Tag: Occitanie

  • Des pistes en Occitanie face à la crise du climat

    Des pistes en Occitanie face à la crise du climat

    Le changement climatique pourrait amputer le produit intérieur brut (PIB) de 3,6% en 2050 en cas d’inaction climatique, selon une note du ministère français de l’Économie présentée vendredi 11 septembre par le ministre Roland Lescure.

    « En l’absence de mesures supplémentaires d’adaptation au dérèglement climatique et de mesures de réduction des rejets de gaz à effet de serre, le changement climatique pourrait aussi par conséquent dégrader le déficit public, de 1,8 point de PIB en 2050 », précise ce document de la Direction générale du Trésor, présenté par le ministre lors d’un séminaire consacré à ce sujet. L’impact financier commence à faire réagir l’exécutif, sur le papier. L’aveu fait dans ce rapport est frappant : « La littérature académique suggère que les solutions d’adaptation mises en œuvre jusqu’à présent auraient permis d’éviter jusqu’à la moitié des coûts liés aux dommages climatiques sur l’activité. » Mais les pistes esquissées par cette note du Trésor sont quasi inexistantes, hormis des exemples d’investissements privés. Un peu court pour élaborer une stratégie.

    Dans les communes, notamment du Gard et de l’Hérault, les mesures sont prises en particulier pour prévenir et se prémunir des phénomènes méditerranéens, ces pluies diluviennes qui pourraient déferler cet automne. À Montpellier, les jours d’inondations ou d’incendies, tous les acteurs sont réunis en cellule de crise qui sera centralisée dans le futur hôtel des sécurités. Il ouvrira dans le quartier Celleneuve début 2029.

    Mais gérer l’urgence ne suffira pas. À Nîmes, la nouvelle majorité de gauche conduite par le maire Vincent Bouget, veut désormais agir sur la ville elle-même : parcours fraîcheur entre fontaines et points d’eau, voiles d’ombrage, permis de végétaliser renforcé, cours d’école désimperméabilisées et végétalisées. À noter que 1,78 million d’euros ont déjà été engagés cette année pour le confort thermique des écoles (lire page 7). Dans le Gard Cévenol, les plus anciens se souviennent notamment des inondations de 1958.

    L’importance des barrages

    À l’époque le Gardon, le Vidourle et la Cèze, en crue, provoquèrent d’importants dégâts sur 45 communes, tuant plus de 30 personnes. Pour les trois barrages situés sur le Vidourle, c’est aussi 600 000 euros d’entretien chaque année à débourser. Ces barrages, dont deux sont écrêteurs de crue, permettent chacun de retenir 10 millions de mètres cubes d’eau. Pourtant, leur impact est limité. « Si l’orage est un kilomètre après le barrage, ça ne sert à rien », prévient Jacques Dautheville, maire de Conqueyrac et ancien vice-président de l’Établissement public territorial de bassin (EPTB) du Vidourle. L’élu a surtout constaté qu’en 2002, les deux barrages situés sur sa commune n’avaient pas empêché l’importante crue de toucher sa mairie, qui s’était retrouvée sous 1,5 mètre d’eau. (lire page 7).

    La prévention des pluies et des inondations fait l’objet d’une campagne nationale qui concerne 15 départements du pourtour méditerranéen, dont le Gard et l’Hérault. Au total, les inondations menacent 9 millions d’habitants sur le pourtour méditerranéen, en particulier en automne. Après les canicules hors normes de l’été, les épisodes orageux de grande ampleur sont attendus. Appelés phénomènes cévenols, ces intempéries sont désormais qualifiées de phénomènes méditerranéens car il concerne les régions Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse.

    Or, le coût des inondations est considérable et pourrait augmenter à l’avenir, d’où l’importance d’anticiper au maximum les éventuels facteurs de risque. Sur le pourtour méditerranéen, entre 1995 et 2022, 75 % des communes ont connu des sinistres indemnisés par les assureurs au titre du régime des catastrophes naturelles pour l’inondation ; 5 communes du département des Alpes-Maritimes ont été reconnues plus de 30 fois entre 1982 et 2025 ; 12 communes du pourtour méditerranéen ont un coût cumulé des sinistres causés par des inondations supérieur à 100 millions d’euros entre 1995 et 2022.

    Les collectivités dans le Gard et dans l’Hérault se mobilisent également via des politiques telles que le développement des transports en commun. C’est le cas à l’échelle de la Région Occitanie qui mise sur le déploiement du service public ferroviaire et d’une tarification incitative. À Montpellier la gratuité des transports sur l’ensemble des communes de la métropole a fait décoller la fréquentation des tramways et des bus. Autant d’actions de fond pour faire baisser les émissions. de gaz à effet de serre.

    Paradoxalement, le cycle de l’eau est devenu « plus irrégulier et imprévisible », avertit l’ONU, soulignant que « les cours d’eau du monde entier avaient connu en 2025 l’une des années les plus sèches depuis plus de trois décennies ».

    L’année 2025 compte désormais également parmi les plus sèches de ces 35 dernières années en matière de débit fluvial, selon un nouveau rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) sur l’état des ressources en eau dans le monde.

  • Dans les classes, la rentrée en Occitanie vire au coup de chaud

    Dans les classes, la rentrée en Occitanie vire au coup de chaud

    La rentrée n’avait qu’une semaine, mais certaines salles de classe étaient déjà devenues impraticables. Lundi 7 septembre, dans l’Hérault placé en vigilance orange canicule, les cours de l’après-midi ont été suspendus aux lycées Léonard-de-Vinci et Jean-Monnet de Montpellier. De même pour le lycée Joliot-Curie de Sète, où près de 1 900 élèves ont été libérés : jusqu’à 35 à 36°C ont été relevés dans certaines salles, avec une humidité étouffante et des premiers malaises.

    Le lendemain, mardi 8 septembre, le thermomètre fait cette fois dérailler les emplois du temps gardois. À Nîmes, les lycées Philippe-Lamour, Alphonse-Daudet et Dhuoda suspendent leurs cours dans l’après-midi. À Lamour, le Snes-FSU mesure déjà 30°C au CDI à 9 heures, puis 33 à 34°C dans les classes. À Daudet, les laboratoires de physique atteignent 35°C.

    Gourdes, ventilateurs, cours en extérieur quand cela est possible : dans les établissements, l’adaptation ressemble encore souvent à un système D. Pour Jérôme Amicel, secrétaire départemental du Snes-FSU dans le Gard, le problème « dépasse l’épisode météo » : une partie des bâtiments scolaires reste mal adaptée aux chaleurs extrêmes. Huisseries vieillissantes, protections solaires insuffisantes, ventilation inadaptée : une rénovation thermique d’ampleur de ces « véritables passoires thermiques » devient essentielle, plutôt qu’une succession de solutions provisoires.

    Même constat à Joffre. Les représentants Snes-FSU disent avoir observé chez les élèves et les personnels migraines, épuisement ou chutes de tension. Eux réclament des fenêtres ouvrantes, des protections solaires, des brasseurs d’air, voire des systèmes de rafraîchissement dans les salles les plus exposées. Les fédérations de parents d’élève du Gard et de l’Hérault réclament elles aussi un plan d’urgence pour le bâti scolaire, dénonçant des classes « bouilloires » et une gestion trop variable d’un établissement à l’autre. SUD Éducation dénonce de son côté « un manque d’anticipation face à des épisodes appelés à se répéter ».

    Le coût du retard

    Le paradoxe est que l’Éducation nationale dispose depuis mai d’un plan de gestion des vagues de chaleur. Il prévoit l’identification des établissements les plus vulnérables, l’aménagement des horaires et des espaces et, en dernier recours, la fermeture lorsqu’aucune solution ne permet d’accueillir élèves et personnels en sécurité. Mais aucun seuil n’impose automatiquement d’arrêter les cours : à 33, 35 ou 36°C, les décisions restent donc largement prises au cas par cas.

    La Région Occitanie a annoncé, en réponse, 10 millions d’euros supplémentaires au budget 2027 pour les lycées, tandis que le Gard a commandé 100 brasseurs d’air pour dix collèges. À Nîmes, la Ville prévoit de rénover énergétiquement six écoles par an et de renforcer végétalisation et protections solaires. Mais ces efforts locaux se heurtent au recul des moyens nationaux : l’enveloppe dédiée à l’adaptation des bâtiments scolaires a été amputée de 40 millions. Or le mercure, lui, rappelle à chaque rentrée l’urgence des travaux.

  • La présidentielle au cœur du débat à Bram

    La présidentielle au cœur du débat à Bram

    Cette sixième édition des Rencontres de la gauche, le 19 septembre, s’annonce exceptionnelle puisqu’elle se tient à huit mois quasiment jour pour jour du premier tour de l’élection présidentielle fixé au dimanche 18 avril 2027.

    Carole Delga, à l’initiative de ces rencontres, lancées en 2021, ne s’y trompe pas. À quelques mois de la présidentielle « notre responsabilité collective est immense », prévient l’ancienne ministre de François Hollande. Et de développer : « Car cette échéance décisive ne saurait se réduire à une confrontation de personnalités. Elle doit permettre aux Françaises et aux Français, au cours d’une véritable campagne électorale, de choisir entre des projets, des visions de la société, des chemins d’avenir clairement assumés. »

    Si Carole Delga a déjà choisi son candidat, Raphaël Glucksmann, député européen, et co-président de Place Publique, le débat prévu samedi après-midi sur la présidentielle sera ouvert aux autres candidats de la primaire des sociaux-démocrates. Ainsi sont annoncés parmi les participants, la présence de Ségolène Royal, Jérôme Guedj ou encore Emmanuel Maurel.

    Mais si la course à l’Élysée sera fort logiquement au cœur de cette édition 2026, ces rencontres ne perdent pas le fil des origines. « Depuis six ans, les Rencontres de Bram poursuivent cette ambition : contribuer à l’élaboration d’un projet de progrès pour notre pays. Un projet fidèle à nos valeurs sociales, républicaines, fraternelles, laïques, féministes, antiracistes, européennes, universalistes. Un projet qui refuse la brutalisation du débat public et oppose à la résignation une espérance crédible » développe Carole Delga en introduction d’un programme dense avec de nombreuses tables rondes et ateliers animés par des intervenants réputés à l’instar de l’économiste Jacques Attali, François Gemenne, politologue et co-auteur du 6e rapport du Giec ou encore la diplomate Laurence Tubiana et la philosophe Gabrielle Halpern.

    Côté personnalités politiques nationales et européennes, outre Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal, l’écologiste et sénateur de Paris Yannick Jadot sera là ainsi que Paul Magnette, président du PS belge.

    Pour le PCF, Léon Deffontaines, porte-parole du parti qui a élu Fabien Roussel comme candidat, fera le déplacement et Guillaume Lacroix, conseiller régional et président du Parti Radical de Gauche (PRG) est aussi attendu.

    Pour Carole Delga, « Bram est devenu le symbole de cette République en commun que j’appelle, que nous appelons de nos vœux. La seule réponse digne au conservatisme, au populisme et à l’extrémisme qui abîment notre démocratie. » Ce sera aussi sans nul doute une des étapes importantes dans la désignation du candidat de la gauche social-démocrate à la présidentielle.

  • Bonbonnes de protoxyde d’azote : une facture écologique qui explose

    Bonbonnes de protoxyde d’azote : une facture écologique qui explose

    Elles s’alignent au pied des poubelles, roulent dans les caniveaux ou s’échouent sur les parkings : les bonbonnes de protoxyde d’azote sont devenues un déchet ordinaire par leur présence, mais hors-norme par leur traitement. À Nîmes, 9 600 avaient déjà été ramassées depuis janvier à la mi-mai. « On en ramasse tous les jours », résume Jamel Meuchmache, du pôle propreté urbaine. Au centre de valorisation, quelque 20 000 bouteilles restaient stockées.

    Le problème tient d’abord à ce qu’elles contiennent encore. Sous pression, le gaz interdit leur traitement avec les déchets classiques. Jetées dans une poubelle, les bonbonnes peuvent finir dans un incinérateur et exploser sous l’effet de la chaleur. Au centre de valorisation énergétique de Nîmes, environ 500 explosions par an ont été recensées. En 2025, les réparations liées à ces incidents ont coûté près de 350 000 euros. Pour limiter les risques, un scanner à rayons X, facturé 300 000 euros, a été installé cet été.

    Qui doit payer ?

    Une fois récupérées, reste à les stocker, les transporter, les dégazer puis séparer leurs matériaux. À Nîmes, le traitement représente 215 000 euros par an, soit près d’un tiers du budget consacré aux déchets ramassés sur la voie publique. « Il faudrait que l’État nous aide », réclame François Séguy, adjoint à la propreté. À Béziers, l’Agglo dit payer environ 25 euros par bonbonne : une centaine ont été récupérées en deux mois au printemps.

    La facture est d’autant plus lourde que le protoxyde résiduel ne peut pas simplement être relâché : ce puissant gaz à effet de serre réchauffe l’atmosphère près de 300 fois plus que le CO2. Dans le Vaucluse, Suez teste depuis juillet un procédé qui l’extrait puis le décompose en diazote et oxygène, avant d’envoyer les matériaux vers les filières de recyclage. Une piste encore pilote, là où les collectivités réclament une réponse nationale.

    La loi du 18 août 2026 interdira la vente aux particuliers dès février 2027. Reste à savoir qui paiera le traitement des bonbonnes déjà en circulation. Plusieurs élus réclament leur intégration à une filière de responsabilité élargie du producteur. Autrement dit, faire remonter la facture vers ceux qui mettent ces contenants sur le marché, plutôt que de la laisser aux contribuables et aux agents qui les ramassent.

  • Un premier festival pour la paix en Cévennes

    Un premier festival pour la paix en Cévennes

    Après la venue l’an dernier du collectif japonais anti-arme nucléaire Nihon Hidankyo et le témoignage d’une victime in utero de la bombe d’Hiroshima, les défenseurs de la paix en Cévennes souhaitaient poursuivre le travail de conscientisation. Jennifer Willens, première adjointe (PCF) à Saint-Martin-de-Valgalgues, commune qui a rejoint l’ONG « les maires pour la paix », a donc été à l’initiative d’un festival pour faire vivre la paix. « Dans les médias, on ne parle que de la guerre. Quand est-ce qu’on utilise le mot de paix ? Quasiment jamais. Donc nous, on veut l’inverse. Plus on parle d’un sujet, plus il est présent dans les consciences des citoyens », explique l’élue qui s’était rendue au Japon l’an dernier pour les commémorations des 80 ans d’Hiroshima.

    Quatre jours d’animations

    L’idée a donc été de lancer un festival autour du 21 septembre, Journée internationale de la paix. Quatre
    communes ont choisi d’y participer : Saint-Martin-de-Valgalgues donc, Cendras, La Grand-Combe et Saint-Julien-les-Rosiers. Mais Jennifer Willens espère que cette première édition sera le début d’une longue aventure et que de nouvelles communes rejoindront le mouvement. « L’idée, c’est que chaque commune s’empare de ce sujet et que le mouvement grandisse dans chaque commune. J’espère que ce festival sera un tremplin pour que d’autres communes nous rejoignent », confirme l’élue.

    Le festival s’ouvrira donc le samedi 19 septembre à Saint-Martin avec le spectacle gratuit « Una historia americana » de Vidala. « C’est un spectacle qui rappelle l’histoire de l’Amérique en chanson. Leur travail, c’est de raconter l’histoire des peuples d’Amérique latine et d’essayer de montrer leur résistance et leur résilience sur de la musique rythmée », présente Jennifer Willens. Le lendemain (10h30) sera projeté à la salle Biosphéra de Cendras l’animé L’oiseau bonheur de Seiji Arihara qui retrace l’histoire de « Sadako, une petite Japonaise qui avait deux ans quand la bombe d’Hiroshima a explosé et qui est morte des conséquences des radiations ». La projection sera suivie d’un débat et d’un repas à la mairie*.

    Si tout n’est pas encore calé avec l’Éducation nationale à cette heure, des actions devraient tout de même se dérouler dans les classes de La Grand-Combe le lundi 21 septembre. Puis le soir, le festival se clôturera avec une soirée à Saint-Julien-les-Rosiers autour d’un débat consacré aux pistes pour agir localement en faveur de la paix. Un apéritif sera ensuite offert par la municipalité.

    Si le festival, porté par les communes, se termine le 21 septembre, le Comité Alès-Cévennes du Mouvement de la paix propose deux rendez-vous dans la foulée : le mardi 22 (18h30) à Cendras avec la pièce de théâtre Les mains propres puis le mercredi 23 à la salle du Capitole d’Alès (18h30) avec une conférence de Farah Safi, professeure de droit spécialiste du droit international.

    * Réservation au 06.09.83.27.30.

  • [Entretien] Yann Bisiou, université Paul-Valéry : « La priorité, ce n’est pas l’interdit mais l’accompagnement, la prévention »

    [Entretien] Yann Bisiou, université Paul-Valéry : « La priorité, ce n’est pas l’interdit mais l’accompagnement, la prévention »

    La Marseillaise : Depuis quand la consommation de protoxyde d’azote s’est-elle développée ?

    Yann Bisiou : C’est relativement récent. Il y a déjà eu un usage détourné à la fin des années 1950 mais très limité et qui ne concernait pour l’essentiel que les médecins. Cela fait une dizaine d’années que le protoxyde d’azote commence à être consommé avec une augmentation très forte ces cinq dernières années. C’est désormais une consommation du quotidien qui touche toutes les couches de la jeunesse. C’est difficile d’évaluer le nombre de consommateurs aujourd’hui car c’est un produit qui reste très peu de temps dans l’organisme et comme il est légal, il n’y a pas de statistiques sur le sujet.

    Comment expliquez-vous cette explosion ?

    Y.B. : D’abord parce que le produit était légal alors que le cannabis est interdit. La prohibition renforcée sur le cannabis a un impact sur la consommation de protoxyde d’azote. Le protoxyde d’azote va servir de produit de substitution au cannabis. Le protoxyde d’azote n’est donc pas une porte d’entrée vers d’autres drogues. Cette consommation correspond aussi aux attentes des jeunes, je le compare souvent au « binge drinking » pour l’alcool. C’est-à-dire que c’est une consommation qui va vous donner une ivresse immédiate, intense, rapide, et qui va partir.

    Quel regard portez-vous sur la loi Ripost ?

    Y.B. : Nous sommes à la troisième loi en cinq ans (2021, 2024, 2026) et quand je vois une accumulation de lois, je ne suis pas optimiste. Au lieu de considérer le protoxyde d’azote comme un stupéfiant, ce qui est le cas dans certains cas, on a créé une catégorie à part. Il fait partie des produits d’usage courant susceptibles de détournement mais on lui applique le régime des stupéfiants. C’est une zone floue, où les professionnels de l’alimentation ont toujours le droit d’acheter du protoxyde d’azote, ce qui fait quand même beaucoup de monde. Je pense que cette loi Ripost c’est avant tout de l’affichage et qu’elle ne règle pas le problème. Sur les stupéfiants, on a interdit, avec des sanctions quand même très raides, l’usage de cannabis et l’usage de cocaïne. On assiste à une explosion de la consommation de cocaïne – multipliée par trois en cinq ans – donc je ne vois pas comment on peut être efficace avec une loi qui ne l’a pas été pour le cannabis ou la cocaïne. Les pouvoirs publics, les autorités, devraient quand même s’interroger sur l’efficacité de leur stratégie. Il y a un million de consommateurs par an de cocaïne, avec une loi qui va jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité avec peine incompressible pour les organisateurs d’un trafic international. Ça n’a pas l’air d’être d’une efficacité redoutable.

    Des politiques de prohibition ont-elles fonctionné ?

    Y.B. : Oui mais il faut que plusieurs facteurs soient réunis. D’abord, il faut qu’on soit capable d’appliquer la prohibition. Dans l’hexagone, on ne peut pas contrôler les consommations, ni du cannabis, ni de la cocaïne, ni du protoxyde d’azote, parce que le nombre de consommateurs est trop important. La deuxième condition pour que ça marche, c’est qu’il faut un substitut aux consommateurs. Quand on a interdit l’absinthe, on a fait la promotion du pastis, un produit moins dangereux, et ça a marché. La troisième condition, c’est qu’il ne faut pas que ça soit un phénomène de société. Aujourd’hui, il y a environ 400 stupéfiants et il y en a 395 qui ne posent pas de problème. La prohibition pour ces substances fonctionne. Par contre, la cocaïne, le cannabis, l’ecstasy posent problème. Pour le protoxyde d’azote, l’État n’est donc pas en mesure d’appliquer son interdit et c’est ce qu’on a connu aux États-Unis avec l’alcool. Il faut donc se dire que la priorité, ce n’est pas l’interdit mais l’accompagnement, la formation, la prévention. C’est aussi notre modèle de société qu’il faut questionner pour comprendre pourquoi les jeunes d’aujourd’hui recherchent des ivresses rapides et intenses.

    Votre solution c’est donc avant tout de réaliser de la prévention…

    Y.B. : Sur le protoxyde d’azote, on a clairement une problématique d’image. Il y a donc un travail de prévention et d’information à faire. Mais est-ce que l’on sait faire de la prévention dans un système prohibitionniste ? C’est très compliqué puisque vous n’avez pas le droit de parler du produit. Il ne faut jamais oublier qu’un consommateur connaît la dangerosité du produit, plus ou moins bien, mais il en a conscience. S’il a déjà consommé, il en connaît les effets. Si vous ne pouvez pas commencer par expliquer que cette consommation est un plaisir dangereux, éphémère et qu’il y a d’autres moyens d’aboutir à un plaisir plus intense que de prendre du protoxyde d’azote, la base même de votre travail de prévention est sapée.

  • [Entretien] Sylvette Fayet, PCF : « Nous avons gardé les choses qui marchent »

    [Entretien] Sylvette Fayet, PCF : « Nous avons gardé les choses qui marchent »

    La Marseillaise : Quelles sont les nouveautés concernant la tauromachie pour cette feria des Vendanges ?

    Sylvette Fayet : C’est la première feria où on est vraiment en responsabilité. L’abrivado rue Sully, qui ne se faisait plus mais était très attendue par la population et les commerçants, sera de retour le 17 septembre. Pour Pentecôte, les abrivados avaient été rassemblés sur le boulevard Jean-Jaurès ce qui avait créé du mécontentement chez les gens de la rue de la République donc on avait promis qu’on y reviendrait pour les Vendanges. Il y aura aussi une abrivado avec des cabestros boulevard Amiral Courbet. Le dimanche 20, il y aura une autre abrivado rue Notre-Dame, où les cavaliers seront des cavalières. Depuis le 1er septembre, le musée des cultures taurines est aussi gratuit. Le samedi et le dimanche, il y aura des conférences assurées par Gilles Raoux pour en connaître davantage sur le monde taurin. Nous avons aussi inauguré l’infirmerie aux arènes en espérant qu’on n’en aura pas besoin. Ensuite, nous avons gardé les choses qui marchent.

    Vous avez maintenu le même nombre de corridas, pourquoi ?

    S.F. : L’année dernière, il y avait une corrida de plus que ce que prévoyait le contrat avec le délégataire de service public (Simon Casas) et cette année ce sera pareil. Le délégataire a ainsi jugé qu’il pouvait prévoir une course de plus dimanche matin qui pourrait attirer du monde. Nous avons approuvé ce choix mais c’est une proposition de Simon Casas. Nous allons aussi remettre à toutes les personnes qui rentrent dans les arènes pour les corridas des éventails avec des explications sur la couleur des mouchoirs. À noter que le samedi, c’est Macarena de Pablo Romero, la petite fille de l’éleveur Pablo Romero, qui est aussi présidente des corridas à Séville, qui a accepté de présider.

    Le retour dans l’Union des villes taurines françaises (UVTF) entraîne-t-il déjà des changements ?

    S.F. : Oui, avec l’éventail nous remettons à tout le monde les extraits du règlement taurin de l’UVTF. Nous allons aussi faire la saisie des cornes que nous ne faisions pas. Il y aura également une pesée des taureaux au petit matin en présence des membres de la commission taurine extra-municipale. Nous réunissons aussi les membres de cette commission le lundi de la semaine de la feria pour que ces membres puissent voir en priorité les taureaux qui viennent de débarquer. Après, nous travaillons avec l’UVTF parce qu’il faut changer certains articles du contrat qui nous lie avec Simon Casas pour pouvoir appliquer l’adhésion à l’UVTF.

  • Au Peyrou, un éclairage qui « révèle le patrimoine tout en préservant la nuit »

    Au Peyrou, un éclairage qui « révèle le patrimoine tout en préservant la nuit »

    « C’est un projet européen inédit sur la question de l’éclairage public la nuit. Le but est d’explorer une nouvelle manière de mettre en valeur le patrimoine culturel dans nos villes européennes en faisant de l’obscurité une richesse », résume Clare Hart, vice-présidente de la Métropole de Montpellier déléguée au rayonnement international et à la coopération européenne.

    Aux côtés de quatre autres sites pilotes en Europe : Oulu (Finlande), Tallinn (Estonie), Copenhague (Danemark) et Bologne (Italie), Montpellier a été choisie pour expérimenter, sur la promenade du Peyrou, le projet européen « Art of Darkness ». Coordonné par l’université d’Oulu et entièrement financé par l’Europe, ce projet de recherche-action, qui s’étend sur trois ans (janvier 2025-janvier 2028), propose une nouvelle approche de la mise en lumière afin de révéler le patrimoine tout en préservant l’obscurité, bénéfique pour la biodiversité, sans dégrader le sentiment de sécurité des visiteurs.

    Au Peyrou, l’expérience a débuté le 7 septembre et doit se poursuivre jusqu’au 21. Le dispositif Art of Darkness a été installé sur la moitié du parc, côté rue Pitot, tandis que l’autre moitié conserve son éclairage habituel. Cette configuration permet de comparer les deux ambiances. Des affiches installées aux deux entrées principales présentent le projet et invitent les visiteurs, via un QR code, à participer à l’évaluation et à donner leur avis. Car l’enjeu dépasse la seule question technique de l’éclairage. L’idée est de faire évoluer les perceptions. « On est sur une approche très participative », insiste Clare Hart.

    « Un changement

    de paradigme »

    Avec ses partenaires européens, Montpellier cherche à montrer qu’une baisse de la luminosité peut être compatible avec le confort et le sentiment de sécurité. « On amène un changement de paradigme chez le public », estime l’élue. « Avec ce projet, on espère aussi mieux mettre en valeur des éléments patrimoniaux de ce site un peu iconique de Montpellier et sensibiliser le public aux enjeux de la préservation de l’obscurité. Quand on éteint la nuit, on permet à la biodiversité de reprendre ses droits », souligne Clare Hart. « L’idée est de montrer que l’utilisation de la lumière peut révéler le patrimoine tout en préservant la nuit. »

    Le Peyrou représente une nouvelle étape après les expérimentations menées dans le cadre du plan Lumière montpelliérain. Clare Hart cite notamment la Comédie et l’Esplanade, où la luminosité a été fortement réduite après la requalification de ces deux sites, entraînant, du même coup, une diminution de 60% de la facture énergétique les concernant. Et selon les retours recueillis, « le public adhère totalement », assure Clare Hart. Le choix du Peyrou n’est pas anodin. Ce parc est à la fois un lieu patrimonial emblématique de la ville, un espace de rencontre et un lieu de passage. L’expérimentation doit permettre de tester une ambiance « beaucoup plus intimiste, plus douce » et d’inviter les Montpelliérains à s’approprier autrement ce lieu à la nuit tombée.

    Ce projet innovant est mené avec l’université Paul-Valéry, notamment son laboratoire de psychologie Epsylon. L’École nationale supérieure d’architecture de Montpellier participe, quant à elle, à l’évaluation du dispositif et à la conception lumineuse. Le 18 septembre, « les différentes parties prenantes seront conviées à une visite du dispositif sur la zone témoin du Peyrou afin de contribuer à son évaluation », indique Clare Hart. Une fois l’expérimentation terminée, fin septembre, les résultats montpelliérains comme ceux des autres villes pilotes seront transmis au consortium de chercheurs chargés de construire le modèle Art of Darkness. Car l’expérimentation ne doit pas rester sans lendemain. « Si le public adhère, d’autres expériences et débats pourront être organisés. » Derrière cette expérimentation se dessine ainsi une réflexion plus large sur la ville de demain. « On est fier de pouvoir travailler à l’échelle européenne sur ce type de projet », souligne Clare Hart. « Ça sert à ça aussi, l’Europe, c’est un énorme think tank pour penser la ville de demain. »

    Amélie Goursaud

  • [Entretien] Hélène Donnadieu-Rigole, CHU de Montpellier : « Des complications qui peuvent être très sévères »

    [Entretien] Hélène Donnadieu-Rigole, CHU de Montpellier : « Des complications qui peuvent être très sévères »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que le protoxyde d’azote et pourquoi sa consommation s’est-elle banalisée ?

    Hélène Donnadieu-Rigole : Le protoxyde d’azote est un gaz qui s’inhale et qui, historiquement – c’est toujours le cas aujourd’hui – est utilisé à visée médicale. Il a notamment un effet antalgique et provoque une euphorie lorsqu’il est inhalé. On l’utilise pour certains pansements, certains soins dentaires et beaucoup en pédiatrie. Il permet de placer le patient dans un état un peu second, sans recourir à une anesthésie générale, afin d’effectuer des soins potentiellement douloureux. C’est aussi le gaz utilisé pour faire monter la chantilly. Tout cela en fait initialement une substance perçue comme anodine : quand on imagine une substance utilisée en pédiatrie ou à usage alimentaire, cela contribue à la banaliser.

    Depuis quand son usage est-il détourné ?

    H. D.-R. : Depuis très longtemps. Il a d’abord été présent dans le milieu soignant et dans le milieu festif. Dans les fêtes estudiantines de l’enseignement médical, par exemple, il pouvait y avoir du protoxyde d’azote à visée festive. Il a également été beaucoup utilisé pendant une période dans les free parties, qui s’en sont ensuite détournées notamment en raison de son caractère peu écologique. Puis, il y a cinq à dix ans environ, sont apparues les premières alertes concernant de très jeunes consommateurs, parfois dès la fin du collège. C’est une autre communauté qui s’est mise à utiliser le protoxyde d’azote sous forme de « ballons ».

    Pourquoi le protoxyde d’azote séduit-il particulièrement les plus jeunes ?

    H. D.-R. : L’effet est un peu « alcool-like », mais très court. Le protoxyde d’azote provoque une euphorie, une sensation d’ébriété et de gaieté qui s’estompent rapidement. Ensuite, la personne peut rentrer chez elle sans séquelle visible. Contrairement à l’alcool, il n’y a pas d’haleine caractéristique ; contrairement au cannabis, il n’y a pas de signe facilement repérable, comme l’hyperémie conjonctivale [le phénomène des « yeux rouges », Ndlr]. Un jeune peut donc consommer une substance psychoactive à visée récréative puis rentrer chez lui sans que son entourage ne constate quoi que ce soit.

    Quels sont les dangers immédiats liés au protoxyde d’azote ?

    H. D.-R. : Les principales problématiques sont des malaises, des pertes de connaissance et ce qu’on craint énormément aussi, ce sont des personnes qui conduisent en ayant consommé des « ballons ». Sachant que ces risques sont clairement majorés par la polyconsommation. Si l’on associe le protoxyde d’azote à de l’alcool, du cannabis ou d’autres substances, on augmente les risques de complications aiguës.

    Et quels sont les risques lorsqu’une consommation devient régulière ?

    H. D.-R. : La régularité augmente le risque de développer une addiction et des phénomènes de tolérance, c’est-à-dire le fait de devoir augmenter les quantités consommées pour obtenir les mêmes effets. La semaine dernière, j’ai reçu en consultation une jeune personne qui consommait vingt bonbonnes par jour. Ça veut dire qu’il n’y a plus de place pour quoi que ce soit d’autre. On est enfermé dans sa chambre et on fait des « ballons » à longueur de journée, avec des pertes de connaissance répétées, un détachement de la réalité complet, etc.

    Quelles sont les principales complications à long terme ?

    H. D.-R. : Il y a notamment les troubles neurologiques. On observe une atteinte à la fois périphérique et centrale du système nerveux. L’inhalation régulière et excessive de protoxyde d’azote va empêcher d’agir une vitamine indispensable au bon fonctionnement des nerfs. Cela entraîne une destruction de la conduction nerveuse, à la fois au niveau central et périphérique. C’est ce qui peut provoquer les paralysies périphériques, les paraplégies, tétraplégies ou paraparésies, mais aussi des troubles neurocognitifs lorsque le système nerveux central est atteint.

    Depuis un ou deux ans, nous observons également des manifestations thromboemboliques : des caillots peuvent se former dans les vaisseaux sanguins et provoquer des thromboses veineuses ou des embolies pulmonaires. Il peut également y avoir des atteintes cérébrales avec des accidents vasculaires. Nous sommes donc face à des complications qui peuvent être très sévères. Et c’est essentiellement par l’intermédiaire de ces complications que nous avons découvert l’ampleur du phénomène. Cela nous a aussi fait prendre conscience que certaines personnes avaient développé une addiction. Car spontanément, peu de jeunes viennent consulter en disant : « J’ai une addiction au proto. » On a l’impression d’un frein à la consultation quand il s’agit uniquement du proto. Sur ce point, il faut qu’on s’améliore collectivement. Je pense que nous avons encore un gros travail à faire pour que des personnes concernées par un usage excessif voire une dépendance au protoxyde d’azote viennent d’emblée nous consulter, avant d’avoir les complications.

    A-t-on aujourd’hui une idée de l’évolution du phénomène ?

    H. D.-R. : Ce qui est sûr, c’est que les alertes sanitaires ont explosé ces dernières années, ce qui témoigne d’une consommation importante et de consommations problématiques. Ça ne veut pas dire que ça explose dans nos consultations. J’ai l’impression que ce phénomène a énormément diffusé jusqu’à ce que les complications aient été largement médiatisées. Je pense qu’on est actuellement sur une stabilité voire une décroissance des consommations, car beaucoup de jeunes connaissent désormais quelqu’un qui a eu un problème avec le proto ou en ont entendu parler. Il commence donc à y avoir une certaine crainte vis-à-vis de cette substance. Mais nous manquons de données pour mesurer précisément cette évolution.

    Faut-il davantage informer sur les risques ?

    H. D.-R. : Oui. Je pense qu’il faut associer au message strictement répressif que nous avons actuellement des messages de prévention. Des campagnes existent localement, notamment portées par des municipalités comme celle de Montpellier. Mais au niveau national, les messages portent surtout sur l’interdiction de vendre ou de détenir la substance. Il faut également des messages de réduction des risques, bienveillants. Des messages de prévention primaire : ce qu’il faut savoir avant de consommer ou comment éviter la consommation ; de prévention secondaire : j’ai consommé mais je n’ai pas de dommages ; et de prévention tertiaire : j’ai des dommages, qu’est-ce que je fais ? Cette logique devrait s’appliquer à l’ensemble des substances psychoactives, pas seulement au protoxyde d’azote.

  • Quatre jours pour faire vibrer Nîmes au rythme des Vendanges

    Quatre jours pour faire vibrer Nîmes au rythme des Vendanges

    À la mi-septembre, Nîmes ne range pas encore l’été. Elle ressort les cuivres, ouvre les bodegas et laisse les sabots battre le pavé. Du jeudi 17 au dimanche 20 septembre, la Feria des Vendanges reprend possession du centre-ville avec une édition que la nouvelle municipalité veut « conviviale, pour toutes et tous et apaisée ».

    Le premier toast sera littéraire. Jeudi à 12h30, au Temple de Diane, Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014, prononcera le traditionnel brindis. Puis les fanfares gagneront les boulevards avant l’abrivado de la manade Leron, rue Sully. Vendredi, la ville montera franchement le volume : vendanges du Clos de la Fontaine à 11h, guinguette au pôle Antoine-Castelnau, corrida à 17h30, puis grande parade de quelque 320 musiciens depuis la Maison Carrée jusqu’aux arènes. À la Placette, Mario & les Gypsies puis Son Yuma prolongeront la soirée.

    Cette année, les cuivres retrouvent une place centrale. Les abrivados, eux, quittent les allées Jean-Jaurès pour se rapprocher de l’Écusson : rue Sully jeudi, rue de la République vendredi, boulevard Amiral-Courbet samedi pour la cabestria, puis rue Notre-Dame dimanche, avec une abrivado menée par des cavalières. La Ville assume ainsi une feria plus resserrée sur le cœur de Nîmes.

    Samedi sera le jour le plus dense. Dès 10h, une visite « Histoires de feria » remontera aux origines du rendez-vous dans le cadre des Journées européennes du patrimoine. Aux Jardins de la Fontaine se succéderont danses, spectacle équestre et becerrada, tandis que le square Antonin accueillera de 13h30 à 19h un espace prévention pour les adolescents, avec musique, mousse, détente et buvette sans alcool. Le soir, Tino Flamenco puis le collectif nîmois Eswell feront vibrer la Placette.

    Une fête à partager sans peur

    La prévention est justement l’un des marqueurs de cette édition, dans le prolongement d’une Feria de Pentecôte au bilan sécuritaire particulièrement favorable. Malgré 1,1 million de participants, les forces de l’ordre n’avaient recensé que 31 interpellations, contre 41 en 2025, et surtout 16 bagarres de rue, quatre fois moins que les 61 de l’année précédente. Aucun accident mortel n’avait été déploré sur les routes. Reste l’inquiétude autour de l’alcoolisation de très jeunes participants : pour les Vendanges, des espaces dédiés seront donc déployés et des sifflets « anti-relou » distribués gratuitement afin de signaler un comportement insistant ou une situation d’agression. Une manière de rappeler qu’une fête populaire ne peut l’être vraiment que si chacun peut y circuler sans peur.

    Dans les arènes, quatre corridas et une novillada rythmeront le week-end. Samedi après-midi, Sébastien Castella, José María Manzanares et Tomás Rufo seront à l’affiche ; dimanche matin, Marco Pérez affrontera seul six toros avant Juan Leal, Adriano et El Rafi en clôture. L’office de tourisme proposera aussi « Expliquez-moi la corrida », avec des commentaires pour les néophytes.

    Sous les gradins, un autre lieu a été préparé loin des lumières. L’infirmerie des arènes, installée dans 9 m², vient d’être rénovée pour 56 000 euros : murs, éclairage et aménagement intérieur ont été repris, avec deux postes de travail distincts. Une dizaine de soignants bénévoles s’y relaient pour prendre en charge toreros et raseteurs avant, si nécessaire, un transfert vers le CHU. « C’est un lieu que l’on inaugure en espérant qu’il ne soit pas utilisé », a résumé Vincent Bouget.

    Dimanche, la Feria prendra des airs de grand final : déjeuner au pré aux Jardins de la Fontaine, ban des Vendanges, fanfare géante devant la Maison Carrée, abrivado rue Notre-Dame et spectacles équestres. Jusqu’aux derniers cuivres, Nîmes cherchera son équilibre familier : entre héritage et fête de rue, ferveur et précaution, tradition et volonté de faire évoluer la manière de la partager.