse du travail à Arles, affirmait-elle en mars 2023. Aujourd’hui se joue le deuxième round. La secrétaire générale de la CGT se rend ce jeudi, à Tarascon puis à Arles, en soutien aux travailleurs en lutte de Fibre Excellence, mais aussi aux combats menés contre des maires d’extrême droite et de droite pour préserver les Bourses du travail et l’implantation de la CGT dans ces deux communes du pays d’Arles.

    Pour les 270 salariés licenciés et les nombreux emplois induits menacés, l’enjeu principal de cette visite est la présentation d’un projet alternatif de reprise industrielle du site de Fibre Excellence. Ce projet se fera « avec de faibles moyens pour faciliter l’investissement », annonce François Batista, de l’Union départementale CGT. Pour rappel, l’outil industriel est dimensionné pour « faire vivre des milliers d’emplois dans la filière bois », dans le département, selon le responsable syndical (notre édition du 15/09). À la bataille de l’emploi s’ajoute celle de la mise en sécurité du site. Depuis la liquidation judiciaire de l’entreprise de pâte à papier, prononcée fin juillet dernier, les situations à risque s’enchaînent sous la gestion du liquidateur Realtec.

    Coupures d’électricité, arrêt de la station d’épuration, risques de pollution du Rhône : autant de problèmes dénoncés par la CGT, qui font l’objet d’un bras de fer juridique entre l’État et le liquidateur. Mardi, ce dernier a d’ailleurs réagi aux inquiétudes concernant d’éventuels rejets d’eaux polluées en affirmant qu’« aucune analyse contradictoire (…) n’a été produite pour étayer l’affirmation d’un tel rejet polluant », contredisant ainsi les alertes lancées par la CGT du site.

    Soutien aux Bourses

    du travail

    L’autre grand dossier concerne le maintien de la CGT au sein de la Bourse du travail d’Arles, siège de l’union locale depuis 126 ans. Après trois années de bataille politique et judiciaire, et malgré deux propositions de médiation du tribunal refusées par le maire (Horizons) Patrick de Carolis, l’UL CGT, menacée d’expulsion manu militari, occupe la Bourse du travail depuis début septembre.

    Dans la même veine, le maire d’extrême droite de Tarascon, Alexandre Ducouret (RN), a décidé de chasser FO et la CGT de la maison des syndicats, où les deux organisations étaient installées depuis 2014. Une décision politique, alors que l’édile fustige la CGT qui « fait de la politique », indique La Provence du 23 juillet. La confédération a demandé un moratoire au ministère du Travail sur ces questions.

    « Les Unions locales, les Bourses du travail sont là pour faire en sorte que les travailleurs et travailleuses ne se retrouvent pas seuls, pour organiser la solidarité dans les luttes », affirmait Sophie Binet en mars 2025. La situation de Fibre Excellence n’en est-elle pas la meilleure démonstration ?

    *Depuis Tarascon à 12h30 et en fin d’après midi

  • Pierre Jaumain (PS), adjoint à l’urbanisme à Nîmes : « Une révision du PLU est très importante »

    Pierre Jaumain (PS), adjoint à l’urbanisme à Nîmes : « Une révision du PLU est très importante »

    La Marseillaise : Comment s’est déroulée votre prise de fonction ?

    Pierre Jaumain : J’ai trouvé un service public municipal efficace et à l’écoute de nos nouvelles orientations. Il a fallu quelques mois pour que soit nommé un nouveau directeur général adjoint (DGA) et que nous ayons un mode de fonctionnement optimal. J’ai aussi passé beaucoup de temps avec les équipes de Nîmes Métropole pour veiller à ce que ces équipes se parlent et travaillent bien ensemble en s’appuyant sur le fait majeur qu’elles ont le même élu de référence, ce qui est nouveau.

    Quelles ont été les priorités à lancer à partir d’avril ?

    P.J. : Un état des lieux général d’abord. L’inflexion, ensuite, des dossiers qui n’étaient plus dans nos priorités ou contraires à nos principes, comme sur le projet de parking à la Placette. Mais on ne peut pas tout modifier d’un claquement de doigts car il y a des règles, des réalités juridiques et financières dont on ne peut pas s’extraire avec irresponsabilité. Un des premiers changements majeurs a été de signifier notre volonté de répondre à la crise du logement en impulsant la production de logements sociaux auxquels une grande majorité de Nîmois a droit. Nous essayons par exemple de pousser les porteurs de projets, les promoteurs, à faire du logement social, alors que ce n’était pas prévu initialement. Comme ce n’est pas imposé dans les documents réglementaires, c’est à eux de bien vouloir le faire ou pas. Ils sont aujourd’hui globalement coopératifs. Mais c’est pour cela qu’une révision du PLU est très importante.

    Comment va se dérouler
    cette révision du PLU ?

    P.J. : Nous avons lancé en conseil municipal le 4 juillet une procédure de modification du PLU dont la végétalisation est un des enjeux majeurs. On votera au conseil municipal les décisions de cette modification au mieux au printemps. Nous avons aussi lancé une révision du PLH (Programme Local de l’Habitat) à Nîmes Métropole. Ce sont deux dispositifs-cadres extrêmement importants. Mais aujourd’hui dans le PLU, il n’y a pas grand-chose qui contraigne à la création de logements sociaux. Il y a donc un décalage entre nos intentions politiques et les outils réglementaires qui permettraient d’imposer ces intentions politiques. Pour la révision du PLU, nous avons décidé de concerter très largement donc ça va prendre deux ou trois ans.

    Quels sont les autres grands sujets qui vont vous occuper cette année ?

    P.J. : Se doter d’outils de pilotage et d’anticipation qui manquent cruellement pour maîtriser le foncier, construire des logements et développer cette ville harmonieusement. Nous sommes très mobilisés avec ma collègue Agnès Charraix sur la question du végétal en ville et de la réponse à apporter pour s’adapter au nouveau climat dans lequel nous vivons désormais. Et nous devons continuer à rencontrer l’ensemble des acteurs de l’urbanisme et du logement pour les comprendre, les associer et leur expliquer nos priorités.

    Où en est la rénovation engagée dans les quartiers prioritaires
    de la Ville ?

    P.J. : Beaucoup de choses sont contractualisées et nous sommes tenus de les suivre. Mais il y a des marges de manœuvre que nous allons activer. Je ne cesse de rappeler aux équipes que, même quand on travaille sur des plans, il s’agit toujours de la vie de femmes et d’hommes et que la dimension humaine de notre urbanisme est fondamentale. Je pense notamment que les financements liés aux aménagements ont été trop faibles. Et puis nous sommes déjà très mobilisés pour l’Anru 3 afin que notre territoire bénéficie des financements nécessaires et que soient prises en compte des problématiques nouvelles comme l’accompagnement des copropriétés dégradées. Nous sommes sur le pont sur les dossiers de renouvellement urbain et de politique de la Ville. Notre boussole, c’est la dignité, l’égalité et le respect. Nous avons pris un engagement durant la campagne sur l’égalité de l’ensemble des quartiers de notre commune. Nous le tenons et nous le tiendrons.

    Quel est votre rôle dans la mise en place des « places communes », l’un des axes les plus importants de la campagne de Nîmes en commun ?

    P.J. : C’est un travail collégial de nombreux élus et des services sous la houlette de ma collègue Maya Amer-Moussa. Je prends ma part, notamment dans le repérage foncier des lieux les plus adaptés et de leur intégration urbaine. Cela concerne les quartiers constitués comme ceux en mutation. C’est un travail très enthousiasmant car cela contribue totalement à cet urbanisme à échelle humaine qui est le nôtre. Un urbanisme qui recrée des lieux d’échange et de partage, des lieux de communication et de culture, des lieux de services publics et d’actions associatives, des lieux de citoyenneté.

    Sur ces sujets très techniques, comment parvenez-vous à faire participer la population dans la prise de décision ?

    P.J. : Par le dialogue permanent d’abord avec les corps intermédiaires, les comités de quartiers, les collectifs citoyens, les associations comme par l’information de tous les élus en refusant le fonctionnement cloisonné. Pour la révision du PLU par exemple, nous allons proposer un dispositif qui permette à toutes et tous de comprendre et de proposer des idées dans une dimension d’éducation populaire à laquelle je suis très attaché. Nous allons nous efforcer d’expliquer clairement ce qui est parfois très technique et un peu abscons. Nous souhaitons une large appropriation car nous allons parler de l’avenir de notre territoire et cela concerne tout le monde.

  • À Forcalquier, un lieu pour faire le lien entre Europe et ruralité

    À Forcalquier, un lieu pour faire le lien entre Europe et ruralité

    « Démocratiser l’action de l’Europe », informer, orienter, fournir une aide administrative et encourager les porteurs de projets à se tourner vers les fonds européens : tels sont les objectifs du centre Europe Direct inauguré, mardi, à Forcalquier. « L’objectif est de faire le lien entre les territoires et les institutions, de comprendre les attentes des citoyens, de dialoguer sur les projets qu’ils souhaitent mener, sur leur ressenti vis-à-vis de l’Europe », explique Tanguy Specq, représentant de la Commission européenne à Marseille. L’idée est également de redorer le blason de l’Europe et de montrer qu’elle ne se résume pas qu’à des contraintes, alors que « l’on voyait de plus en plus d’eurosceptiques sur notre territoire », constate Alexandra Fol-Gutierrez, responsable du centre.

    « On a besoin aujourd’hui pour peser d’une Europe qui soit forte. Mais pour pouvoir avoir une Europe forte, il faut qu’elle soit incarnée dans les territoires, avance David Gehant, maire (DVD) de Forcalquier et président de la communauté de communes. Il faut saisir l’opportunité de ces fonds européens qui sont à disposition. »

    Le nouveau centre Europe Direct mettra en place des ateliers pour faire connaître les fonds européens aux élus, et a également pour projet d’intervenir dans les établissements scolaires, les collèges et les lycées agricoles. « L’agriculture est une partie prenante de ce lieu », pour lequel la communauté de communes a travaillé avec la Chambre de l’agriculture, a expliqué David Gehant. Avec cet espace, il espère « faire de cette commune un laboratoire de la ruralité active ». « Les territoires ruraux incarnent l’avenir de notre pays. La ruralité a un potentiel immense », a-t-il lancé.

  • Le plan de financement de la maison de santé des Mées adopté

    Le plan de financement de la maison de santé des Mées adopté

    La majorité municipale des Mées a présenté, mardi soir en conseil municipal, un dispositif de participation citoyenne qui a pour objectif de « prévenir la délinquance » et de « développer auprès des habitants de la commune une culture de la sécurité et de la remontée d’information ».

    Les habitants sont invités, à travers ce dispositif, à signaler des « événements suspects » ou des « situations anormales ». Ce que l’ancien maire et candidat aux municipales Frédéric Puech (PCF), désormais conseiller d’opposition, a considéré comme « subjectif ». Cela « peut mener à des signalements sur la base de préjugés », a-t-il déploré. Il s’est par ailleurs montré étonné de découvrir des critères « d’honorabilité » pour choisir les citoyens référents.

    L’opposition a également déploré la suppression d’un poste d’encadrement de chef de service au sein de la police municipale. La majorité a expliqué « supprimer un poste de catégorie B pour le remplacer par deux postes de catégorie C », avec la « volonté de renforcer les effectifs de police municipale » et de pallier deux départs.

    Lors du vote du plan de financement de la maison de santé, la majorité municipale a annoncé avoir obtenu « un certain nombre d’aides » : des fonds européens, du département et de l’ARS. La majorité a ainsi atteint « 73,96% de taux de financement ». « On est en train de voir avec la Région pour avoir des financements pour le matériel et les salles d’attente », a ajouté le maire, Max Eymard. Alors que le conseil municipal votait pour nommer la future structure « Maison de santé des Pénitents », Frédéric Puech a exprimé sa volonté de « féminiser les noms » et proposé de lui donner un nom de femme.

    Concernant le règlement du marché, également voté mardi soir, Frédéric Puech a exprimé le souhait de son groupe d’opposition de supprimer l’interdiction absolue de distribuer tout document ou tract dans le périmètre du marché.

    La majorité a par ailleurs proposé de régulariser la situation des animateurs, notamment mineurs, qui travaillaient pour certains « 50 heures par semaine », selon la majorité. « Heureusement que l’inspection du travail ne nous est pas tombée sur le dos », a lancé le premier adjoint au maire, Philippe Lehoux.

  • Comment les mégafeux révèlent les contradictions de notre époque

    Comment les mégafeux révèlent les contradictions de notre époque

    Auteur prolifique et infatigable militant de l’Institut d’histoire sociale de la CGT, l’ancien vice-président de l’Université de Provence interviendra jeudi, sous sa casquette d’environnementaliste, au Forum national du conseil scientifique du MNLE, accessible en visioconférence. Il résume ici pour nous la teneur de son analyse, qui sera développée dans sa contribution.

    Pour commencer, il s’appuie sur un constat simple dont chacun a pu mesurer la portée cet été à travers l’actualité : des milliers d’hectares de forêts partis en fumée, des villages évacués, des habitants perdant leur maison, des entreprises contraintes de cesser provisoirement ou définitivement leur activité et « des agriculteurs qui voient disparaître en quelques heures le travail de toute une vie ».

    « La France est désormais touchée, comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, le Canada, la Californie, l’Amazonie ou encore l’Australie, par des mégafeux », souligne-t-il.

    Pourtant, prévient-il, « il serait réducteur de n’y voir qu’une conséquence spectaculaire du dérèglement climatique ». La hausse des températures, les sécheresses prolongées et la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes créent indiscutablement des conditions favorables à ces incendies, « mais cette explication, insiste-t-il, si nécessaire soit-elle, demeure insuffisante ». Il met également en avant l’organisation de la société, ses priorités ainsi que ses choix économiques et politiques comme facteurs aggravants de ces catastrophes.

    Analyse politique

    Il poursuit : « Les mégafeux détruisent des écosystèmes entiers, fragilisent la biodiversité, appauvrissent les sols, perturbent les cycles de l’eau et relâchent dans l’atmosphère d’immenses quantités de dioxyde de carbone, alimentant ainsi le réchauffement climatique. » Dans le même temps, ils « interrompent des activités économiques, désorganisent les territoires et aggravent les inégalités sociales », insiste André Prone.

    Sont notamment en cause « l’abandon de certaines pratiques agricoles, la réduction des espaces entretenus, l’urbanisation diffuse, le recul des politiques de prévention, mais aussi certaines formes de gestion forestière privilégiant des plantations monospécifiques destinées à maximiser la production de bois ». Selon lui, l’ensemble de ces évolutions a accru la vulnérabilité de nombreux massifs forestiers.

    Il invite donc « à dépasser la seule approche climatique » par une analyse marxienne qu’il juge tout aussi éclairante, puisqu’elle interroge « les rapports entre les modes de production et les conditions matérielles de la vie ».

    Il montre ainsi comment « la recherche permanente de l’accumulation, l’exploitation intensive des ressources, la marchandisation croissante des espaces naturels et la priorité donnée à la rentabilité à court terme ont progressivement rompu ce que certains auteurs appellent aujourd’hui le métabolisme entre les sociétés humaines et leur environnement ». Pour Alain Prone, les mégafeux illustrent parfaitement tout cela, en pointant qu’« un système économique fondé sur l’expansion permanente rencontre désormais les limites physiques de la planète ».

    Cette analyse permet d’envisager les mégafeux non plus comme une catastrophe parmi d’autres, mais comme le « symptôme d’une rupture historique ».

    Et de conclure : « Cette rupture appelle à repenser nos politiques forestières, nos modes d’aménagement du territoire, la place des services publics de prévention, mais aussi les finalités mêmes de notre modèle de développement. » Ce qui relève bien d’un projet de société. Puisque « ce qui brûle aujourd’hui, ce ne sont pas seulement des forêts, mais l’illusion qu’une humanité pourrait poursuivre indéfiniment son développement en ignorant les limites écologiques dont dépend sa propre existence ».

  • Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Les secrets d’histoire de l’ancien Hôtel Splendide à Marseille

    Le rectorat prépare la restructuration du 31, boulevard d’Athènes, siège du centre régional de documentation pédagogique et son réseau Canopée. L’objectif est de transformer cet ancien hôtel de luxe de la fin du XIXe siècle en un espace tertiaire moderne pour des entités du rectorat. Il s’agit d’optimiser une superstructure de 150 pièces sur sept niveaux et 4 200 m² de surfaces habitables, d’améliorer les performances énergétiques et de le mettre aux normes de sécurité et d’accessibilité. Un chantier à 7 millions d’euros étalé sur 2027-2029.

    Pour cette lourde opération pilotée par l’agence d’architecture Poissonnier Ferran et afin de « favoriser une approche avisée du site dans ses aspects patrimoniaux », le rectorat, son propriétaire depuis juin 1979, a commandé une étude historique de l’immeuble qui fut d’abord le Grand Hôtel de Russie et d’Angleterre, ouvert en 1893 au pied de la nouvelle gare Saint-Charles et à côté duquel s’installera en 1912-1914 l’Hôtel Splendide qui l’a ensuite absorbé.

    L’étude réalisée par Nathalie Banel, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, est passionnante. Ses recherches qui relèvent de l’archéologie du bâti à l’échelle d’un îlot, révèlent la densité historique de ce foncier depuis la confiscation sous la Révolution du domaine religieux des Petites Maries et son démembrement qu’elle documente. Sur la longue façade actuelle, on lit encore les vestiges d’un immeuble à trois fenêtres de 1832.

    « Sa place dans l’histoire autant que son ampleur architecturale en font un lieu d’intérêt nécessitant de porter une attention particulière à son évolution », montre la chercheuse, qui réserve de longs développements sur « cet ancien hôtel de luxe principalement connu pour avoir été le lieu de séjour et de travail de Varian Fry, journaliste américain ayant contribué à sauver plusieurs milliers de réfugiés juifs ou antinazis entre 1940 et 1941 ». « Les réfugiés commencent à défiler dans ma chambre. Je leur donne de l’argent et des conseils, et j’essaie de leur soutenir le moral jusqu’à minuit ou une heure du matin », écrit Varian Fry, qui reçoit dans sa chambre n°324 au second étage, puis dans la 307. Tournée en partie sur place, la série Transatlantique de Netflix, rend hommage à son rôle éminent et à celui de Mary Jayne Gold, pour aider plus de 2 000 réfugiés à fuir le régime nazi.

    D’autres hôtes célèbres sont évoqués comme le cinéaste Abel Gance, les écrivains Paul Valéry et André Gide. Au début de la Seconde Guerre mondiale, des spectacles y sont donnés, permettant à de nombreux musiciens repliés à Marseille dans la débâcle de survivre. Les salons du Splendide ont reçu des chanteurs d’opéra, la cantatrice Madeleine Grey et le violoniste polonais Stanislas Dymek ou encore le pianiste Eugène Reuchsel. La comédienne Eve Francis y récita son Ode à la France meurtrie, avant que les bottes nazies ne claquent en novembre 1942 dans le vestibule. L’avocat et homme politique Vincent de Moro-Giafferri s’y était réfugié, craignant la vindicte des nazis pour avoir défendu Herschel Grynszpan, ce juif allemand réfugié en France qui, en novembre 1938, avait abattu un diplomate allemand à Paris, un assassinat qui déclencha la « Nuit de Cristal » et le pogrom contre les juifs d’Allemagne.

    Dans son roman Transit paru en 1944, Anna Seghers décrit l’Hôtel Splendide, nid d’espions et de mouchards, où logent tout à la fois ceux qui volent au secours des réfugiés traqués par les nazis et des membres de la commission chargée de l’application de la convention d’armistice de juin 1940. Le 3 janvier 1943, Hélène Taich, résistante FTP-MOI y jette une bombe sur les autorités allemandes qui y logent. L’attentat sera le prétexte aux rafles et à la destruction du quartier Saint-Jean.

  • David Gehant dans la course pour l’association des maires des Alpes-de-Haute-Provence

    David Gehant dans la course pour l’association des maires des Alpes-de-Haute-Provence

    « Cela fait plus de 10 ans que je m’engage au travers de mes mandats régionaux. Et cette année, j’ai décidé d’aller encore plus loin. Je serai candidat à la présidence de l’association des maires des Alpes-de-Haute-Provence le 8 octobre », a annoncé David Gehant (DVD), maire de Forcalquier et vice-président de la Région, dimanche, devant près de 200 élus et soutiens venus pour sa rentrée politique.

    « C’est une décision que je n’ai pas prise tout seul », mais avec le soutien de la présidente du département, Éliane Barreille (DVD), et de Camille Galtier (DVD), maire de Manosque, a-t-il affirmé. « Toutes les décisions que nous prenons, nous les prenons à trois, pour le bien de ce département », a-t-il lancé.

    L’élection du président de l’association des maires aura lieu le 8 octobre à Forcalquier. « Daniel Spagnou avait choisi et tenait à ce que ce soit à Forcalquier. Il avait déjà en tête de me passer le flambeau. On en discutait régulièrement. Il me présentait comme son successeur », a affirmé David Gehant. « À la Région, j’ai commencé sans connaître personne, simple conseiller régional, et je suis aujourd’hui cinquième vice-président, avec une délégation extrêmement importante. J’ai bon espoir de faire la même chose au niveau national, à l’AMF », a-t-il avancé.

    Galtier et Di Benedetto vice-présidents

    Il espère « faire monter aussi un certain nombre de collègues qui seront avec [lui]. Camille Galtier est déjà membre de la commission des finances au niveau national. Je suis certain que Julien Di Benedetto peut prétendre à occuper un rôle. Donc un jeu collectif, d’équipe, pour qu’on soit plusieurs à Paris ».

    Le maire de Forcalquier a également annoncé la composition de son équipe . S’il est bel et bien élu le 8 octobre, son premier vice-président sera Camille Galtier, et Jean-Louis Chabaud, maire de Barrême et président de l’association des maires ruraux des Alpes-de-Haute-Provence, sera son deuxième vice-président.

    98 maires présents

    Julien Di Benedetto, maire (SE) de Digne, Jean-Pierre Templier, maire (DVD) de Sisteron, Elisabeth Jacques, maire de La Condamine-Châtelard, et Jacques Depieds, maire de Mane, feront également partie de son équipe. Claude Fiaert sera à nouveau secrétaire général. Avec son équipe, David Gehant a expliqué vouloir « être les porte-voix de nos territoires, dans notre département où les parlementaires sont tous dans l’opposition et n’ont donc plus de voix à faire porter ».

    Il s’est réjoui de la présence de nombreux édiles : « 98 maires sont là aujourd’hui sur les 198. La moitié des maires du département se sont déplacés à Lardiers. Je n’ai jamais vu autant de maires un dimanche dans le département. C’est deux fois plus que l’année dernière », s’est réjouit David Gehant.

  • Édouard Philippe en campagne à Alès

    Édouard Philippe en campagne à Alès

    Après Gérald Darmanin et Gérard Larcher (LR), c’est donc Édouard Philippe (Hor.) qui s’est rendu à Alès pour soutenir son maire Christophe Rivenq (LR) après les menaces reçues cet été signées DZ Mafia. Alors que la campagne présidentielle s’accélère en cette rentrée, Alès est devenue le symbole de ces villes moyennes gangrenées par le trafic de drogue et donc le lieu idéal pour les responsables politiques pour affirmer leur combat contre le narcotrafic à peu de frais.

    L’ancien Premier ministre a donc rencontré le maire d’Alès lundi 7 septembre. Après avoir rencontré les membres de la majorité municipale, déjeuné avec des chefs d’entreprise et échangé sur les enjeux de sécurité, de justice, et la lutte contre le narcotrafic à l’hôtel municipal d’Alès, il a détaillé plusieurs mesures face à la presse.

    Édouard Philippe a par exemple proposé la mise en place d’un « état d’urgence » sur le narcotrafic qui permettrait, selon lui, de « prendre des mesures administratives, de réaliser des perquisitions, d’utiliser des moyens technologiques comme la reconnaissance faciale, d’interdire l’accès d’une zone à des trafiquants ». Le maire du Havre souhaite aussi « taper les narcotrafiquants au portefeuille » et être « beaucoup plus ferme avec les consommateurs ».

    Celui qui a reçu le soutien de Gérald Darmanin cet été, ministre de la Justice depuis 2024 et ancien ministre de l’Intérieur entre 2020 et 2024, s’inscrit donc dans la lignée du tout répressif de son allié alors que les résultats en la matière sont plus que contestables. La consommation de cocaïne a par exemple triplé en cinq ans, celle d’ecstasy/MDMA a doublé entre 2019 et 2023, les violences pour le contrôle des points de deal ont explosé et le trafic n’a cessé de s’étendre ces dernières années, touchant désormais une majorité de communes rurales. L’actuelle situation à Alès, comparable à celle également très inquiétante de Bagnols-sur-Cèze, n’en est qu’un nouvel exemple. Dans ce contexte, les remèdes du candidat Édouard Philippe semblent loin de pouvoir régler le problème.