Tag: Politique

  • [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    Mayya Sanbar : Non, mais c’est peut-être ce qu’il en ressort, car ses poèmes racontent son histoire et sa situation politique et, malheureusement, ils sont encore d’actualité. L’idée de départ était de raconter nos liens à la Palestine à travers ses poèmes.

    Elias Sanbar : Nous voulons avant tout introduire un univers poétique, son monde. Ce qu’on montre au public, c’est l’universalité de l’œuvre. Souvent, on présente Mahmoud Darwich comme un poète palestinien. Mais ce n’est pas un poète palestinien. C’est un poète de Palestine. Car la nationalité poétique se rapporte à la langue et non au passeport. Prenez l’exemple d’Apollinaire, qui est présenté comme un grand poète français, ce qu’il est, mais il est Polonais. Mahmoud Darwich est donc un poète arabe de Palestine.

    Dans son poème « Je dis tant de choses », qui donne son nom à votre lecture, Darwich interroge : « Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l’affirmez, à tous les hommes ? ». À l’heure de l’occupation et du génocide d’Israël dans le silence de la communauté internationale, qu’est-ce que leur lecture provoque chez vous aujourd’hui ?

    M.S. : Ce poème fait écho pour moi à l’hypocrisie du monde. Étant moi-même Palestinienne de France, j’ai l’impression que c’est une question qui se pose à nous depuis toujours. Et j’ai grandi dans une société où cette question se pose d’autant plus.

    E.S. : Cela pose la question de la revendication de reconnaissance. Une reconnaissance qui n’arrive pas, non pas depuis Gaza, mais depuis des décennies. Le poème Je dis tant de choses baigne dans une ironie triste. Il dit également à quel point ce conflit est interminable. La date de son démarrage n’a jamais cessé de reculer. Pendant longtemps, on nous a dit que c’était en 1967. Suite à des travaux d’historiens, on nous a dit après que cela avait commencé en 1948. Maintenant, avec le film Palestine 1936, on se rend compte qu’il y a eu, à l’époque, d’énormes maquis et luttes armées contre les Britanniques qui étaient alors la puissance coloniale. Et je pense même qu’on va bientôt faire remonter le début du conflit à 1917 avec la Déclaration Balfour. Et si on continue, on va arriver à 1897, l’année de la tenue du Congrès à Bâle, à la sortie duquel Herzl a dit « j’ai créé l’État juif ». Pendant ces 130 années, il n’y a pas eu une année calme.

    S’il est un poète de l’exil
    et de la lutte, Mahmoud Darwich est aussi celui
    de l’amour et de l’espoir. Dans «
     Un autre jour viendra », il finit sur une image de « colombes [qui] font la sieste dans un char abandonné »…

    M.S. : Cet espoir est dans l’ADN palestinien. On se le transmet dans la famille ou entre amis. C’est aussi un rappel constant dans les moments de doutes ou de désespoir. J’ai l’impression qu’il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui vient nous rappeler qu’un jour, on sera libre de toute occupation. Dans les poèmes d’amour de Mahmoud Darwich, il n’est jamais question d’amour sans entraves. L’occupation est toujours présente quelque part, mais l’espoir aussi.

    E.S. : Cela dit aussi que personne n’arrivera à nous sortir du paysage. C’est l’enjeu depuis 130 ans. Nous acceptons de devenir des absents absolus. Une absence imposée par des exils forcés, des expulsions et surtout l’effacement de notre nom. N’oublions pas que pendant des décennies, il y a eu cette phrase terrifiante : « Ils n’existent pas ». Lors des négociations de paix auxquelles j’ai participé pendant des années, les négociateurs israéliens étaient dans l’incapacité quasi-physique de prononcer le mot « Palestinien ». Pendant des décennies, ils nous ont appelés « réfugiés arabes de Cisjordanie, arabes de l’intérieur »… Et nous voilà aujourd’hui à lire Un autre jour viendra, alors que nous avons 40 000 enfants assassinés. Je ne sais pas si les gens réalisent. 40 000 cercueils de gosses. Cette semaine a eu lieu la commémoration du 7 Octobre 2023. Les jours d’après, j’avais écrit un article pour dire que c’était un crime de guerre. Mais je n’ai pas entendu un mot de compassion, sauf dans de petits cercles, pour les 40 000 enfants tués. Le gros problème, c’est que la reprise du dialogue va devenir terriblement compliquée. Moi, je continue à parler avec des gens de l’autre bord. Mais beaucoup me demandent : « Comment peux-tu leur parler encore ? » Netanyahou a réussi à créer un gouffre entre les deux peuples.

    Mahmoud Darwich exprime aussi son espoir vers quelque chose de « féminin ». Il a fait des émules chez les Palestiniens, notamment les femmes, avec de jeunes poétesses, comme Nour Elassy ou Asmaa Azaizeh. C’est aussi ça l’une de ses forces ?

    E.S. : Cette place des femmes, c’est surtout une force des Palestiniens. Nous n’avons jamais reçu autant de poèmes de poétesses. C’est extraordinaire.

    Allez-vous les lire à Marseille ?

    M.S. : On a choisi quatre poèmes de Gaza qu’on lit presque en ouverture de notre lecture. Avec le Théâtre Joliette, j’ai aussi enregistré, avec d’autres comédiennes palestiniennes qui vivent à Marseille, des poèmes écrits pendant le génocide à Gaza.

    E.S. : Ce qui est aussi intéressant, c’est que Darwich était à la fois un laïc très clair et porteur de cette terre particulière commune au judaïsme, au christianisme et l’islam. Il y a un personnage féminin qui traverse son œuvre : Marie. Et aussi un homme, le Christ. La société palestinienne est plurielle et unique au monde. On a presque un rapport de propriété avec les religions. Nous avons toujours fonctionné à partir du fait que tout ce qu’il s’y est passé nous appartient. Chez nous, la religion est par rapport à un lieu et pas à un dogme. Dans le bureau d’Arafat, il y avait une majorité de chrétiens palestiniens alors que cela ne représentait pas la démographie. Il y avait aussi des juifs, dont mon ami, le regretté Ilan Halevi, qui était notre représentant à l’Internationale socialiste. Les gens ne le réalisent pas, mais nous portons les trois religions car nous sommes les trois. La poésie de Darwich reflète très bien cela.

    Et quid du Darwich communiste ?

    E.S. : Jusque durant la période où il réside encore à Haïfa, jusqu’à son départ à Moscou où il rejoindra la résistance palestinienne au début des années 1970, le seul espace dans lequel les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 arrivent à s’exprimer, c’est celui des partis communistes qui étaient mixtes. Un parti où vous avez des juifs israéliens et des Palestiniens. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il va, en partant toujours du particulier et de la quintessence palestinienne dans son œuvre, porter son peuple vers l’universel.

    Face à l’inertie des Nations, une des clefs de la résolution de cette guerre ?

    E.S. : Nous sommes à la croisée des chemins. Ou la barbarie absolue en train de se dessiner à l’échelle planétaire impose l’abandon du droit, ou bien l’obsession de justice et d’égalité va nous permettre une sortie par le haut et non par la folie. C’est pour cela qu’il faut continuer à chanter.

  • Universités d’Oser la France à Avignon : nouveau lieu et soutien appuyé du préfet

    Universités d’Oser la France à Avignon : nouveau lieu et soutien appuyé du préfet

    Après le refus du Rouge Gorge, salle de spectacle avignonnaise, d’accueillir les universités de rentrée du mouvement politique de Julien Aubert (LR), Oser la France, prévues le 17 octobre, le responsable politique a annoncé, ce samedi 10 octobre, avoir « trouvé un nouveau lieu », sans en révéler l’emplacement.

    À la suite de la mobilisation d’un collectif d’associations vauclusiennes, dont NousToutes 84, la direction de l’établissement avait annoncé, vendredi, mettre fin au contrat de location.

    À Avignon, le Rouge Gorge renonce à accueillir Oser la France

    Les universités de rentrée du mouvement Oser la France doivent accueillir notamment Sarah Knafo (Reconquête), François Fillon, Natacha Polony, Valérie Boyer (LR), François-Xavier Bellamy (LR) ou encore Jean Branco.

    Sur les réseaux sociaux, samedi, Julien Aubert a estimé que « sous la pression d’une nébuleuse de collectifs et groupuscules locaux émargeant à l’extrême-gauche, un théâtre privé qui accueillait depuis 3 ans nos événements a dû se rétracter. Campagne d’intimidation sur sa façade, appels aux boycotts, tentative de déstabilisation économique : nos opposants n’ont pas attaqué l’organisateur de la manifestation, ni ses invités mais le lieu. Alors que le secteur de la culture souffre des coupes budgétaires, être prêt à tuer un lieu de culture au nom de son Idéologie, c’est extrêmement grave. C’est une censure qui ne dit pas son nom. Ces méthodes rappellent les heures les plus sombres de notre histoire. »

    L’ex-député ajoute avoir lancé une pétition pour « défendre la démocratie et la liberté d’expression contre l’intimidation ».

    Le préfet de Vaucluse a également choisi de prendre position dans ce dossier. Dans un communiqué, publié ce samedi, Thierry Suquet « regrette qu’un climat de pression conduise à l’annulation d’un événement politique et fasse peser le risque d’une restriction de fait du débat public. Agiter le spectre de la violence pour empêcher une réunion politique est inacceptable, et constitue une vraie menace pour la démocratie. La confrontation des idées doit relever du débat, non de l’intimidation ou de la censure des idées divergentes. »

    Contestant « tout risque avéré pour l’ordre public et toute incapacité des forces de police à faire face aux éventuelles manifestations », le préfet « appelle à faire vivre, par le dialogue et la contradiction, une vie publique ouverte à la diversité des opinions. »

  • [Rue de la République] Marc Pietrosino : « Les jeunes mobilisés ont un discours très proche de celui de la CGT »

    [Rue de la République] Marc Pietrosino : « Les jeunes mobilisés ont un discours très proche de celui de la CGT »

    Le climat social

    Didier Gesualdi : Comment jugez-vous la situation sociale ? Elle est très inflammable ?
    Oui, il y a un bouillonnement de colères que l’on sent arriver. Plusieurs sujets viennent se mêler : d’abord c’est la vie chère. Tout le monde le voit en faisant le plein. Le carburant pèse vraiment sur la vie des ménages, mais il n’y a pas que ça, il y a le prix de la nourriture, des loyers… Et dans le même temps, tout ce qui est pensions, salaires ou traitements a stagné. Dans les entreprises privées, les négociations salariales sont catastrophiques et dans la fonction publique, il faudrait faire des fouilles archéologiques pour retrouver le moment où le point d’indice n’était pas gelé. Un calcul montre que pour les catégories C, avec les augmentations « normales » dont ils ont été privés, les fonctionnaires auraient 700 euros en plus sur la feuille de paie. Ce n’est pas négligeable. Vous imaginez la perte de pouvoir d’achat ?

    Léo Purguette : Pour faire baisser les prix des carburants, on entend parler de nationaliser Total. Quels leviers faut-il actionner selon vous ?
    Le levier des nationalisations peut être actionné, c’est sûr. On peut envisager le blocage des prix également. Pour défendre le pouvoir d’achat, il faut aussi rattraper les salaires, qu’ils soient vraiment indexés sur l’inflation. Bien entendu, il faut aussi se pencher sur notre dépendance aux énergies fossiles.

    Léo Purguette : Il y a une autre catégorie de la population qui exprime son mécontentement : ce sont les lycéens qui veulent plus de professeurs, de moyens, des locaux en bon état et la suppression de Parcoursup. Aviez-vous vu venir ce mouvement ?
    Pas de cette ampleur, mais les revendications que vous évoquez sont aussi celles de la CGT. Quant à Parcoursup, il n’y a pas que la CGT. Je pense que n’importe quel parent qui a un enfant qui passe le bac, il a des sueurs dès qu’il faut entrer sur Parcoursup. Il y a des tas d’exemples qui montrent que c’est un système très aléatoire. Ce que nous disons, nous, à la CGT, c’est que Parcoursup, c’est une machine à inégalités. Des étudiants se retrouvent sans leurs choix. Ceux qui ont les moyens pourront finalement payer une école et faire les études qu’ils veulent, les autres resteront sur le bord du chemin. Ça, c’est condamnable. Sur l’état des locaux dénoncé par les lycéens, force est de constater que beaucoup de locaux sont des passoires thermiques, qu’il y a encore beaucoup d’amiante. Il faut un plan de rénovation très important. S’agissant du manque d’effectifs, l’Éducation nationale, comme les autres services publics, a perdu des postes année après année. On est vraiment à un point critique.

    Léo Purguette : On parle d’une génération dont beaucoup d’observateurs avaient dit qu’elle était rongée par l’individualisme, lobotomisée par les écrans.

    Est-elle en train de faire la démonstration du contraire ?

    Voir des jeunes qui s’investissent, qui ont un discours très proche du nôtre et qui veulent changer la société, c’est rassurant. Pour moi, c’est la démonstration qu’il faut toujours faire confiance à la jeunesse, à l’intelligence. Ces jeunes ont la possibilité de s’exprimer, ils le font très bien. Effectivement, c’est une génération qui a sans doute des problèmes, mais à vrai dire comme toutes les générations. Moi, ce que je vois, ce sont des jeunes avec des cerveaux et qui savent s’en servir.
    Didier Gesualdi : Le gouvernement dit que la dette va justement impacter cette génération qui manifeste.

    Quel est votre avis ?

    L’économie n’est pas une science exacte. On est sur un paradigme libéral qui dit qu’il ne faut pas s’endetter ou alors sur des marchés privés avec des gros taux d’intérêt. Il y a d’autres choses qui sont possibles en économie. Le tournant libéral initié par Thatcher, pris dans les années 1980 et pris par tous les pays européens, a fait des ravages. Cela a commencé par détruire les services publics. Avec quelles conséquences ? Faire monter la misère. C’est tellement le cas, qu’aujourd’hui, dans un pays comme l’Allemagne, marqué par le nazisme, on se retrouve avec un parti néofasciste qui gagne des positions de pouvoir.
    Le rôle de la CGT

    Léo Purguette : Vous appelez les militants CGT à descendre dans la rue aux côtés des lycéens. N’y a-t-il pas un risque d’instrumentalisation ?
    En tout cas, nous à la CGT, on fait très attention à descendre dans la rue pour protéger ces jeunes en étant à leurs côtés. On est logoté CGT puisqu’on a un service d’ordre. On n’a pas de banderoles, pas de slogans, on les laisse avoir les leurs. On est là pour les protéger, faire en sorte que ça se passe bien en faisant tampon entre eux et les forces de l’ordre et éventuellement pour dégager les intrusions abusives.

    Didier Gesualdi : La CGT défend beaucoup l’industrie, l’emploi…
    Et l’environnement ?
    Aussi, d’abord parce qu’on est très inquiets de la santé des salariés qui sont employés dans ces industries. Une industrie plus noble, plus vertueuse sur le plan écologique protégera la santé des salariés. Nous faisons très attention à tous ces aspects. Pour la CGT, il faut que l’industrie coche les cases de l’emploi, de la santé et de l’écologie. On est conscient aussi que toute production industrielle polluera toujours un petit peu, mais il faut restreindre au maximum cet impact et le mettre en rapport avec la satisfaction des besoins humains.

    Le RN

    Didier Gesualdi : Dans les entreprises, ça dit quoi de l’extrême droite ? On est dans une période idéologique très troublée. Il y a une explosion de colères, certains peuvent être séduits par ses discours, ça peut-être très confus. La ligne pseudo-sociale de Marine Le Pen peut faire dire à certains que ce parti a changé. Nous, par l’histoire et par nos pratiques, on sait que ce parti sera toujours l’ennemi des salariés.

    Léo Purguette : Avez-vous été surpris parvles propos antisémites attribués à Jordan Bardella ?
    Non ! Quand on connaît l’histoire du Rassemblement national… C’est un petit peu leur fonds de commerce. Aucune surprise à ce niveau-là. On se souvient tous des propos de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, mais aussi avec qui il a fondé ce parti : des antisémites et des nostalgiques d’un certain régime qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale. Le vernis s’est juste craquelé.

    Les dossiers chauds

    Léo Purguette : L’UD CGT s’est beaucoup tenue aux côtés des salariés de Fibre excellence, à Tarascon, qui ont des difficultés à obtenir des réponses. Est-ce que Fibre excellence, c’est fini ?
    Non, ce n’est pas fini ! Il y a des projets. Nous avons eu une réunion avec la Région, vendredi dernier, avec des industriels qui étaient là pour évaluer la possibilité de reprendre Fibre excellence. C’est le leader de la pâte à papier et ça fait vivre toute la filière bois, toute une filière la logistique aussi. Fibre excellence, c’est 260-270 emplois directs, mais c’est 5 000 emplois induits donc il y a beaucoup d’acteurs qui ne veulent pas que Fibre excellence ferme. On a un outil de travail qui a déjà été modernisé. Il suffit de pas grand-chose. Ce qui nous manque, c’est un papetier. En France, il n’y en a plus, donc on est en train de chercher à l’étranger. La difficulté, c’est de conserver les locaux en état. Le liquidateur ne nous a pas aidés dans cette démarche !

    Léo Purguette : La CGT est favorable à la ligne très haute tension (THT) pour décarboner le golfe de Fos. Quels sont vos arguments ? Car elle suscite beaucoup d’opposition de la part de riverains.
    Il y a des oppositions. Ce n’est pas tellement sur la THT, mais sur la question : faut-il enterrer la ligne ou la mettre en aérien. Nous, on n’a pas de préférence, on veut qu’elle arrive. Si on veut décarboner l’industrie, on est obligé d’avoir la THT, mais aussi ce qui produit l’électricité. On a besoin que cette ligne arrive sur le Port pour l’électrifier aussi et, plus largement, alimenter toute notre région tout en rénovant notre réseau électrique qui en a bien besoin.

    Léo Purguette : Il y a eu un conflit social récent sur la liaison avec la Corse. On sent d’importantes tensions à l’intérieur du consortium qui dirige Corsica Linea. Êtes-vous inquiet pour son avenir ?
    Cela fait des années que la CGT se bat pour le pavillon français afin d’embaucher des marins au droit français. Je constate qu’on a laissé des compagnies faire autrement. Aucune nouvelle occasion ne doit être saisie pour contourner le pavillon français.

    Didier Gesualdi : Comment allez-vous mener la campagne pour les élections professionnelles dans la fonction publique ?
    D’abord, je voudrais souligner qu’il y a eu une grève suivie en intersyndicale dans la fonction publique avant les élections professionnelles, ce qui est très rare. Cela montre que les problèmes sont profonds et que tout le monde a su faire preuve de responsabilité. Notre objectif est de conserver notre première place dans la fonction publique. Nous menons campagne au plus près des agents pour entendre et faire gagner au mieux leurs revendications.

    L’industrie

    Léo Purguette : L’UD CGT s’est beaucoup tenue aux côtés des salariés de Fibre excellence, à Tarascon, qui ont des difficultés à obtenir des réponses. Est-ce que Fibre excellence, c’est fini ?

    Non, ce n’est pas fini ! Il y a des projets. Nous avons eu une réunion avec la Région, vendredi dernier, avec des industriels qui étaient là pour évaluer la possibilité de reprendre Fibre excellence. C’est le leader de la pâte à papier et ça fait vivre toute la filière bois, toute une filière la logistique aussi. Fibre excellence, c’est 260-270 emplois directs, mais c’est 5 000 emplois induits donc il y a beaucoup d’acteurs qui ne veulent pas que Fibre excellence ferme. On a un outil de travail qui a déjà été modernisé. Il suffit de pas grand-chose. Ce qui nous manque, c’est un papetier. En France, il n’y en a plus, donc on est en train de chercher à l’étranger. La difficulté, c’est de conserver les locaux en état. Le liquidateur ne nous a pas aidés dans cette démarche !

    Léo Purguette : La CGT est favorable à la ligne très haute tension (THT) pour décarboner le golfe de Fos. Quels sont vos arguments ? Car elle suscite beaucoup d’opposition de la part de riverains.

    Il y a des oppositions. Ce n’est pas tellement sur la THT, mais sur la question : faut-il enterrer la ligne ou la mettre en aérien. Nous, on n’a pas de préférence, on veut qu’elle arrive. Si on veut décarboner l’industrie, on est obligé d’avoir la THT, mais aussi ce qui produit l’électricité. On a besoin que cette ligne arrive sur le Port pour l’électrifier aussi et, plus largement, alimenter toute notre région tout en rénovant notre réseau électrique qui en a bien besoin.

    Léo Purguette : Il y a eu un conflit social récent sur la liaison avec la Corse.On sent d’importantes tensions à l’intérieur du consortium qui dirige Corsica Linea. Êtes-vous inquiet pour son avenir ?
    Cela fait des années que la CGT se bat pour le pavillon français afin d’embaucher des marins au droit français. Je constate qu’on a laissé des compagnies faire autrement. Aucune nouvelle occasion ne doit être saisie pour contourner le pavillon français.

    Didier Gesualdi : Comment allez-vous mener la campagne pour les élections professionnelles dans la fonction publique ?
    D’abord, je voudrais souligner qu’il y a eu une grève suivie en intersyndicale dans la fonction publique avant les élections professionnelles, ce qui est très rare. Cela montre que les problèmes sont profonds et que tout le monde a su faire preuve de responsabilité. Notre objectif est de conserver notre première place dans la fonction publique. Nous menons campagne au plus près des agents pour entendre et faire gagner au mieux leurs revendications.

    Les gilets jaunes

    Didier Gesualdi : On parle d’une résurgence des Gilets jaunes, le 17 octobre. Vous parlez avec eux ?
    Oui, on a quelques contacts avec des mouvements citoyens qui s’appellent parfois sur leurs tracts « ex-Gilets jaunes ». Cela ne nous surprend pas, ce qui était dénoncé est toujours là… en pire. Pour nous, la porte est ouverte à des actions communes.

    Didier Gesualdi : Vous n’êtes pas un peu concurrents ? Ça avait été compliqué en son temps ?
    À une époque oui, sans doute parce que c’était un mouvement très divers avec un éventail politique large et varié. Aujourd’hui, ça a l’air d’être plus compact. Concurrents, non. Plus on sera nombreux sur les mêmes revendications, mieux ce sera.

    La question des lecteurs

    Catherine : J’ai fait partie de la génération qui s’est mobilisée contre la loi Devaquet, je pense qu’il faut protéger les jeunes d’aujourd’hui contre la violence policière.
    Catherine, vous vous êtes mobilisée contre le projet de loi Devaquet, moi j’étais de la génération des grandes grèves de 1995. Je commençais à être étudiant. Il y avait de la répression, mais effectivement, quand on manifestait, on n’avait pas cette peur de se faire matraquer ou gazer. Parallèlement, si je fais un comparatif, quand les agriculteurs, avec la FNSEA, manifestent avec les tracteurs, on ne leur balance pas des grenades dessus. Nous, on a pris nos responsabilités. Il faut protéger les jeunes. On ne nie pas qu’il y a eu des débordements, il y a eu du personnel enseignant blessé, mais globalement, il y a eu une disproportion de la réponse policière et de la répression, donc on va continuer à encadrer les jeunes du mieux qu’on pourra pour qu’ils puissent porter leurs revendications de manière sereine et que ce soit ça qui soit entendu. Les débordements détournent l’attention des causes du mouvement. Nous nous impliquons parce que nous voulons que les jeunes puissent s’exprimer et rentrer chez eux en un seul morceau.

  • « Engager tout le monde à faire République »

    « Engager tout le monde à faire République »

    La Marseillaise : Pour sa rentrée, Mad Mars pose la question « S’engager en politique, ça vaut encore le coup ? ». Pourquoi ce fil rouge ?

    Olivia Fortin : Parce que beaucoup d’entre nous sommes en colère de la situation, on le voit avec le mouvement de jeunesse, et sentent que le réel pouvoir de décision sur les choses qui structurent notre monde est en réalité très loin. On est beaucoup à essayer de faire bouger les lignes localement mais dans un cadre qu’on ne maîtrise pas, et cela crée de la désespérance, surtout quand des forces obscures essaient d’apporter des réponses simplistes à des problèmes complexes. Pour nous mouvements citoyens engagés à Marseille, il est important de créer une occasion d’en débattre. Des Marseillais, nos élus Juliette Masson, Clara Jaboulay et Kader Bennacer auront la parole, mais aussi à deux personnalités qu’on apprécie : Camille Pouponneau, l’ex-maire de Pibrac qui a fait de sa démission un geste politique dans le livre Maires, le grand gâchis. Et Quitterie de Villepin qui a initié plein de mouvements démocratiques.

    Quelle est l’idée ?

    O.F. : Évidemment nous nous tournons vers l’espoir d’une action politique partagée. L’idée est de ne pas s’en tenir à de la désespérance mais de pouvoir se dire qu’on a tous et toutes intérêt, mais aussi de la joie à trouver, dans le fait de combattre. Mad Mars est un mouvement différent d’un parti politique classique, qui par nature n’est pas amené a priori à soutenir tel ou tel candidat mais à défendre le modèle de société auquel on aspire. Et donc à être présent auprès des habitants, et des Marseillais.

    En 2027, quel peut être l’engagement national d’un mouvement local comme Mad Mars ?

    O.F. : Ma conviction, c’est que nous, élus locaux mais pas que, sommes d’une certaine façon le visage de la République. Les Français peuvent parfois se sentir abandonnés, avec d’énormes difficultés sur le pouvoir d’achat, l’accès à des services publics de base, la non-gestion de la crise climatique, avec, légitimement parfois, l’impression d’être abandonnés par un pouvoir public national qui ne prend pas en compte les injustices. Je nous vois, nous qui sommes engagés dans la société, et ce n’est pas seulement les élus, une responsabilité à combattre ce sentiment, en étant à nos places et à nos rôles, auprès des habitants, en allant discuter avec eux et prendre un prétexte pour le faire. La meilleure manière de faire campagne aujourd’hui pour la société à laquelle j’aspire, c’est d’engager tout le monde à faire République, parce que c’est le meilleur rempart à ce qu’on veut nous proposer.

  • Laurent Belsola : « Une ville de paix et de vivre-ensemble »

    Laurent Belsola : « Une ville de paix et de vivre-ensemble »

    La Marseillaise : Que vous inspire la tenue du congrès national du Mouvement de la paix à Port-de-Bouc ?

    Laurent Belsola : Je suis d’abord très fier pour la section locale du Mouvement de la paix de Port-de-Bouc, qui est tenue par Élise Taillaumard et Boulenouar Sirat. C’est une belle récompense pour le travail qu’ils réalisent depuis des années. Je rappelle qu’ils sont allés à Hiroshima, par exemple, mais ils sont de tous les combats. Les militants du Mouvement de la paix organisent d’ailleurs régulièrement des réunions au niveau départemental à Port-de-Bouc.

    À vous entendre, la paix est presque dans l’ADN de Port-de-Bouc, finalement ?

    L.B. : Nous sommes une ville de paix. Nous sommes opposés à tous les conflits, on préfère largement la négociation. On a pu voir l’embrasement des situations au Moyen-Orient, en Ukraine, en Iran. Je dis qu’il faut que la diplomatie reprenne ses droits. Que le droit international reprenne le pouvoir sur les armes et la loi du plus fort. Car voir les bombes arriver sur n’importe quel peuple sera toujours un désastre pour moi.

    Port-de-Bouc compte de nombreuses communautés issues de l’immigration, comme la communauté chypriote. La paix est-elle indispensable au vivre-ensemble, et inversement ?

    L.B. : On peut remercier les anciens qui ont créé l’association Amitié France-Chypre suite à un voyage et qui militent pour que Chypre redevienne ce qu’elle était. Nous recevrons bientôt la visite de M. le consul honoraire de Chypre à Marseille, à l’occasion d’une soirée consacrée à une chorale prochainement. Cela s’annonce comme une belle soirée. La paix et le vivre-ensemble sont des obligations dans notre ville, on ne peut vivre en paix que si tout le monde se respecte. La République est en cela un projet politique non ethnique, qui inclue toutes les différences, culturelles comme religieuses, et qui nous unit.

  • À Avignon, le Rouge Gorge renonce à accueillir Oser la France

    À Avignon, le Rouge Gorge renonce à accueillir Oser la France

    Sarah Knafo (Reconquête), François Fillon, Natacha Polony, Valérie Boyer (LR), François-Xavier Bellamy (LR) ou encore Juan Branco : la liste des personnalités invitées aux universités d’été du mouvement Oser la France, fondé par le vice-président des Républicains Julien Aubert, oblige désormais les organisateurs à trouver un nouveau lieu d’accueil. Prévu initialement le 17 octobre au Rouge Gorge, à Avignon, l’événement ne s’y tiendra finalement pas.

    À la suite de la mobilisation d’un collectif d’associations vauclusiennes, qui s’interrogeait sur la neutralité de la salle de spectacle, la direction de l’établissement a annoncé, ce vendredi 9 octobre, mettre fin au contrat de location.

    Tout en rappelant que la réservation avait été conclue dès 2025 pour accueillir l’événement et qu’il s’agissait « d’une prestation de service privée et non d’une programmation portée par le Rouge Gorge », l’établissement justifie sa décision par la volonté de « préserver » son « indépendance ».

    « La dimension prise par cet évènement dépasse désormais le cadre de la prestation initialement convenue », poursuit le Rouge Gorge, qui souhaite « conserver la maîtrise » de son activité, de ses engagements et de l’identité du lieu, tout en assurant défendre « des valeurs de tolérance, de respect et d’inclusion ». Et d’ajouter que l’évènement était « susceptible de venir troubler l’ordre public ».

    « C’est une victoire », réagit auprès de La Marseillaise Muriel Trichet, membre du collectif féministe NousToutes 84 : « Le fait qu’ils aient fait machine arrière montre que la convergence des luttes a fonctionné. On mettait en avant le fait qu’un espace culturel ne devrait pas accueillir ce genre d’évènement ».

    Réaction ce samedi

    Contacté, Julien Aubert réserve sa réaction lors d’une conférence de presse prévue ce samedi 10 octobre. Il avait toutefois déjà répondu à la mobilisation des associations opposées à la tenue de l’événement au Rouge Gorge. « Le désaccord politique est légitime ; vouloir faire porter à un lieu culturel la responsabilité des opinions de ses locataires revient à installer une police idéologique des salles et des tribunes. C’est surtout une méthode propre aux fascistes : s’attaquer à la culture, pour asphyxier la démocratie », lançait-il dans un communiqué diffusé sur ses réseaux sociaux.

    Après avoir évoqué une « reductio ad Hitlerum », Julien Aubert poursuit en affirmant que la « démocratie ne consiste pas à décider qui mérite une salle, mais à répondre aux idées par des idées ». Avant de conclure qu’il « espère que les collectivités publiques qui financent ces associations » liront son message. Ce sur quoi il y a peu de doutes : certains membres du collectif monté par Julien Aubert pour les élections municipales sont aujourd’hui aux côtés du maire d’Avignon Olivier Galzi (DVD).

  • David Gehant élu président de l’association des maires

    David Gehant élu président de l’association des maires

    David Gehant a pris jeudi la suite de Daniel Spagnou, maire de Sisteron pendant 43 ans décédé le 31 août, à la tête de l’association des maires des Alpes-de-Haute-Provence. Aucun candidat ne s’était présenté face à lui.

    Avec ce nouveau mandat, le maire de Forcalquier espère faire peser le département rural. « La ruralité n’est pas une variable d’ajustement. Nos communes ne peuvent pas être sollicitées pour tout, puis oubliées lorsqu’il faut décider ou financer. Nous voulons une association qui pèse, qui porte nos exigences et qui obtient des réponses », a-t-il lancé au moment de son élection.

    « Peser davantage »

    Également vice-président de la Région, il veut « unir les élus pour peser davantage, défendre la liberté d’action des maires et faire entendre les Alpes-de-Haute-Provence dans les décisions qui concernent leur avenir ».

    Le nouveau président de l’association des maires a choisi comme premier vice-président Camille Galtier, maire DVD de Manosque. Le maire de Digne, Julien Di Benedetto, qui se revendique sans étiquette, sera lui quatrième vice-président. Jean-Pierre Templier, maire (DVD) de Sisteron depuis le départ de Daniel Spagnou, a été choisi comme sixième vice-président.

    « Ce ne sera pas une présidence de salon. Ce sera une présidence de terrain, qui agit, qui dérange s’il le faut et qui défend chaque commune sans baisser la voix », a promis David Gehant.

    Des rencontres thématiques seront organisées dans les territoires pour « définir les priorités, partager les solutions et accompagner les élus ».

  • Les rois présidentiels sur les planches de Châteauvallon

    Les rois présidentiels sur les planches de Châteauvallon

    On les appelle les rois présidentiels, ou les monarques républicains. Favorisés par une constitution qui leur confère de (trop) larges prérogatives, les présidents de la Ve République n’ont, de De Gaulle à Macron, jamais cessé d’être remis en question par les observateurs de la vie politique et les citoyens pour leur dimension autocratique, plus ou moins assumée, plus ou moins revendiquée.

    C’est ce « régime très vertical », qui a pour effet « d’imprimer la figure présidentielle dans l’inconscient collectif », qui a donné à Léo Cohen-Paperman l’idée d’en faire une série de spectacles : « Le fil rouge de ma carrière, c’est la question du théâtre populaire. Et je me suis dit que les présidents, c’était un support génial pour ça, parce que tout le monde a un affect. On les déteste, on les adore, on a éprouvé des choses pour ces gens », décrit le metteur en scène de 38 ans. Deux autres motivations plus personnelles : la « forte volonté » d’écrire avec l’acteur Julien Campani [qui incarne Jacques Chirac], et celle de rendre hommage à son père, « décédé il y a une petite quinzaine d’années. Il était journaliste, et c’est une manière de poursuivre les discussions que j’avais avec lui », précise-t-il.

    Un projet débuté en 2019 avec le spectacle sur Jacques Chirac, et qui doit s’achever d’ici deux ans par une œuvre finale dédiée à Charles De Gaulle et Georges Pompidou.

    « Traduire l’incarnation du pouvoir en esthétique »

    Cet ensemble prévu pour 2028 racontera l’histoire de « Pompidou jouant sur les ruines de De Gaulle, qui se casse la gueule (sic) en mai 1968. Il y a l’idée que Pompidou a été le premier président après le Général, et qu’il doit donc porter ce costume trop grand ». Si l’Élysée a compté « huit rois » depuis 1958, la série ne comptera, ainsi, que six pièces. « Je mets aussi Hollande et Sarkozy ensemble », explique Léo Cohen-Paperman. « Je trouve qu’ils se répondent bien. Ils n’ont pas été réélus, ce sont les derniers présidents de l’alternance gauche-droite, avant les dix ans de Macron. Et parce que je trouve qu’ils ont tous deux ouvert la page de la question identitaire sur le plan politique. »

    Chaque pièce, indépendante des autres, même s’il existe « des échos entre chacune d’entre elles », possède son propre style, dans une volonté de « traduire une incarnation du pouvoir en esthétique artistique », appuie l’auteur. « J’ai choisi, de manière très instinctive, car ça correspondait à leurs mandats selon moi, l’opéra pour De Gaulle et Pompidou, la tragi-comédie pour Mitterrand, le stand-up pour Sarkozy, le clown pour Hollande, la comédie onirique pour Chirac, le théâtre de vaudeville pour Giscard, la science-fiction pour Macron. Ce sont des genres populaires, des comédies accessibles et humoristiques. »

    La dernière citée, intitulée La thérapie d’Emmanuel Macron, connaîtra ses premières représentations du 3 au 9 novembre à Toulon, où l’artiste et ses comédiens seront en résidence jusqu’à la fin du mois d’octobre. Avant cela, La Vie et la mort de J. Chirac, roi des Français et Génération Mitterrand sont jouées au théâtre Liberté en cette fin de semaine, avec une intégrale, ce samedi (18h). En espérant que le neuvième roi (ou reine) élu en 2027 puisse aussi nous faire rire.

    Programmations et réservations sur chateuvallon-liberte.fr

  • Le conseil municipal d’Oraison interrompu par des militants écologistes

    Le conseil municipal d’Oraison interrompu par des militants écologistes

    Les chants revendicatifs, casseroles et slogans des militants contre les centrales photovoltaïques se sont à nouveau fait entendre depuis le conseil municipal d’Oraison, jeudi. Mais cette fois-ci, le maire, Benoît Gauvan (Ren.), avait prévu le coup en appelant trois policiers municipaux, qui ont expulsé manu militari plusieurs militants assis dans le public qui avaient interrompu le conseil en prenant la parole pendant la délibération permettant une modification du PLU pour installer une centrale solaire sur la commune, adoptée pour la deuxième fois après que le maire ait oublié de faire voter le huis clos.

    « C’est surtout de ma faute », a-t-il à nouveau reconnu jeudi. L’édile a donc « préféré présenter de nouveau toutes les délibérations » au vu du « vice de procédure ».

    « Vous n’avez pas parlé du CO2, ni de l’extractivisme qui est requis ! », ont notamment invectivé les militants pendant le conseil. Après avoir été sortis, ils ont continué à perturber la séance en faisant entendre leurs hurlements, leurs chants et en tapant aux fenêtres de la salle. « Nous reviendrons », criaient-ils notamment. « La démocratie a bon dos quand on ne la respecte pas », a réagi l’édile.

    Le conseil a été suspendu pendant plusieurs minutes « le temps que cela se calme ». « C’est le premier acte d’une lutte », a promis Marie Veroda, coprésidente du groupe national de surveillance des arbres. « La biodiversité n’est pas à vendre. »

    Un nouvel amendement

    La conseillère d’opposition Isabel Gamba (DVC), opposée au projet, a présenté jeudi un nouvel amendement proposant de « reporter l’examen de la délibération afin que le conseil puisse disposer d’éléments complémentaires avant de se prononcer sur l’intérêt général du projet », absent lors du premier conseil municipal irrégulier, ce que lui a reproché le maire. « Je vous fais part de ma surprise au moment de l’arrivée de cet amendement alors qu’aucun document » n’avait été présenté au précédent conseil. « Vous m’aviez avoué ne pas avoir eu le courage de vous plonger dans l’étude des documents », a-t-il accusé.

    « Nous reconnaissons les avantages avancés et les retombées économiques, mais ces avantages doivent être mis en balance avec l’ensemble des conséquences du projet », a avancé Isabel Gamba. « Les éléments ne permettent pas au conseil municipal d’apprécier de manière suffisamment claire l’intérêt général » de ce projet, a-t-elle défendu.

    Le maire a longuement défendu le projet et présenté ses arguments avec de nombreuses diapositives. Les incidents sur la faune sont « modérés à faibles », selon lui.

  • [Extrême droite] Le procès de l’attaque du Prolé d’Alès reporté

    [Extrême droite] Le procès de l’attaque du Prolé d’Alès reporté

    C’est une première victoire », s’est félicitée Cécile Alphon-Layre, sur le perron du tribunal d’Alès. La secrétaire de la section alésienne du PCF – partie civile dans ce dossier – regrettait en effet que le caractère politique et la préméditation n’aient pas été retenus (les trois agresseurs seront jugés pour violence aggravée par l’usage et la menace d’une arme et la commission des faits en réunion). C’est l’une des raisons qui a poussé les trois avocats à réclamer le renvoi de l’audience.

    L’annonce de cette demande a été effectuée à plus de 200 personnes rassemblées devant le tribunal dès 8h30 mardi 6 octobre. Avant de rentrer dans la salle, Cécile Alphon-Layre a rappelé le déroulement de cette attaque en pleine feria et a réaffirmé que « ce n’est pas une affaire isolée ». « Notre bassin a été particulièrement marqué par l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée de La Grand-Combe ou l’agression antisémite d’un septuagénaire à Anduze. La violence de l’extrême droite n’est pas nouvelle. Elle a frappé en 2002 avec l’assassinat de François Chenu puis le meurtre raciste de Mohamed Maghara, de Clément Méric ou encore avec celui de Frederico Martin Aramburu », a-t-elle détaillé.

    En déplacement dans le Gard pour l’occasion (voir page 11), le sénateur (PCF) et patron de L’Humanité Fabien Gay a rappelé la percée de l’extrême droite partout dans le monde, « au Brésil avec le fils Bolsonaro qui est arrivé devant le camarade Lula, au Chili, en Colombie, en Argentine avec Javier Milei qui est un copain de Donald Trump. Trump qui est copain avec Giorgia Meloni, qui est elle-même copine avec des néofascistes ». « Ils mènent une bataille culturelle sans merci pour réduire nos droits. Et comme en 1936, le capital a choisi l’extrême droite plutôt que la gauche. Il y a donc alerte et mobilisation générale. Nous devons faire barrage mais notre responsabilité est aussi d’ouvrir un chemin d’espoir », a-t-il ajouté.

    « Être encore plus nombreux en novembre »

    Après la brève audience où seul un suspect était présent, les avocats sont ressortis du tribunal avec une première victoire en poche. « Cette nouvelle audience du 25 novembre permettra de consacrer le temps nécessaire pour examiner cette affaire parce qu’il y aura des débats techniques mais aussi pour prendre le temps de statuer sereinement sur l’ensemble des éléments de ce dossier. Nous allons vraiment insister pour caractériser la préméditation et le motif politique dans ce dossier. Nous y tenons parce que le retour de la violence politique dans notre pays est dramatique et c’est souvent parce qu’on occulte la violence de l’extrême droite. Il faut qu’on soit lucide sur ce qu’il se passe dans notre société pour pouvoir combattre ce fléau politiquement et dans les juridictions », a expliqué Sophie Mazas, avocate au barreau de Montpellier.

    À la sortie de l’audience, Ralph Blindauer s’est aussi amusé de la demande de nullité de la partie adverse. « Deux des prévenus n’étaient pas là. C’est facile de manier la trique et le coup de poing mais c’est un peu plus difficile de venir assumer ses actes devant un tribunal. Ils ont demandé la nullité de la procédure parce que la police aurait outrepassé ses pouvoirs et aurait agi sans les réquisitions adéquates du procureur de la République. Ces gens qui ont comme “programme” politique de donner les pleins pouvoirs à la police, qui disent que la police est entravée par des règles juridiques qui n’ont aucun sens et que les droits de l’Homme sont du pipi de chat… Aujourd’hui, ils tentent de se mettre sous la protection des règles de droit dont ils réclament l’abolition. C’est cocasse », a expliqué l’avocat qui a appelé la population « à être encore plus nombreuse le 25 novembre » et à venir « avec son pique-nique le midi parce qu’on va y passer la journée ».