Tag: Hérault

  • Le MHSC VB prend de la hauteur

    Le MHSC VB prend de la hauteur

    Il était là avant Nicollin. Il était presque seul en scène. À l’époque, où le sport de haut niveau à Montpellier était en friche. Un demi-siècle plus tard, au moment où plusieurs clubs montpelliérains comme le foot ou le hand, étendards du sport collectif, se cherchent de beaux lendemains, tournent au mieux en rond ou rétrogradent dans la hiérarchie, il remonte à la surface. Est-ce le reflet d’une ville qui s’éloigne des stades ou des salles ? Est-ce la réussite du volley français ?

    Montpellier Hérault Sport club Volley-ball (MHSC VB), sous tutelle de la famille Nicollin depuis 2021, reprend le flambeau d’un sport montpelliérain vacillant. Il s’apprête à disputer les jeudi 5 et mardi 10 mars à Castelnau-le-Lez les barrages de la Ligue des champions face au club de Las Palmas. Avec pour enjeu une place en quarts de finale devant Perouse, représentant d’un volley italien toujours aussi dominateur.

    Jamais, le MHSC VB n’avait participé à la phase finale de la Ligue des champions. Une performance réussie grâce à une seconde place arrachée en phase de poule pour devancer les Polonais de Varsovie, autre place forte du volley européen. Avec quatre victoires en six journées dont une devant les Transalpins de Civitanova, ville nichée sur les bords de la mer Adriatique, il a donné un nouveau coup d’accélérateur à son envol.

    Rare club avec les Nordistes de Tourcoing à tenir tête à Tours, champion de France et leader de Ligue A, l’équipe dirigée par Loïc Le Marrec s’apprête à vivre un fabuleux printemps avec la phase finale de la Ligue des champions et celle du championnat.

    Tout vient de loin. D’une stabilité nouvelle. D’un alignement. D’un déménagement à Castelnau depuis 2014 après avoir été chassé de Bougnol, puis s’être éloigné du palais des sports Coubertin. Ce changement de décors pose la première pierre à une chaîne de compétences. Entre un président : Jean-Charles Caylar, en place depuis 2011, le choix d’un entraîneur français de haut niveau : Olivier Lecat, puis Loïc Le Marrec et donc un nouveau propriétaire : Olivier Nicollin, qui connaît le sport de haut niveau. Après une première expérience à Béziers, le fils aîné de « Loulou » chapeaute à distance le club.

    « C’est un travail collectif sous l’impulsion de Jean-Charles Caylar. On a un coach et un président qui sont excellents. On essaie de continuer de faire grandir le club, on peut profiter d’une belle salle à notre dimension » résumait récemment dans Midi Libre le patron de l’entreprise de nettoiement, qui s’impose dans l’ombre.

    Pendant sept saisons (2016-23), Olivier Lecat, ancien passeur international, a cimenté les fondations d’une équipe de haut niveau. Petit à petit, ce technicien chevronné a restauré une ambition, une compétitivité, un savoir-faire et surtout un crédit. En 2022, Lecat a défriché un palmarès en jachère depuis 1975 et permis à Montpellier de reconquérir le titre de champion de France. Un tournant majuscule.

    Après un contrecoup presque fatal, et l’échec de la greffe de l’italien Lorenzo Tubertini, Loïc Le Marrec a saisi sa chance pour jouer les pompiers de service lors de la saison 2023-24. Et assumer la succession à retardement de Lecat.

    Après une saison pleine de frustration, en finale de la Coupe comme en championnat avec une élimination en demi-finale devant Tours, Montpellier s’est remis en marche. « Avec pour ambition de gagner un trophée » selon les vœux du patron.

    Au cours de l’automne, le MHSC VB a surmonté deux écueils. Une élimination en trois manches à Saint-Nazaire en Coupe de France. Et la blessure de l’icône et la vigie internationale : Nicolas Le Goff. Le double champion olympique, avec l’équipe de France, a été victime d’une blessure à l’épaule avant de subir une opération.

    À l’aube du printemps, l’expérimenté central tricolore (34 ans, 224 sélections) n’a toujours pas repris la compétition. En recrutant le Bulgare Nicolay Kartev (30 ans), début janvier, Montpellier s’est offert une solution de remplacement pour soulager l’autre international tricolore : Quentin Jouffroy.

    Depuis, l’équipe héraultaise tourne à plein régime. À l’exception de son échec à Tours, elle a enchaîné autant de matchs que de victoires en championnat en cette année 2026. Notamment à Tourcoing, solide troisième, et à Sète, chez le voisin, lors d’un derby éternel.

    Tout est bien beau, jusque-là, mais tout débute maintenant. Que cela soit en championnat comme en Coupe d’Europe, Montpellier va devoir s’adapter au play-off. Et résister à la pression, visiblement fatale les deux saisons précédentes en finale de la Coupe de France. À l’heure où divers clubs battent de l’aile, le MHSC VB peut relever le défi. Pour le sport de Montpellier et la famille Nicollin, il y a encore de la place pour réussir.

  • À Montpellier, le seul centre de santé de Figuerolles menacé

    À Montpellier, le seul centre de santé de Figuerolles menacé

    Une présence vive et chaleureuse qui dit beaucoup sur ce que représente Human Santé pour ceux qui le connaissent. Installé à Figuerolles, quartier populaire du centre-ville sans aucun médecin libéral, le centre suit 1 350 patients. Hanadi et son fils Amro en font partie depuis 2020, orientés à l’époque par une assistante sociale. « Nous sommes restés pour les salariés, les médecins, l’ambiance, la bienveillance », dit-elle. Son fils parle de leur médecin Camille comme de « quelqu’un de la famille ». Le centre propose des soins primaires en tiers payant intégral, de la médiation en santé, un accompagnement social et des ateliers de prévention. C’est une offre globale, rare dans ce type de quartier. « Tout fonctionne en autogestion au sein d’une association loi 1901, où trois patients siègent au bureau aux côtés des neuf salariés. Les décisions se prennent en réseau, avec les professionnels et les patients », résume Helena Solé, présidente de l’association et patiente, qui parle d’une « médecine holistique » intégrant santé physique, mentale et situation sociale.

    Ce modèle est menacé. Fin janvier, le gouvernement a supprimé l’enveloppe nationale dédiée au dispositif SECPa, qui finance les structures de santé coordonnée et participative. C’est 14 millions d’euros au niveau national. Pour Human Santé, la coupe est sèche : « Le SECPa représente 51 % de notre chiffre d’affaires. Sans ce dispositif, l’équilibre est impossible », alerte Helena Solé. Le ministère évoque une intégration au nouveau label « France Santé », que la présidente juge bien trop floue. « Tous les centres sont aujourd’hui à l’équilibre financier, alors on se demande pourquoi on les ferme », s’interroge-t-elle. Face à la mobilisation depuis janvier, un sursis a été arraché jusqu’en octobre 2026 mais sans garantie sur la suite.

    « La santé, c’est un droit pas un luxe »

    Pour Amro, dont le petit frère est autiste, la coordination entre soignants est essentielle. « On n’arrive pas à imaginer qu’on va devoir partir », confie-t-il. Sa mère tranche pour elle « Le tiers payant intégral, ce n’est pas la question principale. Ce qui compte, c’est le traitement médical et humain. » Une habitante du quartier résume : « Je trouve ça inadmissible qu’on lésine sur la santé. C’est un droit premier, pas un luxe. »

  • Des listes fragmentées font face à Delafosse

    Des listes fragmentées font face à Delafosse

    Le 15 mars, pas moins de 10 listes affronteront Michaël Delafosse. C’est certes 3 opposants de moins que ce qu’avait connu Philippe Saurel défait en 2020 mais c’est beaucoup. Au point qu’on se demande si, par leur incapacité à s’entendre, les adversaires du maire sortant ne seraient pas ses meilleurs alliés.

    D’autant que la division n’épargne aucune tendance politique. À la gauche de la majorité sortante, deux listes se tirent la bourre. Celle de la députée Insoumise Nathalie Oziol apparaît de loin la mieux placée. Moins par sa modeste notoriété que grâce au travail de sape de troupes LFI organisées dans les quartiers populaires. Crédités de 15 à 17%, les Insoumis qui dézinguent le « maire macroniste » et promettent une « politique de rupture » (bien que floue sur le traitement des déchets), semblent avoir du mal à capitaliser sur le score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle (40%). La seconde liste assumée à gauche est celle du député écologiste Jean-Louis Roumégas. Si le Printemps montpelliérain avance des propositions séduisantes, sa dynamique paraît en panne. La faute à l’éternelle division des écologistes qui a conduit au départ de Julia Mignacca ou de Nordine Maktoubi.

    La droite n’est pas davantage unie. Si Les Républicains sont absents, vaccinés par la claque reçue en 2020, ils soutiennent Isabelle Perrein, de même que l’UDI et le MoDem. Partie la première arpenter le terrain pour se faire connaître, la notaire surfe sur la colère des automobilistes et les nids-de-poule dus aux travaux. On a cru qu’elle aurait le soutien de Mohed Altrad, en vain. Exaspéré de ne pouvoir acheter le stade de rugby à la Métropole, le milliardaire retente sa chance dans l’espoir de régler ses comptes. Entrepreneur à succès, sa stratégie politique interroge. Lui qui n’a jamais siégé au conseil municipal et refuse de participer aux débats de la campagne.

    Philippe Saurel de retour

    Deux autres listes sont difficiles à classer. Soutenu par le mouvement Utiles, Philippe Saurel qualifie la sienne de « divers gauche, citoyenne et écologiste » mais plusieurs colistiers, sans être encartés, sont centristes ou de droite. À 68 ans, l’ancien socialiste fâché avec ses ex-amis remet les gants pour un troisième round contre le PS. Apprécié de nombreux Montpelliérains, le baron de Caravète connaît très bien la ville et ses traditions. Peut-il recréer la surprise en s’étant déclaré aussi tard ? Rémi Gaillard retente lui aussi sa chance. Adepte du « tous pourris », aux frontières des invectives diffamantes et des théories du complot, « l’humoriste » aux propositions farfelues à base d’IA a fait de M. Delafosse sa tête de Turc. Franchira-t-il la barre fatidique des 10% pour continuer son cirque au 2e tour (9,58% en 2020) ?

    Alliances improbables ?

    Rares sont les villes où l’extrême droite n’est pas une menace. Montpellier est l’une d’elles, ce qui, là encore, n’empêche pas la division. Déjà candidate en 2014, la députée européenne France Jamet a obtenu l’investiture du RN au nez et à la barbe de Thierry Tsagalos, passé dissident. Enfin, à l’autre bout de l’échiquier politique, figurent deux listes d’extrême gauche. L’une est menée par Morgane Lachiver pour Lutte ouvrière. L’autre par Max Müller pour Révolution Permanente. Créditées de 1 à 2%, elles ne devraient pas peser lourd.

    Dans cette équation à 10 inconnues, l’enjeu est de savoir qui obtiendra le meilleur score face au maire ? Et qui fera plus de 10% pour pouvoir se maintenir au 2nd tour ? Outre celle de Nathalie Oziol, les listes de Mohed Altrad, Philippe Saurel ou Rémi Gaillard semblent les mieux placées pour y parvenir. Attention toutefois aux sondages dont les marges d’erreur sont grandes (jusqu’à + ou -4%) et moins fiables sur des élections locales. Quoi qu’il en soit se posera au 2e tour la question des alliances. En 2020, certaines avaient surpris voire choqué, écœuré. Perrein peut-elle rallier Altrad ? Saurel fusionner avec Gaillard ? Roumégas rejoindre enfin Oziol ? Impossible à dire, tout dépendra des écarts et des motivations de chacun. Michaël Delafosse a, lui, déjà annoncé que sa liste resterait identique.

  • « Les Montpelliérains » : une déclaration d’amour en images

    « Les Montpelliérains » : une déclaration d’amour en images

    C’est un pan d’histoire contenu dans un regard. 330 images, 330 tirages pour un hommage. Celui d’un photoreporter qui a puisé, dans 34 ans d’archives, des pépites sensibles brossant, couleurs et noir et blanc, le portrait multiple d’une ville adoptée et aimée : Montpellier.

    « C’est un hommage aux gens qui sont venus en visite, qu’ils soient célèbres ou non, artistes, politiques, sportifs ou rien, comme dirait d’aucun », livre Jean-Michel Mart. C’est aussi « une lettre d’amour, si si, à cette ville devenue grande qu’est Montpellier, ses rues et leur lumière et surtout à ses habitants toujours plus nombreux et toujours plus divers, si divers qu’on ne se sent jamais rejeté par eux ». Au détour d’une image, certains se reconnaîtront peut-être, « jeunes, vieux, riches, pauvres, sur deux ou quatre pattes, solitaires ou en foule mais fiers d’être de cette ville faite de toutes les autres, qui les vaut toutes et dans laquelle j’ai été tout simplement heureux. »

    Après une expérience à L’Indépendant, à Perpignan, Jean-Michel Mart débute en 1991 une longue carrière de photographe de presse au sein du quotidien régional Midi Libre, où il exerce toujours. Plus de trois décennies à pratiquer ce métier de localier, son art de la proximité. Des gens. Un art qu’affectionne ce taiseux, et dont ses photos sont pleines. En équilibre entre l’intime et la pudeur, Jean-Michel Mart porte sur ce qui l’entoure un regard tendre et affûté, où affleure souvent l’humour. Il saisit un geste, une situation, une émotion, un hasard.

    Présentées en tandem dans des juxtapositions qui prêtent à sourire ou à réfléchir, ses photos offrent une autre lecture de l’ordinaire. Un pas de côté nécessaire. Poétique. Parfois mélancolique. Ou subversif. Son regard révèle les angles morts du quotidien. « Picasso disait : je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense. Je fais pareil avec la photo. Pour moi, il y a une écriture photographique », exprime-t-il.

    Une ville arpentée durant 34 ans

    C’est son ami et ancien confrère Michel Marguier qui parle le mieux de cet « élégant sentimental et talentueux », « aussi discret que possible, mais tellement présent » dans un texte en exergue de l’exposition. Ensemble – « lui au Nikon, moi au calepin » – ils ont connu les grandes heures de ce métier de localier. 30 ans de terrain, 30 ans tous terrains à arpenter la ville, ses quartiers, ses rues, ses commerces, ses manifestations, ses lieux culturels, ses institutions… À sonder la vie des gens, « chez eux, mais sans salir leur intimité. Ou dans la rue agitée, voire furieuse, mais sans se laisser marcher sur les pieds. Au troquet du coin, à n’importe quelle heure, pour écouter et voir, sentir et laisser s’épancher. Dans le salon du consul de Grande-Bretagne, à parler whisky et entente cordiale sous le portrait de la reine. De nuit, à regarder dormir les TGV de l’hôtel terminus et y besogner, pour peu de sous, le personnel de nettoyage. Sous l’œil du Maréchal, dans le bureau tout en ordre moral d’un pathétique ancien pétainiste. Devant la tente igloo d’un SDF que le bruit de la rocade toute proche et indifférente n’empêche même plus de dormir… »

    Ce sont tous ces visages de Montpellier que racontent ces rencontres, ces événements, ces émotions, ces détails capturés dans un cadre professionnel ou non. Une exposition qui rend toute sa noblesse à la photographie de presse, « boulot qui, j’en ai peur, est en train de disparaître », souffle Jean-Michel Mart. Cette moisson d’une vie, longtemps mûrie, est aussi un hommage, en creux, « à tous ces gens avec lesquels j’ai travaillé, photographes et rédacteurs. C’est une époque où on vivait les uns sur les autres. On faisait les trois huit… Huit heures à bosser, huit heures à boire, huit heures à dormir ! J’ai connu la fin de ce genre de journalisme. »

    À vous, maintenant, de visiter ce regard, goûter ces instants. Et faire vivre « Les Montpelliérains ».

    * 1, place Paul-Bec. Entrée libre.

  • [Entretien] Radioscopie de la violence d’extrême droite par Nicolas Lebourg

    [Entretien] Radioscopie de la violence d’extrême droite par Nicolas Lebourg

    La Marseillaise : Pourquoi l’administration pénitentiaire vous a commandé ce rapport ?

    Nicolas Lebourg : Il y a eu une première étude sociologique sur les djihadistes et j’avais proposé de faire pareil sur les violences d’ultra droite. Ça intéresse l’administration parce qu’on connaît la quatrième vague de tentation de terrorisme à l’ultra droite depuis 2017. En 2015 et 2024, il y a 3 personnes sous écrou à l’ultra gauche, ça reste stable. Alors qu’à l’ultra droite, on passe de 1 à 64 en juillet 2024. Ils étaient encore 58 sous écrou, en comptant des activistes pour des ratonnades, en octobre 2025. C’est donc une réalité de plus en plus croissante pour l’administration, qui voulait savoir comment les gérer en prison.

    Qu’avez-vous étudié ?

    N.L. : Il s’agissait d’abord de faire un historique pour voir la façon dont on les avait gérés par le passé. Pour les djihadistes, l’administration avait appliqué des processus utilisés pour les Basques et les Corses, sauf que ça ne marchait pas. Ils ont donc inventé de nouveaux processus. L’administration a voulu savoir rapidement comment s’adapter aux détenus liés à l’ultra droite. Pour cela, on a donc étudié 104 personnes, la moitié arrêtée pour des projets terroristes et l’autre écrouée pour de l’activisme. Nous voulions savoir qui ils sont, où ils sont, sur quel type de faits et avec quel type d’idéologies.

    Qu’en ressort-il ?

    N.L. : D’abord, au niveau idéologique, le racisme est très clairement la question centrale. Il y a l’idée d’un complot de grand remplacement de la population française blanche. C’est structurel et c’est ce qui motive l’essentiel des personnes. Du côté des activistes, c’est plutôt des jeunes d’une grande ville, ce qui est classique dans la sociologie de la violence politique. Mais pour les projets terroristes, l’autre moitié, les gens sont beaucoup plus diplômés (j’ai par exemple deux agrégés de mathématiques), beaucoup plus seniors et il y a une inscription profonde dans la ruralité. Il y a aussi 10% de femmes, ce qui est le classique des groupuscules de l’extrême droite radicale, mais elles sont quasiment toutes du côté terrorisme. Au niveau de la géographie, il y a aussi une transformation complète. Jusqu’à fin 2016, elle était stable. En gros, c’est la zone Lyon-Marseille-Nice, la région parisienne, les Flandres françaises, la région nantaise, avec l’essentiel des violences à l’est de l’axe Le Havre-Perpignan. Depuis 2016, cette ligne n’existe plus et la pénétration dans la ruralité est profonde.

    Vous démontrez aussi que ces individus ne sont pas issus de territoires pauvres…

    N.L. : Exactement. Tout le discours sur la radicalisation violente qui vient de territoires où il y a plus de chômage, plus de familles monoparentales etc. Rien ne matche. C’est même l’inverse. Ces auteurs de violence proviennent de territoires qui vont mieux que la moyenne. Sauf qu’eux sont du bas de la classe moyenne et sont dans des territoires plus inégalitaires. Ils sont donc sensibles au discours sur les élites pourries. Pour eux, il y a les parasites d’en haut et les parasites d’en bas, les immigrés accapareurs etc… Ici, l’inégalité ne favorise pas des idées de gauche mais des idées de désir de hiérarchie légitime.

    Comment l’expliquez-vous ?

    N.L. : Ce sont des représentations que l’on retrouve à l’extrême droite au XIXè siècle sauf qu’elles viennent se greffer sur de nouvelles structures sociales. Drumont expliquait déjà qu’on allait augmenter les salaires des ouvriers en récupérant les 100 milliards d’or volés par les juifs. Depuis 2015, il y a deux pics d’augmentation des violences. Le premier après 2015, c’est une violence de revanche après les attentats. Ensuite c’est 2021 avec la campagne présidentielle et les dissolutions des groupes d’ultra droite. Sur un siècle, 29% des dissolutions ont été effectuées sous Emmanuel Macron ce qui a transformé la radicalité de droite. Aujourd’hui, plus personne ne monte des groupes nationaux, il n’y a plus que des groupes communaux. Ça va parfaitement avec la simplification idéologique. Avant, chaque groupe national avait sa spécificité idéologique. Aujourd’hui, ils sont tous ensemble dans un groupe local et ils s’en foutent que l’un soit nazifiant, l’autre royaliste etc… La montée de l’activisme est donc liée à cette politique de dissolution.

  • Nîmes : un premier guide des collections pour la romanité

    Nîmes : un premier guide des collections pour la romanité

    L’ouvrage, porté par le conservateur en chef Nicolas de Larquier et son équipe scientifique, est le fruit de plusieurs années de travail. « Il était temps », dit-il simplement. Au total, cinquante œuvres emblématiques sont analysées et mises en contexte.

    Le guide parcourt vingt-cinq siècles d’histoire, de l’époque préromaine jusqu’au Moyen Âge. On y trouve les pièces emblématiques et les chefs-d’œuvre attendus : sculptures, mosaïques remarquables mais aussi des objets plus inattendus. Un brasero portatif, par exemple, « une sorte de foyer mobile utilisé pour cuisiner », qui permet, selon le conservateur, « d’incarner la vie antique ». Ou de la céramique sigillée, de la verrerie entre autres.

    « Un ouvrage vivant »

    Présentées à Nîmes depuis 1823, ces collections ont plus de deux siècles d’histoire. Bien avant l’ouverture du musée actuel, la ville exposait déjà ses vestiges antiques. Le guide rappelle ainsi que l’intérêt pour l’Antiquité ne date pas d’hier et que le patrimoine nîmois s’est constitué dans la durée.

    Nicolas de Larquier assume volontiers que publier un guide, c’est figer. Mais en archéologie, les connaissances bougent en permanence. « On imagine souvent qu’un musée est immuable. C’est rarement le cas.  » Entre la fouille et la présentation au public, il peut s’écouler une dizaine d’années. Les notices évolueront, de nouvelles découvertes viendront compléter le récit. « C’est un ouvrage vivant, appelé à évoluer. »

  • Pour sortir de la crise, la Région Occitanie mise sur la souveraineté alimentaire

    Pour sortir de la crise, la Région Occitanie mise sur la souveraineté alimentaire

    Si pour la première fois depuis le début du Salon international de l’agriculture, aucun bovin n’était présent pour cause de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la Région Occitanie, elle, est bien là. Pas moins de 130 producteurs régionaux étaient présents pour mettre en valeur les produits du terroir, sous l’œil de Carole Delga, présidente (PS) de la Région. Car la collectivité socialiste a mis la main à la poche depuis plus de dix ans pour sauver un secteur victime de crises successives : aléas climatiques (gel, sécheresse, etc.) ou encore épizooties. Une nécessité tant la filière agricole représente un poids considérable dans l’économie occitane : avec 165 000 actifs et 17 milliards d’euros de chiffre d’affaires, elle est le premier secteur employeur régional. Ainsi, depuis dix ans [date de l’élection de Carole Delga à la tête de la Région], pas moins de 1,63 milliard d’euros a été investi dont 750 millions d’euros de fonds européens. Le budget régional dédié à l’agriculture a lui doublé sur la même période, passant de 30 à 74 millions d’euros.

    Des filières déficitaires

    Malgré ces efforts, les agriculteurs peinent à joindre les deux bouts. Leurs revenus sont parmi les plus faibles de France avec 13 200 euros par an, soit deux fois moins que la moyenne nationale. Dès lors, il devient urgent d’amplifier cette aide. « Depuis plusieurs années, je rencontre des agriculteurs fatigués, parfois découragés et en colère, qui ont le sentiment de devoir encaisser crise après crise sans jamais souffler. Trop souvent, on leur demande de changer, de s’adapter toujours plus vite, sans leur donner les sécurités nécessaires. Je refuse que celles et ceux qui nous nourrissent deviennent les oubliés d’un système qui exige beaucoup et protège trop peu », soutient Carole Delga.

    Alors, la Région entend mettre en place un Pacte de souveraineté alimentaire qui devrait être adopté à l’été 2026 – dont 16 millions d’euros seront mobilisés cette année. Nourri par les contributions de professionnels du secteur et de citoyens, ce dernier vise à assurer une meilleure souveraineté alimentaire. « Il fixera une ambition claire : structurer nos filières, sécuriser les revenus et renforcer la valeur ajoutée sur nos territoires », poursuit la présidente. Car si l’agriculture occitane compte nombre de filières, certaines sont déficitaires – telles les poires, les œufs, la viande bovine – or, les capacités de productions sont possibles. Ainsi, la collectivité prévoit d’accompagner ces filières via un contrat d’objectifs de production ou encore soutenir les initiatives souhaitant développer, produire ou commercialiser ces produits locaux, à l’instar de la Brique rose, brique de lait collectée, conditionnée et transformée en Haute-Garonne.

    Mais produire nécessite des terres. En ce sens, la Région mise sur la foncière agricole d’Occitanie. « La Région achète des terres, les garde un certain temps, les met à disposition des agriculteurs. Au bout de quelques années, quand les agriculteurs ont l’argent, ils rachètent leurs terres au même prix où nous les avons achetées, il n’y a pas de spéculation », détaille Carole Delga. Créée il y a trois ans, la foncière a permis de venir en aide à 26 agriculteurs en acquérant 620 hectares pour 2,7 millions d’euros. Nouveauté cette année, la foncière s’ouvre au financement participatif citoyen. L’autre levier que la Région souhaite mobiliser est l’accès à l’eau, ressource se raréfiant sous l’effet de la sécheresse. « Nous allons multiplier par deux le nombre de retenues collinaires aidées [100 projets ont été soutenus depuis 2024, Ndlr], remettre en service d’anciennes retenues collinaires qui ont 30, 40 ans, en créer de nouvelles dans certains territoires. Nous allons aussi étendre le tuyau Aqua Domitia », précise Carole Delga. Assez pour résorber la crise agricole en Occitanie ?

  • Une justice plus injuste en devenant payante

    Une justice plus injuste en devenant payante

    La loi de finance de 2026 instaure un droit de timbre de 50 euros que devront s’acquitter les demandeurs devant le Tribunal judiciaire ou devant le Conseil de prud’hommes afin de financer l’aide juridictionnelle (AJ) gérée par les Carpa (Caisses autonome des règlements pécuniaires des avocats) et limiter le nombre des procédures abusives. Les avocats devaient se féliciter de cette mesure qui permet d’accroître le budget de l’aide juridictionnelle comme ils le réclament régulièrement, celui-ci étant l’un des plus faibles des pays de l’UE, et pourtant la profession d’avocat condamne cette mesure et demande que d’autres moyens soient recherchés pour financer l’AJ. La mise en place de cette contribution en dit long du consensus qui existe dans la classe politique qui considère la justice, au mieux comme un service public, voir plutôt comme une administration improductive dont il faut réduire les coûts. Pourtant la Justice est l’un des trois piliers nécessaires au fonctionnement d’un État, au même titre que le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Et la Justice dans une démocratie représentative est le seul pouvoir que chaque citoyen peut exercer directement pour voir mis en œuvre les lois. Cette fonction régalienne qu’est la Justice doit demeurer gratuite, tout comme l’est le droit de vote ou l’assistance des forces de l’ordre. On n’imaginerait pas dans un autre secteur imposer aux usagers disposant de ressources plus importantes la charge des prestations fournies aux plus démunis. Cette contribution vise à faire financer par les justiciables les procédures d’autres justiciables oubliant que si les personnes saisissent les juridictions c’est qu’elles sont confrontées à une difficulté nécessitant l’intervention d’un juge. Personne n’aurait l’idée de faire payer aux patients aisés les soins prodigués aux patients les plus démunis. Les juridictions administratives sont exclues ce droit de timbre : Ainsi les personnes travaillant pour des personnes morales de droit public relevant de la compétence des juridictions administratives n’auront pas à s’acquitter du timbre de 50 euros et leurs collègues travaillant pour la même structure mais relevant de la compétence du CPH devront eux s’acquitter de ce droit, mettant à bas le principe d’égalité. Et le salarié dont l’employeur n’aura pas remis ses documents de rupture nécessaires à son inscription à France travail devra s’acquitter de 50 euros qui resteront à sa charge lorsque l’employeur, à la réception de la convocation en référé, lui enverra lesdits documents. En outre, les procédures abusives sont très rares au point qu’il n’existe pas de statistiques sur le sujet. Et la Justice est déjà dotée d’outils efficaces pour les sanctionner à l’article 32-1 du Code procédure civile. Ce texte prévoit une amende civile de 10 000 euros et des dommages et intérêts à verser à la victime de cet abus.

    Par Marjolaine Renversez, SAF Montpellier

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  • Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Montpelhièr l’Occitana : une force pour faire vivre la langue

    Faire de l’occitan autre chose qu’un patrimoine figé. C’est le sens de la démarche portée par le nouveau collectif Montpelhièr l’Occitana, officiellement lancé lors d’une conférence de presse organisée le 5 février. Pour la première fois à cette échelle, près d’une vingtaine d’associations occitanistes – culturelles, éducatives, sportives et médiatiques – ont décidé d’unir leurs forces pour interpeller publiquement les candidats aux élections municipales de mars 2026.

    « La langue est un ensemble cohérent »

    Coordonné par Pierre-Luc Angles, membre de la Calandreta dau Clapàs et du Cercle Occitan dau Clapàs, le collectif revendique une indépendance totale vis-à-vis des partis politiques. « Nous tenons à cette indépendance. Nous sommes dans une politique d’ouverture », insiste-t-il, rappelant que l’objectif n’est pas de créer un mouvement partisan, mais de peser sur le débat public. En toile de fond, un constat partagé : l’occitan est classé « en danger de mort » par l’Unesco, alors même que les sondages récents montrent un attachement fort de la population aux langues régionales. Le texte destiné aux candidats pose les bases d’une politique transversale en faveur de la langue occitane. Six axes structurent les propositions : développement de l’enseignement public et associatif, reconnaissance institutionnelle, soutien au tissu associatif, présence de l’occitan dans l’espace public, programmation culturelle dédiée et formation des agents territoriaux.

    Sur la question scolaire, les prises de parole ont souligné l’importance d’une politique d’offre. Marie-Jeanne Verny, présidente du Creo Lengadòc, défend l’idée que « tous les enfants de Montpellier ont droit à la connaissance de la langue du pays », y compris ceux dont les familles ne la demandent pas spontanément. À ses côtés, les représentants des Calandretas rappellent que plus de 550 élèves sont aujourd’hui scolarisés en immersion occitane sur le territoire montpelliérain, preuve d’une demande sociale bien réelle. Mais pour le collectif, l’école ne suffit pas. « Si les enfants ne rencontrent pas la langue dans la société, ils font du latin », résume Marie-Jeanne Verny. D’où la nécessité de sortir de ce qu’elle appelle le « syndrome de la langue dans le bocal » : une langue cantonnée aux salles de classe, aux associations ou aux événements ponctuels.

    Cette critique traverse l’ensemble des propositions. Signalétique bilingue, annonces sonores dans les transports, communication municipale, noms de rues : autant de leviers jugés sous-utilisés à Montpellier, en comparaison avec d’autres territoires comme le Pays basque ou Toulouse. « Il faut que les enfants entendent et voient que c’est une langue vivante », martèle Alain Bessière, président du Cercle occitan de Montpellier. Le volet culturel occupe également une place centrale. Théâtre, musique, littérature, sport traditionnel : le collectif plaide pour une programmation régulière et visible, inscrite dans les cahiers des charges des équipements subventionnés.

    Au-delà des moyens financiers, les associations réclament une reconnaissance politique claire : un service dédié à la langue occitane, une délégation identifiée, un chargé de mission à temps plein, et un rendez-vous annuel avec la municipalité pour évaluer les engagements pris. « La langue, ce n’est pas un événement, c’est un ensemble cohérent », résume Marie-Jeanne Verny. Reste désormais à voir comment les candidats aux municipales répondront à cette interpellation collective, inédite par son ampleur, à quelques semaines du scrutin.

  • Le projet inédit d’une Maison des étoiles dédiée au cancer du cerveau à Montpellier

    Le projet inédit d’une Maison des étoiles dédiée au cancer du cerveau à Montpellier

    « Le glioblastome est un cancer du cerveau sous sa forme la plus grave. Il touche 3 500 personnes par an en France. La médiane de survie est de 18 mois, et à ce jour il n’y a pas de traitement curatif », expose Laetitia Levère, cadre Ibode (infirmière de bloc opératoire) au CHU de Montpellier et fondatrice de l’association Des Étoiles dans la mer, devenue une référence nationale en matière de lutte contre le cancer du cerveau.

    Confrontée personnellement, il y a quelques années, à cette maladie qui a emporté son mari, Laetitia Levère a décidé de sortir ce cancer de l’épais silence qui l’enveloppe encore, en agissant, grâce à son association, sur le financement de la recherche (un million d’euros reversé depuis 2019), l’accompagnement des familles, et la sensibilisation du grand public. « Le cancer du cerveau bouleverse des vies entières. Il est temps que la société lui accorde la place, les moyens et l’attention qu’il mérite », estime la fondatrice de Des Étoiles dans la mer. Car ce cancer, l’un des plus agressifs et au plus mauvais pronostic, a un impact humain considérable sur les patients comme sur leurs proches. « Tous les jours on reçoit des appels de personnes désemparées, qui cherchent de l’aide ou des informations. »

    Le glioblastome se caractérise en effet par une évolution extrêmement rapide et des handicaps lourds (troubles moteurs, troubles de l’équilibre) dès les premiers symptômes, ainsi que par un déclin cognitif (troubles du langage, de la mémoire, de l’attention…).

    « Un refuge ouvert »

    C’est pour répondre à ce « besoin criant identifié sur le terrain : celui de l’après diagnostic, du quotidien bouleversé, de l’isolement des familles et de la fatigue physique et psychologique des aidants » que Des Étoiles dans la mer souhaite créer à Montpellier cette première maison d’accompagnement dédiée au cancer du cerveau. Un lieu destiné à la fois aux patients et à leurs proches, avec une double vocation. D’abord de répit et de bien-être. « On veut que cette maison soit un refuge ouvert, un temps pour soi dans un parcours de soins souvent brutal. Si les personnes veulent y séjourner 3 jours ou une semaine, elles le pourront, sans condition de ressource car ça ne sera pas lucratif. On souhaite l’ouvrir aussi aux aidants, pour qu’ils puissent souffler, rencontrer des personnes qui vivent les mêmes choses, partager leur vécu. Car c’est très difficile également pour les gens qui accompagnent. Ils minimisent leur atteinte mentale dans ce parcours », témoigne Laetitia Levère. De nombreuses activités tenant compte des handicaps visibles et invisibles y seront proposées : activité physique adaptée ; ateliers mémoire et attention, écriture, musique, arts, jardinage ; séances avec des esthéticiennes spécialisées en cancérologie, échanges avec des spécialistes d’onco-sexologie…

    La seconde vocation de la Maison des étoiles consistera à accompagner la fin de vie, dans une alternative à l’hôpital – « où on manque cruellement de lits de soins palliatifs – et à l’hospitalisation à domicile. « Une fin de vie avec ce cancer là à domicile, c’est très compliqué, ça peut être long et c’est forcément complexe parce que ça touche le cerveau, donc les fonctions cognitives. Le proche devient alors le soignant, sauf qu’on ne peut pas demander ça à quelqu’un. C’est trop lourd. Les familles ont besoin d’être entourées, soutenues dans leur parcours mais aussi sur cette fin de vie assez violente. »

    Quatre millions d’euros sont nécessaires pour que ce projet, « urgent car le besoin est réel », voie le jour. L’association lance donc un appel aux collectivités, aux mécènes et entreprises du territoire ainsi qu’au grand public, qui peut participer via un formulaire de don en ligne*. « Chacun peut apporter sa brique à la construction de cette maison, qui constituera un site pilote. Avec l’ambition, à terme, d’ouvrir d’autres Maisons des étoiles.»