Tag: Hérault

  • [Entretien] « Les femmes ne représentent que 20% des maires de France »

    [Entretien] « Les femmes ne représentent que 20% des maires de France »

    La Marseillaise : Pour la première fois lors des élections municipales de mars 2026, la parité obligatoire sur les listes électorales s’applique même aux communes de moins de 1 000 habitants. Qu’est-ce que cela va changer ?

    Geneviève Tapié : Depuis la première loi sur la parité, le nombre de conseillères municipales a bondi. Entre 2001 et 2020, on est ainsi passé de 31,7% de femmes dans les conseils municipaux à 42,4%. Ce chiffre incluait les communes de moins de 1 000 habitants, qui sont désormais soumises à la parité également. Donc à la fin du mois de mars 2026, la part de femmes dans les conseils municipaux devrait atteindre les 48%, bien qu’avec une petite déperdition possible, parce qu’il y a eu quelques autorisations de proposer des listes incomplètes. Cependant, il faut bien comprendre que la part des femmes à la tête des exécutifs, c’est-à-dire le nombre de femmes maires, progresse de son côté bien moins rapidement. Aujourd’hui, elles ne représentent qu’environ 20% des maires de France.

    Quelle est la situation en Occitanie ?

    G. T. : L’examen des 6 317 listes candidates au premier tour des prochaines élections municipales dans les 4 446 communes d’Occitanie révèle que les femmes ne représentent toujours que 20,11% des têtes de liste pour 2026. Par ailleurs, l’Hérault est un peu au-dessus de cette moyenne, avec 23,44% de femmes en tête de liste, et le Gard n’en compte que 18,40%. Pourtant, l’Occitanie est une région avec de nombreuses femmes à des postes de commandement, puisque la présidente de Région est Carole Delga et que quatre départements sont présidés par des femmes (l’Ariège, l’Aude, le Gard et les Pyrénées-Orientales).

    Qu’est-ce qui explique que les femmes soient sous-représentées dans les mandats de maires ?

    G.T. : D’abord, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de contraintes légales pour ces élections. Pourtant, on l’a fait pour les élections départementales, donc c’est possible de changer la loi pour instaurer la parité des maires. La deuxième raison, c’est que plus on monte dans les communes importantes et qui ont des moyens, moins il y a de femmes candidates. Ainsi, nous nous sommes rendu compte que les hommes laissent leur place principalement dans des communes dotées de peu de moyens. Sur le mandat sortant, il y avait 19% de femmes maires et 72% d’entre elles l’étaient dans des communes de moins de 1 000 habitants. Et ce manque de contraintes légales a aussi des conséquences dans les intercommunalités, parce que l’usage veut que ce soient les maires des communes qui y siègent et que ce n’est pas un scrutin au suffrage universel. C’est la raison pour laquelle le pourcentage de femmes dans les intercommunalités est honteux : il est inférieur à 30% ; le nombre de vice-présidentes est inférieur à 15% ; et le nombre de femmes présidentes est à peine au-dessus de 5%. Si elles sont rarement à la présidence des intercommunalités, c’est parce que les communes plus importantes y ont davantage de représentativité, et les femmes sont plus souvent à la tête de petites communes, qui ont donc moins de représentativité.

    Donc selon vous, la solution passe par les évolutions législatives ?

    G. T. : Oui, pour que les choses changent, il faut des lois. Notamment parce que souvent, la société est en avance sur ses élites et ses décideurs. La preuve étant que si vous leur demandez, une majorité des Français est favorable en principe à ce que les femmes soient maires. Mais même avec une opinion publique favorable, il y a toujours des résistances. Ce combat pour faire évoluer la loi se mène à plusieurs échelles, et notamment au niveau européen. Rappelons que la première loi sur l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes de 1972 était la traduction dans le droit national d’une directive européenne. Nous, à l’Observatoire régional de la parité, nous menons donc une action internationale poussée, notamment avec des femmes allemandes, parce que si la Commission européenne prend une directive sur la parité des mandats de maire, les États membres seront obligés de suivre.

    Propos recueillis par Nina Bailly

  • Titres de séjour « étudiant » : plus de 1 000 dossiers en attente

    Titres de séjour « étudiant » : plus de 1 000 dossiers en attente

    Nous tenons des permanences toutes les semaines. Depuis quelque temps, des dizaines d’étudiants nous contactent car ils n’ont toujours pas reçu de confirmation du renouvellement ou de la demande de leur titre de séjour étudiant », explique Mathéo, membre de Réseau université sans frontières (RUSF) 34, qui accompagne des étudiants étrangers dans leurs démarches administratives.

    « Habituellement, dans ces cas-là, on contacte un délégué du défenseur des droits, qui interpelle la préfecture et nous permet, souvent, d’accélérer la situation, ou tout au moins d’avoir une réponse. Cette fois, malgré l’intervention du délégué du défenseur des droits, rien ne bouge », poursuit le militant.

    L’association a donc multiplié les sollicitations de la préfecture, laquelle a fini par répondre qu’« à ce jour plus de mille dossiers sont à traiter », au motif que « le service qui traite des demandes “étudiant” connaît actuellement une surcharge de travail et un sous-effectif croissant », rapporte RUSF. « La dégradation des conditions de travail des agents et la dégradation du service rendu aux usagers sont les deux faces d’un même problème : les coupes budgétaires et les politiques répétées d’austérité dans les services publics », dénonce l’association.

    « Cette situation alimente l’angoisse, l’incertitude et la précarité de nombreux étudiants dont la situation dépend directement de ces démarches administratives », insiste RUSF. Certains peuvent en effet voir leur année invalidée par l’impossibilité d’obtenir une alternance ou un stage faute de titre de séjour. Qui plus est, « sans titre de séjour on ne peut pas travailler à côté de ses études », complète Mathéo, qui pointe également l’impact psychologique de ces dysfonctionnements administratifs : « Il y a des étudiants qui font des crises d’angoisse, ils nous disent qu’ils sont débordés par la situation, que ça les stresse. Beaucoup envisagent d’abandonner leurs études. Ils vivent dans la peur d’un contrôle de police », décrit-il.

    Plus globalement, l’association dénonce les politiques menées au niveau national, jugées discriminantes : la loi « bienvenue en France », qui instaure des frais d’inscription différenciés, les étudiants extra-européens payant 16 fois plus cher (2 850 euros pour une inscription en licence et 3 879 euros pour un master) ; la décision récente du gouvernement de supprimer les APL (aide pour le logement) pour les étudiants non européens ; ou encore l’annonce d’un « travail » engagé pour « renforcer la sélectivité des étudiants étrangers », « ce qui risque une nouvelle fois de dégrader leurs conditions d’accueil et d’études ».

    Outre l’abrogation de ces mesures, RUSF 34 réclame « la mise en place de mesures exceptionnelles pour traiter les dossiers les plus urgents et la garantie qu’aucun étudiant ne soit pénalisé du fait des retards administratifs. » L’association revendique également « le recrutement immédiat de personnel supplémentaire » et appelle les étudiants concernés à se faire connaître*.

    * Par mail sur : rusf34montpellier@gmail.com

  • Un mandat de plus pour Frédéric Lacas à Sérignan ?

    Un mandat de plus pour Frédéric Lacas à Sérignan ?

    Installé confortablement dans le fauteuil de maire depuis 2008 à Sérignan, Frédéric Lacas (DVD) espère décrocher un quatrième mandat dans cette commune biterroise de près de 8 500 habitants. Un projet s’inscrivant dans la continuité. « Depuis 2008, nous avons fait pas mal de choses pour le bien-vivre, porter l’humanisme. Nous ne faisons pas de la politique politicienne mais ce qu’attendent les habitants : encadrer la jeunesse en créant une crèche, mettre de la sécurité », soutient Frédéric Lacas. Le maire sortant annonce néanmoins la couleur : « Nous allons continuer mais dans une gestion raisonnée car l’État, les collectivités se désengagent de plus en plus. On connaît la situation financière de notre France. » Au risque d’opérer différents arbitrages en fonction des projets. La pierre angulaire de Frédéric Lacas est l’attractivité du cœur de ville. En ce sens, le candidat entend favoriser le commerce – en créant notamment des places de stationnement gratuites – développer le tourisme ou encore créer une salle des fêtes.

    L’attractivité de la ville est aussi une priorité pour Raphaël Arnaud, responsable technique chez Enedis et seul autre candidat (SE) en lice. « Il faut agir au niveau du centre qui est en train de mourir. Il n’y a pas eu d’actions particulières par rapport à la rénovation, l’habitat indigne, etc. », insiste celui qui était déjà présent en 2020 sur la liste de Yannick Benezech. Reprochant à Frédéric Lacas un manque d’écoute, Raphaël Arnaud promet de « mettre en place les outils de gestion financière devant conduire à une réduction d’impôt pour la part communale ». Un autre enjeu pour le candidat est le devenir du quartier de la Galine, actuellement sous tutelle de l’État. « Il faut apporter des services à ce quartier qui s’est développé à vitesse grand V. La commune l’a subi mais il n’y a pas eu d’aménagements particuliers pour le cadre de vie », regrette Raphaël Arnaud. Un état des lieux partagé par le maire sortant. « Il va falloir le réorganiser. On voudrait faire sorte qu’il y ait des équipements publics, des espaces de jeux, végétaliser au maximum », énumère Frédéric Lacas. Aux Sérignanais de trancher.

  • [Entretien] Michaël Delafosse : « Faire de la ville de Montpellier une locomotive de l’emploi  »

    [Entretien] Michaël Delafosse : « Faire de la ville de Montpellier une locomotive de l’emploi  »

    La Marseillaise : Vous avez gagné en 2020 en tant qu’outsider. Êtes-vous confiant dans le rôle du favori ?

    Michaël Delafosse : J’ai l’expérience du maire mais je vis la campagne avec la même exigence qu’en 2020. On a fait 12 réunions publiques, on aura un meeting de clôture, on n’esquive aucun débat. Certains ont les moyens de se payer des sondages, il ne faut pas s’y fier, ils sont aussi des outils de manipulation de l’opinion. Le meilleur sondage, c’est d’aller à la rencontre des habitants, de se nourrir des discussions.

    Vos 10 opposants vous décrivent comme macroniste, décidant seul, l’incarnation du système PS ayant endetté la Ville…

    M.D. : L’institut Montaigne nous classe comme 2e ville la mieux gérée de France avec une situation financière qui s’est améliorée depuis 2019. Je regrette l’absence de rigueur dans l’opposition. Le tramway est un investissement pour 50 ans au moins et la rénovation des écoles, on ne pouvait pas attendre. Roosevelt a eu raison de faire le New Deal, les USA en bénéficient. Certains opposants n’ont même pas siégé [Mohed Altrad, Ndlr]. Je décide avec le conseil municipal et de Métropole avec 30 autres maires avec qui je ne me suis pas fâché. C’était ma promesse de gouvernance apaisée. LFI est dans la caricature. Je serais macroniste parce que j’ai accueilli le Président de la République ou François Bayrou ? Quand on est de gauche, on défend la laïcité, la liberté de conscience. Je dois à Mélenchon mes convictions laïques, lui a évolué sur le sujet. J’observe que LFI n’a qu’une seule cible, c’est la gauche. Ils se sont opposés à la gratuité des transports, à la résorption du bidonville de Celleneuve. Leur tract n’est pas pour Montpellier c’est contre ce que nous faisons. Ce sont des caricatures, on voit bien que madame Oziol ne veut pas être maire de Montpellier. Elle est là à d’autres fins, pour financer plus de permanents pour son parti ou autre.

    Georges Frêche voulait développer la ville vers la mer. Quelle est votre vision de la métropole ?

    M.D. : J’entends agir sur toutes les échelles. Président de la Métropole, je serai très actif pour poursuivre les coopérations avec nos voisins, quelle que soit leur couleur politique. C’est l’intérêt général qui doit primer. Je veux qu’on traite à égale dignité chaque quartier. D’où mon ambition à la Mosson avec l’Anru pour réaménager. C’est aussi un enjeu à l’échelle métropolitaine. Les habitants avenue de la Justice de Castelnau ont des voitures venant du Crès et de Vendargues. D’où le développement du bustram. Pareil sur l’avenue de Toulouse avec du trafic depuis Pignan. D’où le contournement routier ouest…

    Montpellier gagne 4 000 habitants par an. Est-ce soutenable ?

    M.D. : On ne peut pas être la seule ville qui accueille la croissance démographique. Il faut la répartir. On travaille avec Sète, Lunel et Lodève. Il y a un enjeu de rééquilibrage du territoire. Cela passe par le Service Express régional métropolitain (Serm) avec des car express, les coopérations économiques, l’offre de santé. Je défends l’étoile ferroviaire mais ce sera cher et long alors que la LGV va cadencer le TER pour les travailleurs. Je suis abasourdi de voir que madame Oziol ne veuille pas améliorer le train du quotidien. Je dis aussi que le tramway doit sortir de la métropole par le Sud. Les habitants de Mauguio-Carnon galèrent dans les embouteillages.

    Donc la 5e ligne de tramway n’a pas sifflé la fin des grands chantiers ?

    M.D. : Pour des raisons financières, il n’y aura pas de 6e ligne dans le mandat. Mais il nous reste 4 lignes de bustram à finir d’ici 2032. Et on fera sortir le tramway vers le port de Carnon ou l’aéroport. On verra avec leur prochain maire. Le rôle du maire c’est de voir loin pour agir juste.

    Vous voulez créer 30 000 emplois. Comment comptez-vous faire ?

    M.D. : Quand vous connectez la gare Sud de France au tramway, quand vous vous équipez de la plus grande centrale géothermie de France, quand vous adoptez un Plan local d’urbanisme intercommunal avec 350 hectares réservés aux entreprises, vous créez des conditions favorables pour attirer des entreprises comme Cykero, dans les jeux vidéo, les studios de cinéma, la bioproduction de médicaments, le tourisme… Nous devons être attractifs et répartir les entreprises dans la métropole. Dans une France des procédures qui dévore la France des projets, Montpellier doit être une locomotive de l’emploi.

    Que peut vraiment faire un maire contre le narcotrafic, ce fléau ?

    M.D. : D’abord ne pas faire l’autruche, ne pas dire comme mon prédécesseur, la sécurité c’est l’État. Le narcotrafic nécessite la mobilisation de tous. J’ai eu des engagements forts qui m’ont valu d’être menacé. Les condamnés pour deal ont été expulsés de leur logement social. Je mène un combat contre les vitrines du narcotrafic que sont les épiceries de nuit. L’immense majorité sont des lessiveuses. Notre arrêté renforce les pouvoirs du préfet et du maire. Ensuite on va ajouter 100 policiers municipaux et doubler les caméras (1 000 au total). On fera des campagnes de prévention de santé contre la cocaïne, on sera aussi aux côtés de la Protection judiciaire de la jeunesse.

    Vous avez reconnu un « fiasco » sur les déchets. La chaudière CSR décriée est-elle la seule solution ?

    M.D. : C’est la solution validée par tous les maires et préconisée par l’agence de l’énergie (Ademe) que l’extrême droite veut faire fermer. Il y a un CSR en plein milieu de Copenhague. On va faire le nôtre à Ametyst à 45 mètres de l’autoroute. On sera très vigilant sur la qualité de l’air. Si on ne fait rien, les feuilles d’impôt vont exploser pour exporter par camions nos déchets dont plus personne ne veut. J’observe que le maire EELV de Lyon n’a pas fermé son incinérateur. On doit être à fond sur le tri et avec les 40 000 tonnes qui restent nous produiront de l’énergie qui fera baisser la facture de 20 000 ménages et la taxe des ordures ménagères de 10%. Je reconnais mon erreur de ne pas avoir mesuré la gravité de la situation. On fera une concertation.

    Comptez-vous peser à la présidentielle face au danger RN ?

    M.D. : Mon seul adversaire dans cette campagne c’est l’extrême droite. Ceux qui se réclament de gauche, je suis frappé par l’énergie qu’ils mettent à essayer de l’affaiblir. Je crois que ce que nous défendons à Montpellier peut être inspirant, que la question écologique doit toujours être liée à la question sociale : c’est l’exemple de la gratuité des transports. Nous devons être des combattants indéfectibles de la culture et du sport pour tous… Je serai dans le débat national. Je suis frappé qu’il soit aussi coupé des réalités vécues par les gens. Il faut donner de la force à nos services publics. L’École et l’Hôpital public doivent être plus efficaces. Je prendrai la parole sur ces sujets après les municipales.

  • Le CHU de Montpellier va implanter une antenne à la Mosson

    Le CHU de Montpellier va implanter une antenne à la Mosson

    « Si je suis réélu, ce projet fera l’objet de l’une de nos premières délibérations », promet Michaël Delafosse. Ce dernier a inscrit dans son programme de campagne l’implantation, en lieu et place de l’ancienne tour d’Assas, récemment détruite, d’une annexe du CHU de Montpellier. Un symbole fort dans un quartier populaire, La Mosson, en pleine mutation.

    « L’accès à la santé est un enjeu majeur », insiste le maire de Montpellier, notamment pour « une population dont on sait qu’elle est plus vulnérable », mais aussi dans une perspective plus globale de rééquilibrage de l’offre de soins à l’ouest de Montpellier, « pour Juvignac, pour Saint-Georges. Demain, avec le contournement ouest et le Lien, cette partie de la ville va être très accessible », poursuit-il.

    Initialement, c’est la clinique Clémentville qui était pressentie pour être transférée sur ce vaste terrain appartenant à la Ville. « Mais ils nous ont fait faux bond », résume Michaël Delafosse, qui a alors sollicité le CHU de Montpellier. Lequel a tout de suite adhéré à ce projet d’une antenne délocalisée à La Mosson. « C’est mettre du service public au cœur d’une entreprise de rénovation urbaine, comme on va continuer à le faire avec la piscine Neptune ou la rénovation du stade », insiste l’édile.

    « Co-construire avec les habitants »

    Du côté du CHU, on planche donc désormais sur le détail du projet. « On a là un territoire montpelliérain en pleine reconfiguration. Ça nous a semblé être un endroit opportun pour faire du aller-vers sur des thématiques et un projet médical qu’on est en train de construire avec les professionnels du CHU, mais qu’on souhaite également co-construire avec les habitants, pour coller au mieux à leurs besoins », explique Anne Ferrer, directrice du CHU de Montpellier. « On sait par exemple que des demandes ont été formalisées en termes de prévention des consommations addictives ou d’aide au sevrage, en matière de santé mentale aussi. On va donc solliciter des représentants d’associations ou des habitants qui ont envie de s’exprimer sur leur quartier », poursuit-elle.

    « L’idée est de proposer une offre de soins in situ et ce faisant, de pouvoir réinsérer dans un process de soins certains profils de patients. Je suis une militante de la santé publique, je trouve que c’est un bien précieux qu’il faut défendre et savoir adapter aux publics qui peuvent en être soit éloignés, soit écartés. Comme pour la Maison des femmes, je pense qu’on va répondre à un vrai besoin », considère Anne Ferrer.

    S’il faudra un certain temps, encore, pour que ce projet d’hôpital hors les murs soit entièrement ficelé, on en connaît déjà les bases. « On sera sur un plateau technique imagerie – biologie, on va faire des consultations, de l’hôpital de jour et de la prévention. L’idée serait de pouvoir offrir un accès à toutes les disciplines du CHU sur des plages où on prendrait rendez-vous, avec également des créneaux de soins non programmés pour ceux qui en auront besoin », livre la directrice.

  • Michaël Delafosse, atouts pour un 2e mandat à Montpellier

    Michaël Delafosse, atouts pour un 2e mandat à Montpellier

    Philippe Saurel, Patrick Vignal ou Michaël Delafosse ? Des trois prétendants à la succession de Georges Frêche, Montpellier serait-elle sur le point de choisir le dernier ? « L’empereur de Septimanie » n’ayant pas désigné d’héritier politique, il règne depuis sa disparition le 24 octobre 2010 une instabilité chronique à gauche sur « le Clapas ». Mais après les échecs de Patrick Vignal à s’imposer ou de Philippe Saurel à confirmer en 2020, Michaël Delafosse a l’occasion de s’installer pour de bon dans le fauteuil de maire de la 7e ville de France.

    Le professeur d’histoire/géo a peut-être déjà fait le plus dur. Outsider en 2020, il réussit son pari et devient maire à 43 ans, soit quatre de plus que Georges Frêche qui avait fait basculer Montpellier à gauche en 1977. Est-ce le début d’une nouvelle ère pour la capitale héraultaise ? Le retour en force du PS qui donne des vertiges au milliardaire Mohed Altrad ? On disait Georges Frêche « bâtisseur » et « visionnaire ». Il est trop tôt pour dire si telle ou telle réalisation a fait basculer dans une nouvelle dimension Montpellier qui séduit 4 000 habitants de plus par an. Mais M. Delafosse a réveillé « La Surdouée ». A la gestion financière conservatrice de Saurel, ont succédé les investissements tous azimuts de Michaël Delafosse et de sa majorité de gauche. En plein Covid, le maire, qui préside la Métropole, met la ville en chantiers : 5e ligne de tramway, extension de la ligne 1 vers la gare TGV, bustram… Pari osé. La dette se creuse mais pour mieux parier sur l’avenir, assure l’édile socialiste qui veut incarner une gauche moderne, plus pragmatique que dogmatique, tout en refusant de faire l’autruche sur la sécurité, la laïcité. Au risque d’acter le divorce post-NFP avec la gauche radicale.

    Ses adversaires reprochent à Michaël Delafosse de décider seul. Il n’a jamais dégainé le Référendum d’initiative citoyenne qu’il avait promis. Mais il aime pourtant consulter, arpenter le terrain, aller à la rencontre. A la différence de son prédécesseur, il ne s’est pas fâché avec de nombreux maires de la Métropole. Montpellier travaille à nouveau avec la Région et le Département. Au conseil municipal, le maire s’appuie sur les communistes et des écologistes. Autant de forces politiques qui, en 2026, lui renouvellent sa confiance avec une place de choix faite à la société civile.

    Son premier mandat a connu des ratés. Faute de financements, seule une demi-ligne de bustram a pu être finalisée (les 4 autres doivent l’être d’ici 2032). La tarification incitative n’a pas été mise en place sur les déchets qui sont un point noir de longue date. La Ville a échoué à devenir capitale européenne de la culture 2028. Mais la plupart des promesses ont été tenues : mutuelle communale, police des transports, tarification éco-solidaire de l’eau, encadrement des loyers, sécurisation des écoles… 50 000 arbres ont beau avoir été plantés, le grignotage des terres agricoles et l’urbanisation galopante restent un angle d’attaque majeur pour les opposants. Mais la gratuité des transports change à ce point la vie des gens qu’aucun prétendant à la mairie n’ose dire qu’il y mettrait un terme.

    Michaël Delafosse l’affirme : « J’ai un cap pour Montpellier ». Conscient que les habitants ont besoin de souffler, il souhaite ralentir sur les grands travaux (hors renouvellement rbain) pour se concentrer sur « l’embellissement » des quartiers, leurs places et leurs trottoirs pour une « ville marchable » en plus d’être cyclable. Une « ville-parc respirable » et rafraîchie avec des chemins de l’eau (Arceaux, Antigone, Lez…). Une ville « à hauteur d’enfants » suivant le chemin de l’écolier. Une ville « qui protège » (1000 caméras, 100 policiers de plus, une agence municipale du logement), « attractive » et qui prenne soin du pouvoir d’achat.

    A deux semaines du scrutin, rien n’est fait pour le favori des sondages. Aux électeurs de dire s’ils veulent transformer l’essai.

  • « Marier l’art et la science : le musée pourrait poursuivre dans cette lignée »

    « Marier l’art et la science : le musée pourrait poursuivre dans cette lignée »

    La Marseillaise : Vous connaissez très bien le musée de Lodève, puisque vous y travaillez depuis près de 20 ans. Quel est votre parcours au sein de l’établissement ?

    Aurosi Moreno : Je suis arrivée en 2008, au départ pour un double poste réparti entre les visites guidées et la partie préparation des expositions, sur un volet plutôt logistique. J’ai rapidement basculé en totalité sur la partie préparation des expositions et à partir de 2010, ma participation dans les expositions a augmenté jusqu’à ce que je prenne en charge certaines expositions en co-commissariat ou en commissariat. Parallèlement, j’ai passé des concours, ce qui m’a permis de me positionner sur le poste de direction. Je pense qu’au-delà des compétences qui ont pu être reconnues sur le volet scientifique, ce qui a fait la différence est que j’avais non seulement une très bonne connaissance de ce musée, mais aussi l’envie de le faire bouger. Il y a encore plein de choses en devenir et à faire.

    Pouvez-vous nous présenter les collections du musée de Lodève ?

    A.M. : Nous possédons un très beau fonds Paul Dardé, artiste lodévois né en 1888 et décédé en 1963, qui a eu son heure de gloire autour des années 1920. C’est un sculpteur de renom dont les pièces sont rentrées dans les collections publiques. Vous pouvez par exemple voir à Orsay une très belle tête de Méduse, « L’éternelle douleur ». C’est un artiste passionnant qui a claqué la porte à la gloire parisienne pour retourner dans sa ville natale de Lodève, mu par une forte envie de décentraliser les arts, que les petites villes de province aient leur musée. Il a également réalisé de nombreux dessins et illustrations d’œuvres littéraires. Un parcours dédié nous plonge dans son univers, grâce à une collection riche d’à peu près 600 sculptures et pas loin de 6 000 dessins. Il y a ensuite les fonds scientifiques, avec les collections archéologiques qui comptent près 20 000 pièces, mises en valeur dans un parcours qui raconte la Préhistoire et en particulier le Néolithique. Enfin nous disposons également d’une très belle collection sciences de la terre, avec un parcours qui relate l’histoire de la Terre depuis l’explosion de la vie il y a 540 millions d’années. La collection est constituée de 300 roches et minéraux et de 1 600 fossiles issus des environs géologiques. Car la particularité de ce musée, c’est qu’on arrive à parler de 540 millions d’années rien qu’avec des collections prélevées sur le territoire ! C’est une petite prouesse… Ce musée m’enthousiasme encore au bout de 18 ans !

    Que souhaitez-vous impulser, sur quels axes comptez-vous travailler ?

    A.M. : Concernant Paul Dardé, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à faire autour de cet artiste. Ensuite, il y a ce volet scientifique, qui est passionnant. Il faut voir l’engouement qu’a suscité, tout récemment, la découverte du squelette de crocodile vieux de 180 millions d’années ! J’avais déjà à cœur de marier l’art et la science et je pense que le musée de Lodève pourrait tout à fait poursuivre dans cette lignée, c’est-à-dire avec de belles expositions beaux-arts mais aussi avec des thématiques un peu scientifiques, qui attirent un public plus large.

    Je souhaiterais également renforcer la dimension de proximité, car le musée de Lodève est un musée de territoire, je crois qu’il y a une carte à jouer à ce niveau-là. Pour ce qui est des grandes lignes à développer, elles sont actuellement en cours d’écriture dans le cadre du projet scientifique et culturel du musée, sorte de ligne éditoriale. Cela va nous occuper pendant tout 2026 et probablement une partie de 2027.

    Que réserve la prochaine exposition ?

    A.M. : Elle débutera le 18 avril et sera dédiée à l’art aborigène, à travers plus d’une centaine d’œuvres réalisées entre les années 1990 et 2000. Pourquoi l’art aborigène trouve sa place au musée de Lodève ? Car c’est l’occasion de questionner une autre culture et le rapport qu’a cette culture au territoire. Or comme je le disais, le musée de Lodève est un musée de territoire. Si nous, peuple occidental, avons une certaine possessivité par rapport à cette terre, on apprend que là non, c’est la terre qui nous possède. C’est une autre vision, qui se répand sur les œuvres.

  • [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    [Divergence] Les enjeux de la campagne vus par les politologues

    Françoise Verna : Est-ce que la crise politique nationale va peser dans l’issue de ces municipales ?

    Emmanuel Négrier : Oui et non. Oui dans le sens où c’est une élection extrêmement suivie au sein de laquelle les problématiques de gestion municipale, les programmes, passent souvent au second plan au profit des options en faveur ou contre tel ou tel. Derrière cela, il y a des mécontentements qui dépassent largement la sphère de la gestion municipale. Cela est d’autant plus vrai que les communes sont grandes. La nationalisation de la vie politique, même si elle est limitée, a plus de prises dans les grandes villes. On le voit à Montpellier où l’élection est riche en argumentations qui font par exemple de Michaël Delafosse le suppôt du macronisme pour ses adversaires. Il peut y avoir une sorte d’élection intermédiaire qui sanctionne ceux qu’on estime être au pouvoir. Nuance de taille, c’est aussi à l’échelle des grandes villes que le RN est le plus handicapé. Cette expression-là ne trouve pas forcément sa place.

    F.V. : Un mot à ajouter, Julien Audemard ?

    Julien Audemard : Il faut faire une distinction nette entre la vie politique dans les grandes villes et celle des plus petites communes, relativement dépolitisées. Le poids de la compétition nationale peut jouer dans les grandes villes. Mais qui doit-on sanctionner ? Quels édiles appartiennent au camp de la majorité présidentielle ? Très peu.

    Rémy Cougnenc : Plus personne ne se revendique du macronisme. On a d’autant plus de mal à imaginer une vague de dégagisme qu’il existe la fameuse prime au sortant…

    E.N. : Son enracinement local étant faible, le macronisme a tendance à partir avec la droite plutôt que seul. La prime au sortant est liée à ce capital d’enracinement. La gestion municipale produit certes des mécontents, le maire est à portée de baffes mais produit aussi beaucoup d’intérêt. Une élection municipale peut être vue comme la transformation, la transsubstantiation provisoire d’un capital culturel, social et économique en capital politique. Les affaires municipales remuent cet ensemble d’intérêt. Il n’est pas illogique que le sortant, au centre, bénéficie d’une prime d’autant plus importante que le scrutin est de liste.

    F.V. : Le RN crédité de gros scores à Nîmes peut-il avoir des accointances au 2nd tour avec la droite divisée ? Le niveau du RN est-il le reflet de son ancrage, a-t-il franchi un palier ?

    E.N. : Nîmes c’est très intéressant car n’étant pas une grande métropole, sa capacité de résistance au RN y est sans doute plus faible. Mais c’est une ville avec des quartiers populaires sensibles où le RN pénètre difficilement. Une ville moyenne dans une situation d’usure de la droite et de division des héritiers, circonstance qui, on l’a vu à Beaucaire, Béziers ou Perpignan, produit mécaniquement un appel d’air en faveur du RN. Ceci dit on a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union [derrière Vincent Bouget, Ndlr] où LFI pèse relativement peu. Cela donne une conjoncture ouverte. Je ne parierais pas sur une capacité d’union des droites. On ne voit pas très bien l’intérêt de Julien Plantier de servir de marchepied à Franck Proust, encore moins en faveur du RN. À Nîmes, le second tour sera sans doute un peu flamenco plutôt favorable aux forces de gauche même si elles sont minoritaires dans le Gard.

    Olivier Nottale : Cette union des droites qui irait jusqu’au RN n’est-elle qu’un fantasme ?

    J.A. : À l’heure actuelle, il n’y a pas d’accord au niveau national à part Éric Ciotti mais on est moins sur une union des droites qui irait du centre droit au RN. Localement c’est aussi le cas. Les édiles de droite savent ce qu’ils ont à perdre avec ce type d’alliances. Le RN lui-même y a-t-il intérêt ? Dans le Gard, les députés du RN s’engagent assez peu dans la bataille.

    F.V. : Michaël Delafosse est haut dans les sondages. Est-ce plié à Montpellier ?

    J.A. : Il ne faut jamais dire jamais en politique avec des principes d’alliances à géométrie variable. Ceci dit, à Montpellier, les équilibres politiques et sociologiques sont assez favorables à Michaël Delafosse. J’ai du mal à imaginer un scénario où au 2e tour LFI arriverait à agréger les déçus de M. Delafosse, qui ne sont pas tous de gauche comme l’électorat d’Altrad ou Gaillard. Sur quelle base iraient-ils sur une liste de la France Insoumise ? Les alliances étranges qu’on a vues il y a 6 ans à Montpellier [Alenka Doulain et Rémi Gaillard derrière Mohed Altrad, Ndlr] n’ont pas eu beaucoup de réussite. Cette expérience malheureuse a pu laisser des traces.

    F.V. : Pourquoi la liste écologiste de Jean-Louis Roumégas est-elle en perdition ?

    E.N. : La division chez les écologistes est un sport national. À Montpellier, elle est même paroxystique. Dès que quelqu’un a une stratégie autonome, il y en a toujours un pour développer la stratégie opposée. Résultat : on a des écologistes un peu partout. Quant aux électeurs, certains se retrouvent assez bien dans l’écologie politique défendue par M. Delafosse : transports en commun gratuits, pistes cyclables, 50 000 arbres plantés… Un bilan qui peut revendiquer, non sans critique, une certaine accroche avec l’écologie politique. D’autres vont considérer au contraire que son bilan est celui d’une artificialisation accrue des sols, d’un traitement des déchets problématique, d’un contournement routier…

    F.V. : La gauche est souvent divisée mais on voit des alliances comme à Grabels ou Alès, y compris entre PCF et LFI…

    E.N. : L’élection municipale provoque un rapport au bien commun de proximité, aux intérêts des gens. Les maires Insoumis sont peu nombreux et tournent le dos à une partie du programme national de LFI, comme René Revol à Grabels. Cela reflète des besoins qui s’expriment, par exemple, sur la vidéosurveillance. Il y a des formes d’atténuation par le fait d’être embarqué dans le même bateau sur les mêmes enjeux de service public. Localement, les différences tendances à gauche peuvent trouver un avantage à rester ensemble plutôt qu’à laisser la place à la droite.

    O.N. : Julien, qu’en pensez-vous ?

    J.A. : À Grabels, René Revol est un maire sortant, son intérêt est de préserver des équilibres, de rassembler, pour conserver une majorité large avec une politique du compromis. À Alès, LFI est alliée avec le PCF mais pas avec le PS [derrière Basile Imbert, Ndlr]. On retombe sur des formes de programme plus disruptives. La proposition de LFI (dans la liste du communiste Paul Planque) de réduire la vidéosurveillance, a fait polémique alors qu’Alès est confrontée au narcotrafic. Cela s’explique parce que cette liste est dans une logique d’opposition à une majorité de droite sortante.

    R.C. : Les Républicains pourraient perdre Nîmes, leur plus grande ville française. Dans l’Hérault, c’est compliqué à Sète ou Agde avec des maires pris dans des affaires qui sont partis. La droite n’est-elle pas celle qui a le plus à perdre ?

    E.N. : C’est tout à fait juste. Dans l’océan de stabilité dans lequel nous nageons, il y a des situations dans lesquelles il y a un danger plus grand pour les sortants, surtout quand ils ne sont plus vraiment là. À Agde ou Sète, les successions n’ont pas été préparées, c’est une situation de fragilisation de la droite, de même que l’usure du pouvoir. C’était aussi la trajectoire biterroise en 2014 [Robert Ménard après l’UMP Raymond Couderc, Ndlr] qui s’est confirmée en 2020. Toutefois, on a l’impression dans l’Hérault que la gauche reste hégémonique. Or, c’est loin d’être le cas. Si on regarde les 166 communes de plus d’un millier d’habitants, on a en moyenne 2,3 listes présentées en 2020, score faible en période Covid. Sur ces communes le rapport de force n’est pas si favorable que ça à la gauche, à peine plus de 50%. La droite a de beaux restes, elle dirige environ 36% de la population dans l’Hérault. L’impression qui domine est celle d’un département qui se droitise, à l’image du Crès ou de Clermont-l’Hérault en 2020. Dans l’autre sens, il y a eu Pézenas passée à gauche ou Saint-Jean-de-Védas ou Juvignac dans d’autres circonstances. On a en tête que le conflit majeur est en la droite et la gauche. Mais ces confrontations en 2020 ne concernaient que 18% des situations.

    R.C. : On voit fleurir des listes sans étiquette, apolitiques, avec des noms de listes – « Mon parti c’est Lunel » – qui ne disent rien des idées. Cela traduit-il la crise des partis politiques ?

    E.N. : Cela traduit un déficit total d’enracinement des partis politiques et la montée en puissance d’une réflexion sur le bien commun qui ne s’embarrasse plus d’une logique de programme de partis. Vous pouvez avoir des appareillements locaux de gauche et de droite sur une philosophie. Ça a commencé aux élections départementales 2021 avec des binômes gauche/droite. Ça continue à Lunel ou Mauguio.

    F.V. : Si l’Hérault se droitise, est-ce dû à la prégnance des idées d’extrême droite ?

    J.A. : Je répondrais plutôt par la négative. On observe la droitisation de certaines petites villes par des maires plutôt divers droite ou de centre droit. On n’a pas de raz-de-marée extrême droitier en la matière.

    F.V. : Le RN porte un discours d’étape vers 2027, comme s’il enjambait ces municipales ?

    E.N. : Le RN a besoin de villes fortes, notamment en vue des sénatoriales de septembre 2026. Va-t-il y arriver ? Je suis circonspect là-dessus. Dans la région, les situations où le RN est en capacité de l’emporter sont toujours ultra-spécifiques, Agde étant l’un des cas typiques avec une explosion des candidatures à droite, une atmosphère générale de trahison du camp des sortants. Il faut rester prudent. Le RN, on ne l’aime jamais tant que quand l’élection est très lointaine. Il gagne aux européennes, il gagne des galons à la Présidentielle, aux législatives, ils ont désormais des députés mais aux élections locales…. Pouvez-vous faire une campagne politisée sur les idées du RN dans une commune de 500 habitants ?

    J.A. : Les thèmes développés par le RN ne sont pas forcément ceux relevant des compétences des maires. Certes l’ancrage du RN a progressé dans les circonscriptions mais faut-il qu’il soit capitalisé politiquement dans les communes. Ce n’est pas si simple, on le voit dans le Gard. Un plafond de verre ? Peut-être mais en réalité, la difficulté qu’a le RN à gagner des grandes villes LFI l’a aussi et dans une moindre mesure les Verts l’ont aussi, même s’ils ont réussi à en conquérir quelques-unes.

    R.C. : À Montpellier, J.-L. Mélenchon a obtenu 40% à la Présidentielle 2022. La candidate LFI Nathalie Oziol, certes en 2e position, n’est créditée que de 16%…

    J.A. : La logique de vote n’est pas la même. J.-L. Mélenchon a bénéficié d’une logique de vote utile, la candidate du PS [Anne Hidalgo, Ndlr] étant créditée d’un score très faible. Cette mécanique du vote utile ne fonctionne plus dans une ville avec une municipalité de gauche en place avec un bilan à défendre, qui a des relais sur le terrain qui peuvent faire concurrence à LFI. Les 16% de N. Oziol sont le cœur de cible de LFI.

    R.C. : M. Delafosse avait mis la ville en travaux – pari osé qui avait créé du mécontentement en ville – et les a quasiment achevés. Son pari est-il gagné ? Sa réélection tiendra-t-elle à cela ?

    E.N. : Si on estime que dans la ville de gauche que reste Montpellier, la compétition principale est entre la gauche socialiste centriste et la gauche mélenchoniste, alors il faut regarder la participation pour comprendre le mystère. Mélenchon fait 40% à Montpellier à la Présidentielle avec le bureau qui participe le moins (Heidelberg) vote à 70%. Aux municipales 2020 qui étaient particulières, ce bureau a voté à 18%. Ce n’est même pas une question de bilan, de réussite. Cela passe au-dessus d’une grande partie des électeurs. La prime au sortant joue aussi dans le quartier de la Paillade. Le sortant a toujours été en tête, y compris J.-P. Moure en 2014 et P. Saurel en 2020.

    R.C. : Depuis la mort de Georges Frêche en 2010 sans désigner d’héritier politique, Montpellier a connu 3 maires différents. Si M. Delafosse est réélu, Montpellier aura-t-elle trouvé son chemin. Est-ce la fin de cette instabilité politique à gauche ?

    J.A. : Je ferais une analyse différente. Le vrai vote disruptif est celui de 2014 [victoire du dissident Philippe Saurel contre le PS, Ndlr]. L’élection en 2020 de M. Delafosse peut aussi être vue comme un retour à la normale, au vieux réseau socialiste qui avait détenu la ville depuis 40 ans. Ces réseaux ont semble-t-il survécu au décès de Georges Frêche. Une réélection de M. Delafosse serait une nouvelle forme de pérennisation mais dans la continuité après l’alternance de 2014 dans un contexte de rejet de François Hollande et avec un candidat PS [Jean-Pierre Moure, Ndlr] qui n’était pas le maire sortant, avec moins de notoriété.

    F.V. : Le taux de participation en 2020 était très faible avec le Covid. Un regain de participation est-il attendu ou l’abstention est-elle structurelle ?

    E.N. : La participation aux élections dépend de la taille de la commune. Celles de moins de 1 000 habitants votent à 80%, celles de plus de 3 500 habitants à environ aux deux tiers. La participation dans les grandes villes dépend des formes de mobilisation relativement nouvelles de listes municipalistes, citoyennes, de quartiers… Notamment avec LFI qui a fait de la remobilisation des quartiers populaires un enjeu fort. En ce sens, on peut s’attendre à une participation plus élevée comme on l’a aussi observé avec surprise aux européennes. Je ne jurerais pas que les gens se détournent des municipales en raison de la crise, ou parce qu’ils se détourneraient de la politique, je ne crois pas.

    R.C. : Les citoyens aiment aller voter pour leur maire…

    J.A. : 60% des Français déclarent encore avoir confiance en leur maire. Beaucoup d’élus aimeraient avoir ce taux de confiance là. Sur la participation, structurellement c’est plutôt l’abstention qui prévaut, y compris pour les municipales ou la Présidentielle. Ceci dit, la séquence de 2024 avec les législatives anticipées et un scénario dramatisé, a plutôt témoigné d’un regain de participation. Ce sont deux dynamiques a priori contradictoires qu’il sera intéressant d’observer.

    F.V. : Marseille comme Lyon et Paris, change de mode de scrutin. Le RN est au coude-à-coude avec la gauche. Y a-t-il un risque ?

    E.N. : Le changement de mode de scrutin globalise la compétition à l’échelle de la ville et la rapproche d’une logique nationale. Marseille devient un spot de compétition pour les partis. On ne vote pas seulement pour Marseille mais pour des écuries. Plus la ville est importante plus c’est le cas. La sociologie de gentrification de Marseille n’est pas du tout comparable à celle de Paris. Marseille est une ville où la pauvreté est extrêmement élevée avec la force que cela donne à LFI ou à la gauche en général. Mais dans les bureaux proches des quartiers populaires, cela génère aussi un vote de peur lié à la sensibilité aux arguments de grand remplacement, à une forme de racisme et donc de vote RN assez élevé par rapport à la droite. Laquelle a connu une longue phase d’hégémonie [avec Jean-Claude Gaudin, Ndlr] avant de sombrer dans le déclin. C’est très difficile pour Martine Vassal de représenter une droite qui laverait plus blanc.

    R.C. : Pourquoi le RN qui présente un candidat contre. Ménard à Béziers ne semble pas en mesure de l’inquiéter ?

    E.N. : Les gens ne votent pas en vertu des mêmes motivations d’un scrutin à l’autre. Il peut y avoir un attachement particulier à celui qui par le passé a été soutenu par le RN et a appelé à voter pour Marine Pen aux deux Présidentielles. Ménard est crédité d’une forme de représentation de la culture biterroise.

    « On a à Nîmes une gauche dans une forte dynamique d’union »

    « La participation aux élections dépend de la taille de la commune »

  • Des nouvelles têtes dans les listes en lice à Montpellier

    Des nouvelles têtes dans les listes en lice à Montpellier

    À Montpellier, le « mercato » politique est resté ouvert jusqu’au dernier moment : jeudi 26 février 18h, date de clôture du dépôt des listes. Si le casting des têtes de liste ressemble à celui de 2020, de nouveaux visages vont faire leur baptême du feu chez les colistiers.

    C’est le cas sur la liste du maire sortant renouvelée à un tiers. Parmi les personnalités présentes, outre l’écologiste Jacqueline Markovic et l’ancienne députée Insoumise Muriel Ressiguier, on peut citer le doyen de la faculté de droit, Guylain Clamour, Stéphane Hernandez (communauté gitane), Annie Benezech (directrice de la SPA) ou l’enseignante en occitan, Marie-Jeanne Verny. À noter deux transferts puisque Serge Guiseppin, président de la commission des finances qui était sur la liste Altrad en 2020, et Tal Anahory (médecin, liste Vignal 2020) se rangent derrière Michaël Delafosse.

    La valse des colistiers

    Qui dit renouvellement dit départs. Plusieurs élus de la majorité ont choisi de se retirer (Maryse Faye, Bruno Paternot, Véronique Brunet…) quand d’autres ont claqué la porte pour rejoindre une liste concurrente. C’est le cas du professeur Charles Sultan qui s’était brouillé à mi-mandat et atterrit sur la liste de Mohed Altrad ou bien de Hind Emad. L’ancienne madame économie de M. Delafosse sera numéro 2 derrière Philippe Saurel. Outre ses fidèles Abdi El Kandoussi ou le « sage » Max Lévita, l’ancien maire s’entoure aussi de l’ex-18e adjoint Roger Yannick Chartier. P. Saurel a aussi convaincu Odette Daudé, la voix des commerçants de l’Écusson, Bérengère Dubus, présidente du syndicat national des courtiers, l’ancien directeur du Polygone Roger Naro ou Xavier Borg, directeur de l’Office de tourisme Cèze Cévennes.

    Avec une liste renouvelée à 90%, P. Saurel a aussi ses défections. Patricia Mirallès et Stéphanie Jannin ont rejoint Mohed Altrad, Luc Albernhe ou Bernard Travier soutiennent la notaire Isabelle Perrein soutenue par la droite.

    Du côté de l’écologiste Jean-Louis Roumégas, on retrouve François Vasquez, l’ancien vice-président de la Métropole aux déchets, fâché à cause de la chaudière CSR. Mais aussi la militante écolo Marie-Noëlle Sibieude. En revanche, Nordine Maktoubi s’est mis en retrait et Julia Mignacca a filé chez les Insoumis de la députée Nathalie Oziol.

    Celle-ci a réussi à convaincre à la fois l’élue d’opposition Alenka Doulain et les militants de Cause Commune.

  • Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    À l’origine, Philippe-André Dayan, ancien consultant en acquisition d’entreprises raconte ne plus se reconnaître dans un univers « où ça manquait de sens et de cœur ». Il tâtonne, crée un fonds de dotation, expérimente. Puis l’idée d’un lieu s’impose. L’hôtel est acheté en fonds propres en 2021. Le projet prend le nom de Fraise, Fonds pour le rayonnement artistique, l’intégration sociale et l’emploi. Le principe est de produire des œuvres tout en accompagnant jusqu’à 50 professionnels porteurs de projets culturels. Pour ce faire, des studios, une structuration juridique, des conseils artistiques, de la mise en réseau. « L’objectif, c’est de permettre aux artistes d’avancer vite, avec les bons outils. » La gouvernance est pensée comme un garde-fou avec commissions collégiales, audit externe, transparence statutaire. « On veut inscrire les projets dans une réalité commerciale sans que la logique marchande interfère dans le processus de création. Si on veut réussir, il faut trouver des terrains de collaboration. »

    La recherche comme terrain

    Au-delà de la production, Fraise revendique un ancrage intellectuel avec des universités telles que Yale ou encore l’Université Paul-Valéry, à travers le laboratoire Leyris. Vincenzo Susca, professeur de sociologie, accompagne le projet. « Il y a aujourd’hui un besoin aigu de laisser s’exprimer des désirs de création en dehors d’un cadre capitaliste basé sur la concurrence. » Il y voit l’émergence de tiers-lieux où « les individus cherchent des formes d’identification liées à l’art, à l’esthétique et à la communauté. »

    Le partenariat prévoit des bourses pour des doctorants travaillant dans les jeux vidéo, le cinéma entre autres. Certes Fraise n’a pas encore ouvert ses portes, mais le chantier est déjà habité de projets. Entre ces murs se dessine une tentative d’organiser la création sans l’industrialiser et collaborer plutôt que concurrencer. Reste à savoir si ce pari trouvera son rythme à l’ouverture au printemps et au-delà.