Tag: Marseille

  • Faire de l’Étoile et du Garlaban une « réserve de biodiversité »

    Faire de l’Étoile et du Garlaban une « réserve de biodiversité »

    S’appuyant sur son Atlas de la biodiversité lancé en 2022, Aix-Marseille Provence veut créer une « réserve métropolitaine de biodiversité » sur la chaîne de l’Étoile et le massif du Garlaban. Elle va lancer des études de faisabilité en vue d’un classement en zone de protection forte.

    S’inscrivant dans la dynamique de la convention de Rio de 1992 et de la stratégie nationale biodiversité 2030 qui en découle, la Métropole veut doubler la part de ses espaces naturels remarquables protégés d’ici 2035. Aujourd’hui 54% des 314 900 hectares de son territoire ont un statut de protection mais seulement 5% en protection forte.

    Ce ne serait pas pour la collectivité, sa première aire naturelle protégée. Trois sites démonstrateurs ont déjà été inaugurés qui attendent leur classement par arrêté préfectoral de protection de la biodiversité : la Crau du Piboulon entre Alleins et Mallemort porté par une forte mobilisation citoyenne et associative, le Puits de Madame à La Barben et les Versants Nord du Massif de l’Étoile. La création d’une « réserve métropolitaine de biodiversité » sur la chaîne de l’Étoile et le massif du Garlaban se veut le 4e projet structurant.

    Au cœur d’un espace urbain de plus d’1,8 million d’habitants qui comprend 13 communes, la chaîne de l’Étoile et le massif du Garlaban, ce sont 12 254 hectares de territoires naturels à haute valeur écologique, paysagère et patrimoniale. Ils jouissent déjà de deux protections nationales : 10 044 hectares sont inscrits depuis 2007 en zone spéciale de conservation Natura 2000 et depuis 1982 en Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF type I et I).

    Mais ces protections ne suffisent plus face à la pression d’urbanisation, la fréquentation excessive, les feux de forêt, les pollutions diverses, mais aussi le changement climatique et ses conséquences qui accroissent les menaces qui pèsent sur la conservation des habitats naturels. Preuve de cette richesse souvent insoupçonnée, l’Atlas métropolitain de la Biodiversité qui révèle que sur les 6 000 espèces animales et végétales connues, 509 espèces présentent un enjeu de conservation maximal.

    Quid du « Grand parc municipal » ?

    La Métropole a donc lancé, en juin, un appel d’offres afin de désigner une société de conseil et d’ingénierie écologique pour mener des études préalables et des expertises robustes destinées à constituer un dossier de classement de cette future « réserve de biodiversité ». « Le marché sera soutenu financièrement par le Fonds Vert, jusqu’en septembre 2027 », note l’appel d’offres ouvert jusqu’au 31 juillet. Une mission d’animation foncière est également attendue pour approcher les propriétaires dans les zones identifiées à enjeux. Il s’agit de recueillir leur avis, les sensibiliser, les associer à la démarche pour in fine recueillir leur accord de principe.

    Parmi les 1 400 propriétaires fonciers à courtiser, la Ville de Marseille, dont le maire, Benoît Payan (DVG), a fait de la création d’un « Grand parc municipal du pic de l’Étoile » une de ses promesses de campagne. Son projet en lisière ambitionne de renforcer la desserte en bus et le stationnement aux entrées du parc, d’aménager des bancs, des tables, des aires de jeu, des cafés, installer des poubelles, des caméras ou encore de recruter des gardes. Sa compatibilité avec cette future réserve pourrait mettre à l’épreuve son accord de gouvernance passé avec Nicolas Isnard (LR), le président de la Métropole.

  • [C’est l’été] Le jardin de la colline Puget à Marseille

    [C’est l’été] Le jardin de la colline Puget à Marseille

    Des bancs en pierre jalonnent le chemin asphalté qui grimpe tout en haut de la colline à l’ombre de grands arbres jusqu’à la vue sur la mer à 180 degrés, du
    Vieux-Port à la tour La Marseillaise. De quoi décompresser, tout en découvrant le plus vieux jardin public de la ville. Tandis que les gabians picorent dans les plates-bandes de lavande, on pourra même admirer les sportifs courageux qui font siffler les cordes à sauter ou siroter en terrasse un rafraîchissement. À voir aussi une statue de l’abbé Dassy, fondateur de l’institut des jeunes aveugles, tout proche, réalisée par le sculpteur Alexandre Falguière.

  • [Entretien] Stéphane Escafre, président de la Ligue Paca d’échecs : « Les modèles féminins font venir des joueuses »

    [Entretien] Stéphane Escafre, président de la Ligue Paca d’échecs : « Les modèles féminins font venir des joueuses »

    La Marseillaise : Comment les échecs se sont-ils développés dans la région ?

    Stéphane Escafre : La pratique du jeu d’échecs est très ancienne dans la région. Plusieurs clubs ont été fondés au XIXe siècle et sont encore en activité aujourd’hui. On a plus d’une centaine d’années de référence. Dans les années 2000, le ministère des Sports a reconnu les échecs comme un sport. Cela nous a aidés à créer une structure. Depuis une dizaine d’années, nous sommes très présents dans les écoles. Concernant le haut niveau, on a deux clubs très implantés : Marseille Échecs, le plus grand club de France en nombre de licenciés, et L’Échiquier du Roy René, à Aix-en-Provence. Ils sont dans le top 10 français. Chaque année, de nouveaux clubs se créent et les licences ont augmenté de 10 % cette saison.

    Avez-vous le sentiment que les pratiquants sont de plus en plus jeunes ?

    S.E. : Quand j’étais gamin, c’étaient surtout les vieux qui jouaient aux échecs. Des quinquagénaires, des sexagénaires ou des retraités. Aujourd’hui, les jeunes se sont emparés des échecs. Le champion de France actuel a 20 ans. Cela s’explique par plusieurs facteurs. Les interventions dans les écoles sont très importantes. Les animateurs repèrent des talents et les incitent à participer aux championnats scolaires. C’est tout un monde qui existe. Il est un peu caché, mais c’est très structuré, des milliers d’enfants participent à ces compétitions. Les échecs en ligne se sont aussi développés pendant la période Covid et ont joué dans l’arrivée d’un nouveau public.

    Les échecs n’attirent que 20 % de licenciées dans les clubs. Cherchez-vous à féminiser la discipline ?

    S.E. : La mixité des compétitions, mise en place depuis trois ans, a permis de faire venir plus de filles et d’augmenter leur niveau. Il y a aussi des « role model » : les filles s’identifient plus facilement à des joueuses, comme la présidente de Marseille Échecs, Laurie Delorme, ou la joueuse hongroise Judit Polgár. C’est la première femme à avoir battu un champion du monde et elle est dans le top 10 mondial. Ces modèles féminins font venir de plus en plus de joueuses. La série Le jeu de la dame a également permis à de nombreuses filles de voir qu’elles pouvaient dominer les garçons sur l’échiquier. Aujourd’hui, l’augmentation des licences est plus rapide chez les filles. Il y a moins de joueuses, mais tout cela va s’équilibrer.

  • Bernard Cazeneuve voudrait se poser en rassembleur

    Bernard Cazeneuve voudrait se poser en rassembleur

    Une lettre aux Français de 85 pages, des déplacements sur le terrain, des échanges avec la presse mais Bernard Cazeneuve l’assure « je ne suis pas candidat ». Ou du moins, pas encore. Cela dépendra des « circonstances », assure-t-il, disant vouloir « créer les conditions autour des valeurs de la gauche républicaine du rassemblement le plus large possible de tous les Français », fait-il valoir ce samedi matin à Marseille. Et ce, afin de battre le Rassemblement national en 2027.

    Sa candidature, si elle est officialisée, ne sera pas validée par la primaire des Roses à laquelle il ne participera pas. Les dissensions remontent à 2022, lorsque l’ancien Premier ministre fustige l’accord conclut entre le Parti socialiste et la France insoumise pour les élections législatives. Il quitte, dans la foulée, le parti auquel il avait adhéré en 1987 et fonde, un an plus tard, La Convention. Le mouvement réunit socialistes déçus, radicaux de gauche, élus du Modem, des anciens macronistes ou apparentés.

    Soutiens régionaux

    C’est ainsi que sont présents à ses côtés ce samedi le sénateur sortant du Var et ex-socialiste André Guiol, l’ancienne députée varoise macroniste Cécile Muschotti, l’ex-candidat de Génération Écologie pour les départementales de 2021 Christian Monferrini qui est désormais référent local de La Convention. Devant cette réunion de convaincus quai de Rive Neuve, Bernard Cazeneuve fustige les « deux dégagismes d’extrême droite et d’extrême gauche », tel qu’il les nomme, « qui confondent le bruit avec la solution », écrit-il dans sa lettre. Selon lui, se tourner vers l’insoumis Jean-Luc Mélenchon, candidat le mieux placé à gauche dans les sondages est un « vote inutile ». Pour lui, LFI et le RN « ne s’opposent pas comme on le croit, mais se nourrissent l’un de l’autre ».

    S’il dit ce samedi « préférer gouverner avec la gauche », il ratisse large. Quand le nom d’Édouard Philippe est évoqué, l’ancien chef de gouvernement socialiste ne s’offusque pas. « Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de rassemblement (…) un compromis c’est toujours un sacrifice », martèle-t-il. En revanche, il se dit totalement opposé au maire Horizons du Havre sur la réforme des retraites, par exemple. Quand ce dernier veut rallonger l’âge départ à 67 ans, Bernard Cazeneuve pousse pour l’allongement de la durée de cotisation. Pour « permettre à ceux qui ont commencé tôt dans les métiers les plus pénibles de partir à la retraite comme jadis », et, pour « ceux qui le souhaitent », comme lui, avocat de profession, « de travailler beaucoup plus longtemps pour assurer le financement ».

  • En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    Huit heures retentissent sur la place du 23 janvier 1943 – Fortuné Sportiello (2e). « La République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite du “Gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais », peut-on lire sur l’une des plaques de marbres fixées sur le monument de la déportation. Ce quartier marqué par la barbarie nazie. « La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs ne se limita pas à une aide ponctuelle apportée à l’occupant allemand. Sous l’autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy, alla bien au-delà des exigences de l’occupant », rappelle Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille ce dimanche matin.

    Cette cérémonie nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux « Justes » de France, s’est tenue 84 ans, presque jour pour jour, après la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande organisée sur le territoire durant la Seconde guerre mondiale. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes, femmes et enfants juifs ont été arrêtés par la police parisienne avant d’être déportés et exterminés à Auschwitz par les nazis. « Parmi les victimes se trouvait ma grand-mère, Rachel Pozmentier, se trouvait mon père, un enfant âgé de 9 ans. Arrêtés à leur domicile, ils furent conduits dans les geôles du commissariat du 14e arrondissement de Paris », raconte Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA). « Ma grand-mère, fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 11, en juillet 1942. Elle n’en revint jamais, assassinée dans une chambre à gaz. Mon père, lui, fut sauvé grâce à une chaîne humaine, trop souvent clandestine, et à qui nous adressons toujours toute notre connaissance. Sans ces hommes et ces femmes, ces Justes, je ne serais pas là devant vous », insiste-t-elle.

    « Afin que nul n’oublie »

    Les représentants des associations, des collectivités locales, de l’État et quelques élus du Printemps marseillais sont présents ce matin-là. « Petit à petit, les témoins directs s’effacent et c’est d’autant plus important pour nous, par notre présence, par les témoignages, par les discours, de rappeler sans cesse cette Histoire. C’est primordial d’avoir ce passé en tête pour éclairer le présent », soulève le député socialiste Laurent Lhardit, présent en son nom propre et celui du maire de Marseille.

    « Nous vous léguons notre mémoire, à charge pour vous de la transmettre de génération en génération, afin que nul n’oublie, afin que nul ne doute, afin que nul ne nie », écrit Denise Toros-Marter, dans son testament d’Auschwitz, lu par le président du Fonds social juif unifié Marseille-Provence, Lionel Stora, qui représentait la rescapée du camp de la mort ce matin-là, « Puisse le flambeau de la mémoire collective, que nous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, nous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ».

    À la fin de cette commémoration, tous saluent les porte-drapeaux, qui ne faillissent pas malgré une chaleur étouffante. Venue de Sausset-les-Pins, Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, est présente à chaque cérémonie. « J’ai souffert de la mort de mon père. Il a été assassiné, j’avais 15 ans, je me trouvais là », confie cette pupille de la Nation de la guerre d’Algérie à l’aube de ses 80 ans, « soit on descend vers les profondeurs, soit on monte vers la lumière. C’est ce que j’ai décidé de faire ». Porte-drapeau depuis 18 ans, investie dans le travail de mémoire avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Onacvg), elle intervient auprès de collèges et lycées. « C’est important d’être là pour ne pas oublier et aller surtout vers la paix », répète-t-elle, calot vissé sur la tête, « on est que de passage sur Terre, il y a de la place pour tout le monde ».

  • L’OM en pleine préparation de la prochaine saison

    L’OM en pleine préparation de la prochaine saison

    La première étape de la reprise olympienne est terminée.

    Bruno Genesio, une semaine après sa prise de fonction, avait emmené un groupe de 23 éléments pour un séjour éclair en Côte d’Ivoire, ponctué par un premier match de préparation. Si partir à l’étranger n’est pas une surprise, les Marseillais sont habitués à se préparer loin de la Commanderie en période de reprise. Et même en cours de saison, avec les fameuses « retirada » mise en place par Roberto De Zerbi.

    La surprise était plutôt la durée du séjour. À savoir 72 heures chrono, ce qui est peu pour un véritable stage, compte tenu du temps de voyage et du décalage horaire entre Marseille et la Côte d’Ivoire.

    Relancer le partenariat

    Cette parenthèse a plus été vue comme une reprise de contact avec un partenaire qu’une véritable séance de préparation. Il y a trois ans, l’OM avait signé un contrat liant le club à Sublime Côte d’Ivoire, le programme national de promotion touristique du pays de l’ouest africain. Mais si les aides financières sont venues côté ivoirien, la contrepartie marseillaise a tardé. L’échange prévoyait en effet que chaque année, l’OM se rende en Côte d’Ivoire pour assurer des échanges et participer à un match amical.

    En répondant, enfin, à cet appel, le club olympien a ainsi remis en route une dynamique qui risquait de s’arrêter. Le groupe emmené par Bruno Genesio a donc passé trois jours sur place. Participé à des rencontres avec les supporters locaux, découvert la culture locale, en prenant part à des animations et en visitant une fabrique de chocolat, une des richesses ivoiriennes.

    L’OM a surtout disputé son premier match de préparation. Face à Yamoussokro, équipe de la capitale évoluant en Ligue 2 locale. Un premier galop qui a permis à Bruno Genesio de tester quelques jeunes, et voir à l’œuvre les joueurs revenant de prêt (Neal Maupay, Angel Gomes ou encore Faris Moumbagna) afin de se faire une idée sur ceux qui pourraient rester.

    Au final, l’OM s’est imposé 3 – 0, avec des buts de Neal Maupay, Ange Lago et Faris Moumbagna.

    Les Marseillais sont rentrés au pays et vont enchaîner. Avant un autre séjour à l’étranger, du côté de Zeist aux Pays-Bas, un match amical, à huis clos à la Commanderie, est annoncé face à Nice, samedi 25 juillet. L’OM qui jouera ensuite un match au Vélodrome, contre l’Athlétic Bilbao, le 9 août. Quant au mercato, il est en cours, avec trois départs : Hamed Traoré, Mason Greenwood et Pierre-Emerick Aubaméyang.

  • Les échecs passent à la vitesse supérieure

    Les échecs passent à la vitesse supérieure

    Au numéro 7 de la rue Papety, dans le 7e arrondissement de Marseille, le siège de Marseille-Échecs a des allures de ruche. Le club vient d’achever la meilleure saison de son histoire. Troisième du Top 16, l’équivalent de la Ligue 1 des échecs, il a tenu tête à des structures disposant parfois d’un budget « deux fois supérieur » au sien. Dans le même temps, ses jeunes licenciés ont enchaîné les performances de prestige, décrochant des titres de champions de France, d’Europe et du monde. Ils ont également remporté le Top Jeunes, la compétition de référence en matière de formation. « On a réalisé une saison exceptionnelle en termes de résultats », se réjouit Laurie Delorme, présidente de Marseille-Échecs et vice-présidente de la Fédération française d’échecs. Ancienne joueuse professionnelle formée à Créteil, elle a rejoint le club phocéen en 2006 comme animatrice et entraîneuse, avant d’en prendre la présidence en 2018.

    Huit ans plus tard, la dirigeante estime que la structure est arrivée à un tournant de son développement. « On a un besoin de plus en plus important en matière d’accueil et d’accompagnement des jeunes, qu’ils soient dans une pratique de haut niveau ou d’initiation », explique-t-elle. L’association compte aujourd’hui près de 650 adhérents, auxquels s’ajoutent les 1 200 écoliers accueillis chaque année dans le cadre de ses actions sociales et éducatives.

    Cette montée en puissance s’inscrit dans un engouement plus large pour les échecs, amorcé pendant la pandémie de Covid-19. Les parties en ligne se sont multipliées sur les plateformes spécialisées, tandis que les retransmissions de grands maîtres ont cumulé des millions de vues sur les sites de streaming. Dans le même temps, le succès de la série Le Jeu de la dame a également contribué à démocratiser la discipline et à susciter des vocations à travers le monde.

    Porté par cette dynamique, Marseille-Échecs connaît une croissance supérieure à la moyenne nationale. En quelques années, son nombre de licenciés a été multiplié par quatre et les femmes représentent désormais 33 % de ses effectifs. « Aujourd’hui, on commence à avoir des difficultés à répondre à la demande », constate Laurie Delorme. La principale limite est désormais matérielle : le club manque d’espace pour poursuivre son développement. Faute de place, il loue le centre municipal d’animation Saint-Georges, situé quelques rues plus haut, afin d’accueillir son stage Excellence.

    Deux ovnis au quotidien

    Dans cette autre petite salle, le silence règne autour des échiquiers de Luca Protopopescu et Marc Llari, âgés respectivement de 10 et 12 ans. Mais derrière leur jeune âge se cachent déjà des palmarès qui feraient pâlir nombre de joueurs confirmés. Luca est devenu le plus jeune joueur de l’histoire à franchir la barre des 2 200 points Elo, à l’âge de 9 ans et 5 jours.

    En 2025, il a décroché les titres de champion d’Europe (-10 ans) et de champion du monde (-9 ans), tandis que Marc est déjà triple champion du monde, avec des sacres obtenus en 2022, 2025 et 2026. « Ce sont des enfants spéciaux », résume Mert Erdodgu, grand maître international turc qui travaille chaque semaine avec eux. Il est l’un des trois seuls entraîneurs en France à détenir la certification de la Fédération internationale des échecs.

    « Ils savent que c’est en travaillant qu’on réussit. Ils n’hésitent pas à fournir les efforts nécessaires. Comme ils sont encore jeunes, il y a forcément parfois des moments plus compliqués. Mais, au final, ils font ce qu’il faut pour progresser. C’est comme ça qu’ils ont réussi. Je vous assure que ce n’est pas un hasard : ils consacrent énormément de temps à leur passion », poursuit le Smyrniote, très impliqué dans la formation des jeunes talents aux côtés du grand maître international Pierre Laurent-Paoli. « Il faut beaucoup réfléchir et il y a toujours des choses à apprendre », souligne Marc avec son accent du Sud-Ouest, hérité de ses origines paloises. Très loquace, à côté d’un Luca très discret, le jeune Llari affiche déjà une ambition claire : devenir un jour grand maître international.

    CHIFFRES

    91 000

    La Fédération française des échecs (FFE) connaît une croissance historique : elle comptait plus de 91 000 licenciés au cours de la saison 2025-2026, contre environ 70 000 un an plus tôt, soit une progression de plus de 30 % en un an.

    31 %

    Près d’un tiers des licenciés de la Fédération française des échecs sont des enfants de moins de 10 ans (28 000).

    5 millions

    Selon la Fédération, près de 5 millions de Français savent jouer aux échecs, sans être inscrit dans un club pour autant. Un succès survenu lors du Covid et à la sortie de la série « Le Jeu de la Dame ».

    Des tables publiques à Marseille

    Pratique urbaine largement répandue aux États-Unis, où les parcs sont souvent équipés de nombreuses tables d’échecs, ce jeu ne bénéficie pas de la même visibilité en France. Marseille ne fait pas exception : la cité phocéenne ne compte que quelques tables publiques. Pourtant, les Marseillais manifestent un réel intérêt pour cette discipline, comme en témoignent les nombreuses propositions déposées dans le cadre du budget participatif de la Ville. Soumis au vote, un projet d’installation de nouvelles tables d’échecs est ainsi prévu dans le secteur des 1er et 7e arrondissements d’ici à 2027. Par ailleurs, la Ville de Marseille, consciente de l’engouement, fête ce lundi (de 17h à 21h) la journée mondiale du jeu d’échecs et propose, pour cette septième édition, un événement ludique, gratuit et ouvert à tous sur la place du Général-de-Gaulle.

  • [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    Du 18 juillet 1936 jusqu’aux premières années de la « transition démocratique » après la mort de Franco le 20 novembre 1975, nombre de républicains espagnols exilés en France n’ont jamais cessé de mener la lutte antifasciste, ceux qui sont restés en Espagne, après la fin de la guerre ont subi la répression féroce, les emprisonnements, la torture, des dizaines de milliers ont été fusillés. Cette mémoire historique est racontée et transmise essentiellement par les familles et les descendants des républicains espagnols, par les associations mémorielles, et des historiens. Cependant, elle reste complètement occultée dans les livres d’histoire que ce soit en France ou en Espagne.

    À 90 années de distance, la guerre pour abattre la République espagnole, déclenchée le 18 juillet 1936 par le fascisme international et des généraux félons dont Franco, reste l’événement historique du XXe siècle à propos duquel sont produits aujourd’hui le plus d’études, de livres, de documentaires, qui soulèvent de nombreuses polémiques et aussi qui fait l’objet de diverses réécritures de l’histoire.

    Les historiens sont divisés entre ceux qui considèrent qu’il s’agissait d’une guerre civile, désignant les franquistes comme « nationalistes » mettant dos à dos victimes et bourreaux, et ceux, qui pensent plutôt qu’il s’agissait bien du prologue de la seconde guerre mondiale. Cette guerre d’Espagne, guerre d’indépendance contre le fascisme disaient les communistes espagnols, portait en elle tout ce que peut produire l’Humanité en bien ou en mal. La solidarité internationale avec les brigades internationales, la défense des valeurs de la République, mais aussi les trahisons, les luttes intestines qui opposaient ceux qui donnaient la priorité à l’union pour combattre le fascisme, et ceux qui pensaient que l’heure de la révolution était arrivée. Les uns, les communistes, étaient à l’origine de la constitution d’une armée populaire, et fervents défenseurs du « Frente Popular » et de la lutte antifasciste, les autres, notamment anarchistes et POUM voulaient faire de cette guerre, une guerre révolutionnaire.

    Mais, c’est bien l’intervention des forces fascistes et nazies, italiennes et allemandes en Espagne, accompagnée par la politique criminelle de non-intervention de la France et l’Angleterre, qui sont la principale cause de la chute de la République espagnole.

    En février 1939, les troupes franquistes appuyées par l’aviation italienne bombardent les populations civiles qui se dirigent vers la frontière française. De janvier à février un demi-million de républicains espagnols va traverser les Pyrénées. Plus de 200 000 vont être enfermés dans des camps de concentration sur les plages du Roussillon et en Afrique du Nord après le 31 mars. La France de la troisième République, va nommer Pétain comme ambassadeur auprès de Franco alors que la République continue de résister à Madrid et dans le centre. Le 31 mars 1939, après trois années de résistance héroïque le peuple espagnol va basculer dans une terrible dictature qui fera davantage de morts pendant les années d’après-guerre que pendant. On estime à plus de 100 000 les victimes du franquisme qui gisent dans des fosses et dont les familles sont toujours à la recherche.

    La nomination de Pétain à Burgos a été une ultime trahison de la France républicaine qui s’apprête à livrer le pays à Hitler. Un visage de la France loin de l’image qu’avaient les républicains espagnols du pays des droits de l’Homme. Comme il était prévisible, les nazis vont occuper la France, les républicains espagnols seront parmi les premiers à prendre les armes pour libérer le pays, aux côtés des résistants français poursuivant ainsi leur lutte contre le fascisme. Quelques décennies plus tard leur Mémoire nous appelle à la vigilance.

  • [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    [L’esprit de 1936] Marseille, comme un laboratoire

    Marseille est un laboratoire dans le sens où le processus de réunification syndicale se nourrit des nombreux conflits qui éclatent à partir de février 1934 et anticipe la réunification nationale. Deux conflits jouent un rôle particulièrement important à cet égard :

    « La marche de la faim » des gueules noires du bassin minier de Gardanne (1935). Un millier de mineurs se rend en train à Aubagne, lieu de départ réel de la marche, aux cris de « du travail et du pain ». Selon les rapports de police, elle rassemble près de 3 000 personnes. Cette marche a été suivie par un nombre non négligeable de militants CGT et par de nombreux élus socialistes et communistes du bassin : Deleuil, Ami, Moustier, Julien, Négrel, Laget, Vidal, David etc. Une fois arrivés à Marseille, salle Ferrer, les ouvriers mineurs votent une motion demandant « à l’Union départementale confédérée, à la Fédération régionale et à la Fédération nationale confédérée du sous-sol, de s’unir sans retard avec les organisations unitaires pour la défense des ouvriers mineurs ». Dès le 27 octobre 1935, la CGT et la CGTU de Biver-Gardanne fusionnent ; le 5 novembre, un processus identique se produit à Meyreuil ; le 1er décembre, les mineurs de Gréasque réunissent à leur tour leurs syndicats. La grève des mineurs est la matrice de la réunification de la CGT.

    Le conflit du personnel de la manutention portuaire. Le 9 décembre 1935, 2 100 dockers se mettent en grève pour protester contre la diminution des revenus, justifiée, selon le patronat, par la réduction du coût de la vie. Très vite, les dockers de la CGTU, sous la direction de Victor Gagnaire, deviennent les éléments les plus actifs du conflit et écartent les deux anciens responsables sabianistes Nazzi et Ciavaldini. Ils mettent en place des piquets de grève pour éviter l’emploi de « jaunes », obtiennent l’appui des dockers de Port-de-Bouc et de Port-Saint-Louis-du-Rhône qui débraient à leur tour et paralysent ainsi l’ensemble du trafic portuaire. La situation est tellement tendue que le préfet décide d’intervenir. Le 16 décembre, à sa demande, il réunit la Commission chargée de mesurer l’évolution du coût de la vie et ses conclusions aboutissent à rejeter les baisses de salaires initialement prévues. L’issue favorable de ce conflit restructure le paysage syndical du port. Le 2 janvier 1936, le Syndicat unique des dockers est créé et c’est l’ex-unitaire Victor Gagnaire qui devient son premier secrétaire général. Le mouvement social portuaire se trouve ainsi radicalisé, et pour longtemps. Il devient, pour l’ensemble des salariés de la région, une référence essentielle, sans que pour autant tous les problèmes soient réglés.

    Malgré les tensions qui subsistent entre les instances départementales des deux CGT, la vigueur du mouvement social favorise la fusion syndicale qui paraît, désormais, inéluctable. Elle se produit officiellement les 4 et 5 janvier 1936, deux mois avant le congrès de réunification nationale qui se tient à Toulouse du 2 au 5 mars 1936. C’est en ce sens que l’on peut parler de la région marseillaise comme d’un laboratoire qui anticipe l’accord national.

  • [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    [Un été au camping] On plante ses sardines à l’auberge de Bois Luzy à Marseille

    Nichée sur la colline de Saint-Barnabé, l’Auberge de jeunesse du Château Bois Luzy, dispose, en plus d’une centaine de places dans ses 18 dortoirs, de 20 emplacements pour tentes, et depuis les JO, de trois pour les camping-cars, au pied d’un château chargé d’histoire. On y vient, en groupe, entre amis ou en solo, pour une question de budget. Et on y revient pour « le cadre idyllique et l’accueil extrêmement chaleureux » assurent les amis de l’ovalie toulousains. « On doit un grand merci à la directrice, avoue Jérôme, je suis une quiche avec internet et au lieu de réserver une chambre pour six, j’avais cliqué sur quatre places en tentes non équipées ». Mais Fouzia Sujet, rodée depuis des années à l’accueil des Auberges de Jeunesse de Strasbourg à Marseille, n’est pas du genre à tomber le sourire devant le désarroi de la petite bande. « On trouve toujours une solution en cas d’urgence. On peut aller jusqu’à 30 emplacements de tentes pour deux à trois personnes, on a 15 tentes équipées. D’ailleurs ici, on met tous la main à la pâte ». Direction comprise.

    Aux manœuvres de ce superbe domaine depuis deux ans et demi, Fouzia met un point d’honneur à perpétuer « l’esprit de culture populaire des Auberges », épaulée par Eryne et une équipe de huit saisonniers fidèles au poste. De mars à octobre, Julien, Laurène et Marijn accueillent avec bienveillance, Kader, Lusine et Odette sont aux petits oignons pour les hôtes, quand Marie prépare les petits-déjeuners et Nabil et Alla veillent sur leur sommeil. Bientôt, « un miel de nos ruches s’étalera sur les tartines », annonce Fouzia devant une pancarte qui prévient de la présence de nouvelles reines installées au milieu des essences de la colline.

    Ouvert au quartier

    Sur la terrasse les hébergés débarrassent les tables des dernières reliques de leur repas. Les cuisines, la laverie, les sanitaires et la bibliothèque du château sont à disposition. Et, le mascaron aux armoiries du comte, les mosaïques du patio, les peintures des boiseries ou la ferronnerie des rampes d’escaliers, le site éveille l’intérêt patrimonial.

    Le camping, version vie de château « c’est plus sympa que l’hôtel, plus détendu, plus convivial. Hier, on a passé la soirée avec des gens de Clermont-Ferrand » s’enthousiasme Jérôme. C’est encore une manière pour des voyageurs venus de tous pays de rencontrer des Marseillais : « Fouzia ouvre les portes, pour des fêtes, des vide-greniers, du théâtre, des concerts, des cours de pilate… on est chez nous, ici » plébiscite Joëlle Rousson, enseignante retraitée, membre de l’Association Loisirs Bois Luzy. Sur le parking, un cycliste remonte en selle pour s’engager sur la piste. Pour les plus sportifs les plateaux de handball, football et volleyball mitoyens complètent ce tableau dont la seule ombre tient à une offre « peuchère » de transports en commun de la Métropole, déplore Joëlle.

    Tarifs en tente à partir de

    32,50 euros par jour pour une personne, 40 pour deux, petit-déjeuner inclus.