Tag: Marseille

  • Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    Le rappeur El Mahdi Lyoubi emprisonné à Casablanca

    El Mahdi Lyoubi alias Mehdi Black Wind a passé la nuit dans la prison d’Oukacha à Casablanca. Le cinéaste et rappeur marocain a été arrêté ce lundi à l’aéroport alors qu’il quittait la ville. Mercredi, dans la soirée, ses proches annoncent les charges retenues contre l’artiste : « atteinte à corps constitué (pour ses chansons) et incitation à commettre des délits », précisent-ils. Il s’est présenté seul, sans représentation devant la justice. Et pour cause : les avocats marocains sont engagés depuis cinq semaines dans un mouvement de grève illimité contre le projet de loi 66.23 qui régit l’exercice de leur fonction, « on craint qu’il n’ait pas accès à un procès équitable » prévu le 22 juillet, pointent ses proches, dont certains se sont réunis à Marseille, sa ville de résidence.

    D’après son comité de soutien, El Mahdi Lyoubi, qui était en repérage pour un documentaire pourrait être visé pour son soutien exprimé sur les réseaux sociaux envers le mouvement de contestation GenZ 212. Zineb Kharroubi, l’une des figures de ce collectif, a été condamnée en juin dernier à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ». Ces arrestations s’inscrivent dans une vague de répression visant les voix dissidentes dans le sillage du soulèvement populaire réunissant une partie de la jeunesse à l’automne 2025.

    Au total, ce sont près de 2 480 personnes qui ont été interpellées et des poursuites ont été lancées à l’encontre d’au moins 1 473 manifestants, tous placés en détention provisoire. Dimanche, le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a lui aussi été arrêté dès son atterrissage à Tanger. Figure du journalisme indépendant, critique à l’égard des autorités, il a depuis été relâché. Une enquête sur des publications en ligne « comportant des propos diffamatoires et injurieux à l’encontre des personnes et des institutions, et outrageux à l’égard d’instances régies par la loi » est toujours en cours, selon l’agence de presse officielle MAP.

    « Ce sont des outils d’intimidation et de répression, tout cela contribue à créer un climat inquiétant », alerte le comité de soutien Free El Mahdi Lyoubi, qui réclame sa « libération immédiate ». Et attend, sans trop y croire le « soutien » de la France, pays où le cinéaste « habite depuis 2017, où il fait sa carrière, où il fait ses films ». Car au même moment, le Premier ministre français Sébastien Lecornu entame dans le royaume chérifien son premier voyage officiel depuis sa nomination. Accompagné d’une douzaine de ministres, il évoquera les coopérations économiques, sécuritaire, migratoire et de défense. La liberté d’expression n’est pas au programme.

  • Des contrôles contre les dangers de la mer

    Des contrôles contre les dangers de la mer

    Devant le stade nautique du Roucas Blanc, à Marseille, l’adjoint du préfet maritime, le commissaire Jean-Emmanuel Perrin fait le briefing aux unités prêtes à partir en mer cet après-midi. Un mot d’ordre : « Veiller au respect de la réglementation pour sauvegarder la vie humaine en Méditerranée. »

    Au programme, 50 à 70 agents à bord de huit Zodiacs vont sécuriser le plan d’eau. Les affaires et la gendarmerie maritimes, la douane, les polices municipale et nationale sont missionnées du 1er mai au 30 septembre. Ils agissent sur toute la façade Méditerranée.

    L’été dernier, sur les 12 000 contrôles effectués, 4 000 infractions ont été relevées. « En mer, il y a de plus en plus d’infractions parce qu’il y a plus de fréquentation », constate le Major Marc Foyer, responsable de la brigade nautique départementale, en poste aux côtés de quatre autres agents de la police nationale. À bord de leur intercepteur, nom donné au Zodiac, ils se veulent « visibles et crédibles ».

    Protéger et sanctionner

    à tous les niveaux

    Car les dangers sur l’eau sont multiples. Un équipement complet et en règle doit toujours être vérifié par le capitaine du bateau, même quand c’est de la location. Alors que l’intercepteur de la police navigue à proximité du Mucem, le Major fait signe à un bateau de location de s’arrêter. « On coupe le moteur s’il vous plaît. Vous me présentez la carte de circulation et le permis bateau. »

    La vérification des papiers faite, les policiers rappellent la réglementation : « Quel est l’équipement obligatoire à bord, Monsieur ? » Bonne réponse pour le capitaine contrôlé, qui présente cinq gilets de sauvetage pour ses cinq passagers. « On fait preuve de pédagogie sur nos contrôles, pour réduire les risques en amont des infractions », explique Marc Foyer. Parmi les équipements contrôlés, l’extincteur et sa date de péremption, ou encore la lisibilité de l’immatriculation du bateau.

    Le bateau de la police nationale ralentit de nouveau quand il croise un baigneur dans la rade du Vieux-Port. Une baignade interdite dans cette zone. « Je vous invite à rapidement retrouver la berge. » Les agents de police expliquent, contrôlent, et portent secours quand il y a urgence. Ils sont tous diplômés du BNSSA, du PSC1 et 2.

    L’autre danger majeur sur l’eau, ce sont les excès de vitesse des bateaux. « Sur la bande des 300 mètres, c’est-à-dire les eaux proches de la berge, il ne faut pas dépasser les cinq nœuds [10 km/h ndlr]. » Au moment où Thierry, aux commandes du Zodiac, détaille la réglementation en mer, il remarque une écume particulièrement épaisse autour d’un plaisancier, témoin d’une vitesse trop élevée. Le bateau transporte une dizaine d’adolescents, conduits par un guide professionnel. « Vous savez pourquoi vous êtes arrêté ? », lance Marc Foyer. En quelques minutes, le procès-verbal est rédigé, et le permis levé. « Pour un délit de cinquième classe comme ça, c’est le procureur qui décidera du montant de l’amende et de la durée de suspension du permis. »

    Tout au long de l’après-midi de contrôles, les agents de police repèrent les comportements à risque et sensibilisent aux bons réflexes. Notamment lorsqu’ils voient des touristes en vacances, en train de consommer de l’alcool. « C’est vous qui pilotez ? Il n’y aura pas de troisième bière, on est bien d’accord ? », met en garde le Major Foyer. Un avertissement d’autant plus important depuis l’adoption du décret anti-ivresse le 2 juin dernier. L’ivresse manifeste est punie d’un retrait du permis et de la confiscation du navire. « L’objectif de ces journées, c’est de renforcer le volume de contrôles. C’est une opération coup de poing », insiste le Major. « Pour que la mer reste un espace de plaisir. »

    REPÈRES

    3 536

    L’été 2025 a été particulièrement chargé pour les secours en mer en Méditerranée. Le CROSS MED a coordonné 3 536 opérations, soit une hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. Au total, 8 072 usagers ont été impliqués dans ces interventions (+4 %). Les départements du Var, des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes, de la Corse-du-Sud et de l’Hérault concentrent à eux seuls près de 80 % des opérations. Cette augmentation confirme une accidentologie estivale toujours élevée sur un littoral très fréquenté.

    Contrôles

    Pour faire face à la multiplication des pratiques nautiques et aux comportements à risque, la préfecture maritime de la Méditerranée a renforcé sa présence en mer. Durant la saison 2025, près de 12 000 contrôles ont été effectués sur le littoral. Ces opérations ont permis de constater environ 4 000 infractions, soit un contrôle sur trois donnant lieu à une verbalisation ou un constat d’irrégularité. Les autorités pointent surtout l’inexpérience, l’impréparation et les comportements irresponsables comme principales causes d’interventions de secours.

    38

    Si le nombre d’accidents reste important, la mortalité en mer recule. En 2025, 38 décès ont été recensés sur la façade méditerranéenne, soit une baisse de 17 % par rapport à 2024. La plongée sous-marine, particulièrement touchée l’année précédente, enregistre une diminution notable avec six décès, en recul de 33 %. Les autorités attribuent cette amélioration aux campagnes de sensibilisation et aux actions de prévention renforcées menées auprès des pratiquants, qui seront poursuivies cet été.

  • Excès de zèle

    Excès de zèle

    L’an passé, 75 % des interventions coordonnées par le Crossmed étaient concentrées sur la période estivale, de mai à septembre, et elles concernent en majorité des plaisanciers.

    La Méditerranée, avec ses ports, ses îles, ses calanques, ce ciel haut, cet espace de liberté, donne envie de prendre le large et de s’échapper des villes, le temps d’une après-midi. Mais ce n’est pas un lac, loin de là.

    L’insouciance des vacances est passablement incompatible avec les
    « loisirs » nautiques, maritimes ou du littoral, à partir du moment où les activités comportent une prise de risques. Il en est des estivants qui louent une embarcation pour la journée comme de ces jeunes qui se défient sur la corniche Kennedy. L’excès de vitesse et l’excès de zèle augmentent vertigineusement les risques, pour soi, pour ses proches et pour les autres.

    De l’insouciance à l’inconscience

    Quand l’insouciance culmine parfois à l’inconscience. C’est cette mise en garde, ce rappel formel, que les autorités entendent exprimer d’abord et avant tout, du Frioul à la Corniche Kennedy, à l’adresse des plaisanciers ou des plongeurs d’un jour.
    Là encore, le bilan de l’année passée est sans concession : 87 personnes ont perdu la vie en Méditerranée en 2025, et plus préoccupant encore, le nombre de morts a augmenté de 26 % par rapport à l’année précédente. Alors certes, les vagues de chaleur successives incitent évidemment à se mettre à l’eau, mais pas n’importe quand, pas n’importe comment, et pas n’importe où.

  • Marseille : brassage de fraternités à la Camaraderie

    Marseille : brassage de fraternités à la Camaraderie

    Un soir de match, en attendant le coup d’envoi, la terrasse est bondée. À l’intérieur, trois minots disputent une partie de baby-foot avec un septuagénaire, tandis que deux gamines profitent de l’estrade pour improviser un spectacle. Derrière le comptoir, deux frangins, Pierre et Boris Breuvart, activent les tireuses et servent les sirops, gratuits pour les enfants, à tour de bras.

    « à la base, on cherchait un local assez grand, ancré dans le quartier, pour monter un projet social, utile à tous, sans clivages », explique Pierre, 41 ans, ex-éducateur intervenant en milieu carcéral et auprès de publics SDF. L’aventure dans laquelle se sont lancés les deux frères, biberonnés à l’éducation populaire des maisons de quartier, a mûri pendant plus de quatre ans. Boris, 38 ans, a complété une formation en zythologie et a déjà pu tester ses recettes grâce au soutien logistique de ses confrères de la Minotte. Le pari social, c’est « la micro-insertion par l’emploi de personnes dépendantes à l’alcool et une passerelle vers les chantiers d’insertion », annonce Pierre, sans ciller. Pas si délirante, l’idée repose sur un principe réaliste : « Ni sevrage, ni abstinence, mais une logique de réduction des risques. » Il s’agit d’éviter aux personnes dépendantes de tomber de Charybde en Scylla. « C’est souvent un traumatisme qui amène à l’alcool. On boit pour trouver du lien social. Plus on boit, plus on le perd, au travail, avec les amis… C’est ce cercle vicieux, qui finit par isoler complètement, qu’on veut briser. »

    Après de fastidieuses recherches et une aide à la démarche de la Ville, ils signent bail avec le propriétaire du 76 pour y installer leur SAS. Les 440 m2, qui ont accueilli au fil du temps « un débit de liqueurs et charbon, le cinéma Le Chic, les ateliers du théâtre Gyptis et les stocks du supermarché de la place Cadenat », précise Pierre, étaient à l’abandon depuis des années. Tout en gardant l’existant, d’énormes travaux étaient nécessaires. Les frères ont beaucoup investi, relevé les manches et le défi. à la rentrée, le houblon devrait fermenter dans les cuves rutilantes que l’on aperçoit derrière les vitres, au fond du bar. Pas d’embouteillage, mais « une production destinée à nos clients », indique Boris.

    Mais le public est déjà là. Lieu de solidarité, La Camaraderie accueille les associations, les concerts et les expositions made in Belle de Mai. On y déguste les fritures de Joël et un petit producteur de légumes bio y a également trouvé un relais. « C’est ce qu’il manquait au quartier, apprécie Délia, mère de deux ados. On habite à deux rues, mais je ne sortais pas. Ici, on rencontre des voisins qu’on ne connaissait pas. Et les femmes s’y sentent bien. » Une dame aux dreadlocks poivre et sel entre en saluant à la volée deux travailleurs kurdes en habits de chantier, un père de famille comorien, un artiste aux cheveux violets et deux futures mamans en terrasse. « Je sors du ciné Gyptis, je découvre. C’est une belle surprise », lâche-t-elle en engageant la conversation avec un couple au comptoir. Un lieu de mixité, de fraternité et de sororité s’est mis en ébullition.

  • Admis au bac avec mention mais recalé par l’algorithme

    Admis au bac avec mention mais recalé par l’algorithme

    Quand Manuel*, lycéen dans un établissement privé de Marseille, formule ses vœux sur Parcoursup, rien ne laisse présager du parcours du combattant qui attend sa famille. Pour faire des études de kiné, il envisage une première année de médecine. « C’est un profil d’élève qui a suivi une scolarité classique sur des spécialités scientifiques », raconte sa mère.

    Consciente de l’incertitude qui accompagne désormais l’orientation post-bac et forte de l’expérience de sa fille aînée, cette dernière prend les devants. 24 vœux sont formulés : médecine, licences scientifiques, psychologie, Staps mais aussi des BTS « au cas où ». « Je lui disais : c’est le plan B, le plan C… ».

    Bon à rien, sans avenir

    Mais très vite, c’est l’incompréhension. Les BTS sont refusés. Les formations sélectives de médecine le placent trop loin sur des listes d’attente pour espérer une admission. Même les licences universitaires non-sélectives semblent inaccessibles. « On se demande comment font les enfants qui n’ont pas les parents derrière » souffle sa mère, écœurée du manque d’accompagnement et du timing.

    Car les premières réponses brutales, coïncident avec les épreuves du bac. « Il est allé passer ses épreuves en pleurant, en disant : je ne veux plus y aller, ça ne sert à rien. Il disait qu’il était bon à rien, qu’il n’avait pas d’avenir. » À la maison, il faut alors convaincre l’adolescent d’aller au bout : « Sa fin de lycée s’est faite dans les larmes, il ne voulait même pas aller au bal de fin d’année… » Avec la phase complémentaire, le 11 juin, l’espoir renaît. De nouvelles candidatures sont déposées. Sans succès. « On avait un retour en trois minutes : dossier non retenu. On imagine qu’il est bloqué par l’algorithme », reprend sa mère

    Malgré de nombreux appels à la plateforme, elle ne comprend pas pourquoi son fils reste sans proposition. Un paradoxe encore plus difficile à accepter que Manuel obtient son bac avec mention. « Là il se dit, je vais avoir au moins une licence », poursuit-elle sauf que les listes ne bougent pas. Avant la fermeture de la phase complémentaire, elle apprend « que les notes du bac ne comptent pas ». Ce même algorithme…

    « Une fois on m’a dit qu’ils étaient coincés par le nombre de demandes », poursuit-elle, « une autre on m’a dit qu’avec un service civique, il aurait des points pour faire la licence qu’il voulait. Mais quel rapport ? » Un accompagnement pouvant déboucher sur des places disponibles en septembre, est proposé… Mais tout va se débloquer de façon inattendue. Après avoir directement contacté un établissement dont les formations étaient ouvertes en complémentaire, elle envoie ses notes du bac et Manuel est « pris dans la journée… »

    Aujourd’hui soulagée, elle reste marquée par l’expérience. Assistante sociale à l’enfance, elle s’inquiète des conséquences psychologiques pour des jeunes déjà fragilisés par cette période charnière. « On est sur une tranche d’âge où apparaissent les premières maladies mentales, on est sur un risque psychique maximum, et leur faire vivre ça… Si je n’avais pas passé un mois à lui dire que ça ne définissait pas ce qu’il est, qu’il allait y arriver, mon gamin aurait fini terré au fond de son lit. C’est complètement inégalitaire. »

    * son prénom a été changé

  • [C’est l’été] Une boum pour enfants au cœur des parcs marseillais

    [C’est l’été] Une boum pour enfants au cœur des parcs marseillais

    Plumes roses, tutus fuchsia et lunettes de toutes sortes. Mardi 8 juillet, l’énergie de la Boum Boum s’est emparée du parc de la Porte d’Aix à l’occasion de l’Été marseillais. Ce concert « ludique et sportif » souhaite parler « de la vie quotidienne des enfants », selon son producteur, Claude Freissinier.

    La formule semble séduire les plus jeunes. Près de la scène, Maelys et Inaya observent attentivement les chorégraphies avant de les reproduire. « La danse des métiers » et le « voyage dans l’espace » sont les tableaux qu’elles ont préférés, expliquent-elles. Après cinquante minutes de spectacle, « l’excitation et l’envie d’y retourner » sont toujours au rendez-vous, confient les deux amies.

    Les parents aussi s’amusent

    Mais les plus jeunes ne sont pas les seuls à profiter. Quelques mètres plus loin, Myriam, maman d’Inaya, laisse échapper quelques rires et confie trouver « le spectacle sympa et rigolo ». Pour les parents, c’est aussi l’occasion de « souffler, tout en ayant quelqu’un qui s’occupe des enfants », estime Hachimia.

    Trois autres dates de la Boum Boum sont prévues en juillet, dans les parcs Billoux (15 juillet), de la Moline (22 juillet) et du 26e Centenaire (29 juillet).

  • [C’est l’été] Quand les plages marseillaises s’adaptent au handicap

    [C’est l’été] Quand les plages marseillaises s’adaptent au handicap

    « Tu étales la crème solaire sur tes jambes, Yanis ? » Casquette sur la tête et sac à dos, un groupe de sept jeunes de l’IME Les Fauvettes, à Vitrolles, s’est rendu ce matin-là sur la plage des Corbières, dans le 16e arrondissement de Marseille. Âgés de 14 à 25 ans, ils présentent tous un handicap physique ou mental. Une sortie à la plage pas comme les autres, rendue possible grâce au dispositif « À nous la mer ! ».

    « On s’adapte à eux »

    Mis en place par la Ville de Marseille durant les mois de juin, juillet et août, ce dispositif permet aux personnes en situation de handicap « d’accéder à la mer en douceur », explique Yasmine, l’une des éducatrices du groupe. Pour en bénéficier, aucune inscription n’est nécessaire, même s’il est recommandé de signaler sa venue au préalable.

    Pour encadrer, quatre saisonniers sont présents, dont une kinésithérapeute. Tous ont suivi une formation spécifique. « On s’assure que les personnes à mobilité réduite (PMR) trouvent une place de parking, puis on aide pour la mise à l’eau », explique Youcef, responsable depuis 3 ans.

    Au programme ce matin : baignade dans la Méditerranée avec les éducateurs, les pieds dans l’eau ou jusqu’aux épaules selon les envies. Pour faciliter l’accès à la mer, trois fauteuils roulants amphibies sont mis à disposition. « Une fois la baignade finie, les personnes peuvent se reposer sur un transat adapté », précise Brianna, une des saisonnières.

    Succès du dispositif

    L’initiative est en plein essor, avec « 1 200 personnes bénéficiaires l’été dernier, et 56% d’augmentation de fréquentation en juin », selon Sophie Guérard, adjointe déléguée aux personnes en situation de handicap, à l’inclusion et l’accessibilité. Un succès à nuancer d’après Céline, éducatrice : « Il faudrait un endroit spécifique pour se changer et des douches adaptées, là, on va devoir utiliser les douches communes. » Avant de conclure : « Ça nous aide quand même beaucoup. C’est important d’avoir ce genre de moments festifs, ça montre que ces jeunes font aussi partie du monde. »

  • Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    « Il faut continuer le combat. » Dans le quartier de Menpenti à Marseille, le 14-Juillet est, comme chaque année, l’occasion d’une grande fête sur la place Pierre-Roux. Historiquement organisée par le Parti communiste français, elle est désormais portée par une vingtaine d’associations avec le soutien de la mairie des 4e et 5e arrondissements. Fidèle à ses racines, le PCF reste néanmoins la seule formation politique présente. Au programme : un débat public consacré aux congés payés, 90 ans après l’arrivée du Front populaire en France.

    Durant une heure, Annick Riani (docteure en histoire) et Gérard Leidet (président de Promémo, Provence Mémoire et Monde ouvrier) ont animé les discussions. S’ils ont apporté un éclairage local sur les luttes de cette époque, ils ont également insisté sur l’importance que ces questions revêtent aujourd’hui. Le temps de travail est d’ailleurs « une question essentielle à l’approche de la présidentielle », affirme Annick Riani à la fin du débat.

    La chercheuse remarque « les tentatives de bousiller les jours fériés » par le gouvernement, « comme ce fut le cas pour le 1er-Mai », s’indigne-t-elle. Autre source de colère pour elle : une proposition du député Les Républicains Rémi Pilato visant à « renoncer à une semaine de congés afin d’être rémunéré sur celle-ci », une preuve de plus, selon elle, de « la volonté du gouvernement de vouloir faire travailler toujours plus ». Pour l’avenir, elle dit avoir un message : « Il faut se mobiliser, faire grève et être offensif. »

    Les festivités se sont ensuite poursuivies jusqu’au soir, avec un marché paysan, un repas chaleureux autour d’un aïoli, un karaoké et un bal populaire.

  • Foule des grands jours pour le défilé militaire

    Foule des grands jours pour le défilé militaire

    Si le feu d’artifice a été avancé au 13 pour respecter un « temps national de commémoration pour les attentats de Nice », c’est bien le 14 juillet que Marseille a accueilli son traditionnel défilé militaire. Dès 17h, la foule était au rendez-vous le long du parcours ralliant le quai de la Fraternité et l’esplanade J-4 Gisèle-Halimi malgré d’écrasantes températures. Et, comme le veut la tradition militaire, les festivités ont débuté pile à l’heure, à 17h25, avec un salut au drapeau suivi d’un chant de la Marseillaise.

    Sur le parvis de la mairie, au pied d’une scène sur l’eau pour l’occasion occupée par une fanfare militaire, et face à des gradins pleins à craquer, plusieurs soldats se sont vus remettre des récompenses. Cinq ont été décorés de la médaille militaire, trois ont été distingués du grade de chevalier de l’ordre national du mérite et une a reçu la Légion d’honneur. Un moment solennel auquel a succédé une impressionnante performance vocale de Barbara Bourdarel, chanteuse d’opéra, avant que les quais ne laissent place aux hommes et femmes ce jour-là mis à l’honneur.

    Honneur et divisions

    Une centaine de militaires, policiers et pompiers – qui ont été reçus avec un enthousiasme tout particulier en cette période estivale d’incendies –, ont alors pu entamer leur marche. Cinq parachutistes ont également été largués au-dessus du Vieux-Port avant d’atterrir, en douceur, au pied de la mairie centrale. « C’est un beau moment. On rend honneur aux soldats qui combattent pour nous, aux pompiers aussi, qui sont très importants en ce moment. C’est l’occasion de les remercier », s’enthousiasme Martine, attentive au spectacle. À quelques mètres, Fatima expose un sentiment plus mitigé : « C’est toujours bien de voir défiler les forces françaises mais c’est vrai qu’on ressent un certain malaise. On sent bien qu’au moment de chanter la Marseillaise le public est timide. J’ai l’impression que l’actualité crée un certain sentiment de division », note-t-elle. Plus loin, quelques militants sont d’ailleurs venus revendiquer leur colère : « Loi de présomption de légitime défense des policiers = totale impunité », lit-on sur l’affiche qu’ils ont amenée pour l’occasion.

  • Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    Il souffle comme un air d’embellie sur la Belle de Mai

    « Lacoste, Jézéquel… avant c’était Saint-Fé ! Avec les collègues des Iris, on venait s’habiller rue Belle de Mai », assure Bacri, la cinquantaine. Face à lui, les devantures murées « seventies » d’Yves Rocher, ainsi que celle du Logis Moderne, à la typographie caractéristique des années 1950, témoignent d’un dynamisme disparu depuis des lustres. « Les usines ont fermé, il y a eu le chômage et ils sont tous partis. Après, les gens sont venus habiter là parce que c’était le moins cher », résume cet habitant du quartier.

    Une nouvelle passerelle

    « C’est un quartier résolument populaire et militant, attachant et casse-couilles à la fois, un condensé de Marseille, qui s’est pris la crise du choc pétrolier de 70 en pleine poire. Abandonné des politiques publiques, il a décliné au point de devenir un terreau pour les marchands de sommeil », confirme Serge Pizzo, historique président du CIQ.

    Mais depuis quelque temps, on le sent renaître, par petites touches. Ici, on ne fait pas table rase du passé pour édifier des écoquartiers au bulldozer. « On n’a pas Euromed, mais c’est peut-être une chance, estime Serge Pizzo. Le quartier se prend en main comme il l’a toujours fait, avec toutes les bonnes volontés qu’il compte. » Michel Kelemenis y a créé sa Maison de la danse il y a 15 ans. Le couvent Levat est venu compléter l’offre de la Friche et du Comptoir de la Victorine. L’Embobineuse distille ses sons boulevard Bouès, Le Chapiteau tire l’animation jusqu’à Plombières. Et rue Belle-de-Mai, les rideaux de fer se dégrippent. Le Barjo, redynamisé par Camille, a relevé le défi il y a quatre ans. L’Idéaliste y fabrique depuis quelques mois sa magie et La Camaraderie commence à brasser du monde.

    Le quartier rouge a conservé « son énergie militante et populaire, solidaire. Oui, il y a de la vie ! », souligne Serge Pizzo. En témoigne le succès de la Belle fête de Mai, qui a célébré ses 25 ans en remplissant les places Caffo et Cadenat. L’événement a fusionné avec Les Plus Belles de Mai, manifestation portée par la mairie qui met à l’honneur les initiatives féminines. « Il y a encore pas mal de trous dans la raquette, relativise le CIQ. Il faut une vraie volonté politique et de la concertation. Faire, oui, mais le maître-mot c’est : ensemble. »

    Après l’ère Gaudin, la municipalité issue du Printemps marseillais semble avoir pris le pouls du secteur. Les écoliers ont fait leurs premiers pas, à la rentrée, dans le groupe scolaire Jolie-Manon. La friche de l’ancienne usine de farine de la rue Loubon accueillera, en 2027, une médiathèque très attendue dans ce quartier qui n’a jamais disposé d’une bibliothèque. La police municipale s’y est également installée.

    « La transformation du quartier est un vrai enjeu, assure Anthony Krehmeier, maire des 2-3, qui sort de l’inauguration de la remise à neuf du jardin de la Maternité. La place Cadenat est une des priorités et nous portons une attention particulière aux besoins des habitants ». La campagne de consultation « Prenez place » a fixé les grands axes d’un futur jardin pour enfant et d’un marché. Autour de la place, les ouvriers arrachent le bitume défoncé des rues pour les paver et les arborer. « Ce n’est pas parce qu’on est pauvres qu’on n’a pas droit à des trottoirs carrossables ! », salue Milène, 82 ans, de retour du marché en tirant son cabas. Pour les commerces, « nous intervenons avec des appels à projet pour imposer une diversité », précise l’édile.

    Autre symbole de renouveau : « Faire tomber la passerelle de Plombières pour laisser place au tram et à une trame verte connectée à Saint-Gabriel Bon-Secours », annonce encore Anthony Krehmeier. Les transports en commun restent toutefois à la traîne et l’on attend avec impatience le prolongement du T2, promis par la Métropole pour 2030. La ligne reliera Saint-Charles au Canet, puis à la place Burel et enfin à Saint-Jérôme. Un projet suivi par le collectif « Qu’est-ce qui s’Tram ? », qui veille au grain pour éviter un tracé trop destructeur du bâti. Certains craignent « l’effet gentrificateur ». Un spectre qui agace : « En 30 ans, la Friche n’a pas produit de remplacement de population », souligne Anne Pfister. L’adjointe déléguée à la vie scolaire estime en revanche : « On souffre du manque de mixité sociale et il faudra plus que Jolie-Manon pour enrayer l’évitement scolaire. On s’y attelle. »