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  • [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    [Dossier extrême droite] Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

    Des salles de musiques murées, des festivals repris en main, des institutions culturelles attaquées, des financements supprimés… En 1995, les maires Front national avaient fait de la culture un champ de bataille idéologique dans les villes du sud qu’ils venaient de conquérir – Marignane dans les Bouches-du-Rhône, Toulon dans le Var, Orange dans le Vaucluse.

    La génération suivante, celle de Beaucaire, Perpignan ou Fréjus, du désormais Rassemblement national (RN), fait moins d’éclat. « Dans les années 90, la politique culturelle est envisagée comme marqueur pour affirmer des différences, […] un combat de valeurs pour le “pluralisme culturel”, une notion détournée pour faire la critique d’un milieu marqué à gauche et homogène », rappelle Vincent Guillon, politologue et co-président de l’Observatoire des politiques culturelles. « Depuis 2014, dans les grandes villes notamment, les exécutifs sont dans une perspective de ne pas faire de scandales. Ils sont la vitrine de la normalisation du RN, de sa capacité à gouverner. Ils vont donc mettre en scène la poursuite de partenariats, comme à Perpignan avec le festival de la photo [Visa pour l’image, Ndlr]. »

    Mais derrière la dédiabolisation, nos chiffres montrent que la culture reste une cible privilégiée pour l’extrême droite. Dans 80% des communes analysées, la majorité municipale a sabré dans ses aides aux associations culturelles. Y compris dans les petites communes, celles dont on ne parle jamais mais qui subissent de plein fouet ces politiques anti-culture. C’est à elles que nous nous sommes intéressés.

    La culture portée disparue

    À Bédarrides, 5 500 habitants, les subventions aux associations culturelles ont quasiment disparu depuis l’élection de Jean Bérard en 2020, avec le soutien du RN. De 31 400 euros par an, elles sont passées à… 830 euros. Même cure d’austérité à Camaret-sur-Aigues, 4 500 habitants, où l’extrême droite a pris le pouvoir en 2014. Le financement des associations culturelles a été divisé par -de 13 960 euros à 6 450 euros. Sur les huit associations culturelles subventionnées en 2012, seules trois l’étaient encore en 2017. En 2021, le maire RN a aussi demandé à toutes les associations de la ville de faire un effort financier. Les baisses de dotation acceptées par certaines structures n’ont jamais été rattrapées.

    C’est par exemple le cas d’Éclats de lire, une association de sensibilisation à la lecture qui intervient dans les écoles et à la bibliothèque municipale, qu’elle a fondée et où ses membres font office de bibliothécaires plusieurs fois par semaine. Sa subvention a été divisée par deux, de 2 380 euros € à 1 200 euros. L’association n’a pourtant pas réduit ses activités. Ses membres ont par contre dû se battre pour garder leur place au comité de lecture, quitte à avaler quelques couleuvres. « Au moment du départ de l’ancienne bibliothécaire, la ville a voulu [nous évincer]. On a résisté, on y est toujours, mais des livres nous sont imposés, comme ceux d’Éric Zemmour [le polémiste d’extrême droite et fondateur du parti politique Reconquête, Ndlr] », témoigne Françoise Virlouret, président de l’association et cheffe de file de l’opposition.

    Comme les maires Front national en leur temps, Philippe de Beauregard aime aussi s’immiscer dans la programmation de ses structures culturelles. Le frontiste a ainsi décidé de censurer sur son site Internet l’affiche de La belle saison de Catherine Corsini, qui racontait une histoire d’amour lesbien. Pour ne pas subir ce genre de pression, le festival Jazz dans les vignes a quitté Camaret, un autre s’est sabordé.

    Contacté, Philippe de Beauregard conteste d’abord nos chiffres. Selon les siens, les subventions aux associations culturelles sont passées de 11 066 euros en 2013 à 8 000 euros en 2025. Mais l’édile intègre dans ses calculs des subventions à des structures relevant de notre avis plus de la conservation du patrimoine. Le maire de Camaret en a fait le cœur de sa politique culturelle avec « la défense des traditions et de la culture provençale ».

    Ensuite, il défend son « attachement au pluralisme » des idées, qui oriente certains de ses choix, comme l’organisation d’une projection-débat consacrée aux Arkis ou l’achat des ouvrages d’Éric Zemmour ou Philippe de Villiers pour la bibliothèque municipale. Enfin, Philippe de Beauregard assure avoir recruté en 2024 une coordinatrice culture et lancé la création d’un pôle culturel.

    La culture aux ordres

    à Morières-lès-Avignon, 9 000 habitants, le couperet est tombé sur la Cie Okkio. Pendant l’été 2024, l’association a perdu sa subvention de 2 500 euros€ et la mise à disposition ponctuelle d’un local pour les répétitions de ses spectacles pour très jeune public. Sa faute ? Avoir relayé un communiqué de son syndicat professionnel mettant en garde contre les risques d’une victoire de l’extrême droite à l’occasion des élections législatives anticipées. Un courrier est envoyé par la majorité RN à la compagnie début juillet, comme l’avait raconté la compagnie dans un communiqué de presse annonçant son départ de Morières. La réponse de cette dernière est restée lettre morte. « Le maire était suppléant du candidat rassemblement national. On nous a reproché de faire une publicité négative à la commune, de nuire à nos bonnes relations avec la mairie et d’assimiler le RN à l’extrême droite », se souvient Isabelle Lega, la co-directrice artistique d’Okkio.

    Alors qu’elle s’était décidée à rester à Morières-les-Avignon à l’arrivée du maire RN, la compagnie s’est réfugiée à Avignon, où elle a été accueillie à bras ouverts par la Ville et les acteurs culturels. Mais ce changement n’est pas si simple. « On a des gros projets en cours, mais on n’a plus de locaux. Et nos actions d’éveil musical parents-enfants sont stoppées depuis un an », s’inquiète Isabelle Lega.

    En revanche, Grégoire Souque, le maire RN, a maintenu le financement de 10 000 euros du Festival des vents, un festival de musique centré sur le jazz qui se déroule depuis près de 25 ans en août dans la petite voisine d’Avignon et draine quelque 600 spectatrices et spectateurs sur trois soirées et six concerts. « Ce qui l’a sauvé c’est que [la nouvelle majorité] souhaitait s’approprier sa notoriété », estime ainsi Philippe Renaud, son président depuis 2010. Contacté à plusieurs reprises, Georges Souque n’a pas souhaité nous répondre.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    – À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    – En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    – À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    – À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    – À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    – Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

    – À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    – À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    – À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

  • [Dossier extrême droite] En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    [Dossier extrême droite] En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

    On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, dit l’adage. Exemple à Camaret-sur-Aigues, 4 500 habitants, une commune du nord Vaucluse dirigée depuis 2014 par le frontiste Philippe de Beauregard. Depuis 2019, la ville subventionne à hauteur de 1 200 euros € par an Le Cèdre et l’Olivier, une association jumelée avec Ras Balbeek, un village chrétien du Liban. Au-delà de son caractère confessionnel et communautariste, pourtant fustigé par le RN, la structure créée en 2018 a la particularité d’avoir été fondée et d’être présidée par Isabelle Latard, qui est conseillère municipale déléguée à la petite enfance.

    Même mélange des genres à Bédarrides, 5 500 habitants, quelques kilomètres plus au sud. Alors que les subventions aux associations ont chuté de 35 % depuis la victoire de Jean Bérard en 2020, avec le soutien du RN, une seule association s’en sort : l’Avenir Sportif de Bédarrides-Chateauneuf-du-Pape Rugby (SBCPR). Le principal club de la ville, qui évolue en National 2, le quatrième échelon national, a vu sa part dans le total des subventions passer de 46,86% en 2019 à 61,81% en 2024. Résultat, d’autres associations de la commune ne peuvent pas se développer ou simplement conduire leurs activités faute de financement.

    Cette curiosité locale a d’ailleurs interpellé la chambre régionale des comptes. Dans son rapport de gestion publié en juillet 2025, elle consacre un chapitre au SBCPR. Avantages en nature non comptabilisés, versement de subventions malgré des dossiers incomplets, le club bénéficie selon le document d’un traitement de faveur de la part de la majorité de Jean Bérard. Mieux, un membre de son conseil d’administration fait partie de la poignée de conseillers municipaux chargés d’étudier les demandes de subventions au sein de la « réunion d’arbitrage » qui a remplacé la « commission municipale des associations, des festivités et de la culture » depuis 2020. Alerte des magistrats financiers : « L’absence de participation de l’élu aux débats et aux votes lors de la séance du conseil municipal fixant la subvention de l’association ne saurait suffire à écarter le risque de conflit d’intérêts, qui ne peut être dissipé en l’absence d’adoption de procès-verbaux de la réunion d’arbitrage. »

    Contactées, ces mairies n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    – À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    – À Beaucaire, les purges associatives et ceux qui en profitent

    – À Béziers, les affiches parlent, les assos se taisent

    – À Perpignan, pas d’argent pour les assos catalanistes

    – Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

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    – À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    – Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    [Dossier extrême droite] À Fréjus, le social s’efface le sport encaisse

    Maire de Fréjus depuis 2014, David Rachline briguera un nouveau mandat, mais pas sous l’étiquette du Rassemblement national. Début décembre, il a démissionné de son poste de vice-président du parti lepéniste après s’être vu refuser son investiture. Proche de Marine Le Pen, le sénateur du Var a un temps incarné la réussite locale du parti d’extrême droite et sa ville une vitrine de sa « normalisation ». Une image fissurée par les affaires judiciaires : le parquet de Draguignan a fait appel de sa relaxe fin janvier pour prise illégale d’intérêts, et il reste poursuivi pour favoritisme. Le procès est attendu à l’automne.

    Au-delà de ces affaires, l’analyse des subventions à Fréjus souligne une profonde réorientation des politiques publiques lors de ses deux mandats. Alors que la dette de la commune (153 millions en 2024, deux fois plus que la moyenne des villes de même taille) a explosé, l’enveloppe des aides aux associations a reculé de 4,2 %, passant entre 2012 et 2024 de 4,33 millions à 4,15 millions d’euros.

    Une baisse en apparence modérée qui cache un bouleversement plus net : laminé, le secteur social a vu ses financements s’effondrer de 92% (de 1,79 million à 138 000 euros) tandis que ceux destinés au sport ont bondi de 60 % (2,83 millions en 2024). Trois associations sportives figurent dans le top 3 des associations les plus subventionnées par la ville.

    Intervention

    de David Rachline

    La première d’entre elles, l’Association multisports et loisirs de Fréjus (AMSLF), a vu sa dotation progresser de 29 % sur la période. Un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) y a pointé des dysfonctionnements significatifs dans la gouvernance sur fond de « liens étroits » avec la mairie ainsi qu’une situation financière préoccupante. « De tels postulats résultent plus d’opinions personnelles voir, là encore, de jugement de valeur et ne semblent pas corroborées par des éléments factuels », explique l’AMSLF dans sa réponse officielle aux magistrats financiers.

    Un compte rendu de réunion en mairie, obtenu par ces derniers, fait pourtant état d’une intervention de David Rachline dans la gouvernance de l’association.

    Créé en 2019, le club de pétanque de Fréjus est lui entré dans le top 5 des 63 associations sportives les plus aidées. Selon les données compilées des comptes administratifs, la subvention du Fréjus International Pétanque est passée de 50 000 euros (2019) à 75 000 euros en 2024. Le club accueille parmi les meilleurs joueurs mondiaux et organise un Mondial baptisé « Laurent Barbero – Ville de Fréjus ».

    Ici, ce nom renvoie à une autre réalité locale. Laurent Barbero est le grand-père d’Alexandre Barbero, entrepreneur du BTP, dirigeant notamment de RBTP / Holding Delta Investissements, implantée à Fréjus et dans le Var. Un nom qui apparaît dans des procédures judiciaires en cours visant la mairie dans le cadre de l’enquête du Parquet national financier ouverte pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption active et passive d’élus. Sollicitée, la mairie de Fréjus n’a pas répondu à nos questions.

    Retrouvez l’intégralité de cette enquête collective réalisée par La Marseillaise, Le Poing, l’Arlésienne, le Collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Jean-François Poupelin et Raphael da Silva grâce au soutien financier du Fonds pour une presse libre :

    – À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    – En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

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    – Les assos malmenées par les villes d’extrême droite

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    – Dans les petites villes de Vaucluse, la culture meurt à petit feu

  • [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    [Dossier extrême droite] À Orange, Jacques Bompard prêt à repartir à l’assaut

    En 1995, avec Toulon et Marignane, Orange devient l’une des quatre villes conquises par le Front national. Depuis, elle est la seule à être restée à l’extrême droite, malgré les changements d’étiquettes du maire Jacques Bompard, passé au MPF puis à La Ligue du sud. Il a été reconduit dès le premier tour en 2001, 2008 et 2014, devant passer de peu par un second tour en 2020. Avant que la justice ne le rattrape et le condamne définitivement, en novembre 2021, pour prise illégale d’intérêt avec cinq ans d’inéligibilité. Son fils, Yann, a pris la suite avant, lui aussi, d’être privé par la justice de ses mandats, le 26 janvier dernier. Bien que démis d’office par le préfet, il s’accroche à son poste pour terminer le mandat.

    Un Bompard peut toujours

    en cacher un autre

    La politique associative des Bompard ? Elle a conduit l’ex-maire PS Alain Labbé, devenu élu d’opposition, à démissionner après le vote du premier budget de la mandature en 1996. « Il prévoit la suppression ou la diminution de subventions à des associations sociales ou culturelles », déplorait alors Alain Labbé, cité par La Provence. En 1995, le Secours populaire touche une subvention de 8 000 francs, soit l’équivalent de 2 000 euros à monnaie constante selon l’Insee. Ces dernières années, l’association s’est contentée de la moitié de la part de la Ville.

    Fin 2013, une polémique éclate après la suppression d’une subvention de 1 000 euros, accordée aux Restos du cœur quelques mois plus tôt. La mairie motive sa décision par le fait que l’association ne participe plus à des réunions avec d’autres acteurs caritatifs. Les Restos du cœur refusent en fait de livrer le nom de ses bénéficiaires, l’inconditionnalité de l’anonymat étant un principe de l’association. En 2015, le député Jacques Bompard dépose même une proposition de loi visant à contrôler les subventions versées aux associations. « Il faut privilégier, dans l’attribution de ces subventions, les citoyens et l’identité française pour préserver l’unité nationale et l’amour de la Patrie », assène le texte législatif.

    Dans son rapport de juin dernier, la chambre régionale des comptes (CRC) note que, entre 2018 et 2023, la part totale des subventions est « passée de 13% à 7% pour l’action culturelle et de 14% à 6% pour la politique familiale ». Plus globalement, la CRC parle d’une gestion « atypique » des finances de la commune. « La situation est, à mon sens, remarquable », se félicite au contraire Jacques Bompard, au début de l’été 2025, dans un hors série d’Orange vérités, le magazine municipal. Censé être hors circuit politique, l’ancien maire livre son analyse, en premier avant son fils, au prétexte que le rapport de la CRC porte sur des années où il était au pouvoir. Un pouvoir dont il est resté proche, passant quotidiennement en mairie, le conseil municipal lui octroyant même, en mars 2024, le statut de collaborateur bénévole, avant que le préfet n’y coupe court.

    Alors que l’inéligibilité de Jacques Bompard courait jusqu’en novembre 2026, la cour d’appel de Nîmes l’a remis en selle, le 27 février, en écourtant cette peine. Le jour même, il annonçait sa candidature aux municipales, aux côtés de son fils, désigné... directeur de campagne. Cela vaudrait bien une belle subvention à une association œuvrant pour le recyclage.

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    – En Vaucluse, le soutien aux associations au service du clientélisme électoral

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  • [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    [Dossier extrême droite] À Béziers, les syndicats attaqués par Robert Ménard

    L’extrême droite n’aime pas les syndicats. À Béziers, Robert Ménard l’illustre parfaitement bien. Arrivé aux commandes de la cité de Riquet en 2014, l’édile d’extrême droite tente une première attaque dès 2017. Logés à la Bourse du travail, Robert Ménard tente par tous les moyens de les faire partir. « Il a essayé de nous faire payer les charges concernant le chauffage, l’électricité, le gaz – et l’entretien au motif que cela coûtait cher et que ce n’était pas à la collectivité de payer », décrit Patricia Barbazangue, secrétaire de l’Union locale de la CGT au moment des faits. Ce qui représente la bagatelle de 82 000 euros. « On n’a pas les moyens, nous n’aurions pas pu assumer. » Unie, l’intersyndicale -CGT, FO, CFDT, CFTC, CGC, Unsa, Solidaires- se lance alors dans une longue bataille et Robert Ménard finit par faire machine arrière en 2020.

    Mais c’était sans compter sur la hargne de l’adepte des plateaux télés qui décide de supprimer l’intégralité des subventions de fonctionnement aux syndicats. Soit près de 17 000 euros, selon les données que nous avons récoltées. « C’est une décision politique pas juste une question économique », soutient Patricia Barbazangue. Pour ne rien arranger, Ménard a également mis un terme à différents services. « Il a supprimé le gardiennage à la Bourse du travail. Or, c’était important pour nous car l’employé municipal filtrait les entrées, nous n’avons pas de vision sur les venues. Aussi, il effectuait une surveillance des locaux, détecter les fuites d’eau par exemple. Le ménage a aussi été supprimé. Il a fallu se débrouiller. C’est un coût pour la CGT, notre activité militante n’est pas de nettoyer les locaux, nous avons dû engager des frais pour le ménage », relate l’ancienne responsable syndicale. Contactée, la mairie de Béziers n’a pas donné suite à nos questions.

  • [Dossier extrême droite] À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    [Dossier extrême droite] À Marignane, les derniers échos de l’OAS

    À l’entrée du cimetière Saint-Laurent-Imbert, en bordure des pistes de l’aéroport Marseille – Provence, se dresse toujours la stèle à l’« Algérie française », érigée en 2005 par le maire (ex-FN et MNR) Daniel Simonpieri. La justice, pourtant, avait ordonné dès 2008 son retrait. Mais deux ans après sa première élection, son successeur Eric le Dissès a fait voter son retour, avec la seule opposition de deux élues du PCF et du MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples). Seules ont disparu du marbre les dates d’exécution de quatre membres de l’Organisation armée secrète (OAS), organisation terroriste de l’extrême droite pro-Algérie française, une « apologie de faits criminels » avait cinglé en 2011 le Conseil d’État. Suffisant pour passer sous les fourches caudines de la justice. « Le tribunal administratif de Marseille a estimé qu’elle était légale », justifie la municipalité, citant le jugement rendu en 2012.

    Le maire actuel s’était pourtant lancé en 2008 pour barrer la route à l’édile sortant issu des rangs du FN. Désormais, il est lui-même allié au député RN de la circonscription, Franck Allisio – aujourd’hui candidat à Marseille – et a cofondé avec lui, le RPR (Rassemblement pour la République) transformé en antichambre du parti lepéniste. Il arbore maintenant la croix de Lorraine, symbole du gaullisme, et ne manque pas une occasion de flatter à Marignane la nostalgie de l’Algérie française et la mémoire des rapatriés. Le général putschiste Raoul Salan, dirigeant de l’OAS, y avait déjà sa rue. « Elle fait partie de l’histoire de Marignane, en tant que ville qui a accueilli des milliers de Pieds-Noirs rejetés à la mer par Marseille », explique la municipalité qui a quant à elle inauguré en 2016 un rond-point pour commémorer les victimes d’Oran, le 5 juillet 1962.

    Instrumentalisation de l’histoire coloniale

    La ville est marquée par l’histoire coloniale. Sa population a presque doublé, entre 1962, date de l’indépendance de l’Algérie, et 1968. « À Marignane, vous avez un tiers de Marignanais d’origine, un tiers de pieds-noirs et un tiers de Siciliens », estime Maxime Aghemo, ancien candidat LR à la députation et descendant de pieds-noirs. « À Marignane, l’extrême droite ne concerne pas seulement les pieds-noirs », modère le président de l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), Jacques Pradel. Et de rappeler : « La résurgence du passé colonial, la mise en scène de l’OAS font surtout partie de l’arsenal idéologique de l’extrême droite. »

    Au-delà de ces symboles, le maire subventionne aussi largement les associations d’anciens combattants. 6 000 euros ont été versés en 2024 à leur comité d’entente et de coordination, un montant bien plus important que dans des communes équivalentes : 2 210 euros à Salon-de-Provence, 2 855 euros à La Ciotat, 3 400 euros à Vitrolles. Seule Miramas, dont le budget associatif est deux fois plus important, fait mieux (9 320 euros). « Ce n’est ni plus ni moins que pour des buts électoralistes. Les anciens combattants ou leurs familles sont des électeurs pour lui, puisque pour la plupart ce sont des pieds-noirs », soupire l’ancien président de l’Union des anciens combattants de l’Indochine et des territoires d’Afrique du Nord (Unacita), Abdelhamid Dahoun. « Nous assumons soutenir et encourager l’engagement des anciens combattants marignanais dans la vie de la commune afin de transmettre les valeurs de paix, de patriotisme et l’histoire de France », se défend la Ville dans une réponse écrite.

    Mais ces orientations n’ont pas empêché la municipalité d’exclure en 2021 l’Association culturelle des Français d’Algérie, du Maroc et de Tunisie de sa maison des associations, estimant alors auprès de La Provence qu’elle faisait le travail d’une « agence de voyages ». « Il m’a mis dehors parce que je m’étais présenté sur une autre liste », défend son président Christian Venuti, ancien adjoint de l’ex-maire (ex-FN) Daniel Simonpieri. Mais même l’Amicale des Oraniens ne reçoit plus de subventions. « J’ai vraiment l’impression que c’est quelque chose qui est moribond », avance Jacques Pradel. « Il y a de moins en moins de pieds-noirs, et très peu de gens qui s’intéressent à l’histoire de leurs parents ou grands-parents », valide Maxime Aghemo. Déplorant que le maire « les a laissés tomber complètement  ». Peu importe : les générations passent, l’édile poursuit son travail idéologique, refusant les plats de substitution à la cantine, proposant d’armer les enseignants de lacrymogènes, faisant chanter la Marseillaise aux enfants. Un patriotisme bruyant qui ne l’empêche pas, selon nos sources, d’afficher un portrait de Vladimir Poutine dans son bureau, « simplement un cadeau de la délégation russe présente à l’inauguration du rond-point Normandie-Niemen » en 2018, justifie la municipalité. Ce qui n’empêche pas le maire de le décrocher lorsqu’il reçoit des visiteurs.

  • À Aubagne, un groupe sonde les candidats sur le logement

    À Aubagne, un groupe sonde les candidats sur le logement

    « Nous voulons interpeller les candidats sur la place qu’ils font à ce sujet majeur, désormais première source de dépenses des Français », écrit, dans sa lettre ouverte envoyée la semaine dernière, le groupe logement solidarité Aubagne. Le courrier a été adressé aux candidats Gérard Gazay (LR), maire sortant, Mohammed Salem (SE), Giovanni Schipani (SE), Jean-Pierre Squillari (gauche, citoyens et écologistes), et Elodie Malek (LFI). À Aubagne, ville de 47 529 habitants, les problématiques de logement sont bien identifiées par ce groupe, créé il y a deux ans. Ce jour-là, autour de la table, figurent Roland Bourglan, référent à Aubagne de la Fondation pour le logement (anciennement Abbé Pierre), Christine Vandrame, Carmen Heuman, Cristel Migliaccio.

    « Le besoin local est immense »

    Et la situation est plutôt effrayante. Si la ville se trouve dans les clous du taux de logement social voulu par la loi, avec 27,4% et 5 500 logements sociaux selon le groupe ; 60% des demandes à Aubagne le sont « pour du logement très social, pour un public en grande précarité, dont les revenus sont en deçà de 13 000 euros par an », éclaire Roland Bourglan. Par ailleurs, 72% des Aubagnais sont éligibles au logement social. « Le besoin local est immense : 10 000 demandes de logement en cours à Aubagne, dont un peu plus de 3 000 concernent le logement social », cite Christine Vandrame. Aussi la lettre interroge : « Quel type d’offre de logements sociaux avez-vous l’intention de favoriser, en direction de quelle population ? » L’autre problématique majeure est celle du logement indigne. « Aubagne compterait le chiffre record de 21% de logements privés potentiellement indignes, soit environ 2 700 logements sur la ville », expose la lettre. Dans « logement indigne », on trouve le péril (danger pour la vie), et l’insalubrité (danger pour la santé). D’où la question aux candidats : « Quelles sont vos préconisations ? » Reste « le scandale des familles sans solutions de logement », épingle le groupe. Ils seraient 40 à 60 dans la ville, qui dorment dans la rue, dans des voitures ou des abris de fortune. Ouvrir une pension de famille serait une solution pour héberger, de façon pérenne, des personnes qui ne peuvent pas vivre seules. Gérard Gazay tout comme le candidat Jean-Pierre Squillari en souhaitent une. Le groupe voudrait savoir où elle serait localisée. Encore faudra-t-il se pencher sur le cas des personnes en situation de mal logement extrême.

  • Erwan Davoux en meeting à Marseille

    Erwan Davoux en meeting à Marseille

    L’occasion d’appeler à désenclaver les esprits comme les quartiers, de rappeler les mesures pour la gratuité des transports et pour le périscolaire, mais aussi, pour Erwan Davoux, de parler de la souffrance des agents du Département et de la Métropole.

  • Déjà essayé

    Déjà essayé

    L’enquête collective réalisée par La Marseillaise, le collectif de journalistes indépendants Presse-Papiers, Le Poing et l’Arlésienne avec le soutien financier du Fonds pour une presse libre est d’utilité publique.

    Elle permet d’objectiver le bilan de 10 municipalités dirigées par l’extrême droite dans le sud de la France en matière de relations avec le mouvement associatif.

    Ses résultats sont éclairants : derrière le ripolinage de l’extrême droite, les choix politiques restent constants. Parmi les situations constatées : des coupes qui visent la culture, la solidarité, les centres sociaux, la lutte contre le racisme et les discriminations, mais aussi une forme de clientélisme voire de prise de contrôle des structures associatives.

    Derrière les vidéos TikTok

    Un état de fait qui ne surprendra pas les opposants de l’extrême droite mais qui mérite d’être connu par tous les citoyens. D’autant qu’au-delà de cette attitude vis-à-vis du mouvement associatif, plusieurs maires d’extrême droite du sud de la France ont été, dans la dernière période, aux prises avec la justice, comme Marine Le Pen l’est au plan national.

    Voilà la réalité de l’extrême droite dans notre région. Derrière les députés encravatés et les vidéos TikTok de Jordan Bardella, il y a des pratiques et un projet politique clair.

    À celles et ceux qui pensent qu’« on ne les a jamais essayés », La Marseillaise, journal fondé dans la Résistance témoigne du contraire.

    L’extrême droite a déjà été essayée dans l’histoire. Dans le présent aussi, et ce n’est pas reluisant.

  • Les candidats devant les entrepreneurs d’Avignon

    Les candidats devant les entrepreneurs d’Avignon

    D’un côté, les deux candidats restants à gauche, David Fournier (PS) et Mathilde Louvain (LFI) ; de l’autre, la candidate du Rassemblement national, Anne-Sophie Rigault, avec à ses côtés un membre de son équipe de campagne. Et au milieu, les présidents de Vaucluse du Medef, Roland Paul, de la CPME, Bernard Vergier, et Nordine Saihi du côté de l’U2P, en tant qu’animateurs d’un débat sur l’économie locale ce mardi 10 février.

    L’occasion pour chacun de rappeler les grandes lignes de leur programme. Comme « ramener de la concertation autour du plan Faubourg » ou encore « développer l’offre fluviale » et « la gratuité des transports » pour la candidate insoumise. Ou, pour David Fournier, évoquer la construction de parkings relais. Tout en se rejoignant sur certains points, comme le prolongement du tram vers l’Agroparc, par exemple. Questionnée plus tard sur « la sécurité pour les commerçants », Mathilde Louvain s’oppose au « tout répressif » et prône « la mise à l’abri et le suivi psychologique ». Tandis que David Fournier évoque un renforcement de la présence policière ou encore « la sécurisation des accès aux transports en commun ».

    À noter les absences d’Olivier Galzi (DVD), visiblement réfractaire aux débats, qui a refusé de participer malgré un sujet qui semblait lui convenir et qui se targue, sur ses réseaux sociaux, d’avoir rencontré les représentants du Medef la veille, et de Stéphan Fiori (DVD), qui organisait dans le même temps la présentation de sa liste (voir ci-dessus). Et si la consigne du soir était de « ne pas s’attaquer », le débat avait parfois des allures de séance municipale. La candidate d’extrême droite critiquant systématiquement les actions de la municipalité actuelle, tandis que l’actuel adjoint s’efforçait de défendre le bilan de Cécile Helle.