Tag: Occitanie

  • Hommage à Victor Jara : le PCF contre-attaque à Béziers

    Hommage à Victor Jara : le PCF contre-attaque à Béziers

    Mais quelle mouche a donc piqué Robert Ménard ? En annonçant, via les réseaux sociaux de la Ville de Béziers et dans le Journal du Biterrois, canard municipal, qu’un hommage serait rendu à Victor Jara, chanteur et militant communiste chilien assassiné sous la dictature de Pinochet, l’édile d’extrême droite en a laissé plus d’un pantois.

    Le 27 mai, la Ville s’apprête donc à inaugurer une statue du Chilien, place du 14-Juillet, dans le cadre de la journée nationale de la Résistance. Le maire est coutumier du fait : chaque année, un buste est inauguré : en 2025, Laure Moulin, la sœur de Jean Moulin ainsi qu’un autre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, en 2023, celui du soldat israélien Aner Shapiro, etc. Mais cette année, au vu des valeurs prônées par Victor Jara, que tout oppose à Robert Ménard, ce choix a de quoi surprendre.

    À commencer par la section biterroise du PCF, qui a annoncé organiser son propre hommage, le même jour, à 12h30
    – les forces progressistes, associations, syndicats sont conviés par les communistes. « Quand nous avons appris la nouvelle, nous avons été surpris. Il n’y a rien de mentionné sur son passé de communiste. Cela nous a paru un peu fort de café et il y a peut-être une tentative de réécrire l’Histoire », fait valoir Jean-Marc Biau, secrétaire de la section PCF de Béziers et conseiller de la Région Occitanie. En effet, l’hommage est destiné à « honorer la mémoire et l’engagement du poète et chanteur chilien Victor Jara, assassiné en 1973 sous la dictature [de Pinochet] », peut-on lire sur les réseaux sociaux de la Ville. Sauf que Victor Jara, certes chanteur, est avant tout un militant communiste.

    Torturé par l’extrême droite

    Véritable chantre de la révolution chilienne, ce dernier défendait des valeurs de solidarité, de partage des terres et dénonçait la répression militaire. « Il était également directeur de théâtre, il a dirigé plusieurs pièces où il mettait en scène le peuple », reprend Jean-Marc Biau. Autant de valeurs prônées du fait de son engagement politique. C’est d’ailleurs cet engagement qui lui a valu d’être sauvagement assassiné et torturé par les hommes de Pinochet, ses doigts avaient été brisés. Sauf que tout cet engagement disparaît comme par magie quand on lit la présentation faite par la Ville dans le Journal du Biterrois. Seul est mentionné le fait que Victor Jara est « révolté contre l’injustice. » « Quels sont les objectifs de Robert Ménard ? », s’inquiète Jean-Marc Biau. En tentant de dépolitiser un pan entier de l’Histoire, Robert Ménard veut gommer les véritables valeurs portées par la gauche, opposées aux siennes. D’où l’importance, pour les communistes, de mener ce genre d’hommage.

  • « L’élève n’a aucun regard critique sur le résultat que lui donne l’IA »

    « L’élève n’a aucun regard critique sur le résultat que lui donne l’IA »

    « Dès lors qu’on décide d’utiliser l’intelligence artificielle, il faut toujours avoir en tête les écueils de manière à ne pas en faire un usage disproportionné », estime Stéphane Audebeau, enseignant en Sciences économiques et sociales (SES) au lycée Joliot-Curie de Sète. « Ce qu’on doit dire aux élèves, c’est de freiner la tentation quasi naturelle qui est en train de se mettre en place sur l’IA en mettant en évidence les risques qu’elle comporte, notamment les erreurs car les données ne sont pas forcément fiables », poursuit-il. « Un élève qui utilise l’IA sans réflexion, ça ne donne pas forcément une très bonne note. » D’ailleurs « il y a très longtemps que je ne donne plus, ou très rarement, de devoirs à la maison », précise-t-il. « Aujourd’hui 95% des travaux à la maison, voire certains travaux en classe, sont faits par l’IA », abonde Guillaume Marsault, professeur d’histoire-géo au lycée de Gignac et co-secrétaire départemental du Snes FSU de l’Hérault, qui a co-organisé, à l’automne, un stage sur l’IA proposé par le syndicat. « Le fond du problème, c’est que l’élève n’a aucun regard critique par rapport au résultat que lui donne l’IA. Faire faire le travail par quelqu’un quand on sait ce qu’on fait, ça peut se réfléchir. Mais quand on prend sans recul ce qui est proposé, c’est dramatique », estime-t-il. « L’écueil, c’est que l’IA peut faire disparaître toute réflexion sur les compétences et les connaissances à acquérir », renchérit Stéphane Audebeau.

    D’où le défi auquel se trouvent confrontés les enseignants  : composer avec l’IA, puisqu’elle est là, mais faire en sorte, pour eux-mêmes comme pour les élèves, de l’utiliser avec mesure et à bon escient. « L’administration et les corps d’inspection voient ça comme une véritable utopie, sans aucun esprit critique. On fonce dedans sans réfléchir », déplore Guillaume Marsault. « Par moments ça peut être intéressant », admet Stéphane Audebeau, « mais à d’autres moments on passe par l’IA pour faire des choses qu’on est capable de faire nous-mêmes », estime-t-il.

    « Pour nous c’est

    une utopie totale »

    « Il m’arrive de l’intégrer à ma pratique pédagogique pour faire travailler des sujets bien précis aux élèves, à partir de documents que je leur fournis et non de n’importe quelle source. Mais l’IA ne doit être qu’une ressource parmi d’autres. Il faut faire attention à ne pas tomber dans l’emballement que tentent de nous imposer l’administration et les inspections », estime le professeur de SES.

    « L’IA a certes des qualités, c’est notamment un bon outil de reproduction. Elle est capable d’exécuter parfaitement toutes les tâches répétitives. Par exemple on lui donne un exercice de maths et on lui dit : décline-le moi 42 fois, elle va le faire et c’est un gain de temps pour les enseignants. On sait aussi que des IA travaillent sur les corrections de copies. D’un point de vue technique, elles sont capables de faire le boulot. Le problème, c’est d’envisager que ça puisse remplacer un enseignant », avertit Guillaume Marsault. « Pour nous c’est une utopie totale. C’est bien pour ça qu’aucun ordinateur n’a jamais remplacé un enseignant. Ce qui fait la qualité de l’enseignement c’est la relation humaine entre un groupe d’élèves et un enseignant dans une salle de classe. À notre sens, c’est irremplaçable. Notre crainte serait qu’à moyen terme, il y ait une sous-éducation uniquement avec des IA pour les pauvres et, pour les élites, toujours des enseignants. Ce serait le plus grand danger », estime le représentant du Snes.

    Il pointe enfin comme une vraie préoccupation « le coût environnemental de l’IA », derrière laquelle se cachent de gigantesques serveurs affamés d’électricité et d’eau, véritables gouffres énergétiques. Sans oublier « le problème de la protection des données. On sait par exemple qu’une partie des données de l’Éducation nationale est sous-traitée à Amazon : ça pose d’énormes problèmes d’un point de vue éthique mais aussi géopolitique : que ferait-on si, du jour au lendemain, Trump décidait, en représailles de je ne sais quoi, de couper les ponts ? Tous les serveurs mères et 80% des serveurs sont aux États-Unis actuellement », illustre Guillaume Marsault.

  • Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés…

    Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés…

    De quoi se nourrit l’intelligence artificielle (IA) dont les chabots (ChatGPT, Claude etc.) saturent notre quotidien ? De l’activité humaine. Deux chercheurs en sociologie de Telecom Paris, Clément Le Ludec et Maxime Cornet, ont travaillé sur la chaîne de travail de la donnée francophone.

    Les travailleurs du clic, ces invisibles

    La démonstration des deux sociologues est implacable : pour fonctionner, l’IA a besoin de données fiables et vérifiées. Seul l’être humain sait. Donc pour « nourrir » les agents IA, l’étiquetage des données est forcément humain et a été délocalisé dans le Sud global, notamment à Madagascar et sur le continent africain. Un travail à la tâche, peu payé, pas du tout valorisé et effectué par ces travailleurs du clic, sans relâche et sans fin. Car en dépit de notre tendance tenace à croire que la machine peut « penser », il n’y a rien de plus faux. La machine est incapable de reconnaître un objet si l’humain ne lui a pas appris, à force de répétition et de codes, à le reconnaître. Ces travailleurs invisibles sont la face cachée et très sombre de l’IA. Ce n’est pas la seule.

    Car la collecte de données est le nerf de la guerre des multinationales de l’IA. Elles se livrent une guerre sans merci et imposent aussi un discours aux citoyens, celui d’une nouvelle révolution post-industrielle. Discours qui vise à servir leurs intérêts financiers. Car si l’IA est d’un usage précieux, notamment pour diagnostiquer des maladies, elle est aussi mise au service de la mort. Reconnaissance faciale, fichage, ces outils ont servi notamment dans la bande de Gaza à l’armée israélienne et aux États-Unis, l’IA est mise au service de la chasse aux étrangers. C’est une forme de technofascisme désormais documentée, notamment par les auteurs de Apocalypse Nerds, comment les technofascistes ont pris le pouvoir. Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet. Les milliardaires propriétaires des systèmes numériques sont pour l’essentiel des néo-fascistes trumpistes. Ils promeuvent un univers de violences et de répressions et font du marché le carburant de leur développement. Peut-on leur laisser la main sur l’IA ? La résistance s’impose.

  • Urologie : le CHU de Nîmes à la pointe

    Urologie : le CHU de Nîmes à la pointe

    À l’heure où l’hôpital public se débat trop souvent avec le manque de moyens, le CHU de Nîmes rappelle aussi ce qu’il peut produire de meilleur : du soin, de la recherche et de l’innovation au service direct des patients. Dans le domaine du cancer du rein, le service d’urologie de Carémeau vient de s’imposer comme le premier centre français en nombre de nouvelles inclusions chirurgicales dans le réseau UroCCR, référence nationale de la recherche clinique sur cette pathologie.

    En mars 2026, seize nouveaux patients ont été intégrés à ce réseau médico-scientifique, qui fédère plus de 60 centres hospitaliers, cliniques et centres de lutte contre le cancer. Derrière ce chiffre, il ne s’agit pas d’une simple performance comptable. Chaque inclusion permet d’alimenter une base nationale de données de santé, d’affiner les connaissances sur les tumeurs rénales et de faire progresser les prises en charge. « L’objectif est de transformer les données recueillies en progrès concrets pour les patients », résume le CHU de Nîmes. La recherche clinique ne reste pas cantonnée aux laboratoires : elle entre dans les blocs, les consultations et les parcours de soins.

    Membre actif du réseau UroCCR depuis 2021, le service d’urologie nîmois s’est hissé parmi les centres les plus dynamiques du pays, régulièrement classé dans le top 5 national. Cette première place vient couronner une progression continue : plus de 500 patients inclus, 13 publications scientifiques internationales et cinq études multicentriques en cours, dont deux prospectives. Deux études nationales sont actuellement ouvertes aux patients, parmi lesquelles l’évaluation d’une application connectée destinée au suivi post-opératoire après chirurgie rénale.

    Des données pour soigner mieux

    « Être le premier centre français en inclusions UroCCR témoigne de l’engagement quotidien de notre équipe. Pour nos patients, ce classement garantit une prise en charge à la pointe de l’innovation : chaque donnée recueillie affine la précision chirurgicale et prépare les traitements de demain », soulignent le Dr Alexis Fontenil, chirurgien urologue et responsable local UroCCR, et le Pr Stéphane Droupy, chef du service d’urologie.

    Cette dynamique s’appuie aussi sur des moyens techniques. L’acquisition d’un second robot chirurgical Da Vinci a permis au CHU d’accroître son activité en chirurgie mini-invasive. L’établissement entend désormais développer la chirurgie ambulatoire et la modélisation 3D des tumeurs du rein, afin d’améliorer la précision des gestes et la récupération des patients. Pour les malades du Gard et d’Occitanie, l’enjeu est concret : accéder, près de chez eux, à des prises en charge longtemps associées aux plus grands pôles hospitaliers nationaux.

    Dans un CHU qui réunit près de 7 000 professionnels, cette réussite rappelle combien l’hôpital public demeure un outil essentiel de progrès médical, à condition d’être soutenu. À Nîmes, la médecine de précision n’est pas un slogan réservé aux grands centres universitaires. Elle se construit au quotidien, avec des équipes, des patients, des données partagées et une ambition claire : mieux soigner aujourd’hui, tout en préparant les traitements de demain. Une démonstration utile, à l’heure où la défense de l’hôpital public passe aussi par la reconnaissance de sa capacité à innover.

  • Une exposition qui sublime la poésie des mots à Alès

    Une exposition qui sublime la poésie des mots à Alès

    « Cette rétrospective est la première d’envergure qui lui est consacrée dans notre pays depuis 1978 au Musée national d’art moderne », annonce le musée alésien Paul-André Benoit à Alès. Une rétrospective qui plonge les visiteurs dans l’univers du créateur géorgien Ilia Zdanevitch, dit Iliazd, qui oscille entre la typographie et la poésie.

    « L’exposition retrace son parcours singulier, depuis ses expérimentations futuristes en zaoum – langage transrationnel destiné à une lecture chorale – jusqu’à sa réappropriation magistrale du sonnet, forme classique qu’il a renouvelée avec une audace et une complexité sans précédent », précise le musée.

    Une approche artistique incomparable

    L’artiste définit le zaoum comme « un langage composé de mots démunis de sens, dans lesquels on ne peut trouver que des sons, et, à peine visibles, des traces de racines verbales », un langage « transrationnel » qui se base plus sur la sonorité et l’émotion que sur le sens littéral des mots. Ces œuvres qualifiées d’« indissociables des soubresauts politiques et artistiques du XXe siècle » par les programmateurs de cette exposition, mettent en avant non seulement des mots mais également des formes artistiques, créant ainsi des ponts entre les mouvements futuristes russes, Dada et les cercles artistiques parisiens.

    Cette exposition est l’occasion de se plonger dans la réflexion de ce créateur aux multiples facettes, typographe, poète, romancier, mais aussi archéologue et byzantinologue, qui a collaboré avec de grands noms de l’art moderne comme Max Ernst, Alberto Giacometti, Henri Matisse ou encore Pablo Picasso. Il est rappelé que « l’exposition met en lumière son génie de « l’art de la lettre et de la page » aux éditions du Degré 41 (41°) », une maison dont il a été l’unique maître d’œuvre et qu’il a dirigée toute sa vie.

  • À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    À Montpellier, un club de foot se mobilise pour la libération de Kamal

    C’est une histoire qui illustre l’ignominie de la politique migratoire en France. Pour des problèmes administratifs, certains sont jetés en rétention dans des conditions indignes. C’est ce qui est arrivé à Kamal, jeune Algérien de 30 ans membre du club omnisports Athlétique Club (AC) Asteras Montpellier.

    Pêcheur de sardines en Algérie, ce dernier ne voit pas d’avenir dans son pays et part en France dans l’espoir de trouver une vie meilleure. Posant ses valises dans la capitale héraultaise, il intègre rapidement le Football du peuple Montpellier avant de rejoindre l’AC Asteras. Ce club omnisports ambitionne de redonner une pratique populaire du sport, portée par des valeurs de solidarité et de justice sociale. « Kamal était très actif pour le club et il joue très bien au foot », fait valoir Mathieu, membre de l’AC Asteras.

    Sauf que fin avril, Kamal est interpellé à la gare de Montpellier à la suite d’un « contrôle au faciès », selon ses proches. « Ils l’ont amené au commissariat et le lendemain, ils l’ont conduit au CRA (Centre de rétention administrative, Ndlr) de Sète. Mais Kamal ne savait pas ce qui se passait. Il n’a pas demandé d’avocat. Ils lui ont fait signer une feuille, il pensait qu’il allait être relâché », raconte Nicole, une amie du jeune homme. Sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) car sans-papiers, Kamal est donc enfermé au CRA depuis le 25 avril. Ses proches et membres du club se sont rassemblés le 20 mai devant les grilles de la préfecture héraultaise pour exprimer leur soutien.

    La rétention prolongée ?

    Sauf que le juge pourrait bien ordonner une prolongation de 30 jours, pouvant être reconduite une nouvelle fois, soit 90 jours au total. Pour l’instant, Kamal trinque. « Les conditions sont insalubres. Quand ils jouent au baby-foot, des rats passent. Il mange peu car rien n’est halal. Ils sont tous mis ensemble avec les gens dangereux et des personnes malades – qui ne sont pas soignées et à qui on donne du Doliprane. Mais cela se passe bien avec les gens et les gardiens », soutient Nicole.

    Mais le joueur de l’AC Asteras ne semble pas baisser les bras. « On lui rend visite souvent. Il sourit, il nous fait des blagues, il est sympa. Il est soutenu, il a un vrai réseau autour de lui », reprend Mathieu. Bénévole à Saint-Vincent-de-Paul, Kamal a pris des cours de français avant de passer une formation dans l’espoir de trouver un travail et construire sa vie en France. « Il pourrait passer le Bafa, je le verrais bien animateur », avance Nicole. Auparavant, Kamal avait travaillé trois ans dans une pizzeria. « Mais ils lui faisaient miroiter des papiers, ça n’arrivait pas et je lui ai dit d’arrêter », poursuit Nicole.

    Si ses proches se mobilisent aujourd’hui, c’est également pour dénoncer la politique déshumanisante que mène la France. « On dénonce les conditions du CRA et on aimerait mobiliser sur la situation des étrangers en France », fait valoir Nicole. Ses proches entendent aussi venir le soutenir le jour de l’audience, fin mai, à la fois à Montpellier et à Sète, où Kamal assistera à son audience en visioconférence. Dans l’espoir d’obtenir sa libération.

  • [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    [Maj] Les scrutins de 2027 déjà dans les têtes à gauche

    Désormais Emmanuel Macron est un président « canard boiteux », c’est-à-dire sans aucune influence dans le débat politique et pour l’avenir du pays. Après près d’une décennie de politique antisociale et alors qu’il fut élu en 2017 et 2022, non sur son projet néolibéral mais contre la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, le RN n’a jamais été aussi menaçant et se dit prêt à gouverner en 2027.

    Cette situation politique inquiétante n’est pas propre à la France. Sur tous les continents, les extrémistes de droite progressent et pour certains dirigent comme aux États-Unis, en Russie, en Italie, en Argentine ou encore en Inde. Mais des exemples montrent que cette ascension est résistible : l’Espagne en est un et, à une autre échelle, New York en est un autre. Toutes proportions gardées, la bascule de Nîmes dans le camp progressiste avec l’élection du communiste Vincent Bouget, témoigne que la dynamique et la victoire sur un projet rassembleur de justice sociale sont possibles. Pour la socialiste gardoise Chloé Ridel « face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche » (lire ci-contre). Une méthode qu’elle estime applicable au niveau national. Mais le piège de l’hyper présidentialisme menace toujours la gauche. Ainsi, le fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’est lancé officiellement, en solitaire, dans sa quatrième candidature à l’Élysée. Pour ses soutiens, il est le seul « capable ». « Tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême-droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. » résume la députée FI de l’Hérault, Nathalie Oziol (lire page 6). « Une impasse » pour Chloé Ridel : qui déplore que « la scène soit occupée par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union ». Les communistes travaillent pour l’heure sur leur congrès et le projet qui sera porté par le parti (lire aussi nos informations page 23). « Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées », avance Clara Gimenez, membre de l’exécutif national du PCF et élue de Montpellier (lire ci-contre). Sa camarade Saliha Boussedra, co-secrétaire de la fédération du PCF du Gard, a une autre position. : « Nous sommes trois sur les quatre secrétaires de la fédération du Gard à avoir signé le texte [alternatif],”Communistes à l’offensive”. C’est donc difficile de parler au nom de la fédé et au nom du parti puisque les choix sont en cours de délibération. Si je dois donner un avis personnel, il est simple et clair : il y a une priorité qui est le mur qu’on a en face, qui est celui de l’extrême droite. Donc, il faut travailler, imposer l’union de la gauche en partant de la base. »

    Pour l’heure divisée sur la stratégie pour 2027, les gauches n’en ont pas moins un ADN commun concentré sur la question sociale à laquelle ni la droite ni l’extrême droite ne peuvent répondre. Un atout car les attentes du mouvement social sont fortes après plus d’une décennie de casse sociale.

    Clara Gimenez , membre du comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la Métropole de Montpellier

    « Le débat avance dans les cellules, les sections et les fédérations en vue du congrès qui aura lieu en juillet prochain à Lille. Ce congrès n’est pas en conclave, il est ouvert sur la société. Les communistes discutent du projet, du fond, des idées et de la stratégie à adopter pour les mettre en application et donc de la présentation ou pas d’un candidat à l’élection présidentielle. Cette question sera tranchée par les communistes tout début septembre. Tout est aujourd’hui ouvert et ce sont aux communistes de décider. Fabien Roussel a indiqué sa capacité à mettre toute son énergie dans la présidentielle de 2027. Personnellement, c’est l’option que j’aimerais que nous retenions mais ce sera tranché par le débat. Si on veut se présenter, c’est qu’on veut reconquérir un électorat et qu’on veut faire vivre des idées parce qu’au-delà de l’échéance électorale, la question c’est : qu’est-ce qu’on fait bouger dans les têtes ? C’est un moment important pour porter sa vision de la société et de ce qu’il faudrait faire. On a besoin d’un Parti communiste fort pour avoir des politiques transformatrices. On a besoin d’avancer sur des idées et pas sur des personnes. Nous voulons porter une volonté transformatrice de la société et pas s’accommoder d’une société capitaliste. C’est là que nous avons une vraie différence et que nous voulons porter cette idée de rupture que ne portent pas les autres. Dans la période actuelle, il y aura deux grands enjeux que l’on porte depuis longtemps. Il y a déjà la paix parce que sans elle, il n’y aura pas de progrès sociaux. Ensuite, il y a la défense des intérêts du monde du travail, que ce soit son organisation, sa rémunération, le droit à l’emploi pour tous ou le droit à la formation. Ces enjeux, nous sommes les seuls à les porter en les couplant à un projet de société transformateur où chacun trouve sa place et peut s’émanciper. »

    Recueilli par Tristan Arnaud

    Chloé Ridel, députée européenne, secrétaire nationale du PS, conseillère municipale de Nîmes

    « Pour moi, le principal danger à gauche aujourd’hui, c’est que le devant de la scène soit occupé par Jean-Luc Mélenchon d’un côté et François Hollande de l’autre. Deux impasses, deux figures irréconciliables, qui empêchent la gauche de s’unir sur un logiciel clair. Or, la seule manière de l’emporter face à l’extrême droite en 2027, c’est l’union. Je plaide donc pour une primaire de la gauche. Ce que nous avons fait à Nîmes peut servir de leçon nationale. Face à une droite installée et une extrême droite forte, nous avons gagné parce que nous avons mené une campagne unie, heureuse, concrète, avec les citoyens et la société civile. Nous n’avons pas passé notre temps à parler des autres partis de gauche. Nous avons parlé des Nîmois, de leurs besoins, de leurs quartiers, avec l’idée de réunir la ville. Cette méthode peut être portée à l’échelle du pays. La France est profondément fracturée socialement, territorialement, identitairement. Il faut reconstruire l’unité du peuple français par des politiques de justice : justice fiscale, justice territoriale, mixité sociale et scolaire, lutte contre les discriminations. Sur le fond, la gauche doit répondre au pouvoir d’achat. Revaloriser le Smic et les salaires, oui, mais aussi s’attaquer aux dépenses contraintes : logement, énergie, alimentation, transports. Il faut reprendre la main sur le marché du logement, encadrer les loyers, appliquer la loi SRU. Il faut aussi un nouveau contrat social des transports, avec des véhicules électriques accessibles aux ménages modestes, davantage de trains, de RER métropolitains, et la nationalisation des autoroutes. Les lignes rouges sont claires : l’Europe, le respect du droit international partout, en Ukraine comme en Palestine, et la défense d’une souveraineté européenne. La gauche doit promettre la liberté, mais pas la liberté de quelques-uns. La liberté pour toutes et tous : vivre dignement, se loger, se nourrir, se déplacer, choisir sa vie. »

    Recueilli par Axel Jolidon

    Julien Pradel, premier secrétaire de la fédération du PS de l’Hérault

    « Nous sommes à un an de la présidentielle mais nous avons le temps encore pour choisir la personne. Par contre, ce qui devient urgent, c’est de construire une plateforme programmatique. Il me semble qu’il vaut mieux partir du projet plutôt que de la personne. Au PS, on travaille sur un projet qui a une vision plus longue, pour le XXIe siècle, donc pas forcément pour des échéances très courtes, même s’il faudra s’en inspirer. Mais il me semble que là où nous attendent les Français, c’est sur le social, sur le travail, sur le logement, des choses du quotidien : des propositions très concrètes sur le plafonnement des loyers par exemple, la sécurité dans les quartiers populaires et ailleurs, la revalorisation des salaires. Comme sur les retraites, il faut être concret, comment on va les financer. Il ne suffit pas de faire de la démagogie en annonçant la retraite à 60 ans, mais il me semble que c’est comme ça qu’on peut arriver à une retraite équitable. Si on est d’accord sur un projet commun, les divisions personnelles ne peuvent plus exister, les questions d’ego doivent disparaître. Il faudra garder la tête froide face à une extrême droite en passe de gouverner. Il faudra prendre la personne qui sera le mieux armée et la plus plébiscitée pour pouvoir gagner. La primaire proposée par une partie de la gauche n’arrive pas à rassembler les appareils, donc c’est un problème. Il faut d’abord passer par le projet pour entraîner une population plus large que deux partis morcelés et un micro-parti. Si on parle du PS, il me semble que c’est à ses adhérents de déterminer qui est la personne la plus capée pour représenter le parti. À la présidentielle, c’est encore une autre histoire, je suis prêt à faire confiance à la personne que je désignerai au PS – ce que je souhaite – mais si ça ne doit pas être un socialiste qui représente une vision de la gauche qui est nécessaire, je fais confiance à cette personne pour trouver les contreparties et les compromis là-dessus. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Lise Florès, co-secrétaire régionale des Écologistes

    Face aux échecs répétés de la gauche à l’élection reine et à la menace de l’extrême droite, Lise Florès n’envisage qu’une option. « Je suis pour l’union de la gauche, unioniste à 100%. Il faut tenir ce cap au maximum », martèle la co-secrétaire régionale des Écologistes en Occitanie. Elle voit deux raisons majeures. La première c’est « le risque d’un RN au pouvoir », la seconde c’est que si Jean-Luc Mélenchon peut être un bon candidat de premier tour, « il a peu de chances de l’emporter au second. J’ai peur que LFI ait raté le coche. On doit être pragmatique ». Ainsi Lise Florès défend-elle l’idée de la primaire du 11 octobre à laquelle Marine Tondelier a l’intention de participer. Si l’écologiste lunelloise concède que l’exercice, parfois considéré comme une « machine à diviser », n’est pas parfait, il aura le mérite « d’éliminer plusieurs candidats potentiels ». Par la suite, elle espère que « guerres d’ego et autres querelles à la noix » s’effaceront pour laisser place à l’essentiel. « La gauche doit se recentrer sur ses points communs : permettre aux gens de vivre dignement, la santé au quotidien, les services publics et l’écologie ». Pour ne pas que l’écologie soit coercitive, elle aimerait que les élus effrayés par les normes soient accompagnés . « Une ZFE sans transports en commun, c’est ridicule. L’écologie punitive c’est celle de Macron et de la droite ». S’il a déjà été réussi deux fois dans l’urgence aux législatives avec la Nupes (2022) puis le Nouveau front populaire (2024), le périlleux exercice de l’union des gauches se heurte souvent au système du présidentialisme. La raison pour laquelle, elle aussi défend l’idée d’une VIe République avec « un système plus parlementaire avec des alliances programmatiques ». « On peut régler nos différends de cette manière. On ne peut pas gouverner par la force ad vitam æternam ». Le 10 juin, les Écologistes, pour l’heure divisés sur le sujet, tiendront leur conseil fédéral qui tranchera la ligne du parti sur la primaire et entre ceux qui penchent vers les socialistes ou vers les insoumis.

    Recueilli par Rémy Cougnenc

    Nathalie Oziol, députée LFI de l’Hérault

    « La candidature de Jean-Luc Mélenchon a été choisie collectivement lors d’une réunion d’intergroupe [réunissant les élus insoumis et les membres de la coordination de LFI, Ndlr]. Il y a eu unanimité pour soutenir sa candidature. Alors qu’on assiste au désastre de la division dans tous les camps politiques, que ce soit dans les autres partis de gauche, que ce soit dans le camp macroniste, la concurrence entre la droite et l’extrême droite, nous, nous sommes prêts. La situation catastrophique d’un point de vue politique, économique, social exige qu’il y ait une candidature sérieuse et à la hauteur du moment et celle de Jean-Luc Mélenchon l’est. Nous avons un candidat, mais on a aussi un programme qui est très identifié avec une équipe. Ce n’est pas juste l’aventure personnelle de Jean-Luc Mélenchon. Il est entouré de personnes qui sont extrêmement capables et compétentes comme Manuel Bompard, Clémence Guetté, etc.

    Tous les tenants de la primaire de la gauche ont fait la démonstration de l’absurdité de cette proposition puisque maintenant chacun y va de sa candidature personnelle en sautant par-dessus la primaire qui est en train de s’enliser. Tout le monde comprend que ça n’aboutira à rien du tout. Heureusement qu’on n’attend pas après ces personnes qui en fait passent leur temps à se disputer entre eux. Rien qu’au PS, c’est un désastre. Chaque individu en soi porte une position ou une candidature presque. Il est hors de question qu’on se laisse traîner dans cette espèce d’arène de disputes personnelles. Lors des deux dernières présidentielles, où on lui faisait déjà exactement les mêmes reproches, qu’il était clivant, qu’il ne pourrait jamais dépasser un plafond de verre, il a fait la démonstration non seulement qu’il était qu’il était en capacité de se qualifier au second tour et qu’il était en progression. La bataille qui est devant nous est si importante que pour non seulement tourner la page de la Macronie, mais battre l’extrême droite, en réalité aujourd’hui il n’y a qu’un candidat à gauche qui est prêt et qui est capable de mener cette bataille, c’est Jean-Luc Mélenchon. »

    Recueilli par Louis Dupin

    Boris Chenaud, coopérateur de La Carmagnole, à Montpellier et membre de l’Après

    « Le gros danger démocratique, social, écologique, c’est qu’en 2027 l’extrême droite accède au pouvoir. Face à cela, il faut trouver un chemin pour l’union des gauches et des écologistes. C’est ce qu’ont fait les anciens il y a 90 ans, lorsqu’ils ont constitué le Front populaire le 6 février 1934 et qu’ils ont réussi à l’emporter en 1936, alors qu’une vague brune gagnait toute l’Europe. Comme il n’y a pas de personnalité qui ait une légitimité naturelle ou qui s’impose à toute la diversité de la gauche, ce chemin commun passe, pour nous, par une primaire, avec un programme qui soit partagé par l’ensemble des candidatures. On ne part pas de rien, puisqu’il y a eu la Nupes en 2022 et le NFP en 2024. On a donc déjà une base programmatique. Par ailleurs il ne faut pas reproduire le schéma d’une primaire à deux tours avec des camps qui s’affrontent dans le but de montrer qu’on est le meilleur. On souhaite un scrutin à un tour, où la personne la plus fédératrice l’emportera. Cette dynamique autour d’une union à gauche doit à la fois être impulsée par en haut, c’est-à-dire par les partis, pour travailler un Front populaire 2027, mais aussi par en bas, à la base, avec des comités locaux ouverts à toutes les forces de gauche qui organiseront des réunions publiques d’information pour expliquer cette démarche de la primaire. C’est ce qu’on va faire dans l’Hérault. En matière programmatique, nos priorités sont les salaires, la retraite, le logement, l’écologie populaire… Le partage des richesses constitue également un gros enjeu, avec une indispensable remise à plat du système fiscal qui nous donnerait les moyens des politiques sociales et écologiques que nous souhaitons mettre en place. Il faut également miser sur les services publics et les sortir au maximum de la logique marchande. Sans oublier la nécessité d’une révolution démocratique : aller vers une VIe République avec une perspective de Constituante et redonner la voix aux citoyennes et citoyens comme l’avaient demandé les Gilets jaunes, avec l’instauration du référendum d’initiative citoyenne. »

    Recueillis par Amélie Goursaud

    Emmanuel Grieu, maire de Mandagout, membre de Debout! et soutien de François Ruffin

    « La primaire est la moins mauvaise façon de trancher. On sait que la primaire peut être un piège, que c’est imparfait mais quand on voit le grand écart qu’il existe à gauche, que peut-on faire ? Il est indispensable de se réunir parce que si on continue comme on fait aujourd’hui, on va droit dans le mur. En ce moment, on est la gauche la plus bête du monde. Il va bien falloir se mettre autour de la table et se confronter. Puis il faut qu’on consulte notre base électorale pour voir ce qui serait le plus pertinent. Il y a une pétition sur le site du Nouveau Front Populaire 2027 et j’appelle toutes les personnes qui souhaitent l’union de la gauche à aller la signer. Il faut que ce soit un large appel pour créer l’espoir et créer une vraie dynamique. On a les moyens de le faire. La petite fenêtre de tir qui existait quand la France insoumise était majoritaire car elle avait réussi à nous remettre dans la direction de la gauche et avait une richesse incroyable de profils, s’est refermée. Au lieu de vouloir rassembler, ils ont préféré se retrancher derrière un sac de sable et tirer à vue sur tout ce qui est différent d’eux. Mais je reste profondément insoumis au fond de moi parce que la FI garde la direction qu’il faut suivre. On a vu ce qu’ont donné les Bernard Cazeneuve et Carole Delga : un extrême centre avec Emmanuel Macron. Il faut donc garder la direction insoumise mais selon moi, Jean-Luc Mélenchon est le dernier homme qui peut faire consensus à gauche. C’est aberrant de ne pas le voir. Il est inaudible aujourd’hui alors que la France insoumise et la gauche de manière générale, font un travail incroyable à l’Assemblée nationale avec des positions géniales mais elles sont totalement inaudibles. C’est aussi dû au bashing anti-LFI mais ils ne font rien pour être plus malins. On ne peut pas tenter la roulette de la FI toute seule et en même temps, on ne peut rien faire sans la FI. Avec François Ruffin, on fait le pari de travailler avec les gens. Avoir des idéaux c’est bien, mais il faut les confronter au réel pour faire avec les gens, avec tous les gens. Il faut orienter cette colère pour qu’elle ne soit pas une colère aveugle. Il faut que la gauche revienne vers le salariat et le travail. »

    Recueillis par Tristan Arnaud.

    Évelyne Coulouma, place publique, membre de la coordination de l’Hérault, responsable du territoire de Béziers.

    « En ce moment nous sommes en train de finir de construire un programme social-démocrate, nous essayons de construire le programme le plus rassembleur à gauche en vue de la présidentielle. Pour le moment la priorité ce n’est pas le candidat mais bien le programme. La priorité est d’essayer de mettre autour d’une même table les forces de la gauche en présence. Nous ne sommes pas que dans la recherche d’un seul candidat, nous recherchons surtout un consensus sur un programme de gauche.

    Ce ne sera pas évident sur Béziers même de faire passer des idées sociales démocratiques, nous le savons. Pour ce qui est des grands axes du programme, il y a d’abord la défense et la sauvegarde de la démocratie, nous souhaitons rétablir la confiance dans les politiques : que les personnes se rappellent de la confiance que cela apporte, nous constatons que les gens sont prêts à confier les rênes au Rassemblement National, sans prendre conscience de ce que cela peut engendrer. Nous souhaitons aussi lutter contre les inégalités sociales, on est en train de les prendre en pleine figure, c’est une catastrophe et il faut rétablir l’égalité dans la population. Nous ne voulons pas qu’une certaine partie de la population soit désignée bouc émissaire, comme on peut le voir avec les immigrés par exemple. Nous pensons donc qu’il faut développer la conscience des individus, rappeler l’importance du « ensemble ». Nous souhaitons protéger les personnes en situation de vulnérabilité, il est important de ne laisser personne de côté.

    Nous accordons aussi beaucoup d’importance à la question écologique : lutter contre les problèmes climatiques, intervenir dans la vie quotidienne, avec le logement, le transport, l’alimentation. Nous mettons ces trois domaines : démocratie, lutte contre les inégalités et l’écologie presque au même niveau de priorité. On sait que ce sont des programmes partagés par d’autres forces de gauche et nous souhaitons donc les mettre autour d’une même table pour décider d’un consensus. Ce n’est pas une quête d’ego mais un souhait de vraiment défendre ce programme. »

    Recueilli par Zoé Loritano

  • La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue lève les yeux vers l’Unesco

    La Camargue ne veut plus seulement être regardée comme une carte postale. Marais, taureaux, chevaux, flamants roses, salins, rizières, roselières : derrière les images connues, c’est tout un territoire vivant, fragile et menacé qui cherche aujourd’hui une reconnaissance internationale. Portée par l’association « La Camargue à l’Unesco », créée fin 2023, la candidature du delta du Rhône au patrimoine mondial naturel se structure pas à pas. Avec une conviction martelée par ses promoteurs : il ne s’agit pas de mettre la Camargue « sous cloche », mais de mieux organiser sa protection.

    Réunis en avril à Vauvert, au siège du Syndicat mixte de la Camargue gardoise, les membres de l’association ont présenté l’avancée du dossier devant élus, associations et habitants. À leur tête, Stanislas Blohorn, président, et Véronique Jullian, vice-présidente, portent une ambition de long terme. « On avance », résume cette dernière. Une première étape a déjà été franchie avec un courrier adressé au ministère de la Transition écologique pour formaliser la démarche. Le territoire figure d’ailleurs depuis 2002 sur la liste indicative française de l’Unesco, passage obligé avant toute candidature officielle.

    Un delta, cinq arguments

    Pour convaincre, l’association a défini cinq grands axes. Le premier tient au delta du Rhône lui-même, l’un des plus vastes d’Europe, né d’un fleuve prenant sa source dans les Alpes suisses avant de rejoindre la Méditerranée. Un espace façonné par l’eau, les sédiments, les crues et les vents. Un « laboratoire à ciel ouvert » face au changement climatique.

    Le deuxième axe met en avant les processus naturels rares : lagunes, cordons littoraux, dynamique sédimentaire, interaction permanente entre le fleuve et la mer. Le troisième insiste sur la biodiversité exceptionnelle du territoire, tandis que le quatrième valorise son rôle de carrefour migratoire majeur. Quelque 350 espèces d’oiseaux y trouvent refuge ou passage, entre Afrique et Europe du Nord. Enfin, le dernier pilier du dossier concerne la relation ancienne entre l’homme et la nature : riziculture, salins, élevage de taureaux et de chevaux, récolte de la sagne. Ici, les activités humaines font partie du paysage.

    C’est un point sur lequel les porteurs du projet insistent. Une inscription à l’Unesco ne signifierait pas l’arrêt de la vie locale. « L’Unesco n’interdit pas, elle organise », rappellent-ils. L’enjeu est au contraire de concilier protection de la nature, agriculture, tourisme et activités économiques. Dans une Camargue déjà confrontée à la salinisation des eaux, à l’érosion du littoral, à la pression touristique, aux projets industriels ou d’infrastructures, la reconnaissance mondiale pourrait permettre de mieux coordonner les réponses.

    Une gouvernance

    à inventer

    Car le territoire souffre aussi d’un morcellement institutionnel. Grande et Petite Camargue, Gard, Bouches-du-Rhône, Occitanie, Paca, communes, syndicats mixtes, parcs, propriétaires privés, acteurs économiques : chacun gère une partie du puzzle. Pour l’association, la candidature doit permettre de dépasser ce millefeuille. Elle se présente comme un facilitateur et plaide pour une gouvernance partagée, autour d’un organe juridique nouveau et d’un plan de gestion sur dix ans. « On doit montrer qu’on est capable de fédérer tous les acteurs », insiste Véronique Jullian.

    Le chemin reste long. L’État devra actualiser l’inscription sur la liste indicative, puis décider de porter officiellement le dossier devant l’Unesco. Études, concertation, financements : plusieurs années seront nécessaires, avec un horizon de
    « 5-6 ans ». Mais pour ses défenseurs, l’enjeu dépasse le prestige. Il s’agit de faire de l’Unesco non pas une médaille, mais un outil : pour mieux protéger la Camargue, renforcer sa visibilité internationale et construire un développement durable à la hauteur de ses fragilités.

  • L’ARS Occitanie change de tête mais garde le cap

    L’ARS Occitanie change de tête mais garde le cap

    La valse des hauts fonctionnaires a bien plus de trois temps : François Mengin Lecreulx, ancien directeur général de l’ARS Normandie, passé par le cabinet de la ministre du Travail en 2024, vient d’être nommé directeur général de l’ARS Occitanie. L’énarque a pris ses fonctions le 27 avril, succédant à Didier Jaffre, qui a été promu de son côté directeur de cabinet de la ministre déléguée chargée de l’autonomie et des personnes handicapées. Pour sa première conférence de presse tenue le 6 mai, François Mengin Lecreulx s’est montré soucieux de maintenir et renforcer une relation de proximité avec les acteurs locaux, notamment les maires ou les présidents de conseils départementaux, « les ARS étant souvent critiquées pour leur éloignement des territoires ».

    Renforcer l’offre de soins

    Le nouveau directeur a ensuite listé ses priorités, tout en veillant à s’inscrire dans la continuité de son prédécesseur, notamment en reprenant « son ambition forte de recueillir la parole citoyenne », ou en poursuivant « les démarches déjà en cours pour rapprocher l’offre ambulatoire des besoins de la population à travers le réseau France Santé ». Concernant l’offre hospitalière, le haut fonctionnaire a également réaffirmé l’urgence prioritaire de finaliser les hôpitaux de Tarbes-Lourdes, Montauban, et Millau-Saint-Affrique, sous peine de perdre les crédits du Ségur de la Santé. « L’enjeu majeur de l’hôpital, c’est l’organisation de l’offre sur le territoire, a-t-il rappelé. Il faut donc investir aussi sur l’attractivité de la ressource médicale pour les jeunes praticiens hospitaliers, notamment à travers le soutien à l’innovation. » Autrement dit, continuer à développer l’intelligence artificielle au service de l’hôpital. François Mengin Lecreulx a aussi affirmé qu’une stratégie régionale de lutte contre le cancer serait dévoilée en juin : « Un travail formidable a été engagé ces dernières années, notamment en imagerie complexe. Il faut maintenant faire vivre cette infrastructure et l’amener aux publics les plus éloignés des parcours de soins. »

  • Montpellier, suspendu à la fin

    Montpellier, suspendu à la fin

    Éviter le piège de la marée émotionnelle ? Peur que plus d’un demi-siècle d’histoire remonte à la surface ? Malaise face à l’héritage de Nicollin et de « Loulou », son père décédé en 2017 ? Laurent Nicollin, président depuis neuf ans du Montpellier-Hérault, a quitté son siège avant l’heure. Le 2 mai, pour le dernier match de la saison à la Mosson, le dernier de l’emblématique joueur Téji Savanier, il n’était pas assis au bout du banc de touche au côté de son entraîneur et de ses joueurs. Samedi 9 mai, à Saint-Ouen face au Red Star, il n’était pas là non plus.

    Laurent Nicollin (53 ans) s’avance vers le seuil de la sortie. Et le deuil d’une histoire. D’une vie. Plus d’un an après l’ouverture du capital, consécutive à la relégation en Ligue 2 et à la faillite des droits télé, trois ou quatre potentiels investisseurs ont frappé à la porte. Pour racheter le club à la famille Nicollin, propriétaire depuis 1974 et sa création née de la fusion de l’AS Paillade et de l’équipe corpo du groupe Nicollin.

    Laurent et Olivier Nicollin, respectivement patron du club et de la société éponyme, attendent une offre concrète avant le vendredi 15 mai, date butoir. Si aucune de ces propositions ne répond à leur attente, ils pourraient repousser la cession de quelques mois, voire d’une saison. Face à la crise du football professionnel, ils se dirigeraient vers un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), le si mal nommé. À tous les étages du club, la menace de licenciement pèse.

    La course aux économies de la famille Nicollin, vigilante au moindre frais depuis des mois, ou le rachat du club par un investisseur étranger plongent salariés, staff techniques et même joueurs dans l’expectative. Les questions s’accumulent, réduisent au superflu le bilan d’une première saison en Ligue 2, bouclée à la 8e place, après un bail de seize ans dans l’élite.

    L’entourage de Laurent Nicollin occupe tous les postes clés du Montpellier – Hérault. Tout comme son père, il travaille avec des gens de confiance. Des amis de longue date, le plus souvent d’anciens joueurs comme le directeur sportif Bruno Carotti, le coordinateur sportif Philippe Delaye, Jean-Christophe Rouvière…

    Pour une équipe reconstruite du sol au plafond à l’été 2025, l’intersaison est essentielle. Et oblige Montpellier à anticiper l’avenir, à flairer les bonnes affaires avant tout le monde. « On va rentrer dans une période où il faut avancer, anticiper, commencer à faire des réunions et à se projeter. Et c’est maintenant qu’on peut construire l’équipe de demain. C’est une période charnière et en même temps, c’est une période un peu de doute. J’espère qu’on sera fixé rapidement pour pouvoir savoir le plus vite la direction que le club prendra. C’est difficile d’aller discuter avec un joueur et de se projeter aujourd’hui sans savoir qui sera le propriétaire » observait le 7 mai l’entraîneur Zoumana Camara.

    L’emblématique ex-capitaine Téji Savanier (34 ans), qui veut poursuivre sa carrière, et le défenseur central Christopher Jullien (33 ans), sont en fin de contrat. Quatre autres joueurs : Naoufel El Hannach (19 ans, Paris SG), Ayanda Sishuba (21 ans, Rennes), Enzo Molebe (19 ans, Lyon) ou Nathanaël Mbuku (24 ans, Augsbourg) arrivent au terme de leur prêt d’un an.

    Mis à part Molebe, satisfait de son expérience dans l’Hérault et titulaire lors du dernier match, aucun de ses six joueurs ne devraient prolonger. Mbuku, auquel le staff reproche le manque d’efficacité, dispose d’une option d’achat à 1,5 ME. Une clause rédhibitoire par les temps qui courent.

    D’autres attendent. Le milieu offensif Axel Guéguin (21 ans), engagé dans une course contre la montre après son opération au genou droit, espère et aspire à lever l’option de deux années supplémentaires à son premier contrat pro. Tout semble acté.

    Certes, le gardien camerounais Kévin Kamdem a signé la semaine passée son premier contrat pro pour seconder le titulaire Simon Ngapandouetnbu, le Nîmois Mathieu Michel et Viktor Dzodic, mais d’autres jeunes issus du centre de formation, comme les finalistes de la Coupe Gambardella, sont aussi dans l’expectative. Et forcément aux aguets de propositions venues d’ailleurs. Le temps presse.