Tag: Hérault

  • La mairie de Lodève ferme ses portes au festival les Fourmilières

    La mairie de Lodève ferme ses portes au festival les Fourmilières

    Le festival les Fourmilières, organisé dans plusieurs villes d’Occitanie du 25 septembre au 10 octobre, devra revoir sa copie à Lodève. Cette manifestation antifasciste et antiraciste réunit associations, artistes, conférences, ateliers et débats autour de la lutte contre l’extrême droite et les discriminations. La nouvelle municipalité de droite a refusé de mettre à disposition les salles demandées par le collectif, estimant que l’événement est « trop politisé ».

    Une atteinte aux libertés

    Les organisateurs pointent du doigt « un maire qui se
    dit apolitique, mais qui s’affiche avec la députée du Rassemblement national Manon Bouquin
     ». Une vision apolitique à géométrie variable dont les conséquences sont dénoncées par les organisateurs : « C’est une attaque aux libertés fondamentales ! »

    Le collectif rappelle qu’« en France, on ne peut interdire une manifestation pour des raisons politiques sans porter atteinte à la démocratie qui a pour principe premier la garantie des libertés fondamentales ».

    Si les événements prévus à Lodève seront finalement accueillis dans des lieux privés ou dans des communes voisines, les organisateurs regrettent « que la nouvelle municipalité de Lodève, censée concourir au bien de toutes et tous, ait fait le choix de ne pas soutenir ces idéaux ». Le collectif annonce par ailleurs se réserver « le droit d’attaquer cette décision au tribunal administratif parce que ça commence à être un peu du proto fascisme, avec une censure politique, nous sentons les choses venir ».

  • À Montpellier, l’association Les Ziconofages lance un cri d’alerte

    À Montpellier, l’association Les Ziconofages lance un cri d’alerte

    Depuis 25 ans, les Ziconofages, association d’éducation populaire implantée essentiellement à Montpellier, propose « à des publics en situation de précarité ou issus des quartiers populaires de prendre la parole à travers l’outil vidéo et de coréaliser des films. Nous apportons notre savoir-faire audiovisuel et eux, leur expertise d’usage du territoire », explique Pascal Biston, coordinateur de l’association. Les films sont ensuite diffusés dans des médiathèques, des cinémas ou des lieux partenaires. À titre d’exemple, cette année, une vingtaine d’ateliers ont permis de réaliser des films sur les questions de santé et de précarité, qui ont été projetés récemment au Gazette café. Les Ziconofages ont également un travail en cours sur les violences faites aux femmes, à la fois sur le territoire de Montpellier et sur celui du Clermontais-Lodévois. « L’idée est aussi de déconstruire les préjugés sur les gens pauvres. On subit tous les images, mais les gens des quartiers populaires encore plus. C’est pour ça qu’on propose, avec ces films, d’inverser les rôles pour qu’ils créent leurs propres images et leurs propres paroles », insiste Pascal Biston.

    « L’état se désengage

    jour après jour »

    Un travail de terrain au plus près de l’humain qui pourrait bien disparaître faute de moyens. « Comme beaucoup de structures associatives du social et du culturel, les politiques publiques se désengagent de ce champ de l’action sociale et culturelle », dénonce le coordinateur de cette petite association locale, qui compte deux salariés, une vingtaine de bénévoles et une centaine d’adhérents.

    « Nous avons perdu petit à petit des aides précieuses qui nous permettaient de mener des actions dans de bonnes conditions », poursuit-il. « De 3 salariés, nous sommes passés à 2 car nous avons perdu un poste adulte-relais en 2021 (financé par l’État) ; en 2024, on a subi une baisse de 33% de notre principale subvention, allouée par le Département de l’Hérault, du fait des contraintes budgétaires de la collectivité ; et nous venons d’apprendre la suppression de 2 subventions de la DDETS (direction départementale de la cohésion sociale) pour un montant de 5 000 euros sur nos stages vidéo jeunes », liste Pascal Biston. « Sur un budget de 70 000 euros, c’est considérable. Sachant que ma collègue salariée et mois ne travaillons qu’à 70%, sinon on fermerait l’association », souligne-t-il.

    Ce désengagement est surtout le fait de l’État, qui a également réduit la somme allouée dans le cadre du fonds de développement de la vie associative, passée de 5 000 euros à 1 000 euros l’an dernier. « Et cette année, on ne sait pas ce qui nous attend… » La Ville de Montpellier, elle, maintient sa subvention annuelle (5 000 euros) et le Département a consenti cette année une petite rallonge de crédits en lien avec le sujet sur les violences faites aux femmes.

    « On est représentatif de ce qu’il se passe dans le monde associatif », estime Pascal Biston. Une réunion entre plusieurs associations de La Mosson a d’ailleurs eu lieu au mois de mai pour évoquer ces problématiques des coupes budgétaires qui se multiplient et des restrictions financières, notamment nationales. « L’état choisit de mettre sans problème de l’argent pour pourchasser quelques teufeurs, financer les industries d’armement, mais se désengage jour après jour sur l’éducation, le social et le culturel, qui viennent en appui aux populations les plus vulnérables, aidant à la cohésion sociale, à la lutte contre les inégalités et au vivre ensemble », dénonce le représentant des Ziconofages. « On a l’impression qu’on a une politique de droite voire d’extrême droite quand on voit les choix qui sont faits. C’est un peu reprendre les idées des villes qui ont basculé RN et qui coupent les budgets à beaucoup de structures associatives qui font de l’éducation populaire, comme nous. »

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • Solidarité internationale avec le peuple cubain

    Solidarité internationale avec le peuple cubain

    Le 6 juin 2026, le Conseil municipal de Montpellier a adopté à l’unanimité un vœu condamnant le blocus économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis contre Cuba, déposé par le groupe de la France Insoumise et des verts populaires. De fait, depuis le mois de janvier, la situation humanitaire à Cuba s’est considérablement aggravée.

    « Le but des États-Unis de Trump, aujourd’hui, est d’asphyxier Cuba pour faire tomber le régime de solidarité et ajouter une nouvelle étoile à son drapeau », se révolte Nadia Mateu, membre de l’association France Cuba Hérault. Ce jeudi 2 janvier, elle était aux côtés du Secours Populaire et de deux autres associations (Cuba Coopération et Montpellier Cuba Solidarité), pour donner une conférence de presse sur l’urgence d’agir en solidarité avec le peuple cubain. « Les problèmes les plus urgents concernent l’énergie et l’alimentation, explique Henri Sierra, de Cuba Coopération. Même si les associations de solidarité envoient des denrées, le problème c’est que les transporteurs ne veulent plus envoyer de conteneurs, par peur des sanctions américaines. »

    Coopération internationale

    L’énergie est une préoccupation majeure à Cuba, car le blocus sur le pétrole entraîne des coupures de courant régulières, le rationnement de l’essence et la hausse des prix. « Cela impacte toute la société, affirme Henri Sierra. C’est notamment la raison pour laquelle, certaines interventions médicales ne peuvent plus être réalisées. » Avec le soutien des trois associations héraultaises, le secours populaire a donc lancé une campagne de don dans le but de faire installer 1000 panneaux publicitaires dans différents lieux collectifs sur l’île. De son côté, Jean-Michel Gramont, de Montpellier Cuba solidarité, rappelle, ému aux larmes, qu’il ne s’agit pas d’une « crise humanitaire » mais bien d’un. Ensemble, les trois associations prévoient une grande réunion publique au début du mois de septembre, pour continuer de faire vivre la solidarité entre les peuples.

  • Une marque pour célébrer neuf jours de Pescalune à Lunel

    Une marque pour célébrer neuf jours de Pescalune à Lunel

    Après l’opération Métamorph’Ose pour rénover le centre-ville, voici « Lunel j’adore ». Vendredi 10 juillet, la municipalité va lancer cette nouvelle marque destinée à « conforter l’identité et l‘ambition de Lunel », autant pour les locaux que pour les touristes.

    « On souhaite renforcer le sentiment d’appartenance aux traditions et à l’ADN de Lunel. Ce n’est pas un slogan mais plutôt une signature, une invitation à regarder la ville autrement », explique la maire Paulette Gougeon (DVD), réélue en mars.

    Baptisée « Lunel j’adore », la marque sera dévoilée vendredi 10 juillet sur la terrasse des arènes de Lunel, lors d’une soirée inaugurale de la Pescalune, 9 jours de fêtes prévus du 11 au 19 juillet. Un premier moment convivial et de partage au cours duquel un artiste local viendra interpréter la chanson Louxor, j’adore de Philippe Katerine, rebaptisée pour l’occasion « Lunel j’adore ». « On va remettre le son ! », promet Paulette Gougeon.

    Auparavant, les festaïres auront été invités à découvrir la galerie à ciel ouvert concoctée par l’artiste Stéphane Paris. De la gare aux arènes en passant par l’avenue de la mairie, les rues du centre-ville et le cours Gabriel-Péri, il s’agit d’une exposition de 20 œuvres spécialement conçues pour Lunel.

    9 jours de fêtes

    Des œuvres disponibles en affiches qui seront cédées lors d’une vente aux enchères. « Les bénéfices seront reversés à des associations qui œuvrent pour la santé », précise la maire. À l’office de tourisme et au marché, des goodies, verres et tee-shirts (…) estampillés de la marque « Lunel j’adore » seront disponibles à l’achat pour le public.

    Passée cette soirée inaugurale, on entrera pleinement dans la Pescalune*. Neuf jours durant, de grands rendez-vous de la bouvine (courses camarguaises, bandidos, lâchers de taureaux…) mais aussi deux corridas samedi 18 et dimanche 19 juillet avec notamment le Biterrois Sébastien Castella en tête d’affiche. Côté festivités, concerts, bodegas et défilés rythmeront la semaine. En revanche, en raison du risque incendie, le feu d’artifice du 14 juillet n’aura pas lieu.

    * Programme complet sur www.lunel.com

  • Les pompiers traquent les feux, la Justice les pyromanes

    Les pompiers traquent les feux, la Justice les pyromanes

    Rarement les pompiers de l’Hérault et du Gard auront été mis à aussi rude épreuve en début d’été. Depuis le dimanche 5 juillet, week-end cauchemardesque marqué par le départ de nombreux incendies, les pompiers des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis34 et 30) sont sur le qui-vive, entre lutte contre les flammes et traque des pyromanes aux côtés des gendarmes.

    Tandis que le village de Moulès-et-Baucels (34) a battu un record de température le 8 juillet avec 43 °C, l’Hérault a connu « 30 départs de feu par jour » depuis samedi 4 juillet, selon la préfète Chantal Mauchet. Laquelle, lundi 6 juillet, a demandé aux maires, collectivités, chambres consulaires et employeurs publics comme privés de « libérer les sapeurs-pompiers volontaires pour renforcer les effectifs engagés ». Ces volontaires sont invités à se manifester auprès de leur centre de secours. En France, la situation est « extrêmement complexe » sur le front des incendies, a ajouté le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, avec « 11 000 hectares brûlés depuis le début de cette année. L’an passé, à la même époque, c’était 5 700 hectares ».

    Jeudi 9 juillet, les soldats du feu étaient encore à pied d’œuvre pour tenter d’éviter la propagation de l’incendie de Carlencas-et-Levas, à l’Est de Bédarieux, dans les hauts cantons de l’Hérault. Déclaré le 5 juillet, ce feu a déjà parcouru quelque 400 hectares.

    Un jeune homme de 27 ans qui a avoué avoir mis le feu involontairement selon lui (en tentant de brûler une lettre) – ce dont doutent les enquêteurs – a été déféré au parquet de Béziers et placé en détention provisoire à l’issue de sa garde à vue dans l’attente de son procès qui aura lieu le 27 août. D’ici là, une expertise psychiatrique aura lieu, l’homme étant placé sous curatelle. En 2020, l’homme avait été condamné à 3 ans de prison avec 2 ans de sursis probatoire pour destruction. Il encourt jusqu’à 15 ans de prison et 150 000 euros d’amende.

    4 jeunes interpellés à Alès

    Dans le Gard, parmi les incendies pas totalement maîtrisés jeudi 9 juillet figurent le feu de Roquemaure (25 hectares, 150 pompiers mobilisés, 11 maisons évacuées), celui de Milhaud (100 pompiers, 13 ha parcourus) ou encore celui de Saint-Victor-de-Malcap (6 ha de chaume brûlés, 70 pompiers). Ce dernier était en « évolution favorable ». Si aucune victime n’est à déplorer, 10 pompiers ont été légèrement blessés.

    Du côté d’Alès, quatre jeunes soupçonnés d’être à l’origine de plusieurs départs de feux dans le quartier du Rieu, ont été interpellés dans la nuit du 5 au 6 juillet et placés sous contrôle judiciaire suite à leur garde à vue, selon nos confrères d’Objectif Gard. Arrêté la veille dans une autre affaire, un quinquagénaire a été interpellé et placé en hospitalisation psychiatrique.

    90% des feux étant d’origine humaine, les pompiers appellent chaque citoyen à la plus grande vigilance, les conditions climatiques défavorables (canicule, vent…) favorisant la propagation rapide des incendies.

  • [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    [Entretien] Erwann Favre : « Les assos ne sont pas shootées à la subvention »

    La Marseillaise : Qu’est-ce que
    le Mouvement associatif ?

    Erwann Favre : C’est la tête de pont des associations dans leur diversité. On va s’occuper de tout ce qui est commun à l’ensemble des assos, quel que soit leur secteur : modèle économique, bénévolat, engagement, dialogue civil, etc. Il y a deux cordes à notre arc. La première, c’est la représentation des associations auprès des pouvoirs publics pour tenter de faire en sorte qu’ils comprennent ou anticipent le mieux possible les conséquences de leurs décisions. La deuxième mission, c’est de conseiller, informer et accompagner les acteurs associatifs dans la région. Au niveau de l’Occitanie, à peu près une asso sur deux est représentée par le mouvement asso via nos membres.

    Quelle est la situation du secteur associatif ?

    E.F. : Depuis une vingtaine d’années, on a un glissement de la relation entre les assos et les acteurs publics. On était à peu près à 40% de subventions dans le modèle économique des assos et aujourd’hui, on est à moins de 20% du financement public. On est très loin de l’image d’Épinal d’associations shootées à la subvention et soutenues à bout de bras. Si on parle en volume au national, les aides publiques aux assos, c’est à peu près 40 milliards d’euros. Les aides publiques aux entreprises, c’est entre 210 et 250 milliards d’euros. Bref, on assiste à un désengagement de la puissance publique. On est donc allé chercher des financements ailleurs : auprès des bénéficiaires, des usagers et des entreprises privées via le mécénat ou les dons. Le mécénat est assez stable depuis 20 ans, on est entre 4 et 5% du modèle économique des assos au niveau national.

    Malgré ça, l’engagement bénévole et l’emploi associatif sont en augmentation. Avec deux exceptions : la crise Covid et ce qui se passe depuis un an et demi maintenant. On constate une très forte dégradation des financements associatifs avec des coupes budgétaires au niveau national mais également des collectivités qui ont répercuté ces baisses sur le monde associatif. Cette année, comme tous les budgets ne sont pas encore votés, notamment les BOP, les budgets opérationnels de programmation, donc on ne sait toujours pas ce que vont recevoir les assos de certains secteurs d’activité. Il y a un pilotage à vue. En région, en 2024, il y avait à peu près 176 000 salariés dans le secteur associatif. Les premiers chiffres font état d’une baisse qui devrait se situer entre 1 500 et 3 000 emplois perdus.

    Existe-t-il des risques de disparitions d’associations ?

    E.F. : On assiste à une augmentation importante du nombre de défaillances dans notre région qui a doublé une première fois entre 2023 et 2024 puis une nouvelle fois entre 2024 et 2025. Donc il est évident que des structures vont être liquidées. Ce n’est pas forcément un problème économique pur, c’est qu’il n’y a pas eu d’anticipation de la part de la puissance publique. L’association est au pied du mur et elle n’a pas les moyens de licencier les gens, donc c’est la liquidation.

    Existe-t-il une crise du bénévolat ?

    E.F. : Alors oui, mais elle est travestie. Il faut arrêter de dire que les Français ne s’engagent pas, sont individualistes et ne pensent qu’à eux. L’engagement progresse. Il y a un habitant sur deux qui est membre d’une asso en France. C’est énorme. Le bénévolat augmente dans notre pays, y compris chez les moins de 35 ans et les plus de 65. Ce sont les deux classes d’âge qui, proportionnellement, s’engagent le plus. On peut parler de crise du bénévolat de gouvernance. Ce sont des administrateurs, des membres des CA, des membres des bureaux, des présidents, trésoriers. En fait, piloter, gouverner, diriger une association aujourd’hui employeuse, c’est être chef d’entreprise, on a les mêmes obligations légales. Donc quand vous êtes chef d’entreprise bénévole et qu’il y a une succession de crises à affronter, ça veut dire que vous donnez énormément de votre temps et que la satisfaction que vous aviez de trouver dans la réalisation de votre engagement n’est plus là. Et c’est épuisant.

    L’arrivée de l’extrême droite à la tête de mairies s’est traduite par une baisse des subventions de certaines assos. L’ennemi du secteur associatif ?

    E.F. : Il est certain qu’on a des groupes politiques qui sont plus ou moins dans un esprit de coopération et de financement d’associations, quelles qu’elles soient. Pour le RN, une asso ne peut pas être politique. Pour nous, une asso qui n’est pas politique, elle n’a rien à faire sous statut associatif. Une asso a une vision du monde et elle va faire ce qu’elle peut pour mettre en place sa vision de la cité. Et donc, les élus du RN, globalement, il y a des sujets sur lesquels ils votent systématiquement contre les subventions à certaines assos : celles qui aident, qui fournissent un service ou qui accueillent des populations étrangères (accueil de jour, les Cada, les assos qui font du français langue étrangère). Tout ce qui est droits des femmes et des familles, contre les violences sexuelles, tout ça c’est pareil, c’est supprimé. Et je ne parle même pas de la Ligue des droits de l’Homme. Mais ça se voit aussi dans d’autres mairies qui ne sont pas RN. La LDH s’est fait virer de ses locaux à Toulouse par [le maire DVD] Moudenc. On sent que les politiques se recentrent sur ce qu’ils faisaient il y a une cinquantaine d’années, un retour en arrière où si tu n’es pas d’accord avec ma politique ou que tu me critiques, je ne te finance plus.

    Justement, ce contexte d’austérité n’est pas une justification pour s’en prendre aux associations critiques, notamment via le contrat d’engagement républicain ?

    E.F. : Ce qu’on défend le plus collectivement au Mouvement associatif, c’est notre vision démocratique de fonctionner dans notre pays et donc quelque part c’est le droit à la critique, on a le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer tant que c’est étayé. Or, le contrat d’engagement républicain est un formidable outil pour permettre à n’importe quel autocrate, quel qu’il soit, de dissoudre n’importe quelle association. Il est complètement passé à côté de sa cible originale qui était lutter contre le séparatisme puisque des lois existent déjà pour ça. Il permet de rendre responsable une asso et son président pour des propos tenus par ses adhérents, y compris quand ils ne sont pas mandatés par l’asso. Donc en fait, si demain il y a une autocrate, un Trump qui arrive au pouvoir, il a un outil clé en main pour bâillonner la plupart des assos dans notre pays, en tout cas toutes les assos qui ne seront pas d’accord avec la politique publique menée par l’acteur public qu’elles ont en face d’elles. Il y a une crainte de plus en plus forte de voir s’éteindre la voix des assos ou de restreindre la liberté d’association.

  • La Région Occitanie maintient le cap de la solidarité

    La Région Occitanie maintient le cap de la solidarité

    « Avec de l’argent, il est plus facile de se projeter dans des projets de long terme. » Elles ont beau poursuivre un but non lucratif, les associations ont comme tous les ménages et les entreprises, besoin de soutien financier pour exister et déployer leurs activités souvent d’intérêt public. Réunies à Montpellier par la Région Occitanie mercredi 1er juillet, jour du 125e anniversaire de la loi de 1901 qui a créé leur statut, elles n’ont pas manqué de dire leurs difficultés grandies par l’inflation énergétique et l’austérité des politiques publiques souvent guidées par les logiques de rentabilité.

    Un contexte difficile largement dû au désengagement de l’État qui en plus d’être aux abonnés absents sur certaines de ses missions régaliennes (droit au logement, respect de la loi sur le handicap de 2006, lutte contre les violences de genre…), tourne de plus en plus le dos aux acteurs censés pallier ses propres manquements. Le plus souvent quand elles sont dirigées par la gauche, les collectivités tentent de maintenir la barque associative à flot. C’est le cas de la Région Occitanie qui, bien que contrainte de baisser certaines subventions de 5 à 10%, a fait le choix de la stabilité pour les structures les plus fragiles (celles percevant moins de 5 000 euros d’aides).

    Avec la présidente Carole Delga (PS), « on fait le choix de maintenir notre volontarisme politique dans un contexte aggravé », affirme Pierre Lacaze (PCF). Le vice-président délégué aux solidarités, égalités, services publics, vie associative et logement social, est inquiet par deux phénomènes actuels qui mettent à mal la vie associative. D’un côté la montée des violences sexuelles et sexistes ainsi que des actes racistes et antisémites. De l’autre, la montée des idées discriminantes d’extrême droite dans la société. « Si la causalité n’est pas établie, on pense qu’il y a un lien. Par ses discours et ses méthodes, l’extrême droite peut contribuer à la hausse de ces violences », assure Pierre Lacaze. Et l’élu communiste de noter que « le récent rapport du Sénat sur les masculinistes fait le lien avec l’ultra droite ».

    Sécuritaire : le paradoxe d’Alexis de Tocqueville

    Ce qui est sûr c’est que les obsessions sécuritaires et immigrationnistes de Retailleau, Ciotti, Zemmour et consorts sont à l’opposé du travail de terrain mené par les associations en faveur de la tolérance et du respect d’autrui. D’autant que ces thèses fumeuses sont souvent très éloignées de la réalité. Si les violences des mineurs (en raison du trafic de drogue) sont en hausse ou que les violences sexistes et sexuelles ne diminuent pas depuis à peine 25 ans qu’elles sont mesurées, d’autres baissent drastiquement. « En France depuis le XIXe siècle, on observe une chute continue du nombre d’homicides, trois fois moins nombreux que dans les années 80 », recadre Tristan Renard. Quant aux violences politiques (abris bus brisés…) montées en épingle sur CNews, elles sont « très loin des niveaux des années 70 », précise le sociologue qui évoque une résultante du paradoxe d’Alexis de Tocqueville. « Plus une violence diminue, plus la préoccupation sécuritaire augmente ». Pour ce chercheur au Criaus et au Cresam, « les politiques publiques doivent être menées à l’échelle d’une génération (20 ans), pas à une échelle électorale ».

    Aussi, les lauréats et associations aidées (SPF, Planning familial, SOS Racisme, Mrap, Unat…) étaient-ils ravis d’avoir une oreille attentive de la Région le 1er juillet. Baptisé « Pour une Occitanie inclusive et solidaire », le principal appel à projets soutient 139 projets à hauteur de 710 000 euros. Le dispositif « Génération égalité » est dédié à la sensibilisation des jeunes à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la prévention des violences sexistes et sexuelles et à la lutte contre les stéréotypes. Enfin, l’opération « Vacances Solidaires », qui permet chaque année à des enfants et familles aux revenus modestes d’accéder aux vacances et aux loisirs éducatifs. En Occitanie, le tissu associatif représente 160 000 structures, 175 000 emplois et 1,4 million de bénévoles.

  • À La Grande-Motte, la nébuleuse de l’office de tourisme percée à jour

    À La Grande-Motte, la nébuleuse de l’office de tourisme percée à jour

    À l’office de tourisme de La Grande-Motte, pas grand-chose ne se fait dans les règles. Voilà l’impression qui prédomine à la lecture du rapport définitif de la Chambre régionale des comptes (CRC). En mettant le nez dans les finances de ce satellite de la station balnéaire, l’organisme qui veille à la bonne utilisation des deniers publics est allé de surprises en surprises. Au point de parler d’une « gestion dénuée de contrôle interne, ayant conduit à l’installation de situations de conflits d’intérêts ».

    Nombreuses, les irrégularités constatées depuis 2020 sont regroupées dans 3 catégories par les magistrats financiers qui formulent 7 recommandations. Les deux premières ont trait aux recettes de l’Établissement public à caractère industriel et commercial (Epic) qui a vocation à promouvoir et développer le tourisme sur son territoire. Son budget annuel moyen tourne autour de 3,7 millions d’euros alimenté à 90% par des recettes publiques de deux principales sortes : la taxe de séjour et les subventions de la Ville (entre 1 et 1,3 million d’euros).

    La CRC pointe d’abord le fait que l’Office ne respecte pas sa mission de contrôler le versement par les hébergeurs de la taxe de séjour. Deuxièmement, il apparaît que les recettes liées à cette taxe ont explosé entre 2018 et 2024 (+75%) pour atteindre 1,5 million d’euros en raison de plafonds hauts appliqués et d’une hausse des nuitées touristiques (+76% entre 2019 et 2024). Un point qui pourrait laisser penser que l’action de l’Office est efficace. « Le dynamisme touristique existe (6 millions de nuitées), d’où l’intérêt de contrôler », glisse Émilie Almero, première conseillère de la CRC. Autre souci, le fait que dans le même temps, la commune a augmenté ses subventions (sauf en 2025 : -250 000 euros) « en raison d’une hausse des charges » (animations, feux d’artifice…), plutôt que les réduire. « Depuis 2020, 4,9 millions d’euros ont été versés à l’office en plus des 6,6 millions perçus au titre de la taxe de séjour », calcule Valérie Renet, présidente de la CRC. Par ailleurs, la Ville n’était pas informée (elle ne cherchait pas vraiment à l’être) de l’utilisation de cet argent public. « Ce n’est pas vérifiable dans les comptes, toutes les recettes sont mêlées ». Isabelle Houvenaghel, 2e présidente de la CRC, ajoute que « le rapport financier de l’Epic n’était pas soumis au conseil municipal ». La CRC réclame que ce soit fait.

    Les 3e et 4e recommandations sont liées à la gouvernance. La CRC épingle l’Office de tourisme pour ne pas avoir appliqué la grille tarifaire adoptée par le comité directeur. « Des réductions importantes étaient accordées à certains clients », illustre la présidente. Elle pointe aussi des « modalités floues » de désignation des membres du comité directeur. Des « règles de nomination » doivent être instaurées afin d’éviter les « conflits d’intérêts ».

    D’étroits liens familiaux

    Les trois dernières recommandations concernent le personnel. D’une part, les conditions de rémunération du directeur [Jérôme Arnaud, Ndlr] s’avèrent « non conformes à son statut d’agent contractuel de droit public ». « Le président de l’Office [Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte, Ndlr] a décidé entre 2020 et 2024 d’accroître de 30% la rémunération du directeur avec une indemnité de départ à la retraite à laquelle il n’a pas droit », recadre Valérie Renet. D’autre part, les procédures internes de recrutement n’étaient pas respectées. Entre 2021 et 2023, 9 ruptures conventionnelles « sans motif » ont été effectuées (coût : 277 000 euros), soit près de la moitié de l’effectif. Dans la foulée, 11 nouveaux agents ont été recrutés en dehors de la procédure prévue. « On n’a trouvé trace d’aucune annonce d’offre d’emploi, aucun CV, ni lettre de motivation », précise Émilie Almero. En revanche, le profil des recrutés a été facile à identifier. 7 d’entre eux ont des liens familiaux étroits (fils, fille, frère, genre, ex-mari, cousin) avec des membres haut placés de l’Office de tourisme. Ce qui ressemble fort à du copinage. Enfin, la CRC demande que soit assuré le contrôle effectif du temps de travail de tous les salariés.

    Si dans ses réponses l’Office tente de faire amende honorable en promettant de mettre en place les 7 recommandations, l’affaire pourrait avoir des suites judiciaires. Si elle estime les fautes lourdes, la CRC peut faire un déféré à la Cour des comptes. Laquelle jugerait les faits et pourrait prononcer des sanctions. En cas de soupçons de fraudes, les magistrats de la CRC peuvent aussi effectuer une transmission pénale au procureur de la République.

  • Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Les collectivités au chevet des plus fragiles

    Quand le thermomètre grimpe, la solidarité ne peut pas rester un slogan. Depuis le 1er juin, CCAS, écoles, crèches, piscines et médiathèques sont redevenus les avant-postes d’un service public de proximité que la canicule met à l’épreuve. Dans le Gard comme dans l’Hérault, les collectivités activent leurs plans de protection des plus vulnérables : personnes âgées isolées, enfants, habitants précaires, agents exposés. Héritiers de la loi de 2004, née après le drame sanitaire de 2003, les maires ont aussi une responsabilité concrète : repérer, prévenir, appeler, ouvrir des lieux de répit.

    À Nîmes, le CCAS s’appuie sur le dispositif Allô Seniors pour appeler les personnes inscrites au registre canicule, organiser des visites si nécessaire et distribuer près de 1 100 colis alimentaires en juillet-août. La Ville recense aussi ses îlots de fraîcheur sur son application : fontaines, jardins publics, lieux climatisés. En vigilance rouge, musées et piscines municipales peuvent devenir gratuits, tandis que les centres sociaux élargissent leurs horaires. Dans les écoles, 2 200 ventilateurs et 1 100 brumisateurs ont été déployés, faute d’un bâti partout adapté. Les crèches, elles, bénéficient d’une climatisation intégrale, quand certains groupes scolaires disposent déjà d’espaces rafraîchis.

    L’urgence faute d’anticipation

    Montpellier pousse plus loin la logique des lieux refuges : appels de courtoisie du CCAS, clubs seniors, médiathèques, piscines, musées, fontaines publiques, mais aussi 83 écoles déjà équipées d’une salle rafraîchie à 25°C. Les crèches disposent chacune d’une pièce refuge. À Béziers, le plan canicule cible les bénéficiaires de l’aide à domicile et du portage de repas, avec un espace senior climatisé. À Alès, le CCAS adapte ses horaires d’été et s’appuie sur le plan communal de sauvegarde. Même les préfectures ajustent les règles, comme dans l’Hérault, où les chantiers peuvent démarrer dès 6h en vigilance orange ou rouge pour épargner les ouvriers des heures les plus brûlantes.

    Reste le fond du problème : ces dispositifs reposent souvent sur l’inscription volontaire, laissant parfois hors radar les plus isolés. Et les collectivités bricolent avec des budgets contraints face à des bâtiments conçus pour l’hiver, pas pour l’été. « On a travaillé sur l’économie d’énergie l’hiver mais pas du tout l’été », résume Philippe Ribot, président des maires du Gard. Ventiler, appeler, ouvrir des salles : nécessaire. Mais sans rénovation thermique massive, débitumisation et végétalisation, la protection restera trop souvent une réponse d’urgence à une crise devenue permanente.